XIV INTRODUCTION
que les plénipotentiaires, ses collègues, témoignaient eux-mêmes à l'égard de son affirmation d'un certain scepticisme. On ne comprendrait guère en effet, que tant de personnages sérieux et même illustres aient passé dans la capitale de l'Allemagne plusieurs semaines d'un hiver rigoureux pour y discuter le régime de navigation qui convenait à un fleuve, s'ils avaient cru, suivant le rapport du plus autorisé d'entre eux, qu'au beau milieu de ce cours d'eau se trouvaient 1850 kilomètres tout à fait impropres à ladite navigation.
Mais il est un autre rapprochement qui s'impose. Justement l'année même où se tenait la conférence, une compagnie anglaise avait acheté aux maisons françaises de la côte d'Afrique ceux de leurs comptoirs qui étaient établis dans le bas Niger. Grâce à l'ingénieux artifice de l'octroi d'une charte, cette compagnie allait émettre la prétention, commune à toutes les Chartered, de sous-déléguer ses droits souverains à tous ses agents, même indigènes, et de faire ainsi de tout acte de commerce, un acte de prise de possession politique. Rien n'était plus difficile que de procéder au nom de tels principes et par de tels moyens à l'annexion de territoires aussi grands que l'Europe centrale, si le grand fleuve qui sert d'artère à toute la région était soumis au régime libéral en vigueur pour les fleuves internationaux. Ce caractère international disparaissait immédiatement si Ton admettait avec sir Edward Malet que le Niger se trouvait former deux tronçons, l'un à la France en haut,