‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 98 sur 202 · L.\ RELIGION VENGEE DE L'INCRÉDULITÉ · texte numérisé non relu

L.\ RELIGION VENGEE DE L'INCRÉDULITÉ

à des lois physiques, au fatalisme. Suivant les manichéens, il était l'esclave du bon ou du mauvais principe. Suivant les hérétiqnes des derniers siècles, il l'est de la grâce divine ou de la concupiscence originelle. Du reste, et nonobstant ces erreur, foudroyées par l'Egliso, la voix unanime du genre humain a constamment déposé pour le libre arbitre. Epicure lui-même, pressé par un sentiment naturel de le connaître, avait introduit pour l'expliquer je ne sais quelle déclinaison dans ses atomes. Ce dogme, disait l'illustre archevêque de Cambrai, est toiit ensemble populaire, philosophique et théologique.

Enfin la raison vous montre l'immortalité ëe votre âme. Elle vous dit que cette âme n'a pas, dans son essence simple et indivisible, les mêmes principes de dissolution que le corps; qu'étant trop souvent dans ce monde, ou privée des récompenses de la vertu ou à l'abri des châtiments du vice, elle est réservée à un autre monde, le vrai séjour de l'ordre et de la justice ; que ses désirs d'être heureuse, toujours renaissants et jamais rassasiés par des biens périssables, annoncent sa destination à un bonheur immortel. Vous convenez que la perspective de celte immortalité est belle et consolante , utile au genre humain , nécessaire même à la plupart des hommes ; vous ne lui accordez pas la certitude et le droit de convaincre votre esprit. Il serait difficile d'allier les éloges que vous lui donnez avec ceux de vos principes, qui la font disparaître comme une trompeuse illusion. L'homme serait le plus vil des animaux, et la nature, ou son Auteur, aurait bien mal pourvu à ses besoins, si, pour le détourner du vice, l'animer à la vertu, le consoler dans ses peines, il fallait ouvrir ses yeux au mensonge et les fermer à la vérité. Mais ces avantages que vous n'osez refuser au dogme de l'immortalité (Dictionnaire philosophique), après avoir fait tous vos efforts pour le ruiner de fond en comble, prouvent contre vous au tribunal de la raison. De deux choses l'une : ou c'est elle qui par ses leçons fait tort à l'humanité, ou c'est vous qui ne les entendez pas.

Vous croyez un Dieu. Pourquoi ne l'honorez-yous point? Pourquoi dispensez-vous les hommes de l'honorer? 11 est vrai que s'il a révélé le culte qu'il exige, la raison ne peut l'apprendre que de lui. Mais elle n'a besoin que d'elle-même pour connaître et pour ofl'rir à nos yeux les devoirs qui obligent naturellement l'homme envers Dieu. Le premier est l'admiration et la louange : la majesté de son Etre nous l'impose ; le second est l'amour et la reconnaissance : nous devons ces sentiments à sa bonté et à ses bienfaits ; le troisième est l'invocation et la prière : son secours est l'appui de notre faiblesse, le remède ou le préservatif de nos m.iux ; le quatrième est la pénitence et l'expialion : le remorils , qui suit le péché, nous avertit qu'en cessant île le commettre il est juste de l'effacer par notre douleur. 11 n'y a rien en tout cela que la raison ne nous dicte. Elle ajoute qu'il ne suffit pas à l'hom-

me de renfermer ces sentiments dans son cœur; que, composé d'une âme et d'un corps , il doit à Dieu Ihommage de tout ce qu'il est ; qu'il doit à soi-même de produire au dehors ce qu'il pense et ce qu'il sent avec justice, à ses semblables, de s'unir avec eux dans cette manifestation. De là le culte extérieur et public , moins nécessaire que le culte intérieur.

Non , dites-vous , tous les rapports sont réciproques : il n'y en a point entre Dieu et nous. Il ne nous doit rien ; que pouvons-nous lui devoir? Fausse conséquence et tirée de principes faux , ou faussement appliqués.

Il y a entre Dieu et nous des rapports nécessaires. La distance infinie des natures les confirme, loin de les abolir. Rapports des serviteurs , des sujets, des enfants avec leur maître , leur souverain , leur père ; des malades avec l'auteur de leur guérison, des criminels avec leur juge , des captifs avec leur libérateur. Tous ces rapports sont réciproques , mais comme ils peuvent et doivent l'être. Ils supposent en nous la dépendance et les besoins , en Dieu la domination et la bonté. Nous lui devons donc tout, quoiqu'il ne nous doive rien , c'est-à-dire quoiqu'il n'ait reçu et qu'il n'attende rien de nous. D'ailleurs il se doit à lui-môme de faire du bien à des êtres intelligents qu'il a voulu créer. H doit à sa justice de ne punir en eux que le vice, et le vice dont ils ont pu s'abstenir. 11 doit à sa fidélité l'accomplissement des promesses qu'il a daigné leur faire : et comme la plus importante de toutes , et le terme de toutes les autres , est le royaume des cieux, m'appelle une re'cojw/jcnse, une coufoîînfcdejwsricc pour ceux qui auront rempli les conditions auxquelles il leur a promis. Ainsi, plus le gouvernement que Dieu exerce sur nous est indépendant des liens qui attachent sur la (erre les souverains à leurs sujets , la reconnaissance et l'intérêt , plus ce gouvernement est sage , bienfaisant , équitable. Il n'en mérite que mieux nos hommages.

Vous insistez néanmoins , et vous prenez droit de cette indépendance pour soutenir que les hommes ne doivent point de culte à Dieu. Jl n'en est ni plus heureux, ni plus grand. On le sait bien , on vous l'a répété mille fois , et vous devriez l'avoir lu dans nos livres sa\nts{Psalm. XV), à qui vous reprochez si souvent de faire dépendre la gloire de Dieu du culte de ses créatures, il ne l'exige donc point comme personnelleinent utile et nécessaire pour lui , mais premièrement parce qu'il est juste en soi , et secondement parce qu'il est utile et nécessaire à nous-mêmes. Dieu peut se passer de notre amour et de no? louanges ; nous ne pouvons nous passer de le louer et de l'aimer. Sa libéralité est au-dessus de nos actions de grâces; il est de notre intérêt comme de noire devoir de sentir le prix de ses faveurs. Nos prières ne lui apprennent pas nos besoins et nos maux ; elles prouvent que nous en sommes nous-mêmes touchés , et nous disposent à obtenir ce qui nous manque, à être délivrés ou défendus de ce gui nous nuit

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