‹ Dahomé, Niger, TouaregChapitre 43 sur 66 · CHAPITRE Mil De Yaourt à Saye · texte numérisé non relu

CHAPITRE Mil De Yaourt à Saye

Yaouri, théâtre de la mort de Mungo-Park. — Savez-vous ce que c'est que faner? — Ktat de guerre permanent. — De Gomba à Saye. — Le roi d'IIo, ses guerriers. — Traité. — Konipa. — Le Yolof Ali-Bouri. — Ahmadou de Segou et Tidjani. — Une ville détruite par mois. — Ahmadou de Saye. — Un rhumatisant opportuniste. — Un jour qu'on ne retrouve plus.

Saye, le 25 mai 1895.

t Monsieur le Ministre,

€ J'ai riionneur de vous rendre compte ci-après des opérations de ma mission depuis le 25 avril.

« Dans les deux lettres que je vous ai écrites devant Yaouri, et à Yaouri même, en y arrivant le 26 avril, je n'ai pas pu vous entretenir de ce pays.

< Contrairement à l'opinion admise, et si fermement ^'tablie que M. de Lannoy siî?riale une affirmation différente comme une preuve d'imposture de la part d'uo témoin de la mort de Mungo-Park, Yaouri est non pas seulement le nom d'un royaume, mais celui d'une très grosse ville située sur la rive gauche du Niger, en bordure le long du fleuve. Il faut croire que les frères Lander, les premiers voyageurs qui prétendent avoir

visité le pays, ont été abusés par leurs guides ou que la ville s'est déplacée depuis *.

« Le récit rapporté par l'Anglais Duncan^, le plus cynique imposteur qu'on ait encore écouté, concorde d'ailleurs assez bien avec l'état des lieux tels que je les ai vus.

« Notre chef batelier, nommé Tarou, qui a fait seize fois le voyage d'IUo à Boussa et qui est universellement aimé et estimé dans toute la vallée pour sa grande probité, son sang-froid et son habileté professionnelle, m'a d'ailleurs confirmé la version rapportée par Duncan. Après bien des réticences causées par la crainte d'un si grand forfait, il a fini par me montrer l'arbre où était attacliée la pirogue du voyageur blanc lorsqu'il fut tué 3.

« L'embarcation de Mungo-Park, poussée au large après sa mort, s'est bien perdue dans les rapides de Boussa, mais il n'était plus dedans quand elle chavira.

« Je n'ai trouvé personne à qui parler à Yaouri,

1. Rien n'est plus amusant que de lire dans le récit des frères Lander le détail des plaisirs champêtres qui accompagnent la moisson dans le pays des Gombriens (de Boussa à Yaouri). On se reporte malgré soi à la gracieuse lettre de M"* de Sévigné.

« Savez-vous ce que c'est que faner? — On s'en va batifolant

par les champs..., etc. » Au moins M"' de Sévigné n'allait faner dans les prés qu'au moment où l'on coupe les foins, tandis qu'au mois de juillet, époque où les frères Lander placent leur voyage en Combrie, et leurs joyeux ébats parmi les moissonneurs, il y a cinq mois qu'il n'y a plus un épi dans les champs.

Combien nous serions surpris de lire un jour dans les récits d'un explorateur, venu de la lune, que le carnaval est une fête donnée en France à l'occasion des vendanges!

2. Ce Duncan, qui est probablement resté toute sa vie à la côte, dit avoir recueilli le récit d'un marchand venu de Yaouri. C'est peut-être la seule vérité qu'il ait dite.

3. Ce Tarou faillit être capturé dans le village de Zamaré (10 kil. aval de Yaouri) et donna lieu à un incident dont il sera parlé plus loin. (Franchissement des rapides de Boussa, à la descente.)

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parce que le roi était à la guerre : il avait envoyé, quelques jours avant mon passage, un premier lot de trois cents esclaves qui avaient été vendus sur le marché, et il continuait le cours de ses succès.

€ Il me fit dire par un envoyé spécial et par son fils qu'il me priait instamment de le rejoindre pour le seconder et surtout d'apporter de la poudre.

« Bien qu'il fût à deux jours seulement dans l'intérieur des terres, à hauteur d'une station où je devais atterrir, je déclinai l'invitation, tout en envoyant quelques cadeaux à ce roi victorieux.

c La ville de Yaouri est située en amphithéâtre sur une colline qui baigne ses pieds dans le fleuve : en amont et en aval sur la même rive, se trouvent de nombreux villages formant banlieue. Sur la rive droite et dans les îles que forme un gigantesque épanouissement du Niger, on voit se grouper une suite continue de maisons, formant des villages baribas, dépendant du roi de Boussa.

€ Yaouri, qui peut avoir de 40 à 60 000 habitants, est un marché considérable où l'on trouve surtout du riz, du mil, des haricots, des pistaches, de la bière, du lait, du beurre, animal et végétal, des poissons secs, des étolTes, des pagayes remarquables, du miel et des bonbons expédiés assez loin, des pagnes, etc. La monnaie est le cauri. Le collier de cent perles de Briare s'y vend 1000 cauris, ou s'y échange pour cinq litres de riz. Le roi de Yaouri possède surtout des villages sur la rive droite et sur quelques îles. Il a pour voisins d'aval le roi de Bedinka. Leur frontière commune est entre Kosimalo (Yaouri) et Tonou (Bedinka).

< La puissance du roi peut s'étendre jusqu'à quatre jours de marche dans l'intérieur des terres. Lorsqu'il ne combat pas contre ses voisins de l'est, c'est au roi de Boussa, possesseur de presque toute la rive droite, qu'il s'en prend.

« Il résulte de cet état de guerre, quasi permanent, que la navigation du Niger, entre Boussa et Gomba, est assez peu sûre. Un gros marchand de sel qui avait dix jonques chargées et voulait les faire conduire au marché de Wourno, a profité de notre passage pour me demander à nous accompagner.

« Malgré les réserves de Tarou, je lui accordai la permission de voyager de conserve avec nous, pensant être ainsi dans mon rôle de blanc et de protecteur des professions paisibles. J'eus pourtant à me repentir quelque peu de cette condescendance, car j'appris plus tard, qu'assurés, grâce à nous, de l'impunité, ces hommes s'étaient permis toutes sortes de mauvais procédés à l'égard des autorités baribas des pays où nous faisions escale.

« A partir de Tchakachi, ville bariba, à 6 kil. rive droite en amont de Yaouri, les villages deviennent plus rares et on n'en rencontre plus guère que tous les 12 ou 15 kilomètres; ils appartiennent au roi de Boussa jusqu'aux environs de Gomba. Le roi de Boussa vient chaque année faire la guerre dans cette partie de cette frontière, et, suivant le cas, il abandonne les villages conquis, après en avoir tué ou capturé les habitants, ou bien il les repeuple avec des contingents baribas. La ville de Bariconda est dans le premier cas, celle de Djébé, dans le second.

« Gomba est un village de 5 ou 6000 habitants, qui tire une certaine importance commerciale de sa position, vis-à-vis de l'embouchure de l'affluent de la rive gauche. Cet affluent pénètre vers Wourno et Sokoto, et est navigable pendant presque toute l'année juscpi'à cinq ou six jours en amont de Gomba.

« Aussi, les Foulbés de Wourno et de Gando avaientils jugé nécessaire d'occuper ce dernier point. Bien qu'il fût situé sur la rive gauche, Gomba devenait ainsi l'entrepôt de leur commerce sur le Niger.

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« Mais, depuis la désagrégation si rapide et si complète de l'empire de Damfodio, il n'y a plus aucun lien entre Gomba, Gando et Sokoto. Non seulement j'ai traité avec le roi de Gomba, sans que celui-ci voulût avouer la moindre subordination à Gando ou à Sokoto, mais mes marchands de sel, en venant me remercier et prendre congé, m'apprirent d'un air désolé que deux rois plus puissants que ceux de Gomba et de Gando se faisaient la guerre sur le Goulbi el Kelbi, et qu'il leur devenait impossible de quitter Gomba. Cette interposition de deux États entre Gando et Gomba me semble, mieux encore que les dénégations du roi de Gomba, prouver l'absence de toutes relations de subordination effective entre ce dernier et le roi de Gando.

« De Gomba à Saye, nous parcourions un segment du fleuve sur lecjuel aucun blanc n'a navigué jusqu'ici. J'en fis donc le relevé avec un soin tout particulier. M. le lieutenant de Garnap, de l'expédition Grûner, est en effet, comme M, le commandant Decœur, passé par terre entre Kirotachi et Ilo.

€ A Ilo, qui était la patrie de Tarou, j'eus quelque peine à décider mes bateliers à ne pas s'arrêter pour procéder à leurs semailles. Ils avaient espéré que je me rebuterais avant de dépasser leur village. Aussi, avaientils cherché à ralentir notre vitesse en aval d'IIo. Ils avaient mis en œuvre pour y arriver toute leur finesse, toute leur force d'inertie. A partir d'Ilo, voyant que j'étais décidé à marcher, malgré les tornades, ils changèrent de système , et , comme j'avais promis t(X)0 francs de gratification à Tarou si nous arrivions ensemble chez les Français établis au nord de Saye, il ne songea plus qu'à marcher au plus vite pour revenir en temps utile au travail de ses terres.

« Ilo est un gros bourg d'environ 6 à 8(MM> habitants, de race bariba, commandés par un roi qui est le frère aîné de celui de Boussa et le frère cadet de celui de Niki.

« D'après mes constatations personnelles, il vit en excellents termes avec le roi de Boussa, et bien que leurs royaumes soient distincts, ils n'en sont pas moins étroitement unis, tant par leur amitié que par l'identité de race de leurs sujets.

« Les gens d'Ilo sont, comme ceux de Boussa, de remarquables bateliers, et bien que le calme de leurs eaux ne leur ait point donné l'occasion d'acquérir au même degré les qualités de sang-froid et d'intrépidité de leurs frères installés sur les rapides, on y trouverait peut-être plus de ressources en batellerie qu'à Boussa même. Gela tient à ce qu'il existe auprès d'Ilo une forêt d'arbres à bois très dur, très favorable à la construction des pirogues. Le type de grandes pirogues que j'ai rencontré à Boussa et qui circule de Saye à Rabba, est, en effet, originaire d'Ilo Ces pirogues portent facilement de trois à cinq tonnes, et, ainsi que vous pourrez vous en assurer en lisant mon rapport spécial sur ce point, elles exigent pour leur construction un art personnel consommé de la part du charpentier. Il n'y a pas en France quatre ouvriers d'art sur cent qui soient capables d'un pareil travail. Cette industrie est moins développée à Boussa, où elle est d'importation récente, car les frères Lander ne parlent que de pirogues en tronc d'arbre et certes, s'ils avaient vu une seule pirogue du modèle de celles que nous utilisons, ils n'eussent pas manqué de la signaler.

« Ilo n'est pas au bord de l'eau, mais à 3 kilomètres dans les terres. Le port est à Griss. J'ai fait visite au roi, auquel j'ai remis une expédition de traité. Il m'a rendu ma politesse le surlendemain seulement, ayant dû, m'a-t-il dit, convoquer un grand nombre de ses sujets, les plus distingués, tant pour palabrer à propos du traité, que pour m'honorer davantage par le nombre et le luxe de son escorte.

« Il était en effet très bien entouré, lorsqu'il est arrivé,

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et c'est en présence de deux ou trois cents cavaliers de bonne marque, suivis eux-mêmes de valets armés, que nous avons procédé à la cérémonie de la signature du traité et de la remise du drapeau.

c Je ne m'attarde pas dans la description des costumes et de l'armement, car l'adjudant Doux a pris, depuis Arenberg, une série de photographies qui vaudront mieux que toute description ^

€ De Ilo à Kirotachi, treize jours de marche, nous quittons le pays des Baribas. Jusqu'à Kompa (sixième jour) on trouve encore les grosses villes de Kasaki, Madikalé, Garou, Gaya, Tara, Quanza et Karoumama. Mais, dans cette dernière localité, nous sommes avertis que nous avons devant nous un pays dévasté.

€ Et ici se confirme la situation que Tarou m'avait dépeinte comme constatée par lui, lors de son voyage à Saye, eiTectué en 1894.

« Le nommé Ali-Bouri, chef yolof, bien connu au Sénégal pour son audace et sa haine du nom fronçais, chassé par nous de son pays, s'est réfugié d'abord dans le Fouta. Puis, il est venu sur le Niger avec un nommé Tidjani, marabout dont le fanatisme l'inspire et le protège : Ahmadou, sultan dépossédé de Ségou, s'est joint à eux, et tous trois disposant d'environ trois cents chevaux et quatre cent cinquante fusils à deux coups, s'installèrent à Bomba, entre Kompa et Kirotachi. De Bomba partaient périodiquement des expéditions dirigées surtout par Ali-Bouri. Les trois associés ont détruit ainsi à peu près une ville par mois. Parmi les h;il)itnnts, les mules adultes sont tués, les autres vendus, soit au marché de Saye, soit à Zinder.

€ Les Foutanis, comme on les appelle ici, auraient été

1. Malheureusement, au cours des naufrages qui ont contrarie notre navigation de retour, ces photographies ont toutes péri. Je ne m'en consolerai pas.

battus au cours de leur campagne, au mois d'octobre dernier, par un parti de Touareg du Zaberma qui les auraient obligés à se réfugier à Saye et seraient allés détruire la ville de Bomba.

« Le roi de Saye, que ses hôtes ne tardèrent pas à embarrasser, les a relégués dans une ville de la rive gauche en amont de Saye, à condition qu'ils s'abstiendraient de toute incursion, soit chez les Touareg, soit dans le Dendi dépendant de Saye. Leur activité dévastatrice s'est donc portée depuis le mois de janvier sur les populations établies au sud de Kirotachi.

< Quand j'arrivai à Karoumama, le 13 mai, le roi du pays ayant appris que tous les villages situés en amont, et entre autres le village de Bedzinka, lui appartenant, avaient été détruits, s'attendait à chaque instant à avoir la visite d'Ali-Bouri. Il me supplia d'aller le combattre. Je lui répondis que je n'avais point de cavaliers et que je ne pouvais pas quitter mes bateaux pour courir après les Foutanis, mais, que s'ils attaquaient une ville où je me trouvais, j'aiderais les habitants à se défendre. Je fis la même réponse jusqu'à Saye, à tous les chefs de village qui m'adressèrent la même prière.

« Ali-Bouri s'est tenu tranquille jusqu'ici et je n'ai rencontré que les ruines laissées sur son passage : les villes de Bomba, Bombodji, Djabkiria, Bikini, Bedzinka, Karikonto, situées sur les bords du fleuve, ont disparu. J'ai pu visiter en détail les ruines de Bikini. Je n'ai trouvé qu'une vieille femme. Elle nous a raconté que les habitants, « déjà fusillés il y a trois mois par un « blanc, avaient fui il y a une vingtaine de jours devant « Ali-Bouri ».

« Le blanc dont il s'agit est le lieutenant von Carnap, qui m'a raconté avoir été obligé de se défendre à coups de fu&il contre les pillards de Bikini. Nous avons retrouvé au pied d'un arbre la caisse à cartouches mar-

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quée « Deutsch Togo Expédition * qui avait servi dans cette occasion.

€ La vallée du Niger, très large entre Yaouri et Bikini, devient très étroite à partir de ce point. Le ileuve commence à circuler entre des berges à pic formées par des mamelons granitiques ou des chaînes de collines d'origine également ignée. Ces collines ont de 30 à oO mètres de hauteur. Les îles de cette région, couvertes dune végétation arborescente très toutTue, contiennent un grand nombre de palmiers à huile. Le fait est à noter comme intéressant au point de vue botanique, car Barth en nie la possibilité (bien qu'il n'ait jamais passé audessous de Saye), sous prétexte d absence de>alure dans

les eaux *.

€ La navigation depuis Yaouri a été très facile : le courant, devenu très mesuré à partir de Bariconda, n'opposait qu'une faible résistance et nous n'avons rencontré qu'une seule dénivellation importante. C'est une marche d'escalier formée par des rochers granitiques à une journée et demie au sud de Kirotachi. Le passage pourrait d'ailleurs y être rendu absolument libre au moyen d'un très léger travail.

1. Ce passage de la relation de Barth mérite d'être relevé parce qu'il prouve quelles erreurs peut engendrer une idée préconçue et prétendue scientifique, môme chez un homme de la valeur morale et intellectuelle du grand voyageur.

Ses domestiques se disputaient pour savoir si un palmier qu'ils venaient de rencontrer, entre Zinder et Saye, était un palmier à huile ou un dattier. Ils lui soumirent leur différend et

Barth le trancha aussitôt. - En effet ., dit-il et on croit qu'il

va examiner l'arbre lui-même, constater qu'il porte des dattes et non des palmes, ou tout autre signe caractéristique de son essence, pas du tout, il dit : • En effet, il n'est pas possible qu'il y ait de palmiers à huile si loin de l'eau salée (lui est indispensable à leur développement. • Et voilà une affaire tranchée, tranchée tout de travers par uti des très rares hommes qui eussent pu détruire cette erreur. Il y a des palmiers à huile, n'en déplaise à Barth, — car je les ai vus, — depuis le bord du

« Arrivé à Saye, où je me suis fait précéder de quelques cadeaux, j'ai été très bien reçu par le roi Ahmadou ; il m'a dit qu'il se rappelait bien le colonel Monteil, dont j'étais, manifestement, m'a-t-il dit, le fils ou le frère. J'aurais cru qu'il se moquait, si je n'avais su que, pour bien des blancs, tous les noirs se ressemblent. J'ai pensé que l'inverse était également vrai.

« Je lui ai demandé s'il n'avait pas vu MM. Decœur et Alby 1. Il m'a dit que non, « ceux-ci étant venus à Saye en son absence ». Que faut-il penser de ce faux-fuyant? Dissimule-t-il un accident dont Ahmadou ne voudrait pas encourir la responsabilité, ni avoir la mauvaise fortune de m'informer? Peut-être a-t-il jugé prudent, après l'accueil relativement favorable qu'il a fait à Ali-Bouri, de mettre quelque distance entre lui et le commandant Decœur, qui arrivait avec une force respectable ^.

« Il m'a répété plusieurs fois qu'il avait bien vu d'autres blancs depuis le colonel Monteil, notamment les Allemands, qu'il a fait conduire jusqu'à Kirotachi, mais qu'il n'avait signé aucun traité avec quiconque depuis Monteil.

Niger jusqu'à 600, 800, 1200 kilomètres de son embouchure et je ne sache pas que l'eau du Niger soit salée à cette altitude. M. Dybowski en a, m'a-t-il dit, relevé des forêts entières sur le Congo moyen.

J'ai vu de même un vieux professeur soutenir qu'un saumon péché à Nevers n'était pas un saumon, « parce que le saumon est un poisson de mer ». Il est vrai que ce vieux professeur était un sot, tandis que Barth était un homme d'expérience et un homme remarquable.

\. C'était une erreur de ma part de croire que M. Alby était venu à Saye, Mais le commandant Decœur y est venu. Ahmadou me dit qu'il avait su qu'il était mon frère et celui de Monteil, mais qu'il avait été obligé d'aller aux eaux du côté du nordouest, afin de s'y guérir d'un rhumatisme dont il souffrait à la jambe. De fait, il ne pouvait pas marcher sans se faire porter.

2. Au contraire, j'arrivais en bateau avec dix-huit maigres fusils : Sa Majesté pensait sagement que ce n'était point la peine d'aller aux eaux pour si peu.

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c II tHait prêt à renouveler avec moi le traité passé avec ce dernier, en raison de ma ressemblance avec lui et de l'identité de nos drapeaux.

c Nous avons procédé à cette formalité chez lui en présence de nombreux fonctionnaires. Pas plus que le roi de Gomba, Amahdou n'accuse aucune relation avec le roi de Sokoto, dont il est d'ailleurs séparé par plusieurs États.

t J'ai vu hier et aujourd'hui des guerriers d'Ali-Bouri. Ce sont de beaux hommes, portant avec distinction la tenue blanche des fanatiques, et un fusil à deux coups très bien entretenu. Ils ont lié conversation avec plusieurs de mes laptots, dont ils connaissaient la famille et leur ont demandé de la poudre. Naturellement, je ne leur en ai point donné. Saye paraît ainsi un terrain neutre où peuvent se mouvoir sans se heurter Sonrays, Foulbés, Touareg, Français et gens d'Ali-Bouri. fétichistes et musulmans fanatiques.

€ Barth, qui a passé ici, il y a quarante ans, signale Saye pour son insalubrité. La ville doit en effet être très humide pendant la saison des pluies. Il y est resté huit jours à l'époque de l'année où nous sommes, et s'est beaucoup plaint de la chaleur. « J'éprouvais, dit-il, la « sensation d'angoisse que doit ressentir un homme € qu'on étrangle. » Nous n'avons pas été si malheureux, nous conservons plutôt un bon souvenir de Saye.

€ 11 est vrai de dire que, vivant en plein soleil de mai, c'est-à-dire au moment de l'année où l'astre passe à notre zénith, et soumis en outre pendant douze heures par jour à la réverbération de l'eau, nous sommes disposés à trouver fraîches les paillotes les plus mal ventilées >.

« Je suis un peu en avance sur la date d'arrivée à Saye

1. L'eau du Niger marquait depuis un mois 32° à six heures du matin.

que je vous avais annoncée de Yaouri. Aussi, suis-je sûr d'arriver à Zinder et de pouvoir encore en revenir avant que les eaux soient tout à fait basses.

« On me prévient pourtant qu'il y a beaucoup de rapides d'ici Zinder, mais Barth dit tout le contraire et après tout, nous en avons vu bien d'autres.

« A partir de Zinder, j'espère être mon propre courrier, car je ne pense pas que personne puisse descendre aussi vite que nous.

« Je crains que vous ne trouviez que j'ai poussé bien loin la reconnaissance d'amont que je devais faire en partant de Badjibo. J'ai hâte aussi de redescendre en ce point pour y retrouver des nouvelles des miens, les dernières datent de novembre, et aussi vos instructions complémentaires si vous m'en avez envoyé. Mes courriers partis pour la côte ont ordre de me rapporter le tout.

« L'état de santé de la mission est à peu près le même qu'à Yaouri : Sédira toujours malade, l'adjudant Doux et moi alternant dans nos accès de fièvre de façon que l'un de nous deux reste disponible pour relever le chemin parcouru et diriger la marche, ce qui est devenu facile ^ Ces contre-temps d'ordre sanitaire sont d'ailleurs inévitables pour des gens qui vivent les pieds dans l'eau, sous un soleil vertical, alors que la température à l'ombre atteint 40°. Les laisses de sable ou de vase produites par la baisse des eaux et au milieu desquelles nous couchons, ne nous permettent pas non plus

1. La maladie n'observa pas toujours une alternance aussi exacte et produisit notamment cet effet bizarre que nous perdîmes un jour en route sans savoir quand.

Il est probable que l'adjudant et moi nous avons perdu connaissance en même temps et que, en reprenant rios sens, nous ne nous sommes pas rendu compte du temps écoulé.

Nous ne nous sommes aperçus de cette erreur qu'en constatant par une observation de latitude que la déclinaison du soleil avait lugmenté d'un jour depuis notre dernière observation.

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d'espérer avant notre retour la guérison de notre paludisme.

« J'espère que ce retour sera prochain et je suis ravi d'être assuré dès maintenant qu'il se fera sans anière- [)ensée, et|que nous rentrerons sans laisser derrière nous, inconnu, un seul kilomètre du Niger.

€ Veuillez agréer, etc. »

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