‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 71 sur 202 · SUR LE BONHEUR DE LA VIE FUTURE, PRONONCÉ UN JOUR DE COMMUNION · texte numérisé non relu

SUR LE BONHEUR DE LA VIE FUTURE, PRONONCÉ UN JOUR DE COMMUNION

Après cela je regardai, el je vis une grande mullilude que personne ne pouvait compter, de toutes nations, de toutes Irilius. d(! tous p(iif]lr',s cl de loulrs l;in;:,'ues qui se leiiairnl diivant le irôiie et devant l'a^'i^'au, vêtus de robes blmclies , et tenant des palmes dans leurs mains.

{Apocalijpse, VII, 9.)

Diverses révolutions qui se succéderont dans l'Eglise de Dieu, sont annoncées dans ces paroles mystérieuses : le temps qui verra leur accomplissement n'a pas été fixé d'une manière précise parl'Elcriture ; elle n'a point jugé convenable de soulever entièrement le voile qui couvre l'avenir. L'Esprit-Saint n'a pas voulu satisfaire une vaine curiosité, ni les recherches de la science, en découvrant quel sera le sort des monarchies et des nations, mais il a daigné laisser apercevoir à l'homme juste qui réfléchit sur la manière dont Dieu régit l'univers, les espérances auxquelles il peut se livrer, et les fins que se propose la sagesse éternelle.

Ce fut en méditant ce livre prophétique que les chrétiens des premiers siècles trouvèrent la résignation, le courage et la paix, qu'ils firent admirer jusqu'au milieu des tourments qui les déchirèrent. Ces méditations leur apprirent à placer toute leur confiance dans la protection du Très-Haut; ils reçurent d'elles l'assurance que l'Eternel ne cessera jamais de veiller aux intérêts de son Eglise, et que toutes les commotions dont sont menacés les royaumes de la terre, ne serviront qu'à donner à la vérité tout son éclat, et à rendre ses progrès plus rapides. Les visions mystérieuses dont l'apôtre saint .Tean fut honoré, les sceaux ouverts dans le ciel, les sons de la trompette et les coupes répandues sur la terre, sur la mer et dans l'air, ont eu principalement cet objet. Le royaume des ténèbres devait livrer un violent combat au royaume de la lumière. Pour le terminer, une voix devait se faire entendre, une

voix ressemblant au bruit de plusieurs eaux et à celui d'un grand éclat de tonnerre, disant : Alléluia, le Seigneur, le Tout-Puissant règne; les royaumes de ce monde sont devenus les royaumes de Noire-Seigneur et de son Christ, et il régnera de siècles en siècles (Apocal., XÎX,6,XI,15).

Tel est le consolant aspect sous lequel l'Esprit-Saint nous montre l'avenir. Après avoir causé noire effroi par les tableaux que présente le livre qu'il a dicté, sa bonté, nous rassure, il ferme le code sacre de l'Ecriture par la promesse solennelle que la justice obtiendra le triomphe, et qu'un bonheur éternel sera le partage de ceux que .lésus-Christ a rachetés : Après cela je regardai, et je vis une grande multitude que personne ne pouvait compter, de toutes nations, de toutes tribus, de Ions peuples et de toutes langues, qui se tenaient devant le trône et devant l'Agneau, vêtus de robes blanches et tenant des palmes dans leurs mains.

Ce passage de l'Apôtre est la magnifique annonce du bonheur des Saints dans le ciel , et pour tous les temps il est l'objet de la méditation la plus consolante et la plus capable de soutenir les efforts de la vertu.

Pendant ce jour d'adoration et de reconnaissance consacré à rappeler que le Dieu fait homme nous a aimés jusqu'à mourir pour nous sauver, la contemplation des biens qu'il nous a conquis nous fera sentir que notre amour doit égaler la grandeur du bienfait. Le sacrement de la Cène est le serment de la fidélité. Disposons-nous donc à le célébrer en fixant nos regards sur le bonheur promis à celui qui gardera sa foi.

Pour parvenir à (elle fin, et pour suppléer à l'idée trop imparfaite que des |)aroles humaines donneraient de l'élernelle félicité dont la vertu jouira dans le ciel, je rappellerai les divers passages de l'Apôlre, et je fe-»

SERMON SUR LE BONHEUR DE LA VIE FUTURE

rai mes efforts pour démontrer à ceux qui combattent et prient sur la terre, combien un pareil espoir est capable de les soutenir dans leurs travaux.

Premièrement les paroles du texte nous assurent de la manière la plus précise que le ciel est le séjour habile par l'entière société des élus. Une multitude, une assemblée sans nombre partage la même gloire et la même félicité. Séparer l'homme de ses semblables, c'est rendre le bonheur étranger pour lui. Placé dans la région la plus fertile , la plus agréable et la plus belle, la langueur et l'ennui viendront bientôt l'y consumer, s'il y reste solitaire. Son penchant indestructible, bien plus que ses besoins, sa faiblesse et sa dépendance, l'invite à se lier avec ses semblables. La principale source de ,notre bonheur est dans les sentiments que nous faisons partager ; mais hélas I combien de circonstances funestes peuvent mêler l'amertume à toutes les unions que nous formons sur la terre ! Pour que la douleur nous atteigne, il nous suffit de voir souffrir ceux que nous aimons. Leurs défauts, leurs faiblesses deviennent pour nous des causes de douleur ; et, par la plus douce de nos sympathies, la même blessure déchire à la fois notre cœur et celui de notre ami. Si la nécessité l'entraîne loin de nous, son absence ne nous laisse plus que des larmes à verser. Celui dont le cœur reste froid ne ressent point de pareilles peines, mais il n'est point heureux, et dès qu'il souffre, il ne trouve personne qui puisse le consoler. Les liaisons que nous formons au milieu du monde ne peuvent remplir notre cœur; leur froideur et leur frivolité les rend bientôt indifférentes, et le plus souvent elles ne réveillent notre attention que lorsqu'elles contrarient nos intérêts ou notre humeur. Si, pour échapper aux pensées intérieures qui nous effraient ou nous fatiguent, nous nous précipitons au milieu du monde, le vide et l'ennui qui nous y suivent nous ramènent dans la solitude. Des dissensions s'élèvent même parmi les hommes les plus vertueux, et le choc des opinions suffit pour aliéner notre cœur. Nous cherchons d'autres liaisons qui puissent remplir entièrement notre espoir ; leurs commencemcnts nous plaisent : nous nous flattons que nul dégoût ne viendra se mêler à leur charme; mais, découvrant des faiblesses et des défauts que nous avions trop oublié de prévoir, le soupçon naît, la confiance s'altère, et cette nouvelle amitié s'éteint. Jaloux des préférences dont nous ne sommes pas l'objet, mais honteux de l'avouer, nous recourons à la dissimulation, notre mécontentement se cache sous les dehors d'une politesse habile à saisir toutes les nuances. Nous avons encore le langage et les manières de 1 amitié, sans conserver aucun de ses sentiments, et souvent les apparences de l'affection la plus tendre et la plus désintéressée, ne servent qu'à couvrir notre cruelle animosité. Telles sont les sources de maux qui viennent empoisonner les bonheurs les plus grands que la, société puisse offrir. De pa-

reils biens sont trop imparfaits pour que leur comparaison puisse servir à nous faire concevoir la grandeur et la perfection de ceux dont les esprits heureux sont en possession dans le ciel.

Lorsque nous voulons former une liaison sur la terre, quelle difficulté, quel embarras n'éprouvons- nous pas à la vue de la foule corrompue qui nous environne? Le ciel, au contraire, n'est habile que parles saints, par les justes, par les véritables sages qui ont existé dans l'univers de Dieu. Nul malheur ne peut les atteindre, nul trouble n'interrompt leur éternelle harmonie. Etrangers à l'artifice, à la méfiance, à la rivalité, les intrigues et les complots de l'ambition n'existent point pour eux. La voix de la discorde ne se fait jamais entendre, et l'odieux soupçon se tient toujours éloigné de ces esprits innocents et remplis de bienveillance.

Heureux par lui-même, chacun d'eux participe au bonheur de tous, et tous, en se communiquant leurs sentiments d'amour, accroissent encore la félicité générale. Rappelez tous les souvenirs de votre vie, cherchez au fond de votre cœur quels ont été vos amis les pluschers, voyez-les dégagés de toutes les faiblesses qui tiennent au caractère humain, reportez-vous aux moments les plus doux que vous avez passés près d'eux, et les sentiments que vous rendront ces délicieux souvenirs, vous aideront à concevoir la félicité dont jouit la société des saints. Le Roi- Prophète compare le bonheur de ces frères unis ensemble aux objets qui rappellent à l'homme les sensations les plus douces et la sérénité la plus parfaite. Ses expressions, aussi justes que sublimes, disent qu'il ressemble aux parfums des fleurs et à l'influence vivifiante de la rosée des cieux. // est semblable à l'huile précieuse répandue s)ir la tête d'Aaron, et à la rosée d'flerinon, et même à la rosée qui descend sur la montagne de Sîon, où l'Eternel a établi la bénédiction et la viepour toujours.

La félicité qui naît d'un amour parfait, s'accroît encore pour la nmltitude de ceux gui se tiennent debout devant le trône, par deux circonstances particulières. Ils sont admis dans la plus excellente des unions, elles sentiments qui leur ont été les plus chers, s'y renouvellent pour devenir éternels. L'Ecriture se plaît à répéter que l'innombrable compagnie des anges sera unie à l'assemblée di l'Eglise et des premiers-nés, et qu'ils seront assis à table au royaume des cieux, avec Abraham, Isaca et Jacob. Promesse sublime faite à l'humanité tout entière, et qui donne à rhomme de bien l'assurance qu'en sortant du séjour de la corruption, il sera séparé pour jamais de la foule au milieu de laquelle il languissait. Il viendra s'unir aux patriarches, aux prophètes, aux apôtres, aux législateurs, aux héros, aux esprits de tous les siècles dont les travaux ont mérité les récompenses du ciel, dont les hommes ont reçu tant de bienfaits, et dont les noms, si dignes d'exciter l'émulation de la vertu, ne peuvent

élre prononcés sans faire naître la reconnaissance et la vénération.

Au milieu de crtte assemblée, les bénis (lu Seigneur sentiront renaître leurs attachements vertueux que la mort avait rompus. Combien cette assurance, donnée à l'homme de bien pendant qu'il habite la terre, n'eslelle pas capable de consokr et de soutenir son cœur aimant et reconnaissant 1 La plus douloureuse de nos peines est celle que nous cause le coup terrible qui semble briser pour jamais les liens que la nature et l'amitié nous faisaient aimer si tendrement. La fuite du temps ne suffit point pour tarir cette source de nos larmes. Nos souvenirs la renouvellent, ils rouvrent nos blessures, et pour mieux nous déchirer, ils nous poursuivent, en nous montrant sans cesse les objets que nous pleurons. Dans ces moments affreux où le désespoir est si proche, l'âme ne se relève que par la pensée que cette séparation ne sera point éternelle. L'espérance et la foi nous annoncent que nous pourrons encore nous unir à ceux qui partageaient nos bonheurs et nos ppines ; elles nous didisent que nous les retrouverons dans le séjour de l'éternelle paix, où nulle révolution ne pourra plus nous séparer d'eux. Telle est l'union dont jouissent les habitants des cieux, tel est le bonheur de la multitude qui est devant le trône.

II. Non-seulement les élus seront heureux, mais leur nombre sera grand. Ces expressions de l'Apôtre, une multitude, une grande multitude que personne ne saurait compter, donnent au royaume de la gloire une étendue sans bornes. Le ciel nesl point une région inaccessible et pouvant à peine contenir la faible portion qui se g.irantira du naufrage auquel est exposée la race humaine tout entière. Le Seigneur a dit : // y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père. Cette cité du Dieu vivant est préparée pour recevoir une multitude qui ne pourra se compter. Le nombre de ses habitants, déjà très-grand, s'accroîtra jusqu'à la consommation des siècles. Quels que soient les obstacles que nous devons rencontrer dans la route, nous savons qu'ils ont été surmontés. Le chemin est escarpé, mais il n'est point impraticable; il est plus facile de se précipiter dans les abîmes de l'enfer, que de parvenir à la porte des cieux : cependant une grande multitude l'a passée pour aller recevoir la couronne de la gloire.

La religion chrélienne n'a point de vérité plus consolante pour encourager l'homme de bien dans la pratique de la vertu, et pour rassurer le pécheur qui se repent avec sincérité de ses fautes. L'esprit de charité défend au chrétien de marquer les bornes où s'arrêteront les trésors de la grâce. Dieu s'est réservé sa miséricorde, et ne permet point aux hommes d'en être les dispensateurs ni les juges. Humilions notre raison en présence de l'F^vangile, et bornons-nous à suivre ses instructions. Il nous apprend que le Christ a souffert pour tous; que le Fils de Dieu n'est descendu des eieux que pour arracher notre

âme à la mort ; qu'il a été froissé par nos forfaits ; qu'il a été navré par nos iniquités ; qu'il s'est dévoué pour gagner tous ceux qui lui seront fidèles : qu'«7 verra le travail de son âme pour s'en réjouir. Toutes les paroles de l'Ecriture nous assurent que les trophées de notre divin Rédempteur seront aussi nombreux que son pouvoir est grand. Le chef de notre salut prendra plusieurs enfants avec lui dans sa gloire. La volonté de l'Eternel prospérera dans sa main. Il se verra de la postérité. Il justifiera un grand nombre. Les hommes seront bénis dans sa personne, et toutes les nations le nommeront le Béni.

III. Les cieux seront habites par toutes les nations diverses qui composent le genre humain. Les paroles de l'Ecriture, en désignant expressément une multitude qui ne pourra se compter, de toutes nations, de toutes tribus, de tous peuples, de toutes langues, paraît n'avoir d'autre but que d'agrandir nos trop faibles notions sur le pouvoir de la grâce, et de nous annoncer qu'elle s'étendra généralement. Ceux que séparent les mers ou les déserts, ceux dont les mœurs et le langage diffèrent, viendront tous s'unir dans cette seule et dernière assemblée. Le ciel n'est inaccessible pour aucun des lieux de la terre. L'esprit-Sainl a lui-même ouvert la route qui conduit aux demeures éternelles. Il l'a tracée pour toutes les parties de la terre ; pour toutes les conditions de la vie humaine ; pour les peuples des grandes cités ; pour les habitants des déserts; pour les chaumières de la pauvreté, comme pour les palais des rois; pour l'ignorance et la simplicité, comme pour la science et la plus parfaite industrie. Jls viendront, dit le Seigneur, du levant et du couchant, du nord et du sud, et ils s'assiéront dans le royaume de Dieu {Luc, XIII, 29).

Ces paroles, si capables d'ajouter à notre confiance dans la bonté divine, doivent éloigner do nous les craintes que peuvent faire naître quelques situations particulières de la vie. Si le voile des cieux s'entr'ouvrait pour nous, et laissait à nos regards le i)ouvoir de distinguer les saints qui sont devant le trône, nous en verrions dans leur nombre qui ont rencontré et vaincu les mêmes difficultés qui nous paraissent être insurmontables. Nous verrions que la droiture de l'intention a suffi pour placer l'ignorance à côté du savoir; que le secours de la grâce a. fait triompher le faible avec autant de facilité que le fort, et que, par elle, celui qui s'était égaré, a pu revenir dans la véritable route. La jeunesse nous prouverait, par des exemples, que dans l'âge le plus vif, il est possible de résister à l'attrait du plaisir. Nous verrions des vieillards dont le poids des infirmités n'a pu lasser la constance. De nombreuses victimes de l'indigence nous diraient qu'elles ont toujours préféré leur misère aux richesses que leur promettait le crime. Nous verrions des hommes que l'orgueil et l'impiété n'ont pu séduire au milieu de leur fortune et de l'élévation de leur rang. Nous trouverions des hommes que leur intégrité n'a jamais abandonnés dans les circonstances les

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plus difficiles, au milieu de la corruption des cours, dans le lunuiltc des camps et le désordre des armées. Dans celte assemblée de toutes les tribus et de tous les peuples, l'assistance divine a conduit à la gloire éternelle, des hommes de toutes les conditions, de tous les rangs, et même des publicains et des pécheurs. Les secours qu'ils ont obtenus ne nous sont-ils pas assurés par le ciel? Tandis que nous marchons au salut à la vue de cette nuée de témoins qui ont fini leur course avec succès ; tandis que nous combattons dans le glorieux combat, au bruit des acclamations de ceux qui ont vaincu, et qui sont couronnés, pourrions-nous sentir la fatigue ou nous livrer au désespoir? Du haut des cieux cette multitude des heureux nous dit sans cesse pour animer notre foi : Soyez fidèles jusqu'à la mort, et vous recevrez la couronne de la vie. Soyez forts au Seigneur et dans Vinfinie grandeur de sa puissance. Soyez nos imitateurs, à nous qui, par la foi et la constance, avons obtenu l héritage qui nous était promis.

IV. L'Apôtre, pour peindre la gloire et le bonheur des saints, dit qu'il les a vus se tenant devant le trône et devant Vagneau, velus de robes blanches, et ayant des palmes du7i,s leurs mains. Ces palmes et ces robes sont des emblèmes que l'intelligence humaine ne peut expliquer entièrement. Nous savons seulement que, parmi toutes les nations, elles sont des signes de victoire et de joie. L'Apôtre sans doute a voulu par là nous annoncer jusqu'à quel degré d'honneur et de félicité pourra s'élever la nature humaine; mais les saints peuvent seuls comprendre toute l'étendue de leur bonheur. Gardons sur cet objet le silence d'une humble et respectueuse espérance ; ce sentiment est le seul qui convienne à la faiblesse de nos pensées et de nos expressions.

Observons cependant que l'Apôtre nous dit que les élus se tiennent devant le trône et devant Vagneau. Ces paroles les représentent jouissant de la présence immédiate du Créateur de l'univers et du Sauveur du monde. C'est dans léloignement de la vue de Dieu que tous nos maux prennent leur source. Notre demeure n'est point celle du Ïrès-Haut ; nous habitons la région de notre exil, et notre race dégradée y vit environnée de nuages et de ténèbres. Dieu se tient loin de la lorre ; nous cherchons sa présence dans ses ouvrages, dans ses voies, dans ses institutions religieuses; mais il a dit lui-même qu'ïV est un Dieu qui se cache, et qui demeure dans la place secrète du tonnerre. Il nous cache la gloire de son trône, il l'enveloppe d'un nuage impénétrable. La manifestation de sa présence sera le renouvellement de toutes choses. Lorsque le soleil de justice sortira du nuage qui le cache à nos yeux, le péché, le chagrin et leurs suites funestes s'é-

, vanouiront devant la splendeur de sa face ;

I car le criuie et la douleur ne peuvent habiter avec Dieu. Cou. me l'astre du jour dissipe les ténèbres, féconde lalerreet réjouit ses habitants par salumière vivifiante, de même la

présence auguste du Créateur de l'univers répau'ira le bonheur sur ceux qui le contempleront. La mort, dit l'apôtre saint Jean, n'existera plus. Il n'y aura désormais m lamentations, ni cris, ni douleurs. Ce qui est arrivé jusqu'à présent n'arrivera plus. Celui qui est assis sur le trône dil : Je vais renouveler toutes choses ; ils n'auront plus ni faim, ni soif, parce que l'agneau qui est au milieu du trône sera leur pasteur. H les mènera aux sources d'eau vive, et Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux.

V. Abandonnons ce sujet trop au-dessus de notre faible intelligence, et fixons notre attention sur une circonstance du bonheur futur que saisira mieux notre esi)rit borné. L'apôtre saint Jean nous la fait connaître dans l'un des passages de sou livre. Alors un des vieillards prit la parole et me dit : Ceux qui sont ■velus de robes blanches, qui sont-ils et d'où viennent-ils'} Seigneur, lui répondis-je , vous le savez ; et il me dil : Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulalion. Cette circonstance paraît désigner d'une manière particulière les premiers martyrs qui souffrirent la persécution pour soutenir la cause de l'Evaiigile. Mais dans son sens général, elle nous donne aussi la consolante assurance que le repos de toutes les fatigues et de tous les maux de la vie est l'une des récompenses des saints, lorsqu'ils sont mis en possession des biens éternels. Le bonheur, tel que nous nous le figurons sur la terre, n'est en réalité qu'un état continuel de combats et de tribulations. Nul homme n'est complètement satisfait de son sort ; volant de projet en projet, sans cesse il s'agite, et son activité qui ne peut tout prévoir, ni mettre tous ses plans à l'abri des disgrâces, ne sert qu'à redoubler les tourments de son esprit. Fatigués par tant de traverses, nous appelons le repos à notre aide ; il nous semble que lui seul pourra nous satisfaire: puissants, obscurs, riches ou pauvres , nous l'implorons tous avec la même ardeur, nous volons tous a sa poursuite ; mais il fuit sans que jamais nos efforts puissent l'atteindre.

Dieu n'a pas joint , aux dons qu'il a faits à l'homme sur la terre, celui d'un repos inaltérable. Il nous commande de travailler sans cesse à devenir meilleurs; il veut que nous soyons utiles à nos semblables. C'est à celui qui remplira fidèlement ces devoirs, qu'il promet ses récompenses ; et tout semble se réunir pour nous soumettre à cet état continuel de travail. Le succès même nous satisfait moins que nos efforts pour l'obtenir. L'espérance qui les soutenait et les embellissait, meurt dès qu'il arrive. Si nul autre ohjet ne réveille notre activité, nous tombons dans une pénible insouciance ; mais qu'elle est loin d'être le repos 1 Tous nos vœux le demandent encore ; nos pensées nous le présentent sous la forme du bonheur ; cette image flotte sans cesse autour de nous, et le désespoir de ne pouvoir l'obtenir, pour terminer ce combat toujours renaissant, cause le tourment et l'inquiétude de la durée entière de nos jours.

DEMONSTRATION ÉVANGÉLlQUli. BLAIR.

C'est dans le ciel seulement que l'homme trouvera ce repos absolu que ses désirs cherchaient vainement sur la terre. C'est là que le peuple des saints a trouvé le repos des passions violentes, des vains désirs et des espérances trompées. Ils ont trouvé le repos que les péchés et les chagrins de ce monde misérable ne pourront plus troubler. Le repos ne sera pas une indolente cessation de travail, mais l'accomplissement de tous les vœux et l'éternelle jouissance de tous les biens. Les hommes vertueux se reposeront de leurs Iravaux, et leurs œuvres les suivront ; ils viennent de la grande tribulation. Ils ont parcouru avec honneur la carrière qui leur avait été ûxée. La robe du triomphe les couvre, et le souvenir qu'ils ont bien fait, accroîtra la félicité qu'ont méritée leurs œuvres.

VI. Il nous reste à considérer une circonstance qui nous éclairera sur le caractère et sur le bonheur des saints. Non-seulement ils viennent de la grande tribulation ; mais l'esprit de Dieu, pour expliquer ce texte, ajoute qu'ils ont lavé leurs robes, et qu'ils les ont blanchies dans le sang de l'Agneau ; expressions emblématiques, pour désigner leur pureté, et par quels moyens ils ont obtenu la félicité dont ils jouissent.

La nature humaine, pour devenir digne d'un bonheur tel que nulles paroles ne peuvent le décrire, a besoin de subir un si grand changement, que l'Ecriture l'appelle wne re'géne'ration. Toutes les institutions de la religion et les secours que nous accorde la grâce divine pendant que nous vivons, ont pour objet de nous faire acquérir cette naissance nouvelle, qui n'aura son complément que dans le ciel. Non-seulement cette régénération est nécessaire pour parvenir au bonheur des saints, mais c'est en elle aussi qu'ils trouvent une des principales portions de leur félicité. Quelle est en effet la véritable cause des misères et des souffrances de l'homme sur la terre? Nous ne la trouvons point dans l'inclémence de l'air, dans la variation dos saisons, dans les nuages qui nous privent de la chaleur du soleil. Nous ne l'attribuons pas davantage à l'inégale distribulion des biens , ni aux infirmités auxquelles nos corps sont sujets, car un esprit ferme et soutenu par le courage de la vertu, conserve sa paix au milieu de tous les assauts que peuvent lui livrer la fureur des éléments, les revers de la fortune et les plus vives douleurs de la maladie. C'est donc au fond de notre cœur qu'il faut chercher cette véritable source de nos maux. Notre humeur désordonnée , nos passions criminelles, nos préventions violentes, nos désirs insatiables : tels sont les instruments de nos douleurs. C'est par eux que les traits de l'adversité , que nous aurions pu repousser , deviennent inévitables et déchirants. "Voilà les coupes de colère qui se répandent sur la terre, et font de ses demeures le séjour de la désolation. C'est de là que sortent les remords, les mécontentements du. cœur, 1rs violences, les trahisons qui bouleversent les sociétés, et celle fureur sauvage qui oe laisse plus à l'homme que des sentiments féroces.

Bannissez le péché de la terre, que l'innocence et la charité descendent du ciel pour venir embraser tous les cœurs, et la demeure des hommes deviendra semblable au séjour de l'éternelle félicité. L'inaltérable joie d'une âme sainte, et le désir qui la presse sans cesse de se rendre utile à ses semblables, suffisent pour la rendre impassible aux maux dont nous nous plaignons si vivement. Ayons ces vertus, et la nature entière s'embellira pour nous. Cet âge de l'innocence, objet de tous les regrets, de tous les vœux, ces moments de bonheur, que les souvenirs, les écrits et l'imagination des hommes ont si souvent célébrés , prendront de la réalité pour nous; et, pour me servir du langage du prophète : Les lieux qui étaient secs se changeront en étangs, et la terre altérée produira des sources d'eaux. Dans les lieux qui servaient de gîte aux dragons, croîtra laverdure des roseaux et des joncs. Le loup vivra avec l'agneau ; le léopard avec le chevreau ; l'équité habitera dans le désert, et la justice reposera dans la campagne fertile. Le désert ie réjouira et fleurira comme la rose.

Puisque la présence constante de l'innocence et de la vertu sur la terre produirait de pareils effets , quelle sera donc l'étendue de notre bonheur dans cette terre nouvelle et dans ces deux nouveaux, où notre nature régénérée sera toujours d'accord|avec les objets extérieurs qui nous sont les plus chers? C'est l'imperfection de notre vertu qui nous empêche de concevoir l'influence que la droiture peut avoir sur notre félicité 1 Les robes dont les hommes même les plus parfaits sont vêtus, ont trop de souillures pour les laisser concevoir toute la beauté du vêtement d(! la justice. Mais lorsque ces taches seront effacées, lorsque ces robes auront repris leur blancheur et leur pureté, elles auront un éclat dont nous ne pouvons nous former aucune idée.

Quelle puissance a donc effacé les souillures dont les saints n'étaient pas exempts? Quelle puissance a rendu cette blancheur éblouissante et cette pureté sans tache à leurs robes? Elles ont été lavées dans le sang de l'Agneau, nous répond l'Esprit de Dieu. Ces paroles nous instruisent que la miséricorde divine a seule le pouvoir de soutenir les efforts des saints , et de les conduire jusiju'au bonheur éternel. Il a fallu le sang de l'Agneau pour racheter les péchés des hommes, pour expier leurs fautes et pour les régénérer. Leur nature dégradée ne pouvait se relever d'elle-même. Elle était incapable de regagner son innocence première et de remonter jusqu'à la société des anges. N<fs connaissances sont trop bornées pour mesurer l'étendue de la gloire des saints. Nos vertus ne sont point assez grandes pour la mériter, et notre habileté ne saurait pas même en jouir. Notre vue n'est pas assez pénétrante pour percer les nuages qui nous cachent le ciel. Il ser.iit toujo4,irs une région inaccessible pour nous , si le Fils de Dieu n'était venu frayer une route nouvelle et sûre. Les obligations qu'imposent à. la nature humaine le dévouement et les

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travaux de sa générosité sans bornes, seront une partie de la félicité des saints. Pendant l'éternité tout entière, ils se livreront aux transports d'admiration , de reconnaissance et d'amour que leur inspireront la gloire, la bonté du bienfaiteur et l'imniensilé de son bienfait.

Ces réflexions sur les biens qui nous sont promis , renferment plusieurs instructions importantes pour notre état présent. Elles nous apprennent à rectifier nos idées sur le bonheur , et nous prouvent que nous devons le chercher, non pas dans de vaincs apparences, mais dans ce qui peut influer sur notre esprit et sur notre cœur; dans nos bonnes dispositions, dans la pureté de notre âme, dans notre union sincère avec nos semblables, dans la volonté de leur être utiles, dans nos supplications pour obtenir la protection divine, et dans le désir constant que Dieu nous trouve dignes d'être admis en sa présence. Si de pareils sentiments ont conduit les saints dans le ciel, et s'ils y servent encore à rendre leur bonheur plus grand, combien ne doivent-ils pas nous paraître nécessaires pour nous rendre heureux sur la terre ? Celui qui s'écartera de cette route ne pourra que s'égarer, et ne parviendra jamais au bonheur.

Remplissons nos devoirs avec courage et persévérance , malgré les découragements qui surviennent dans la vie. Si nous voyons l'homme de bien opprimé pendant que le méchant prospère; si le monde, presque toujours injuste), ne paie nos meilleures actions que par de l'ingratitude ; si l'adresse abuse de la sincérité ; si le pouvoir sacrifie l'innocence, ne disons jamais , Cest donc en vain que nous avons purifié nos cœurs , et que nous sommes restés fidèles à nos devoirs I Consolons-nous par l'assurance que ces désordres n'existeront [pas dans le royaume de Dieu. Qu'importe qu'il afflige la plus faible portion de notre existence ? C'est une épreuve nécessaire, et qui bientôt cessera. Nous trouverons un ordre éternel et meilleur au milieu des cieux, qui nous attendent. Lorsque les maux de la vie nous semblent au-dessus de nos forces, levons les yeux, et voyons cette multitude innombrable de bienlieureux qui viennent de la grande tribulalion , et qui se tiennent devant le trône. Combattons avec courage jusqu'au jour où nous serons unis à l'assemblée des saints, et livrons-nous à la juste espérance que Dieu couronnera la constance avec laquelle nous aurons soutenu nos épreuves. Soyons patients et fortifions nos cœurs : car la venue du Seigneur est proche.

Ces paroles de notre texte nous apprennent quel est l'esprit qui doit diriger nos actions. La sainteté de noire conduite , la

dignité de notre caractère, et l'élévation toujours pure de nos sonlitnents', pourront seules nous nci^iter d'être idmis dans la société des anges et des justes parvenus à la perfection. Ne détournons point cependant entièrement nos regards et notre attention de la scène d'un monde où nous avons des devoirs indispensables et nombreux à remplir. Mais en agissant comme des habitants delà terre, souvenons-nous qu'un monde meilleur nous est promis , et que nous deviendrons indignes de l'habiter si nos actions sont criminelles, si notre conduite est irrégulière, et si nous tombons dans les pièges qui nous environnent. Pour rester modestes dans le succès et courageux dans les revers, souvenons-nous que notre âme est immortelle, et nous saurons alors conserver réga" lité de l'esprit au milieu de toutes les vicissitudes de la vie.

Que la vue des biens futurs nous enflamme de reconnaissance pour le Créateur de l'univers, dont la tendresse paternelle a, dès le commencement des temps, promis des récompenses à la justice : qu'elle nous embrase pour son Fils, qui s'est fait le dispensateur de ses miséricordes, et dont le sang a été répandu pour effacer nos taches et nous rendre notre dignité première. C'est surtout dans l'instant où le plus auguste et le plus solennel de tous les actes nous approche do Dieu, que nos sentiments d'adoration et de reconnaissance doivent éclater. Que la commémoration du Dieu fait homme, se dévouant à la mort la plus cruelle pour nous sauver, excite en nous toutes les effusions de l'amour. Au moment où les supplices l'attendaient, il nous a dit lui-même , en instituant ce divin sacrement: Faites ceci en mémoire de moi. Si nous pouvions vous oublier, ô mon Dieu I de quelle reconnaissance serions-nous donc capables? N'est-ce pas à' vous que nous devons le pardon de nos péchés, le retour de la faveur divine , notre victoire sur la mort, et notre espérance d'une heureuse immortalité ? C'est à vous que nous devons de pouvoir élancer nos regards au-delà du séjour des ténèbres et du désordre. C'est vous qui nous avez montré la cité du Dieu vivant. C'est vous qui nous avez ouvert la porte de la Jérusalem nouvelle, et qui nous avez guidés dans les sentiers de la vie. C'est vous qui d'âge en âge avez rassemblé cette multitude de toutes nations, de toutes tribus, de tous peuples qui se tient devant le trône.'C'eil à vous qu'ils doivent les robes blanches dont ils sont revêtus. Vous leur avez donné les palmes qu'ils portent dans leurs mains. C'est par vous, enfin, qu'ils contempleront à jamais la splendeur de la présence divine.

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DEMOrSSTUAÏION EVANGELIOUE. BLAIR.

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