DONT DIEU GOUVERNE, ETC
assurer la perte de Mardochée par l'éritière extermination de la nation juive, devient la cause du triomphe de Mardochée et de la victoire que les enfants d'Israël remportèrent sur leur ennemi.
C'est ainsi que le Tout-Puissant enveloppe les pervers dans les pièges qu'eux-mêmes ont tendus, et qu'il élève ses desseins sur le» ruines des leurs. Ces mêmes événements, qui sous un seul point de vue semblent être des taches dans l'administration divine, ne font que lui donner plus d'éclat lorsqu'ils sont considérés dans tous leurs rapports et dans leurs suites. L'univers est d'autant plus magnifique et plus beau, que son système est plus vaste et plus compliqué. Ses mouvements, variés à linfini, sont tous réglés avec un art admirable, et sont tous maintenus dans une parfaite harmonie. Les intérêts opposés, les passions les plus discordantes sont tellement balancées les unes parles autres, la violence des désirs de l'homme rencontre des barr.ères si puissantes, et sa colère est si bien contenue, que ces impulsions dilTérentes, malgré leurs combals entre elles, concourent au même but et marchent toutes dans une seule direction. Tandis qu'une portion des habitants de la terre est soumise à l'autorité divine, qu'une autre a l'audace delà révolte, et que l'ivresse du plaisir la fait oublier à quelques-uns d'entre eux ; les mouvements de tous sont tellement réglés et dominés par l'invisible volonté d'en haut, que la ferveur du juste, la perversité du rebelle et l'aveugle indifférence du voluptueux contribuent finalement à la gloire de Dieu. Tous sont gouvernés de la manière qui convient à leurs facultés, à la liberté raisonnable qui leur est accordée, et tous cependant sont soumis à la nécessité d'accomplir les vues éternelles de la Providence. Cette profondeur de la sagesse divine dans l'administration de l'univers, dépasse toutes les forces de l'intelligence humaine, et fournil un sujet inépuisable d'adoration et de louanges.
III. La colère de l'homme loue la justice de Dieu par la manière dont il la fait servir dinstrument à la punition du pécheur.
Si les pécheurs observaient d'un œil plus attentif tout le cours des événements de leur vie, il leur serait facile de découvrir que la plus grande partie de leurs maux est le fruit du peu d'empire qu'ils exercent sur leurs passions. La succession des effets et des causes est tellement ménagée par la Providence, que les moyens de colère avec lesquels ils espèrent accabler leurs semblables, retournent presque toujours contre eux-mêmes. Si quelquefois ils échappent aux maux extérieurs qui sont la suite naturelle des passions violentes, ils ne peuvent point éviter les déchirements qu'elles produisent intérieurement. Une sagesse si profonde régit l'univers, que dans chaque événement les lois divines s'accomplissent contre le pécheur lui-même, et trouvent leur sanction dans son propre cœur. Ce n'est point par les horreurs d'une prison, ce n'est pas même en fiappant de sa foudre, que l'Eternel punit la colère de
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l'homme; il dispense sa justice d'une manière plus simple et plus digne de sa puissance; il lui suffit (iue le méchant déchire son propre cœur avec les passions féroces qui le i-eudcut si funeste à ses semblables; il le livre à lui-indiiie, el lui-même, il devient son bourreau. Vainement il tait ses souffrances en présence du monde;, les hommes n'ont pas besoin de les entendre pour être instruits que la plus cruelle des misères est d'être intérieurement déchiré par le dépit, par la soif de la vengeance et par lespassions haineuses. Encombinantainsilechâtimentavec le crime, en abandonnant les méchants à leur malice, en laissant à leurs remords le soin de les punir, la main vengeresse d'un souverain plein de justice se montre avec évidence, et le psalmiste a raison de s'écrier : Les méchants ont tiré Vépée et tendu leur arc pour frapper le pauvre et l'affligé ; mais cette épéc s'enfoncera dans 'leur cœur.
La colère de l'homme n'attesterait point assez la justice de Dieu, si les châtiments ne tombaient que sur les excès les plus odieux ; mais rien de criminel n'échappe au bras du Tout-Puissant. Les ambitieux et les hommes sans lois sont laissés à toute leur fureur, à toutes les passions qui les arment les uns contre les autres, afin que par leur destruction réciproque, il satisfassent à la justice céleste sans qu'elle emploie contre eux aucun moyen surnaturel. Us peuvent quelquefois se concerter ensemble pour conspirer contre le juste; mais aucun lien durable ne les unissant entre eux, ils deviennent la proie de leur jalousie mutuelle, de leurs débats et de leurs artifices. Pendant un temps, ils marchent sans obstacles, et semblent prospérer ; la justice du ciel paraît assoupie, mais elle veille, elle ne fait qu'attendre que la mesure de leurs iniquités soit comblée. Dieu se représente lui-même dans l'Ecrilure comme permettant quelquefois à l'iniquité d'atteindre jusqu'à une hauteur démesurée, afin (jue la chute soit plus ciTrayanlc et l'exemile plus terrible. Il dit au tyran de l'Egypte que c'est pour celte cause qu'il l'a élevé, et qu'il n'a permis son élévation et sa prospérité, que pour signaler en lui sa puissance, et faire proclamer son nom dans toute la terre.
L'administration de Dieu trouve sa gloire idans les châtiments qu'elle prépare au méchant, autant que dans les récompenses qu'elle assure aux justes. Tel est le dessein que le Seigneur s'est proposé sur toute la terre; telle est la main qui s'est étendue sur toutes les nations.
IV. La colère de l'homme sert à glorifier la bonté divine. Cet effet le plus inattendu de tous, exige l'examen le plus approfondi.
La réflexion nous aura bientôt fait reconnaître que la bonté de Dieu se montre dans tout ce qu'il fait, et que c'est par elle seule ([uil gouverne l'univers : son pouvoir, sa sagesse, sa justice, tout conduit à l'ordre général, au bonheur universel ; et la colère de l'homme devient, par l'emjjire absolu qu'il s'est réservé sur elle, l'un de ses principaux moyens pour arriver à cette fin.
C'est par elle, en premier lieu, qu'il éprouve, qu'il corrige et qu'il purifie le cœur de l'homme vertueux : gouvernant et maîtrisant les excès de l'ambition et de l'orgueil, il les fait servir à l'accomplissement de ses desseins, comme il permet à la tempête dagiter les éléments, dans le dessein de dégager l'atmosphère des vapeurs nuisibles , et d'empêcher la corruption qui suivrait une trop longue cessation de mouvement.
Lorsque les criminelles entreprises du méchant réussissent, lorsque d'une main oppressive et cruelle il exerce durement le pouvoir dont il s'est emparé, l'homme de bien s'écrie dans l'amertume de son cœur : Où est le Seigneur ? où est le sceptre de la justice et de la vérité? Dieu a-t-il oublié d'être miséricordieux île Très-Haut voit-il, connaît-il ce qui se passe sur la terre ?
Tandis qu'il appelle ainsi la justice du ciel à son aide, son oppresseur n'est, en réalité, que le ministre des bienfaits que Dieu lui dispense. L'homme de bien , devenu trop confiant dans sa prospérité, commençait à s'aveugler; il était prêt à devenir coupable; mais la bonté divine, en le livrant au pouvoir de son ennemi, le force parla tribulation de s'arracher à son erreur, et de revenir à ses devoirs.
C'est sous ces rapports que les perturbateurs de la terre sont souvent représentés dans l'Ecriture comme des fiéaux placés dans la main de Dieu pour châtier une nation dégénérée : chargés d'exécuter des actes de justice et de sagesse qu'eux-mêmes ils ignorent, ils sont rappelés et détruits dès que leur mission est remplie. Nous en avons un exemple remarquable dans la manière dont Dieu se servit du roi d'Assyrie contre le peuple d'Israël. Je l'enverrai, dit le Seigneur, contre une nation hypocrite et contre le peuple objet de ma colère ; je lui commanderai de se partager ses dépouilles et de conquérir un riche butin. Mais il n'en sera pas instruit ; son cœur sera dans l'ignorance, la seule intention de son cœur sera la destruction et le carnage des peuples. C'est pourquoi il arrivera que, quand le Seigneur aura accompli son ouvrage sur la montagne de Sion et sur Jérusalem, je punirai l'orgueil du roi d'Assyrie, el j'humilierai son front superbe. En vain la colère de l'homme veut se révolter contre Dieu. Il dit : J'ai fait tout cela par la force de mon bras et par ma sagesse, car je suis prudent. La hache peutelle se prévaloir contre celui qui s'en sert pour abattre? la scie peut-elle exalter sa puissance contre celui qui la fait agir (Jsa'ie, X, 6, 7, 12).
Sans consulter les résistances ou les volontés, tous h s êtres sont forcés de concourir au bonheur de ceux qui aiment Dieu. La colère de l'homme ne fait qu'occuper la place qui lui est assignée dans l'ordre céleste. L'implacable ennemi, l'orgueilleux conquérant, le lyran oppresseur sont soumis à la même puissance que la famine , la peste et les torrents dévastateurs. Leurs triomphes ne sont que les moyens avec lesquels le Très- Haut punit la terre ; mais il sait, dès qu'il lui plaît, réprimer les excès de la fureur.