SERMON SUR LE GOUVERN. DES AFFAIRES HUMAINES
et pour laisser le hasard présidera tous leurs iiUércts. Quelques anciens philosophes adoptaient, il esl vrai, cette absurde opinion ; mais n'attribuant ni la création ni le gouvernement du monde aux êtres qu'ils désignaient comme des dieux, ils ne doivent être rangés que dans la classe des athées.
De quelle manière la Providence s'entrcmet-cUe dans les affaires humaines? Par quels moyens influence-t-elle les pensées et les projets dos hommes? Comment cette influence ne les prive-t-e!le pas de la liberté de choisir et de vouloir? Ces questions, d'une nature mystérieuse, ont souvent fait naître des controverses tiès-difficiles à bien éclaircir; mais sachons aussi nous rappeler que rinlluence de la Divinité ne cesse jamais de diriger à travers les cieux la marche du soleil, de la lune, des étoiles, des planètes et des comètes, quoique ces corps célestes paraissent se mouvoir dans une libre carrière; et celle puissance directrice, nous ne pouvons pas mieux la définir que : l'influence divine sur les projets des hommes.
Quel que soit le mode employé par Dieu, et quoiqu'il nous soit inconnu, son pouvoir, qui régit tout, esl un lait dont la ceriiiude se fait sentir et reconnaître dans le monde moral commedans le monde physique. Or, lorsque rien ne peut altérer la vérité dun fait, nous n'avons pas le droit de le révoquer en doute, uniquement parce que nous ne comprenons pas les moyens qui l'ont produit. L'Ecriture nous atteste continuellement, et de la manière la plus claire, que Dieu prend part à tout ce qui survient parmi les hommes. Elle nous dit sans cesse qu'il dirige et gouverne la course des événements de manière à faire correspondre chacun d'eux à la sagesse de ses desseins et à la justice de son gouvernement. Le texte nous répèle explicitement et distinctement cette vérité; et toutes les pages des livres saints nous assurent que la Providence dans ses diverses dispensations récompense les justes ou les châtie suivant que sa sagesse l'ordonne et qu'elle ne manque jamais de punir les méchants.
Si Dieu ne commandait pas à tous les événements, s'il ne les surveillait pas tous, il ne serait plus le gouverneur suprême de l'univers. Puisque c'est à sa providence, qui domine tout et dirige tout, que s'adressent nos adorations et nos prières ; les perfections de la Divinité seraient sans aucun inléiêt pour le genre humain, si jamais elles ne venaient au secours de noire faiblesse et de noire misère. Le Tout-Puissant ne peut pas être spectateur ie.différent de la conduite de ses créatures, et le méchant n'est pas à ses yeux régal de l'homme de bien.
Il serait inutile d'étendre plus loin les raisonnements qui prouveraient l'existence et la nécessité d'une providence particulière ; chacun de nous en trouve le témoignage dans le fond de son cœur. Nous n'avons point besoin de rappeler les événements imprévus et terribles qui jettent les nations dans l'étonnement et les forcent de reconnaître la main de la Providence ; et sans recourir à
l'histoire des hommes d'Etat, aes guerriers célèbres, des ambitieux et des entreprises fameuses, bornons nos observations à la vie la plus uniforme et la plus simple, ne voyons que ceux dont la conduite ne cherche jamais à s'écarter de la ligne la plus ordinaire.
Kappelez-vous, mes frères, combien sont nombreuses les circonstances où vous avez senti que l'accomplissement de vos désirs et de vos projets dépendait entièrement de la volonté divine. Entraînés par votre imagination, vous aviez formé des plans dont vos vœux demandaient le succès. Vous n'aviez rien oubliédece que la prévoyance peut conseiller. Vous aviez épuisé toutes les combinaisons et pris vos mesures avec une prudence si vigilante que vos espérances vous paraissaient être appuyées sur une base inébranlable ; mais, hélas I un événement, si léger qu'il ne vous semblait pas même digne de votre attention et dont vous avez dédaigné de prévoir les suites, a cependant suffi pour changer le cours des choses, pour leur donner une nouvelle direction et pour renverser ces brillants mais frêles édifices.
Quelquefois la Providence a permis que vos plans se réalisassent, vous vous êtes alors applaudis de voire sagesse , vous vous êtes assis aux tables de la joie pour célébrer vos succès ; mais bientôt vous avez découvert avec surprise que vous n'aviez pas atteint le bonheur et que les décrets éternels avaient ordonné que tout ce que vous veniez d'oblenir serait frappé de vanité. Souvent la prospérité nous fuit malgré nos longs et pénibles travaux, et quelquefois sans qu'on laltende, elle tombe sur nous comme de sa propre volonté. Le bonheur dépend de ressorts secrets trop fragiles et trop délicats pour être mis en mouvement par l'art des hommes. Il exige une combinaison particulière des circonstances d'accord avec létal de notre esprit; toujours rencontrer une pareille combinaison est au delà du pouvoir de l'homme, mais Dieu peut l'elïectuer dans tous les instants. Sa volonté seule a réglé la série entière des événements, et les cœurs de tous les hommes sont dans ses mains, pour les tourner partout où il veut comme les eaux des fleuves. L'imperfection de nos connaissances, pour nous assurer de ce qui nous est bon, et l'impossibilité de nous donner ce bien lorsqu'il nous est connu, causent la foule des disgrâces qui témoignent sans cesse que la voie de l'homme n'est pas en lui-même, qu'il n'est jamais le maître de son sort, qu'en vain il pro' pose, que Dieu seul dispose, et que, dans les mains de la Providence , l'incident le plus léger est un instrument qui suffit pour renverser les plans les mieux combinés par les hommes.
Accident, hasard et fortune sont des mots souvent proférés auxquels l'homme attribue beaucoup de puissance, mais ils sont réellement vides de sens, ou s'ils ont une signification, elle ne sert qu'à désigner les opérations inconnues de la Providence. Soyons assurés que rien n'arrive sans cause ni vaine* ment dans l'univers de Dieu; chaque événC'*
DÉMONSTRATION fiVANGÉLIQUE. BLAIR.
ment a sa direction déterminée. Ce chaos des intrigues et des aftaircs humaines où nous ne distinguons aucune lumière, cette masse de désordre et de confusion qu'elles nous présentent sont tout ordre et toute clarté devant celui qui gouverne et dirige tout, devant celui qui fait survenir chaque événement dans son temps et dans la place qui lui convient. Le seigneur est assis dans les flots. Le Seigneur ordonne à la colère de V homme de le glorifier, comme il fait obéir la grêle et la pluie à sa voix. Il a placé son trône dans le ciel et son royaume domine sur tout. Le cœur de l'homme trace sa route, mais Dieu dirige ses pas.
Après avoir développé la doctrine du texte, je vais prouver combien nous pouvons en profiter. Commençons par observer qu'elle ne tend nullementà défendre à l'homme tout plan, tout projet, tout exercice de ses facultés actives. 11 ne suit pas du pouvoir suprême de la Providence que l'homme n'ait aucun rôle à remplir. Les efforts de notre industrie sont quelquefois trompés, mais il n'est pas dit qu'ils doivent tous être vains. Les moyens les plus ordinaires sont presque toujours ceux qui suffisent à la Providence pour accomplir ses desseins. L'homme traçant sa roule et poursuivant l'exécution de ses plans occupe une place dans les moyens dont la Providence se sert, il est donc appelé par elle aux efforts qui lui sont propres. Son Créateur l'a formé pour l'action, mais il ne peut être heureux que lorsqu'il agit d'une manière convenable. Aucun passage de l'Ecriture n'encourage la paresse ni la vaine et présomptueuse confiance dans la Providence. Elle nous défend de rien négliger de ce qu'il nous importe de faire, elle menace, au contraire, une pateiile conduite; mais la doctrine du texte doit être perfectionnée.
Premièrement. En corrigeant notre inquiétude extrême et trop curieuse sur les événements futurs de la vie. Cette anxiété donne naissance à beaucoup de péchés, et l'Ecriture la réprouve comme éloignant notre esprit de la pensée de Dieu, comme nous détournant des plus hauts objets de la religion et de la vertu, et comme reniplissant notre cœur de passions qui à la fois le tourmentent et le corrotnpent. Non-seulement elle est la cause de beaucoup de péchés, mais elle prend son origine dans la folie. En effet, d'après la manière dont nous venons déconsidérer la vie humaine, à quoi bon le bruit, le fracas, le trouble continuel, tant de soucis et de soins, comme si les issues do l'avenir dépendaient absolument do notre conduite? Dans ce qui dépend de toi, remplis ton rôle avec attention et prudence; mais dans ce qui ne dépend pas de toi, dans ce que conduit une main invisible qui peut renverser tous tes projets ou les couronner par le succès, ne te livre point à des inquiétudes immodérées sur des fins que tû ne peux pas connaître. En l'occupant avec tant do soms de lavenir, tu prends sur tes ép.iules un fardeau qui n'est pas pour toi et qu'en vérité tu n'es pas capable de porter. La lôlie de cette in-
quiétude s'aggrave encore par la considération que tous les événements sont sou> une direction meilleure et plus sage que nous ne pourrions les placer. Le mal que notre prévoyance nous fait craindre si vivement n'arrivera peut-être jamais; la Providence peut avoir lancé vers un point dilTérent le nuage épais qui semblait nous apporter la tempête ; ou lorsqu'elle éclatera, nos télés seront peutêtre tellement abaissées, quelles seront hors de sa portée; peut-être, s'il lui est permis de s'approcher de nous, cache-t-elle, à l'aide de son obscurité profonde, quelque bien secret que nous étions loin de prévoir. Qui sait ce qui est bon pour l'homme tous les jours de sa vaine vie qui passe comme l'ombre ?
Qui le sait? Dieu seul, mes frères. Il n'appartient de déterminer efficacement les événements qu'à celui dont la sagesse infinie fait travailler toutes choses ensemble pour le bien de ceux qui l'aiment. Soyons donc heureux de voir l'homme proposer et Dieu disposer. Combien, au contraire, naurions-nous pas à trembler si !a sagesscélernclle n'av lit que la stérile fonction d'imaginer, et si l'homme aveugle, ignorant et téméraire avait la pleine direction de ses propres déraarclies.
Cesse donc de te tourmenter en vain, en ajoutant aux maux inévitables de la vie le mal que tu te fais à toi-même en le livrant à cette tourmentante anxiété sur le succès de tes desseins. Ne t'écartc jamais de la grande règle do la sagesse et de la religion, fais ton devoir, cl laisse l'issue au ciel. Commets tes voies au Seigneur. Remplis ton rôle aussi sagement que tu le peux pour ton intérêt manifeste, mais alors avec un esprit ferme attends ce que Dieu voudra faire. Telle est la véritable sagesse, tout ce qui est au delà n'est que folie et vanité.
Secondement. La doctrine du texte n'a pas seulement pour objet de réformer l'anxiété , mais de fortifier la modération de l'âme dans tous les états. Elle humilie l'orgueil de la prospérité, et sauve l'adversité du désespoir. La prospérité présomptueuse est une source de vices et d'erreurs innombrables, elle fait oublier aux hommes Dieu et la religion, elle les enivre en les plongeant dans le tourbillon des plaisirs, elle endurcit leur cœur cl les rend insensibles aux détresses de leurs frères. Quel motif peut donc donner tant de présomption à l'homme prospère! 11 dépend dans tous les instants de son supérieur suprême. Ignore-t-il que la Providence peut, dans ce même moment, envoyer contre lui les revers les plus imprévus? 5e vanteru-t-il du lendemain, lui qui ne sait pas ce que le jour de demain amènera ? Il s'est peut-être dit dans son cœur : Ma montagne est fermement assise , je suis inébranlable ; mais pour le ren)plirde confusion et de trouble, Dieu n'a besoin que de cacher sa face. Celle éminence, qui n'a de rélévation qu'à ses yeux, et du haut do laquelle il regardait ses semblables avec orgueil , n'était qu'un f.iible amas de poussière. Pour la dis>i|;er, il n'a f.illu qu'un souffle du Toul-Puissant. Appartient-il à celui qui connaît si mal I^