BLAIR
représenter comme vains et superflus , ils voudraient persuader qu'ils n'ont pris leur origine que dans l'enthousiasme. La Divinité, disent-ils, est si fort au-dessus de nous, que nos adorations ne peuvent ni lui plaire, ni servir à sa gloire : nos cantiques et nos prières ne peuvent augmenter ni troubler le repos de l'Etre infini qui, du sein de son éternelle béatitude, voit passer devant lui toutes les générations des hommes, comme ils regardent eux-mêmes avec indifférence les insectes qu'un seul jour voit naître et périr. La crainte superstitieuse, disent-ils, a seule pu dicter ces formules d'hommages, et marquer les distinctions des jours sacrés que le vulgaire respecte, mais que les âmes grandes et libres regardent avec dédain (1).
Pour détruire ces raisonnements, inspirés par l'esprit d'insulte et de révolte, il ne faut qu'observer qu'ils ont contre eux le sentiment unanime de toutes les nations et de tous les siècles. La légèreté naturelle ayx hommes, et l'intérêt pressant qui les attache principalement aux objets qui les environnent, n'ont pu suffire pour éteindre dans leur cœur le principe sacré que le souverain Créateur du genre humain, l'universel mais invisible bienfaiteur du monde, non-seulement a le droit d'exiger d'eux le respect intérieur le plus profond, mais aussi tous les hommages et les adorations du culte extérieur. 11 n'est point question de décider s'il a besoin de ces hommages , il doit nous suffire d'être assurés que nous les lui devons, et le mépris le plus profond sera toujours le juste partage de celui qui se permet d'être ingrat, parce que son bienfaiteur est trop au-dessus de sa reconnaissance. La véritable vertu s'empresse, elle attache même sa gloire à prouver qu'elle garde le souvenir des bienfaits. Les différents citUes offerts par les habitants de la terre ont tous pris leur origine dans ce sentiment généreux. L'homme policé, l'homme sauvage elles saints ont tous également senti qu'ils devaient des adorations au Dieu de l'univers. Sans avoir besoin de se consulter entre eux, et d'un accord unanime, ils ont chanté des hymnes à la gloire du bienfaiteur suprême; ils ont adressé leurs prières au maître da monde. L'ingratitude et l'insensibilité peuvent seules garder le silence, lorsque tout ce qui est vertueux et bon fait entendre des chants de reconnaissance et d'amour. Que l'insolente raillerie se vante donc tant qu'elle le voudra d'être seule à se taire, pendant que la nature entière et tous les cœurs généreux adressent leurs adorations et leurs prières au Créateur, au bienfaiteur universel; son orgueilleux silence ne prouve que son ingratitude, sa bassesse et sa folie.
Ne nous bornons pas à ces considérations, il en est encore de plus sérieuses et de plus redoutables: la licence, en s'efforçant de jeter du ridicule sur les institutions du culte, et sur les devoirs de la piété, diminue if
(1) L'évêque Buller a mis ces raisonnrmonls dans le plus grand jour, ri. les a parlailenit;nl dévclop|ii;s (l:insson ouvrage imiiulé : Apologie de ta religion naturelle etrétélée. [Noie du docteur Btuir.)