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DIVISION DE L'INCRÉDULITÉ EN PLUSIEURS BRANCHES. PLAN DE CET OUVRAGE

KELATIE A CETTE DIVISION.

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Le refus de croire à une révélation émanée (le Dieu et à dos mystères incompréhoiisibies, est commun à tous les incrédules. Ce refus est fondé sur de prétendus droits de la raison. Il est hoîiteux pour elle, disent les incrédules, de reconnaître une autorité supérieure à la sienne : il est absurde qu'elle souscrive à des dogmes qu'elle ne conçoit pas. Sous ce point de vue, et avant que lincréviulité ail choisi un système j)arliculier, elle n'est autre chose que l'indocilité de la raison.

Telle est la disposition générale des incrédules : mais que leur apprend la raison, l'unique oracle qu'ils veuillent consulter ? C'est alors qu'ils se distribuent en différentes sectes.

La première est de ceux qui admettent l'existence de Dieu. Ils se vantent plus que tous les autres, et avec des motifs plus spécieux, de n'avoir abandonné dans le christianisme que ce qui est au-dessus de la raison, et d'en avoir retenu tout ce qu'elle confirme par son suffrage.

On ne connaissait autrefois ces incrédules que sous le nom de déistes. A mesure que toutes les matières concernant l'incrédulité ont été plus agitées, on est descendu dans un plus grand détail ; il a fallu subdiviser cette classe d'incrédules. On a donné le nom de théistes à. ceux qui croient, non-seulement l'existence de Dieu, mais encore l'obligation de lui rendre un culte, la loi naturelle dont il est la source, le libre arbitre de l'homme, l'immortalité de l'âme, les peines et les récompenses d'une autre vie. On a conservé le nom de déistes à ceux qui, se bornant à l'existence de Dieu, mettent tout le reste au rang des erreurs ou des problèmes.

La seconde branche de l'incrédulité est l'athéisme. Elle est pourtantla plusancienne : elle est aussi la plus répandue dans l'univers. Il y a eu des athées parmi les Juifs. 11 y en a eu dans le paganisme. Il y en a parmi les musulmans, et dans quelques contrées où

l'idolâtrie règne encore : le christianisme n'a longtemps connu d'autres impies que ceuxlà. En effet le premier et le plus ordinaire langage des hommes qui veulent justifier leuï révolte contre des lois qu'on leur annonce comme divines, est de dire. Il n'y a point de Dieu. 11 faut des raffinements de métaphysique, et dont on ne s'est guère avisé que dans le siècle précédent, pour être incrédules sans être athée. Mais comme nous considérons dans les divers systèmes de l'incrédulité, leur dislance de la religion, l'athéisme, selon cel ordre, marche après le théisme et après le déisme.

L'incrédulité peutfaire encore un pas pour s'éloigner davantage du christianisme. C'est de ne croire, ni l'existence de Dieu avec les théistes et les déistes, ni celle des corps et de la matière avec les athées, ni aucune vérité quelle qu'elle puisse être, soit dans la morale, soit dans les sciences spéculatives, en un mot de douter de tout, et de contredire tout sans exception. Elle ne serait plus alors qu'un pyrrhonisme universel.

Le dessein de cet ouvrage est de parcourir successivement toutes ces espèces d'incrédulité, de les combattre l'une par l'autre, et de tirer de chacune d'elles un triomphe particulier pour la religion.

La raison des incrédules se croit avilie par l'empire de la révélation et par la foi en des mystères incompréhensibles. Il faudrait du moins qu'elle n'abusât pas de son indépendance usurpée, et qu'elle sût garder seule son territoire où elle ne veut pas souffrir de tuteur ni de surveillant. On lui prouvera qu'elle s'acquitte mal de ce devoir. On n'en cherchera la preuve que dans les erreurs visibles des théistes et des déistes, les plus modérés de ses partisans. L'exposition de ces erreurs vengera la religion d'une raison in-? docile : première partie de cet ouvrage.

Les théistes et les déistes font profession de rejeter l'athéisme, mais leur incrédulité à

DÉMONSTRATION ÉVANGÉLIQUE. LE FRANC DE POMPIGNAN

ranimé ce monstre dans le temps même que quelques-uns d'eux s'attribuaient la gloire de l'avoir écrasé. C'est de leur écde même qu'il a tiré de nouvelles forces et une audace nouyelle. On le représentera, dans la seconde partie, confondant leur présomption, ne leur laissant d'autre ressource , s'ils persistent dans leur incrédulité, que de se ranger sous ses étendards, et vengeant ainsi la religion du théisme et du déisme.

Jusque-là l'incrédulité n'a d'asile que l'athéisme : mais ce poste est encore pire que ceux qu'elle n'a pu défendre. Le pyrrhonisme ne tarde pas à l'en chasser. Il oblige un athée à convenir, s'il est conséquent et sincère, qu'il n'y a rien de vrai ni dans la nature, ni dans les sciences, ni dans la morale. Ce dernier abîme , ouvert sous les pas de rincrédulilé, vengera, dans la troisième partie, la religion de l'athéisme par le pyrrhonisme.

De là il sera facile de conclure que le pyrrhonisme absolu et universel est le terme où toute incrédulité doit aboutir. L'ordre naturel des principes et des conséquences l'y mène de proche en proche. Telle est donc le véritable résultat de tous ces livres impies si multipliés de nos jours. Le développement de leurs pernicieux effets terminera cet ouvrage.

La religion u'a pas besoin de séparer ses ennemis pour les affaiblir, ni de les mettre aux mains pour éviter leurs coups. Elle les bat en détail avec ses propres forces : réunis, elle les vaincrait également. Mais puisqu'il est de l'essence de l'incrédulité de se partager en factions armées les unes contre les autres, et de laisser, en périssant ainsi , le champ libre à la religion, il est juste d'ajouter ce triomphe à toutes les victoires que la religion remporte par elle-même.

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