SUR LA MANIERE DONT DIEU GOUVERNE LES PASSIONS DES HOMMES
Oui la colère de l'homme vous glorifiera, vous mellrez des hornes aux excès de sa colère.
(psal. LXXVI, 10.)
Ce psaume p;n-aîl avoir élé composé à l'occasion de quelque délivrance remarquable oblenue par la nalion juive. On croit généralement qu'il a été écrit sous le règne d'Ezéchias, et qu'ii faut le rapporter au temps de l'invasion de la Judée par Scnnachérib, et au moment terrible où l'ange du Seigneur extermina, pendant une seule nuit, l'armée de ce roi des Assyriens. On peut appliquer naturellement à cctle interposition du bras divin, ces expressions du texte: Alors il brise les flèches et rare, le bouclier et l'epéc, les instruments des batailles. Les hommes fiers de cœur sont intimidés ; ils ont dormi leur sommeil; il nest aucun (Veux dont le bras puisse défendre. A votre signal, ô Dieu de Jacob, le chariot et le cheval sont précipités dans l'inaction et le sommeil de la mort.
Le texte rapporte la réflexion pleine de sagesse et de piété du psalmiste, sur la violence des projets conçus par les ennemis de son pays, et sur l'issue que la Providence leur avait préparée: La colère de l'homme vous louera. Par cette expression nous devons entendre tout ce que, dans leur impétuosité, les passions concertent et s'efforcent d'exécuter; les projets de l'ambition et de la vengeance, la rage des persécutions, les fureurs de la guerre, les désordres que l'esprit de violence apporte dans l;i vie privée, et les commotions publiques qu'il excite dans le monde.
Tous les excès louent Dieu, non par leur intention et leurs projets, non par leur tendance naturelle, mais parles vues de sagesse et de bonté que la Providence les force d'accomplir, en tirant la santé de leur venin, en faisant de ces objets pernicieux des instruments de sa gloire ; enfin en les contraignant à concourir au bien général. C'est ainsi que la colère de l'homme, dont la justice de Dieu s'indigne, tourne à s» louange; et lorsquii le psalmiste ajoute: Vous mettrez des bornes à l'excès de leur colère, il annonce au crime qu'il se courbera devant la volonté divine, et qu'enchaîné par elle, il ne pourra que la louer et marcher à l'exécution de ses desseins. Dès qu'il prétendra dépasser ces limites, il lui dira, comme aux flots de l'Océan : Tu viendras jusqu'ici, mais non plus loin; là s'arrêteront les vagues orgueilleuses.
La dernière issue des événements démontrera la vérité de ces paroles ; mais ce sera seulement après la consommation de tout, que l'inlelligence humaine, affranchie dis voiles qui l'obscurcissent , connaîtra tous les secrets et toute l'étendue de l'administration divine. Si pendant la durée de nos jours nous ne pouvons expliquer tous les mystères de lu sagesse éternelle, ce qu'elle nous laisse
apercevoir de sa conduite nous explique assez le sens des paroles du psalmisle. Je m'efforcerai de le prouver dans ce discours , et je montrerai de quelle manière la colère de l'homme manifeste la louange, le pouvoir, la sagesse, la justice et la bonté de Dieu.
Observons d'abord que pour accomplir les grands objets doni se compose le gouvernement de l'univers, il était nécessaire que la perfection divine se montrât tout enlière à nos yeux, et nous fil tomber en adoration devant elle. Gardons-nous cependant de croire que l'Eternel a formé son ouvrage pour obtenir nos louanges. L'ostentation et l'amour de la vaine gloire sont des faiblesses qui nous appartiennent, et celui qui peu» tout na rien que de parfait. Indépendant et se suffisant à lui-même, il est heureux du bonheur qu'il ne doit qu'à lui seul. L'ordre général, et l'harmonie de la création proclament sa puissance et chantent sa louange ; le genre humain, pour arriver à la même fin, doit sentir la sujétion sous laquelle il est placé ; il apprend par elle que son premier devoir est d'admirer et d'adorer son souverain. Il a besoin d'être retenu dans la crainte par la vue de la main redoutable qui peut, à son gré, diriger ses actions, et les faire servir à des desseins qu'il n'a pu ni prévoir ni concevoir ; il s'instruit que c'est en maîtrisant ainsi tous les événements, que Dieu force /a colère de l'homme à le louer. Nous compreftons comment le ciel et la terre, ces monuments durables que la perfection suprême a seule eu le pouvoir de créer, glorifient le Très- Haut. L'homme de bien, formé sur son image, et réfléchissant les rayons de sa gloire, le loue également par ses vertus ; mais en voyant les vices et les passions les plus désordonnées contraintes de glorifier le Seigneur en n'agissant que pour accomplir les desseins arrêtés par la sagesse éternelle, nous reconnaissons la main divine à ce pouvoir qui la signale; et l'administration divine nous cause alors plus d'étonnement et d'admiration que si la bonne-foi, le bon ordre, la paix et la vertu régnaient seuls sur la terre.
I. La colèi'e de l'homme, en manifestant la puissance divine aux yeux de l'univers, de la manière la plus solennelle, tourne à sa gloire et la fait briller avec plus d'éclat.
Régner sur le monde moral et sur le monde physique avec une autorité que ne peuvent jamais altérer ni suspendre la turbulence et le désordre, est l'attribut particulier de la toute-puissance. C'est pour peindre cette autorité, que l'Ecriture représente l'Eternel assis sur les flots, balancé sur les ailes des vents, habitant aumilieu des ténèbres et des tempêtes. Prenant pour ministres de ses volontés les puissances les jjIus formidables de l'univers, il leur permet de se déborder, ou bien il le*