‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 86 sur 202 · SUR LE GRAND DANGER DE SUIVRE LA MULTITUDE DANS LE MAL · texte numérisé non relu

SUR LE GRAND DANGER DE SUIVRE LA MULTITUDE DANS LE MAL

Tu ne suivras pas la multilude pour faire le mal. {Exode, XXIII , 2).

Placés dans ce monde comme des frères qui se doivent un secours mutuel, notre dépendance réciproque entretient constamment en nous le besoin de chercher quelques moyens capables d'adoucir les amertumes rfe la vie. H était nécessaire , sans doute, de rendre indestructible au fond de nos cœurs le désir de nous lier avec nos semblables , et de nous faire attacher un grand prix à leur bienveillance; mais et amour social, quoiqu'essenticl à la conduite humaine, a malheureusement, comme beaucoup d'autres excellents principes, été détourné de son objet originaire ; et dans l'état présent du monde , il est souvent une cause de mal. Le vice , en effet, n'ayant que trop abondé dans tous les temps, notre force qui s'accroissait avec le nombre de nos liaisons , n'a servi qu'à le propager plus facilement. Nous nous modelons naturellement sur les modes dominantes ; et la corruption , en se communiquant sans cesse, a marché bientôt avec une effrayante rapit'ité. La licence s'augmente en voyant se multiplier les exemples de libertés criminelles , elle croit se juslificr assez lorsqu'elle montre la foule des pécheurs, et c'est ainsi que l'immensité de leur nombre affermit leurs mains pour commettre l'iniquité. Aucun des âges du monde n'a vu les hommes préférer constamment l'empire de la raison à celui de la coutume ; peu d'entre eux s'informent quelle est la route droite; et presque tous s'élancent dans celle oij la foule à marché. Nulle exhortation n'est donc plus nécessaire, et ne doit être plus souvent et plus sérieusement rappelée que celle contenue dans ces paroles du texte : Tu ne suivras pas la multitude pour faire le mal.

Lorsque nous voulons conserver notre sûreté, nous prenons la première ella meilleure des mesures, celle d'acquérir la connaissance complète des dangers auxquels nous allons être exposés. Commençons de même par observer combien l'exemple des mœurs générales a d'influence sur nous et peut nous conduire dans le vice. Il n'est point pour le chrétien de vertu plus nécessaire ni plus difficile à pratiquer que la fermeté d'âme qui rend un homme inébranlable dans ses principes et qui le fait rester debout au milieu du torrent, de lacootume.delamodectderexemple. Tous les esprits se ressentent de cette force insinuante et secrète, même en restant étrangers à ses œuvres. Nous nous laissons insensiblement entraîner à imiter les manièresdeceux avec lesquels nous vivons; cette pente agit et se reconnaît jusque dans les choses qui nous sont indifférentes ; mais quelle puissance n'at-cUe pas lorsque nous-mêmes nous attachons intérieurement un grand prix à ce que nous

voyons faire? Nous desirons trouver une excuse lorsque nous voulons satisfaire nos goûts et nos passions, et nous croyons que 1 exemple de la multitude en est une suffisante. 11 n'est pas même nécessaire que notre cœur soit entièrement corrompu pour nous entraîner dans la voie des autres, nous nous laissons quelquefois décider par notre désir d obhger et par notre complaisance naturelle ; d autres fois nous cédons à la fausse honte, à la timidité; l'intérêt et l'espérance d'un succès nous déterminent ; mais combien le danger i;c devient-il pas plus imminentlorsque, dans les temps où le vice domine, notre désir d'iniitcr les autres etnotreservile complaisance s unissent avec lui pour attaquer notre vertu?

L'Ecriture n'est que juste, lorsqu'elle dit que le monde est toujours prêt à se lier pour la méchanceté. C'est dans cette école que tous les vices sont enseignés et qu'ils sont trop facilement appris. C'est là que, dès notre plus tendre enfance, nos cœurs sont égarés par les sentiments dangereux qui nous sont inspirés. On étale à nos yeux toutes les pompes extérieures de la vie ; on nous présente les richesses et les honneurs comme les premiers biens de l'homme, et comme les objets vers lesquels doivent tendre continuellement ses elforts. Il semblerait qu'ils méritent seuls de la déférence et du respect. Nos inslituteurset nos maîtres nous avertissent de la nécessité de respecter la religion et la vertu ; mais le monde rend leurs avis inutiles, en nous répétant sans cesseque les avantages de la fortune leur sont préférables, et qu'avant tout, nous devons travailler à perfectionner notre esprit. Les vices à la mode sont présentés comme des fautes légères ; et pour les empêcher de paraître odieux, ils sont désignés sous des noms adoucis et séducteurs qui n'expriment aucun déshonneur.

Nous entrons souvent dans le monde avec des principes pures et l'aversion du vice ; mais lorsqu'en avançant dans la vie nous sommes enfin initiés dans le mystère d'iniquité que l'on appelle les voies du monde ; lorsque nous trouvons la fraude et l'artifice établis dans toutes les classes ; lorsque nous voyons le mal autorisé pardes noms célèbres et souvent couronné par des succès, nos bonnes impressions originaires tombent avec vitesse; nos communications avec la multitude lamiliarisent nos pensées avec le crime, et l'horreur qu'il nous inspirait d'abord s'affaiblit graduellement. Nous croyons céder à la raison en commençant à penser que ce qui est si général ne peut être évidemment criminel. Le nombre immense des pécheurs nous fait douter de la malignité du péché : dès lors, loin de nous détourner à sa vue, loin de fuir les méchants, nous nous réconcilions avec les vices dont ils sont coupables.

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