‹ Dâemonstrations âevangâeliquesChapitre 99 sur 202 · CC · texte numérisé non relu

CC

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DEMONSTRATION EVANf.ELIQUE. LE FRANC DE POMPIGNAN.

Nos crimes n'effleurent pas sa souvciaine majesté; c'est ce qui nous rend plus coupables, c'est ce qui nous oblige, plus que tout autre motif, à les expier par le repentir. Considérez le culte divin dans toutes ses parties , vous n'en trouverez aucune qui ne soit avouée et même prescrite par la raison.

Après tout cela , il est facile de reconnaître l'insufGsance de ce second article de votre symbole : Je crois qu'il faut être bienfaisant et juste. Vous le croyez , et vous commencez par détruire le fondement de toute justice , les motifs les plus solides et les plus touchants de l'amour du prochain. Détrompez-vous : il n'y a plus de devoirs dhomme à homme, s'il n'y en a plus de l'hommeà Dieu.

Hé quoi! répondez- vous , ne dois-je rien âmes semblables dont fai besoin, cl qui ont besoin de moi , parce que je crois ne rien devoir à Dieu , aussi supérieur à la faiblesse de mes services qu'à celle de mon être ? Je vous entends : c'est sur les besoins mutuels des hommes que vous fondez uniquement leurs mutuelles obligations.

D'abord vous les énervez en leur étant tout autre appui ; car pourquoi séparez-vous de la compassion que m'inspire la misère d'autrui , du plaisir que je ressens à verser dans une âme la consolation et la joie, l'obéissance que je rends à Dieu , le désir que j'ai de lui plaire par ces actions bienfaisantes? Ce second motif ne fait rien perdre au premier du mérite et de l'activité qu'il peut avoir; mais il l'ennoblit, il le perfectionne, il l'affermit. Il ne peut y avoir trop de motifs pour les hommes de s'entr'aimer et de s'entre-secourir. Retrancher le plus noble, le plus pur, le plus universel , celui qui peut se faire jour dans les âmes naturellement fermées à des sentiments tendres et généreux , est-ce servir l'humanité? est-ce cimenter la morale ? Mais ce n'est encore là que le moindre défaut de celle que vous admettez.

Vous avez besoin de tel homme en particulier : je vois ce qui vous engage à lui faire du bien. Si ce besoin cesse, je ne le vois plus. Le besoin, diles-vous, qu'il a de moi. Je le veux d'après l'honnêteté naturelle que je vous suppose : elle vous fera peut-être mieux agir que vous ne pensez. Je le nie d'après vos principes : ils ne disent rien en faveur de l'homme qui vous est inutile ; ils

Parlent contre lui. L'autorité suprême d'un ieu législateur, votre maître et le sien , n'est plus un lien commun entre vous et lui. Concentré dans vous-même, vous avez pour dernière fin votre propre satisfaction. Quicon(]uc peut en être linstrument , vous est cher à ce titre, et ne l'est que par là. Quiconque n'y contribue pas vous est totalement étranger, et s'il y forme obstacle il vous devient odieux. Telle est la marche de vos principes. Pour en suivre une autre , il faut les oublier dans la pratique, et corriger leur perversité par une conduite qui les désavoue.

Je n'en dis pas même assez. Ces principes

tarissent par eux-mêmes la source des ac ■ tions bienfaisantes que l'intérêt personnel ne demande pas. Ils autorisent les forfaits les plus atroces provoqués par cet intérêt. Pour parler plus juste , conformément à ces mêmes principes , les forfaits ne méritent plus ce nom. Le préjugé seul et des conventions arbitraires le leur ont donné. Le suffrage de la raison les venge de l'horreur qu'en a la société. Tout homme qui croit trouver un avantage pour lui a les commettre en a le droit; la nature le lui accorde. Il ne lui est disputé que par la crainte de l'opprobre et du châtiment : tous deux peuvent être éludés , l'un et l'autre par un secret impénétrable , et le châtiment par une impunité, qui est réellement ou qui sait se mettre audessus des lois. Que si l'ignominie et le supplice paraissaient inévitables dans l'avenir, il resterait à balancer ce double inconvénient avec l'action môme , envisagée comme avantageuse dans le temps présent. 11 y a des hommes capables de se décider encure pour elle. Qu'on mette à l'écart les jugements de Dieu , qu'on ne consulte que l'intérêt personnel , on pourra dire que ces scélérats effrénés ne ressemblent pas à la plupart des hommes ; on ne pourra les accuser d'être ni plus méchants , ni plus aveugles qu'eux. Telles sont encore un coup les juste's conséquences des principes qui affranchissent l'homme de toute obligation envers Dieu , et ne fondent ses devoirs envers ses semblables que sur des besoins réciproques. Vous vous défendez de ces conséquences par l'habitude où sont les hommes, de suivre dans leur conduite, leurs goûts et leurs penchants, plutôt que leurs principes. Tantmieus: pour vous : j'ai bien voulu déjà le supposer. Tant mieux aussi pour tout ce qui vous approche, quand on vous connaît des principes dont les conséquences sont si funestes. Mais n'est-ce pas précisément ce qui rend ces principes exécrables, que pour l'honneur de quelques-uns de ceux qui les soutiennent, il faille supposer qu'ils ks démentent par leurs actions ? On voudrait pouvoir le supposer également de tous : la vraisemblance, la vérité ne le permet pas. Les principes de la morale la plus pure, celle de l'Evangile, ne sont pas dans plusieurs de ceux qui les respectent, des barrières assez fortes contre leurs passions. Voilà où il faut appliquer la remarque, que les hommes ne vivent pas toujours comme ils pensent. C'est le lieu de déplorer cette contradiction. Mais de bonne foi peuton supposer , que des principes favorables à tous les vices, destructeurs de toutes les vertus, n'opèrent pas leur effet naturel dans la plupart de ceux qui les adoptent? L'expérience de nos jours n'en a fourni que des exemples trop éclatants. Ils n'ont pas dû nous surprendre. Un torrent, dont les digues sont rompues , se déborde par la pente de ses eaux. Il faut des obstacles imprévus pour l'arrêter. Le cœur humain est assez disposé à des actions vicieuses. Il l'est surtout dans quelques hommes plus mal nés, ou plus indisciplinés que d'autres. Il n'y a donc

LA RELIGION VENGÉE DE L'INCREDULITE

rien de plus pernicieux, que d'ajouter à cette disposition des principes qui lui donnent un libre cours. Les liomtiics ont alors deux facilités pour le mal : l'une au dedans d'eux, et qui aurait besoin d'élre réprimée par les meilleures institutions ; l'autre venue du dehors, qui seconde et enllammela première, en s'efforçant de persuader aux hommes, que tout ce qui (latte leurs passions n'est pas un mal en soi. De tels principes ne peuvent être disculpés par le hasard d'une inconséquence pratique. Ils sont évidemment responsables de tous les crimes, qui en sortent comme d'une source empoisonnée. Renoncez enfin à ces principes, ou ne vous vantez plus de croire, qu'il faut être bienfaisant et juste.

Un déisme, qui dans un symbole si court respecte si peu la raison , a effrayé d'antres incrédules, persuadés de l'existence de Dieu. On les appelle théistes ; dénomination qui, toute semblable qu'elle est à celle de déistes, n'a pas aujourd'hui la même signification. Pour donner des théistes une idée générale (car je ne veux ni ne dois observer toutes les nuances du théisme),ils altèrent moins que les purs déistes l'idée de Dieu. Ils laissiMit plus d'étendue aux conséquences de c«lte vérité. Ils reconnaissent la Providence. Ils avouent, que Dieu est pour les hommes l'objet d'une adoration nécessaire. Ils admettent une loi naturelle, antérieure à la formation des sociétés politiques , supérieure à l'intérêt personnel et à nos besoins réciproques. Ils ne mettent pas en doute le libre arbitre, ni la vie future. Il en est même parmi eux qui s'élèvent avec force contre les athées, contre les ennemis de l'immortalité de l'âme et de toute rehgion. S'il faut les croire, ils n'auraient pas plus d'indulgence que les lois pour les hérauts d'une doctrine contagieuse, qu'elles proscrivent avecjustice. De la naît une morale plus saine, plus délicate sur les devoirs, plus éclairée sur les vertus plus sévère contre les vices, plus détachée des sens , moins accommodante avec les passions.

Jean-Jacques Rousseau a été de nos jours le théiste le plus rigide et celui de tous les incrédules, qui a le plus ménagé la raison dans le dogme, comme dans la morale. Ne cherchons pas d'antre cause du peu de sectateurs, qu'il s'est acquis parmi eux. Nous savons, que les louanges emphatiques, dont les chefs de celte secte le comblèrent d'abord, ne purent l'enchaîner à leur char. Etait-ce dès lors l'incompatibilité de ses sentiments avec les leurs qui les aliéna d'eux? Ou celte misanthropie soupçonneuse et celte jalouse idolâtrie de soi-même, qu'ils lui ont tant de fois reprochée? Nous l'ignorons. De pareils démêlés ne méritent pas d'être approfondis. Après tout ils n'eussent pas suffi, pour décréditer le citoyen de Genève auprès des mécréants. Son génie pouvait honorer leur cause. Sa hardiesse et sa franchise pouvaient la fortifier. Ils ne trouvaient pas en d'autres écrits que les siens des objections plus spécieuses, ni plus adroitement maniées, contre la nécessité de croire à une révélation. Aussi ont-ils inséré

dans l'une de leurs compilations quelques morceaux de son Emile, ceux où le vicaire savoyard attaque la religion révélée. Mais ils n'ont eu garde d'y joindre ses fortes et n;iïves peintures du philosophisme moderne. Ils ont rejeté ses maximes, soit morales, soit dogmatiques. Quoiqu'il ait prétendu ne les avoir puisées que dans les enseignements de la raison, elles leur ont paru trop voisines du christianisme. Elles leur proposaient trop de principes à recevoir, trop de conséquences à redouter, trop de devoirs à remplir. Tant de gêne s'accordait mal avec l'esprit d'une secte, où ils n'était entré, que pour jouir dune liberté sans bornes. S'il avait fallu perdre une partie de la leur, ils auraient presque autant aimé la sacrifier l»iut entière à une religion, qui avait du moins, pour régner sur elle, des titres que ce nouveau réformateur n'avait pas. Bientôt las de l'entendre, ils ont déserté son école. Jean-Jacques Rousseau, avec tous ses talents, avec toute sa renommmée, est l'écrivain incrédule qui a fait le moins de prosélytes. On ne lui en connaît point parmi ceux mêmes qui l'ont admiré jusqu'à l'enthousiasme. Le tiers parti qu'il semble avoir voulu former entre le christianisme et ce qu'il nomme le philosophisme , est peut-être réduit à sa seule personne, quoique ce parti soit sans contredit le plus raisonnable qu'un incrédule puisse embrasser. Tant il est vrai que les droits de la raison ne sont qu'un prétexte pour l'incrédulité I Plus on se rapproche de la première, moins on réussit auprès de l'autre. La discorde est inévitable entre elles, et l'on fera toujours d'inutiles eflorts pour les réunir.

Le citoyen de Genève est lui-même une preuve de cette dernière proposition. Car il ne faut pas s'imaginer que sa doctrine, préférable à celle des autres incrédules, ne porte aucune atteinte directe à la raison. S'il pense plus sainement qu'eux de la Divinité et de la Providence, il doute comme eux, et autant qu'eux , do la création , sans laquelle il est démontré , qu'il n'y a ni Providence ni Divinité. S'il adore , s'il remercie Dieu, il refuse de le prier , et ne paraît pas plus disposé à implorer s'a clémence miséricordieuse que sa bonté libérale. S'il parle souvent de l'athéisme avec horreur, que dirons nous de ce Volmar, dont il fait un athée dans sa Nouvelle Héloïse, et qu'il y dépeint toutefois comme un modèle de sagesse et de probité? Comment allierons-nous avec la morale de la raison , les fictions licencieuses de ce ro man, et le libertinage qu'il prête dans son Emile au Vicaire savoyard , qui n'en est pas moins son oracle? C'est favoriser ouvertement ceux de nos prétendus philosophes, qui ne condamnant dans la matière des mœurs que l'adultère, ou la débauche outrée et brutale, excusent et permettent tout le reste. Morale détestable, dont le principe ramène les vices mêmes et les excès qu'elle réprouve. Morale contraire à la raison , qui reconnaît dans l'incontinence un désordre indépendant du préjudice causé à un tiers, et du tort que l'on se fait soi-même, en ruinant sa for-

tune et sa santé. Morale enfin, dont des sages du paganisme auraient rougi. Ils savaient mieux jusqu'où s'étend la pureté des mœurs. Leur raison était cependant couverte de ténèbres que la lumière de l'Evangile n'avait pas encore dissipées. 11 n'a tenu qu'à nos incrédules d'ajouter à la leur le surcroît de cette éclatante lumière. Mais ce n'est pas le seul point, où pour n'être pas chrétiens, comme ils pouvaient et devaient l'être, ils se sont rendus eux-mêmes plus aveugles que des païens ne l'avaient été.

Ainsi, quelque face que prenne lincrédulité persuadée de l'existence de Dieu, elle offre des erreurs qui blessent la raison. Le nombre peut en être moindre ou plus grand, l'absurdité plus ou moins choquante, il y en a toujours assez pour la convaincre d'alleiitcr aux droits de la raison, dans le temps même qu'elle se vante de ne consulter qu'elle et de l'écouter fidèlement. On sent assez que la raison est encore plus mal interrogée, et sa voix plus mal entendue, par des athées qui nient la vérité la plus précieuse et la plus claire, par des pyrrhonicns qui doutent de tout. Vous cherchiez la raison, pouvons-nous dire à l'incrédule : c'est pour la trouver que vous prétendez avoir quitté le christianisme. Où est-elle donc? jusqu'ici vous n'avez pu l'atteindre ; elle vous échappe, elle vous fuit. Retournez sur vos pas, vous la retrouverez où vous l'avez laissée : le christianisme est son asile, et un asile d'autant plus sûr qu'elle y vit sous des lois qui la défendent contre elle-même de l'abus de sa liberté.

11 répoudra que des récriminations ne sont pas une apologie; que le christianisme est accusé (l'absurdité dans ses mystères ; et que ce n'est pas l'en justifier que de faire le même reproche à ses accusateurs. 11 est juste d'examiner cette réponse. Cet examen nous donnera lieu de distinguer, dans la maxime qu'on nous objecte, l'abus de l'usage légitime, ella fausse application de la véritable.

De quoi s'agit-il ici? est-ce de prouver immédiatement la divinité du christianisme?

On pourrait alors nous demander ces preuves et se plaindre de l'insuffisance des récriminations qu'on vient de voir. Il y aurait lieu seulement d'en conclure que si le ciiristianismc perdait sa cause, ce ne serait jamais au profit de l'incrédulilé: tous deux auraient tort; et la raison ne permettant pas de se rabattre ensuite sur le judaïsme, sur l'Alcoran ou sur l'idolâtrie, il faudrait retomber malgré soi dans le scepticisme universel. litrange extrémité sans doute! matière dès à présent deréflexionspour les incrédules, quiojiposent sans cesse la raison aux mystères du christianisme.

Mais ignorent-ils qu'il n'attend pas à établir sa divinité, que les erreurs de ses adversaires aient été mises en évidence? Avant tout il se montre à eux avec des caractères de grandiMir et de majesté, garants de son origine céleste; avec ses prophéties, que Dieu seul a pu dicter; avec des miracles, tels nu'ils n'ont pu être opérés que par la même puissance qui a créé l'univers ; avec son établis-

LE FRANC DE POMPIGNAN

sèment surnaturel, soit dans les moyens qui l'ont procuré, soit dans les obstacles qu'il a vaincus ; avec ses martyrs, dont il tire une gloire que les autres religions ne partagent pas(l); avec sa doctrine, qui, par un mélange

(1) Les ir.iils qui distinguent nos martyrs , sont : 1" Que les preniiors et les plus considénljks d'cnlro eux, les Apôircs, ont sonlfeils et sont morts en lénioignnge d'ini l;til qu'ils décliircnt avoir vu de leurs propres yeux , eiilcnilii de leurs oreilles , touché de IciU's niiiins, snvuir, Jcsus-Chrlst ressuscité. Ou conçoit conuneul les liouuucs peuvent se faire égorger pour une ddclrine fausse , mais qu'ils croient vraie. 11 est inouï, il est inipossilile (piejamais personne ait signé de son sang lui fait dont la fausseté lui était connue, tandis (|n'il ne lallail qu'avouer la vérité pour éiliappcr au supplice; 2^ Adrontcr l(!S tourments et la mort a pu être (|nel<iuefois im ellel |)urenient Innuain de l'orgueil et de rcnlétcmcni , portés à leur dernier excès. C'est , comme le suicitle , une cxoeptiou naturellement possible, et eu môme temps très-rare, aux règles onlinaiics (pieles hommes suivent dans leur conduite. M;iis irouvera-l-on rien dans la nature ((ui puisse expliquer la cooslauce do cetic mulliluile innombrahle de martyrs de tout âge, de tout sexe, de louie condition, savants romine igiorauis, qiuî le paganisme a iniuiolés dans les trois premiers siècles de l'i'jgliî-c et dans le commencement du f|uairicme? A ces reniar([ucs communes on peui ajouter celle-ci , qui me paraît importante.

Les martyrs, (pii sont la gloire de notre religion , ont eu (le Taux imiUitcurs, mais ils n'en ont eu (ii;e d:ins des sectes sorties de l'ancienne lig<! du (■ln■i^tianisme. En eU'cl , qu'cnlend-ou par le martyre, abslraciiou faiie de la jusiice ou de rinjusiice de sa cause? Ce n'est pas sim|)leuieiil tome mort soulTerle eu liaiue de la religion de celui qu'on lait mourir. Il faut de plus que cette mort soit volouiaire de sa part, dan^ ce sens, qu'd ait eu devant lui l'alternative, ou de vivre eu renonçant à sa religion, ou de niomiren y pcrsévéïaiit. Il meurt alors par la violence des hommes; et cependant il meurt avec liberté, parce qu'éianl le maître do se soustraire à cette violence, il aime ndeux y succoudier, que de ronsenlir à ce qu'on exigeait de lui. Je ne nie pis qiitî l'Eglise n'ait mis dans son culte , au rang des martyrs, des saints, qui ont été massacrés, sans avoir eu le loisir de déli» l)éicr entre la vie et la mort. Elle a jugé par leurs actions précédentes, souvent aussi par les dispositions qu'ils témoignaient à leurs derniers momeuls, qu'ils n'auraient pas manqué de iirélérer leur devoir à leur vie, si Topiion leur en avait éié offerte, et que cette préléreuce était alors dans leur cœur , quoique les hommes ne leur pernnssent pas de choisir. L'Eglise a connu à ces saints la foi et le courage des martyrs; elle leur en a décerné les honneurs. Mais elle n'en reconnaît pas moins (\ue quiconque a pu éviter, par le sacrifice de sa religion, la moit dont ou le menaçait, a laissé, dans celte mort généreusement acceptée un témoignage particulier de son attachement à sa religion. Tel est le caractère disliiiciif du martyre proprement dit : et ce n'est qu'avec celle condition qu'on le propose aux incrédules, comme Tune des principales preuves du christianisme. Or s'il cs^l vrai (pic ce caractère a pu être contrefait, je soutiens qu'il ne l'a été (|ne dans des sectes chrétiennes. Quel idolâtre nous cilcra-l-on, à qui le choix ail été donné de mourir ou de confesser un seul Dieu, et qui ail choisi l'idolâtrie et la mort? Quel musulman (pii ait refusé de sauver sa vie par rahjmaliou de Mahomel? Quel juif i|ui se soil laissé jneitre sur un liûclier, pliiUH (iiie d'adorer extérisurcment Jésus Christ? Ou sait ipie la liainc di: judaïsme a dévoué plus d'une fois à la mort des personnes qui le prati<|uaient. Mais sans examiner ici les inotils ni la justice de ces sanglantes exécutions.

incomparable de simplicilé, de sagesse et de sainteté, efface toutes les productions de l'cs-

je diini linrdiniPiU ([u'il n'y en a jamais en aucmie, où 1111 Juif, prêt à subir sa coiulainiiaiion , ail pu aclielcr sa grâce par des marques de clirisiianisme , el ne l':iii pas voulu.

« Qu'imporle , me dira-t on, ei que concluez vous de là, (lès (|ue vous êtes forcé d'avouer que l'hérésie a eu ses martyrs, seuihlnbles par leur fermclé à ceux du clirisiianisme?» Je pourrais disputer sur celle ressemhlarice. Eu csl-il un seul de qui l'on puisse prouver une couslaiice inéhraiilable , et toujours é<^:\\(' , depuis le ninuieiil de sa délenlion jusqu'à celui di- sou siiiiplice? Le procès (t'Aiine du Bdiirg l'ait foi, qu'iiiieiTogé sur ses scnlimeuls, il les p;illia dans ses preinièns réponses. C'est pouriaui Ii | lus fameuse, et toulà la lois la plus iuléressaule victime du zèle pour l'hérésie. Mais n'insistons pas sur ces faiblesses passagères doni presipie tous nos anciens mariyis ont été si éloignés ; su|)posous h ressembl:inc(! (|u'(ui nous (lenianilc à cet égard. Reslonl les deux dillérenccs décisives qu'on a vues plus haut : l'une, ((lie le chrisiiaiiisine a |)our ses plus illustres inariyrs les léuioius d'un fait sur Ii'S(|uels ils n'ont pu S'- irompor : au lieu que des liéiésiarqucs ou des liéréiiques sont morts en témoignage d'une doctrine sur iaiiuelle ils pouvaient cire et cul éié récllcmout trompés ; l'autre , que le courage qui fait mourir de celle S(U'le, peut avoir des causes ii;ilurclles dans un très-pelii nombre de personnes, et dans des occasions très-rares : au 'ieii qu'il est démontré surnaliirel parla quauiilé prodigieuse des marlyrs de toute espèce , que les premiers siècles de l'Eglise ont enfantés. Voilà d'abord notre ju-euve en sûreté contre l'exemple des faux martyrs de l'Iiéiésie.

11 eu est de cette preuve, comme dec(>l(csqui sont fondées sur les prophéiies et sur les miracles. Dieu a permis au démon d'avoir ses martyrs, de même que ses lliaumalurges et ses prophètes. Mais il ne l'a permis (|u'av(C une disproportion si manifeste enlre les organes du père du niensonge et les siens, que les hommes ont toujours pu en faire le dicerncnicnl. rependant il esi bon d'observer et c'est où j'en voulais venir, que l'esprit du mariyre est lellenienl propre au christianisme, qu'il n'a pu être représenté, inêiue par une iiiiilation défeciueiise, que dans des sectes cbrélieuues. Les prodiges cl les oracles (mt éié les piemièies voix que Dieu a fait entendre pour réveiller de leur léthargie les hommes trop accouiumés el trop insensibles aux merveilles de la nature. C'est pourquoi il n'y a pas eu de religions (|ui, jiour se concilier du respL'Ct, n'aient parlé d'oracles et de prodiges. Elles trouvaient les hommes persuadés que de pareilles lettres de créances étaiiuit nécessaires à des envoyés de Dieu. Ne pouvant en produire de véritables, elles oui loutes essayé de les contrefaire. Quant au martyre proprement dii, il e-t le fruif, de l'Evangile. On peut à peine en ciier deux exemples plus anciens, celui des trois jeunes compagnons de Daniel, qui ne périrent pas dans la fournaise, et celui des sept Machabées avec leur admirable mère. Aussi saint Grégoire de Nazianze a-t il remarqué dans ces exemples des vestiges d'un cliristiaiiisine anticipé. Les chrétiens avaient appris par les préceptes et par l'exemple de leur Maître, (pie sa religion, dés qu'elle est perséeiilée, devient un engagement au martyre : Fidem mariijm debilriccm, c'est l'expression de Terlullien. Les vrais disciples de Jésns-C.lirist ont réduii celte maxime en pratique, quand il l'a fallu. Des sectaires l'ont app!i(juée à leur doctrine, (pi'ds prenaient fau.sscuienl pour celle de l'Evangile. Il a maïqué à celte copie du martyre, avec la justice de la cause, les caractères de diviiîiié, qui brillent dans le modèle. Ainsi la gloire du martyre appartient e,ii christianisme tout entière, et inênie, si on ose le dire, à un titre que ses autres pré-

Li RELIGION VENGÉE DE LfNCRÈDULlTE.

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prit humain en ce genre, et prouve qu'elle est venue de plus haut.

« Mais les incrédules ne conviennent pas que toutes ces preuves soient sans réplique.» S'ils en convenaient, de quel front oseraient^ ils reprocher de l'absurdité aux mystères du christianisme?Qu'ils en conviennent ou non, il est toujours vrai que c'est sur ces preuves que le christianisme fonde sa divinité, qu'il consent même qu'on la lui refuse si ces preuves peuvent être détruites. La récrimination n'est donc pas une ressource nécessaire pour lui : on ne peut pas dire qu'il y ait recours en désespoir de cause ; ce serait une mauvaise défense; on voit assez que ce n'est pas la sienne.

Au surplus, si j'avoue aux incrédules qu'il y a des objections contre nos preuves, ils doivent aussi m'avouer que ces objections ont été mille fois réfutées. Je ne parle pas des suppositions téméraires, des réticences infidèles, des falsifications criantes dont les auteurs et les copistes de ces objections ont été convaincus ; je m'en rapporte à tous ceux qui ont quelque connaissance de ces matières. 11 suffit, pour sentir la force invincible de nos preuves, de jeter un coup d'œil général sur les difficultés qu'on leur oppose. A quoi se réduisent-elles dépouillées de toute plaisanterie, de toute satire, de toute déclamation? A des lieux communs qui prouvent peu par eux-mêmes, et qui ne prouvent rien du tout lorsqu'on no peut les appliquer aux questions particulières que l'on traite. « Il y a eu des révélations conlrouvées; donc celles de Mo'iso et de Jésus-Christ le sont aussi. Il y a eu des devins fourbes et mercenaires, des oracles trompeurs ; donc nos prophètes n'ont pas prédit l'avenir. Il y a eu des miracles supposés, ou des faits purement naturels, jugés miraculeux par l'ignorance ; donc les prodiges attribués à Moïse, à Jésus-Christ, aux Apôtres ne sont ni véritables ni divins. L'idolâtrie et le mahométisme ont duré longtemps, ont occupé de vastes contrées; donc le christianisme a pu se répandre et s'accroître par des moyens humains. L'erreur a eu ses marlyrs ; donc les nôtres ont été des imposteurs ou des fanatiques. Il y a quelques actes de martyrs ou douteux ou faux; donc ils le sont tous : dos circonstances, dans quelques-uns de ces actes les plus authentiques, moins certaines que tout le reste, ou qui ne cadrent pas avec nos usages et nos mœurs ; donc les actes eux-iuêmes sont apocryphes. Des bonzes, d,^s faquirs, desderviches viventen solitude, se livrent à d'étonnantes austérités; donc la vie angélique, conforme aux sublimes conseils de l'Evangile, est une illusion. Il y eut, dans les commencements du christianisme, des évangiles fabriqués ou falsifiés par des hérétiques"; donc il faut compter pour rien les quatre Evangiles que la tradition constante et unanime des Eglises chrétiennes

rogatives n'ont pas. Le pur et le véritable est l'une de ses plus fortes iireuves. Le faux ei le contrefait n'a pu être emprunté que de lui, ni se coinmuni(|iier à des religions qui ne lui rendent aucun hommage.

DEMONSTRATION EVANGÉLIQUE. LE FRANC DE POMPIGNÂN.'

ces principes immuables que ce qui a été une fois démontré vrai par un motif, ne peut jamais être prouve faux par un autre ; et que Dieu, comme auteur de la révélation, ne peut se contredire lui-même, comme auteur de la raison. Il est sage; car la sagesse consiste, dans la recherche de la vérité, à préférer, pour la découvrir, la voie la plus facile et la plus sûre, à celle qui est la plus incertaine et la plus épineuse. Or dès qu'on demande si des dogmes viennent de Dieu, également incapable do mensonge et d'erreur, il est sans contredit plus suret plus facile d'aller droit à la source, que de s'engager dans un circuit qui peut en détourner. La source est le fait même : Dieu a-t-il parlé? Le circuit est celte spéculation : Les dogmes qu'on m'annonce de. sa part sonl-ils par eux-mêmes dignes de créance? Si j'entends dire qu'un homme du plus grand poids a écrit une lettre, et s'il m'importe de le savoir, jai deux manières de m'en instruire; l'une d'en examiner de mes yeux les traits et le cachot; l'autre, d'en comparer dans mon esprit la teneur avec l'opinion que j'ai de la personne à qui on l'attribue. La première, plus régulière en soi, est infaillible, si ces traits et ce cachet sont d'une espèce à ne pouvoir être que grossièrement contrefaits. La seconde n'est qu'une preuve subsidiaire qui peut confirmer la première, et la confirme effectivement dans la matière que nous traitons, mais qui ne peut l'affaiblir, encore moins la détruire, s'il y a entre l'une et l'autre quelque opposition apparente.

L'accusation d'absurdité contre nos mystères tombe donc par la force seule du christianisme. 11 n'a pas besoin, pour la repousser, de mettre les incrédules sur la défensive. Mais ce qui ne lui est pas nécessaire, peut être utile, et aux juges de l'accusation, et aux accusateurs eux-mêmes. La récrimination est aussi faible qu'elle est odieuse, quand elle ne tend qu'à flétrir l'accusateur en pure porte pour l'accusé. Il n'en est pas ainsi de la nôtre : elle fournit de nouvelles preuves du parfait concert qui règne entre le christianisme et la raison. •

Les théistes et déistes accusent nos mystères d'absurdité. Voilà pourquoi ils prétendent n'avoir renoncé au christianisme, que quil est impossible à un homme sensé de cou- PO»'' s'attacher plus étroitement à la raison

Loir ni cLlmellre. C'est comme s'il disait î*!/"^; '«"•• ^'^ ''" ""^ n "? vArn'T.. ni .pJ

gcs de stipuler pour elle ? Vous n avez ni ses

pleins pouvoirs, ni sa mission. Que dis-je?

nous a transmis. Les quatre évangélistes ne racontent pas toujours les mêmes choses dans le même ordre, quelques-uns omettent des faits ou des circonstances que d'autres rapportent ; donc ils se contredisent mutuellement. Il y a eu de grands abus, de grands vices, de grands crimes parmi les chrétiens, parmi même les ministres du sanctuaire; donc la religion elle-même est un tissu de fables et de mensonges. «Quelles conséquences et quelle manière de raisonner ! Voilà pourtant dans l'exacte vérité tout ce qu'objectent à nos preuves du Marsais, Boulanger, Fréret, le lord Bollingbroke, l'auteur du Dictionnaire Philosophique et de la Philosophie de l'Histoire, etc.; voilà comme ils ont examiné, analysé , dévoilé le christianisme. Do si faibles raisonnements ne sont pas faits pour ébranler la foi: loin de renverser nos preuves, ils n"y touchent seulement pas.

Ce n'est jamais qu'avec répugnance que les incrédules font mine de les discuter ; ils y sont obliges : sans cela ils ne pourraient pas se vanter d'avoir répondu à (ont, d'avoir épuisé la matière; mais ils sentent malgré eux que cette discussion, réelle et sérieuse, décide pour le christianisme. L'incrédulité n'a rien de spécieux que ses difficultés contre nos mystères : c'est là son unique appui dans l'esprit, comme le dérèglement des passions est sa véritable origine dans le cœur. Sans ce dérèglement, l'incrédule n'eût pas été tenté d'abandonner une religion si propre à rendre heureux. Sans ces difficultés, il ne saurait comment se défendre des motifs qui l'obligent à croire. Elles s'emparent de lui, lorsqu'il a une fois résolu de se débarrasser du joug de la foi ; elles n'ont pas eu de peine à s'introduire et à s'établir dans son esprit. Les mystères sont d'un ordre supérieur à la raison ; les objections qu'on leur oppose sont sensibles et populaires; elles le rassurent contre des preuves auxquelles il ne voit pas de réponse. Tel a été le procédé de Jean- .Tacques Rousseau : et tous les incrédules feraient le même aveu, s'ils étaient aussi sincères que lui. Il prouve de la manière la plus lumineuse et la plus forte que l'Evangile n'a pu être l'ouvrage des hommes, et tout de suite il ajoute : Avec tout cela, ce même Evangile est plein de choses incroyables, de choses qui répugnent à la raison, et

en d'autres termes : « Je croirais à l'Evangile, si je n'y cherchais que l'empreinte de la Divinité; mais je n'y crois point, parce que j'y trouve des choses que je ne puis concilier avec ma raison. »

Les chrétiens raisonnent différemment; ils disent : L'Evangile est certainement divin. Les plus habiles incrédules sont presque forcés d'avouer cette certitude : les autres ne la contestent, qu'en recourant à de misérables subterfuges. Donc il n'enseigne rien dabsurde; donc nous devons croire ses mystères, quoique notre raison ne puisse les concevoir.

Ce raisonnement est juste ; il est fondé sur

Elle vous a déjà condamnés à son tribunal ; elle vous a convaincus de beaucoup d'erreurs capitales. Si nos mystères étaient tels que vous les supposez, ils ne seraient pas plu» absurdes que vos systèmes ; ils auraient encore l'avantage sur eux d'inspirer la vertu : ils ne partageraient pas avec eux l'infamie de justifier de certains vices, souvent même de les autoriser tous. Coupables de tant d'absurdités, vous avez trop mauvaise grâce à réclamer les droits de la raison. Votre témoignage n'est pas reccvable dans une cause qui la regarde; et c'est un préjugé pour nos

LA RELIGION VENGÉE DE L'INCRÉDULITÉ

mystères, que de vous avoir pour accusateurs.

En dépit de la raison vous prenez son parti ; el conlre qui? Contre une religion, qui lui a rendu d'inestimables services, qui a rallumé son llambeau presque éteint, qui l'a rétablie dans la plus noble partie de son domaine. « Services imaginaires, répondez-vous. La raison n'a jamais pu rien perdre, qu'elle ne l'ait recouvré toute seule. » Je soutiens le contraire, et j'en appelle à l'histoire de la raison.

Je ne demande pas que l'on compare l'état de la plupart des sciences avec celui où le paganisme les avait laissées ; rimpcrfection où elles sont encore dans un empire tel que la Chine, qui depuis tant de siècles a commencé de les cultiver, avec le degré de perfection où l'Europe les a portées. Cette comparaison pourrait néanmoins faire penser que l'esprit humain, accoutumé par le christianisme à s'élever au-dessus des objets sensibles, s'est trouvé plus de goût et de facilité pour pénétrer dans les sciences de raisonnement et de calcul. Quoi qu'il en soit del'influence, au moins indirecte, du christianisme sur le progrès de ces sciences dans l'univers, il est certain, et de la plus éclatante notoriété, qu'il a épuré, qu'il a étendu celles qui, véritablement utiles à l'homme, sont le plus digne objet de la raison. Car enfin n'est-ce pas le christianisme qui, en bannissant l'idolâtrie, a dissipé une ignorance déplorable touchant l'unité de Dieu, la pureté et la perfection de son être? Qui a fait croire aux peuples, comme aux savants, et à tous avec une assurance inébranlable, que ce monde que nous admirons n'est pas l'effet du hasard, ou d'un destin également aveugle, mais que ce Dieu unique et toutpuissant l'a créé, l'a formé, et le gouverne par ses lois? Qui a fixé les doutes de la philosophie, agrandi et fortifié ses connaissances sur la nature de l'âme, sa distinction d'avec le corps à qui elle est unie, son immortalité, sa liberté, son souverain bien, ses devoirs envers elle-même et dans l'ordre social?

Tous ces dogmes sont, je l'avoue, du ressort naturel de la raison. Maintenue dans son intégrité primitive, elle n'aurait pas eu besoin d'une nouvelle révélation pour les connaître. Ils faisaient partie de ( e trésor précieux de connaissances, dont l'hoaime, sorti pur et innocent des mains de son Créateur, fut alors enrichi (1). Ils ne s'éteignirent, ou ne s'obscurcirent dans l'univers, qu'à mosure que les cœurs s'y corrompirent, que les esprits s'y aveuglèrent, et que la succession des siècles y affaiblit le souvenir des anciennes traditions. 11 a fallu que Dieu, voulant tirer les hommes d'une si funeste ignorance, leur proposât ces mêmes dogmes avec tout l'appareil de son autorité. Dès qu'ils ont paru aux yeux dessillés de la raison, elle les a

(1) Cor dcdil illis excogilandi, el disciplina inlel- Iccuis rcplevil illos. Creavil iilis sciciitiam spirilus. Sensu iuiplevil cor illorum {EccUs., XVII, StJ).

reconnus comme des vérités qui lui étaient familières. Semblable à un homme, dont les idées suspendues par un sommeil long et profond, reprennent à son réveil leur cours accoutumé : qu'on lui rappelle ce qui a précédé son assoupissement, il le retrouve dans sa mémoire. C'est ainsi que la raison a été ramenée par le secours et sous la conduite de la révélation dans le droit chemin d'où elle s'était égarée. Mais dès qu'c lie y a été une fois remise, elle s'est vue en état d'y servir elle-même de guide, toutefois en ne se séparant plus de celui qui l'a si bien servie. Or est-il croyable qu'une religion, à qui la raison à de si grandes obligations, lui ait fait en même temps l'injure d'abuser honteusement de sa crédulité? Qu'elle ait été tout à la fois sa plus sage restauratrice et son ennemie la plus insensée? Que, dans le dessein de séduire les hommes, elle les ait éclairés sur l'objet même de la séduction qu'elle leur préparait ? Car c'est précisément ce qu'il faudrait dire du christianisme, si les absurdités qu'on lui reproche étaient réelles. Il n'est point de notions qu'il inculque plus fortement que celles qu'on oppose à ses mystères de la Trinité, de l'incarnalion, de la rér demption, du péché originel. Il était donc bien assuré de l'accord de ces notions avec ces mystères, ou lui-même a donné le préservatif du piège qu'il voulait tendre. Un procédé si bizarre, contraire à toutes les maximes de la raison, à touies celles de l'intérêt, est sans exemple parmi les inventeurs des fausses religions. Je ne dis rien delà mythologie païenne, ni des cultes idolâtriques encore subsistants. On s'imagine bien que ce n'est pas là qu'il faut chercher des vérités lumineuses, mêlées avec des erreurs palpables : on trouve ce mélange dans l'Alcoran. Mais qui ne sait que Mahomet a tiré ses erreurs (le lui-même, et a emprunté les vérités dont il a semé son Alcoran, des livres sacrés des Juifs et des chrétiens ? Ces livres ne lui étaient pas inconnus : les vérilés qu'il y a puisées étaient avant lui répandues dans le monde. Qui ne sait aussi qu'il a défiguré ces vérités, celle par exemple de la récompense éternelle des justes, par des fables conformes à ses propres passions, et à celles des hommes dont il fit ses premiers prosélytes? Qui ne sait enfin que ce n'est point par la persuasion, mais par les armes, que lui et ses successeurs ont remporté des victoires sur l'idolâlrie? Le chrisiianisme, au contraire, n'a point trouvé les vérités qu'il venait enseigner, affermies déjà par une éclaiante et longue possession. Il ne les a ni déguisées ni altérées par des mitigations flatteuses pour la nature et pour les sens. Il n'a point proposé à des hommes charnels un paradis voluptueux. Il a, par ses instructions, éclairé les esprits, sanctifié les mœurs, et n'a employé que la parole pour abattre l'idolâtrie. Qu'une religion, si différente de toutes les autres, si merveilleuse en elle-même, eût mêlé, non par ignorance, mais de propos délibéré, des erreurs absurdes à tout ce qu'elle a de raisonnable et de grand, je le répète, cç

DEMONSTRATION EVANGELIQUE. LE FRANC DE POMPIGNAN. 078

serait un mystère plus incroyable que tous les nôtres. Les incrédules p'-jH trouveront jamais ni de cause dans la nalarc, ni d'exemple ians les histoires : et dans rallernaLive, ou de l'admetlre, ou de rejeter leur accusalion, tout homme sensé prononcera qu'elle est fausse, cl que nos mystères, qu'ils taxent d'absurdité, sont des vciilés révélées.

C'est donc dans le christianisme que la raison conserve tous ses droits. Elle y l'-ouve, et ne trouve point ailletirs, l'assemblage complet des vérités naturelles, qui sont parmi les hommes les fondements du bonheur cl de la vertu. Elle y trouve aussi dos dogmes qu'elle ne comprend point, et on lui ordonne de les croire. Mais qu'il y ait des vérités incompréhensibles pour elle, cela ne l'étonné pas. Il y en a dans la nature : il est lout simple qu'il y en ait dans la religion. Que ces dogmes, où elle ne comprend rien, captivent son obéissance, c'est un sacrifice qu'on lui demande, mais dont elle est la première à reconnaître la justice cl la nécessité. Toutes ses lumières conspirent à le lui persuader : la certitude, évidente pour elle, que Dieu a parlé ; l'idée qu'elle a de Dieu, qui ne peut se tromper par lui-mcmi', ni tromper ses créatures ; le mérite qu'elle aperçoit clairement dans une foi qui est tout ensemble sage et aveugle, sage dans ses motifr, aveugle dans son objet, et par cet aveuglement même, riiommage le plus parfait que l'esprit humain puisse rendre à la souveraine vérité.

On oppose à une religion, si amie de la raisun, une incrédulité, qui affranchissant la raison de la dépendance où la religion la tient, adopterait d'ailleurs lout ce qu'elles peuvent avoir de commun : mais d'abord, pourquoi briser les liens de cette dépendance, si la raison ne s'en plaint pas, si même elle s'en applaudit? Sous ce pninl de vue, il n'y aurait rien à gagner, il y aurait à perdre pour elle dans l'incrédulité, qu'on prétend substituer à la religion. Encore si la raison, dépouillée des avantages que la religion luiprocure, conservait son entier patrimoine : l'incrédulité le lui garantit. On a vu comment elle lui tient parole. Nous avons inutilement cherché une incrédulité, qui ne fit pas des brèches à la raison. Les théistes et les déistes, qui se rapprochent plus que tous les autres incrédules des sentiments consacrés par le suffrage unanime du genre humain, ne sont pas pour cela

d'accord avec la raison. 11 n'y a point d'incrédules qui ne la contredisent, les uns plus, les autres moins, toujours dans la même proportion que chacun d'eux s'éloigne du christianisme.

Une raison indocile à la révélation, et cependant exempte d'erreur dans tout ce qui est de son ressort, n'est qu'un fantôme. Les incrédules l'annoncent avec ostentation. Il est nécessaire à leurs vues. S'il pouvait être réalisé, ce serait le plus dangereux ennemi de la religion. 11 en délivrerait les hommes, qui redoutent sa sévérité, en leur épargnant la honte d'acheter celte délivrance par un divorce manifeste avec la raison. Ils n'auraient alors avec celle-ci d'autre tort, que de la séparer malgré elle, et contre ses intérêts de a religion révélée. Du reste le dépôt desvcriés naturelles subsislerait dans cette sépara-

lé

tion ; et il ne serait plus impossible qu'un incrédule fût honnête homme, sans déroger à ses principes. Dieu n'a pas permis ce nouveau genre de tentation contre la foi. Pour le prévenir, il n'a eu besoin que de livrer les incrédules à euv-mêmes. Le fantôme, forgé de leurs mains, s'y est évanoui. Au fond ils en avaient plus de peur, et avec raison, que le christianisme. S'il était de l'honneur de l'in-r crédulité de le montrer de loin, il n'était pas du goût des incrédules de lui donner de la consistance et un corps. Leur amour pour une licence, colorée du nom de liberté, en aurait trop souffert. Ils en ont menacé la re^ ligion, parce qu'ils ont cru qu'il pouvait lui nuire: ils l'en ont vengée, parce qu'il ne pouvait leur plaire.

Tel est le service que les déistes et les théistes rendent, sans le vouloir, à la religion. Elle en reçoit de pareils desaulres incrédules, quoique ses ennemis encore plus déclarés. Ce n'est plus précisémenlparleurserreurs qu'ils la servent. Elles l'emportent néanmoins en extravagance et en impiété sur le déisme et sur le théisme. On verra dorénavant les incrédules se démasquer, se combaltre, se terrasser successivement, s'arracher les uns aux autres les armes destinées à l'attaque delà religion ; et chacun d'eux, trop faible pour sa propre défense, n'avoir de force que pour la ruine commune de l'incrédulité. Les athées ouvriront la marche. C'est par eux que la religion est vengée des théistes et des déistes.

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