XXXII INTRODUCTION
que par ce renversement de toutes mes idées préconçues, de la grossière erreur que je m'étais forgée si gratuitement moi-même à leur sujet.
Rentrons à bord pour quelques jours encore avant d'apercevoir la véritable Afrique, l'Afrique noire. Nous passerons auparavant par des hauts-fonds, qui, à hauteur de la baie du Lévrier, signalent le banc d'Arguin. C'est, paraît-il, comme Terre-Neuve, un de ces lieux de rendez-vous, où les poissons, pour des raisons inexplicables — du moins on ne me les a pas expliquées, — se rassemblent en quantités innombrables. Une compagnie s'est même formée pour exploiter cette richesse naturelle. Un frère de M. Borelli, Jules, l'explorateur du fleuve Omo et des Somalis, est venu s'installer sur cette côte, où il a passé deux saisons entières de pêche.
Il faut véritablement être du bois dont était fabriqué Saint-Jean le Stylite, pour vivre ainsi des mois en plein tropique, au milieu du Sahara, sans autre élément autour de soi que le sable du désert et l'eau de la mer. Aussi uti tel homme mérite-t-il d'être cru à l'égal d'un saint. Voici ce qu'il dit : Il est parfaitement vrai qu'il y a sur le banc d'Arguin du poisson, et d'excellent poisson, à profusion. On le prend très facilement, mais les moyens de conservation employés n'ont donné, peut-être à cause de la température excessive, que des produits exportables de qualité relativement inférieure. La morue, par exemple, était brunie, au lieu de rester blanche comme à Terre- Neuve.