XXX INTRODUCTION
comme un bruit de castagnettes. Nous sommes bien en Espagne! nous nous hâtons de descendre, ne serait-ce que pour goûter un peu du charme du « plancher des vaches ». Mais la ville elle-même vaut qu'on y pénètre, même quand on n'a pas de dépêche à mettre au télégraphe. C'est une très jolie souspréfecture du Midi, élégante et propre. Seules les cultures de bananiers qui sont entreprises ici pour l'exportation en grand sur l'Angleterre, témoignent, avec les beaux cocotiers de la place du Gouvernement, que nous sommes sous les tropiques. Le ciel est pur, l'air léger, les gens ont l'air discrets et distingués. On sent qu'il fait bon à vivre ici. Je comprends que les Anglais veuillent s'emparer de ce joli pays. Du reste, ils arrivent dans les îles, et, comme à Cannes, comme à Beaulieu, comme partout, se croient chez eux, imposent autour d'eux leurs mœurs, leurs tuberculeux, voire, ce qui est un progrès, leurs w^aterclosets.
Ils imposent aussi leur concurrence et leurs marchandises, car leurs navires tiennent le premier rang parmi ceux qui fréquentent cette station à charbon; elle paraît d'ailleurs faite exprès pour eux.
L'île ne fournit pas que des bananes, des tomates et des fruits des tropiques, elle produit aussi du vin, car la vigne vient merveilleusement sur la cendre volcanique et les débris de lave qui constituent la majeure partie du soi arable. Nos colons algériens et tunisiens auraient beaucoup à apprendre de ces vignerons établis depuis des siècles sous un climat