‹ Dahomé, Niger, TouaregChapitre 50 sur 66 · Par Bila d'abord, puis par les laptots · texte numérisé non relu

Par Bila d'abord, puis par les laptots

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pour Garafîri. Voyant ce qui m'arrivait, il avait cherché, mais en vain, une voie meilleure. Il avait envoyé mes deux plus petites pirogues, complètement vidées de leur contenu, reconnaître des passages. Mais une reconnaissance est un travail qui surpasse l'entendement d'un Sénégalais. Arrivés au point critique, et voyant un gouffre devant eux, ses gens sautaient à l'eau pour se tirer d'affaire, et les pirogues, continuant leur route, venaient se briser sur les roches d'aval.

« Ces deux passages ainsi « reconnus », les gens de Garafîri n'hésitèrent pas à prendre celui où nous avions naufragé la veille. Après avoir complètement vidé les embarcations, fait leurs petites simagrées fétichistes, et bondé les pirogues de pagayeurs, ils abordèrent la chute comme nous aurions pu le faire la veille, avec cette différence que, sautant tous à l'eau pour soulager l'esquif, le soutenant d'une main et pagayant de l'autre, ils franchirent la volute sans recevoir autre chose que des embruns. Aussitôt après, ils regrimpaient à bord pour imprimer à la pirogue avec leurs pagayes les brusques changements de direction nécessités par les sinuosités du courant dans les rochers.

« A midi, tout mon monde sain et sauf, tous mes bateaux, dont deux représentés par quatre morceaux, étaient rendus à Garafiri. Tout le village, hommes et femmes, s'employait à nous remettre en état de naviguer : vingt-quatre heures après, nous repartions. .

« Si vous avez eu la patience de lire dans ses principaux détails le récit d'un type d'accident qui s'est renouvelé quatre fois dans des conditions analogues, j'espère, monsieur le Ministre, que vous resterez convaincu qu'aucun de nous ne serait rentré à Arenberg si nous avions été, de la part des riverains, l'objet de la plus légère antipathie. Si la Royal Niger Company avait, été, comme elle s'en flatte sans doute, en état d'exercer sur eux la moindre influence, si elle avait pu introduire chez

ces braves gens un seul faux frère, je n'aurais pas l'occasion de vous rendre compte de nos dernit'res traverses.

« Ainsi que je vous le faisais prévoir dans rn<i lettre de Kirotachi, Taccueil que nous recevons en descendant est autrement chaud que celui que nous avons trouvé en montant,

c Procédant par ordre, et suivant notre marche descendante, je cite d'abord le roi de Gava, grosse ville bien fortifiée de la rive gauche, qui m'a demandé à traiter et a arboré notre pavillon. Gaya est un pays indépendant, mi-partie fétichiste, mi-partie musulman, où nous avons pu renouveler nos provisions, entamées par nos libéralités de Gongoubélo. Le roi du pays est un vieillard h l'air ouvert et intellic:ent, qui a su placer ses fils à la tète de plusieurs bourgades ou villes importantes des deux rives, depuis Kompa jusqu'à Madicalé. Toutefois, ses fils n'ont, vis-à-vis de lui, en tant que souverains, aucun lien de subordination. Les pays qu'ils gouvernent restent en relations de bon voisinage, c'est tout et c'est déjà beaucoup.

« Aussi les ravages causés dans la région par Ali- Bouri ne laissaient personne indilTérent, ni parmi ces roitelets, ni à Gaya même, et la mort du Yolof, tout autant que la présence de nos prisonniers d'Ultrà-Saye, doit être pour beaucoup dans l'accueil qui nous a été fait.

€ AGomba,j'ai retrouvé nos infortunés marchands de sel qui, depuis le 1'^'" mai, attendaient toujours, pour se rendre à Wourno, la fin des hostilités sévissant dans les pays situés entre Gomba et Gando. Ces malheureux seraient sans doute bien surpris d'apprendre que Goinba, Gando et Sokoto sont un seul et même pays, soumis à un seul chef reconnu par la France et par l'Ancrh^terre.

« A Yaouri, le roi n'était pas revenu de la guerre où il était parti en avril, mais il avait envoyé de nombreux captifs, dont trois mille avaient trouvé acheteurs à notre arrivée. Les prix varient de 90 francs pour les hommes

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à 400 francs pour les femmes, valeur estimée à raison de 1000 cauris pour un franc.

A Boussa, le roi, prévenu de notre retour et de nos succès, nous a fait un accueil empressé. Grande fête à notre arrivée, carrousel de cavaliers, discours, libations, etc. Le roi veut voir nos prisonniers sahariens, les toucher, leur parler, on les amène. Il tient à traiter avec moi : c Depuis que tu es parti, j'ai pris mes ren- « seignements, j'ai su que c'était toi et rien que toi « qui as bombardé Dahomé (Abomé) et que c'est bien

< vrai que c'est ton frère à qui tu as donné Dahomé, « avec des soldats que tu lui as prêtés, et qui sont tes « enfants comme ceux-ci (mes Sénégalais). C'est comme « cela que les méchancetés des Dahoméens sont finies, € et que nous pouvons dormir tranquilles, et aussi j'ai € compris que ton frère * n'était pas méchant.

« Je suis bien content que tu arrives en bonne santé

< (Sa Majesté n'est pas difficile 2). Tu sais que mon frère € de Ilo et le roi de Saye ^ m'avaient prévenu de ce qui

< t'arriverait. Je t'ai dit aussi qu'ils ne pouvaient rien c faire contre les blancs du Nord et alors, malgré moi, € tu as voulu aller chez eux. Leurs armées sont innom- € brables, et quand on entre par là, c'est un pays affreux « où il y a une quantité de blancs comme eux, et où les e noirs sont tout de suite faits captifs. Je sais que tu

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