SERMON SUR LA FOLIE DE LA SAGESSE DU MONDE
gueil parce que vous remportez quelquefois les avantages mondains après lesquels vous courez avec tantd'ariieur; regardez autour de vous, et vous verrez souvent le rebut du genre humain et les hommes que vous méprisez le plus, recevoir une portion égale ou supérieure à la vôtre, de ces mêmes biens que la main divine laisse tomber sur les méchants autant que sur les bons.
Secondement. La sagesse du monde est folie devant Dieu, parce qu'il se rit deses vaines tentatives. Les triomphes qu'elle obtient quelquefois ne lui sont accordes que pour concourir à Texéculion desdesseinsde laProvidencc. Les lauriers des conquérants et les succès des conspirateurs éblouissent et soutiennent les efforts de ceux qui travaillent à suivre leurs traces ; mais consultons les annales de l'histoire, pénétrons dans les détails secrets de la vie privée, et nous trouverons qu'il est bien rare que la scélératesse atteigne son but et que l'homme sans principe soit heureux.
La justice du Ciel, il est vrai, ne se manifeste pas toujours pendant le présent en rendant à chacun selon ses œuvres, mais l'œil observateur remarquera qu'il existe deux circonstances dans lesquelles le gouvernement divin s'est, dans tous les âges, rendu sensible aux hommes ; presque toujours les superbes conceptions de l'orgueil ne conduisent qu'à l'humiliation, et presque toujours aussi le méchantse prend danslespiégesqu'illendàses rivaux. La Providence marque profondément par des milliers d'exemples les traces de son gouvernement juste et redoutable, afin de forcer dès cette vie l'esprit humain à respecter et à craindre sa justice. A quelque degré d'élévation qu'il laisse parvenir la puissance de la terre, il ne lui permettra jamais d'égaler la sienne ni de lui résister ; et quels que soient les efforts de l'arliflce, il ne souffrira jamaisqu ils puissenls'opposer àsesdesseins. Tandis que la fraude rassemble toute son attention et multiplie ses détours pour à la fois assurer et cacher ses projets, le Tout-Puissant fait naître un événement imprévu dont l'apparence peu grave n'inspire d'abord aucune crainte ; mais tout à coup il se développe , la roue s'arrête , et celui qui croyait pouvoir la faire tournera son gré tombe dans le plus humiliant désespoir. Celui qui est assis dans les deux se rira des méchants ; le Scigne.^r les tournera en dérision , alors il leur parlera dans sa colère et versera sur eux les plus mortels déplaisirs (Ps.Xl, 4, 5.)
L'édiûce élevé contre ses décrets par leur politique astucieuse n'était qu'un édifice de poussière, un souffle de sa bouche a suffi pour le faire écrouler. Les méchants sont enveloppés dans leur propre malice ; ils sont pris dans la fosse que leurs mains ont creusée. Cet objet s'accomplit sur toute la terre, cette main s'étend sur toutes les nations (Isa'i'e, XIV, 26.) Troisièmement. La sagesse du monde est folie devant Dieu, parce que la Providence, même en lui laissant parcourir sans trouble toute sa carrière et remplir heureusement ses desseins, ne permet pas qu'elle produise rien par elle-même dont l'issue soit digne
de la poursuite d'un homme vraiment sage. Celte sagesse, toujours en contradiction avec elle-même, loin de conduire au bonheur, n'arrive qu'à des fins misérables. Celui qui croit à l'immortalité de l'âme montre-t-il de la sagesse lorsqu'il ne s'occupe que des intérèls de la terre et qu'il ne songe point aux punitions qui menacent les coupables? Montre-l-il de la sagesse celui qui se permet d'échanger ainsi l'éternité contre le temps ? La con(iuéte du monde ne dédommagera point de la perte de son âme.
Mais sans nous arrêter seulement à l'imposante pensée d'un monde à venir, ne regardons que les scènes ordinaires de la vie, nous verrons combien la sagesse du monde a de ressemblance avec la folie, et nous avouerons qu'elle ne conduit qu'à de médiocres avantages. Faisons l'énumération de tous les travaux, de toutes les souffrances et de tous les sacrifices par lesquels le sage du monde a besoin d'acheter ses succès. H a supplanté son rival, il a vaincu son ennemi, sa famille et lui sont au comble des honneurs, mais comment en jouit-il ? Avec un esprit souvent inquiet, avec un caractère au moins douteux , avec une réputalion mal assurée ; le monde conserve généralement des soupçons sur sa conduite et sur ses principes. L'homme judicieux et clairvoyant l'observe avec crainte et méfiance; vainement il se flatte que des apparences plausibles suffiront pour cacher le fond de son cœur, et pour rendre toujours impénétrable le mystère de ses mauvais sentiments. 11 est possible d'échapper pendant un temps fort court à la pénétration générale, mais celui que son rôle force de marcher pendant un certain espace de temps en la présence des hommes, el que les divers événements de la vie viennent éprouver, ne manque jamais de montrer à découvert la réalité de son caractère. L'opinion publique finit par être plus juste dans le jugement qu'elle porte de l'honneur, du mérite et de la probité; mais tandis qu'elle s'éclaire, les avantages de la fortune et du rang perdent une partie de leurs charmes Le temps les dépouille de leur première saveur, et les espérances éteintes ne sont rem ■ placées que par des soucis et des craintes. L'homme du monde aperçoit la haine et l'envie qui l'environnent et l'épient, et bientôt fatigué des basses flatteries que lui prodigue la cupidité, son cœur gémit d'être seul et de n'avoir aucun ami véritable. Cependant le temps continue son vol, il accumule les années sur sa tête, et lorsque le terme de sa vie s'approche, c'est alors que la foule des remords, des appréhensions et des troubles viennent empoisonner toutes les jouissances de sa prospérité.
Maintenant, sage de la terre, apprécie ton véritable sort, calcule les avantages acquis par ta prévoyance insidieuse, par ton égoïsme, par ton adresse pleine de duplicité, par ta politique profonde. Oses-tu dire quf ton cœur est satisfait de la règle dont (u as fait chois pour te conduire? Ton bonheur réel s'est-il accru dans la même proportion que ta for"
DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQUE. BLAIPx,
tune et tes honneurs? Tes jours s'écoulentils véritablement dans la joie ? Tes nuits sont-elles plus calmes et plus exemptes de soucis que celles de l'homme simple et juste que tu regardais avec un si grand dédain. Descends au fond de ta conscience; calcule si les gains, que tu ne pourras conserver au delà de la vie, compensent la crainte que t'inspire ton Créateur. La honte et la douleur ne viennent-elles pas se mêler à la joie lorsque tu sens que lu ne peux plus l'estimer loi-même, et que tu n'inspires qu'une sorte de mépris à tout ce qui est vraiment sage et vertueux sur la terre. Combien de temps , ô simples ! aimerez-vous la simplicité? Combien de temps les railleurs se pluironl-ils dans leurs railleries ? Les fous huïront-ils toujours iiiislruction ? Combien de temps encore aimcrczvous la vanité et courrez-vous après elle ?
Les réflexions précédentes sur la sagesse du monde, prouvent assez combien il est juste de la nommer /b/ie devant Dieu; cl combien les saintes Ecritures ont le droil d'en parler sévèrement en la désignant comme terrestre, sensuelle et même diabolii/ue. L'apôtre saint Jacques, pour nous donner une idée convenable de la sagesse qui vient d'en haut, dit qu'elle est pure, pacifique, douce, facile à être suppliée, pleine de miséricorde et de bons fruits, toujours impartiale et sans hypocrisie.
Telle est la véritable sagesse que notre do- Yoir et notre intérêt nous commandent également de cultiver. Elle a tous les caractères qui servent à l'élever éminemment au-dessus de celle du monde. Elle est ferme et généreuse, magnanime et sans crainte, uniforme
et conséquente. Le sage du monde est obligé d'arranger ses plans de conduite d'après les circonstances changeantes de la terre ; il chancelle, il s'embarrasse, il est rempli de craintes sur l'avenir, et le présent est obscurci par les troubles ; mais l'homme s;;gc aux yeux de Dieu se meut dans une sphère plus haute. L'intégrité qui dirige sa course ne le laisse jamais indécis, il cherche partout la justice, la décence el l'honneur, et satisfait dès qu'il les rencontre, il agit sans faire d'autres questions; il sait qu'il n'est pas en son pouvoir de déterminer l'issue des événements, mais il remplit fidèlement son rôle, en laissant à la providence divine le soin de veiller sur ses intérêts éternels et sur ceux de sa vie. Rassuré par cet esprit de sagesse qui s'accorde parfaitement avec la vij^ilante attention, il dédaigne larliflce et la finesse sans jamais renoncer aux précautions que conseille la pruJenee. On ne le voil point se confier à la faible imprévoyance, mais la noblesse et la grandeur de son caractère lui font repousser avec mépris tous les moyens que peut olfrir la dissimulation ; jamais il n'a recours au déguisement, parce qu'il le croit inutile, el parce qu'il rougirait de s'en ser vir. Tel est le caractère (jui fait à la fois aimer el respecter. Il annoblit le magistrat et le juge ; il accroît les honneurs et la dignité des rangs les plus élevés; il commande la vénération à toutes les cla^ses de la société; et pendant que la mémoire des artificieux se flétrit el s'évanouit, celle du véritable sage demeure parmi les hommes et reçoit de Dieu une gloire immortelle.
SERMOBï X.