CONSTITUTION DE LA COLONNE
Etat-major : Lieutenant-colonel Grégoire, commandant en second ; commandant Gonard, chef d'état-major ; capitaine Marmet, officier d'ordonnance du commandant supérieur; capitaines Trinité-Schillemans, Roget, Lombard; lieutenants Vuillemot et Ferradini.
Z®"^ groupe. — Commandant RioU ; adjudant-major lieutenant Toulouze; 1'** compagnie de légion étrangère, capitaine Battréau, lieutenants Kieffer et Vivier ; 3® compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Rilba, lieutenants Gelas et Fautrat ; 1"* compagnie de Haoussas, capitaine Sauvage, lieutenants Ayrolles et Merienne-Lucas ; 1"^® section d'artillerie, capitaine Delestre, lieutenant Maron ; ambulance, médecin-major Barthélémy.
!2^ groupe, — Commandant Faurax ; adjudant-major, capitaine Demartinecourt ; 3*^ compagnie de légion étrangère, capitaine Drude, lieutenants Farge de Filley, Courtois, Cornetto ; 2*^ compagnie de légion étrangère, capitaine Jouvelet, lieutenants Varennes, Jacquot et Morin ; Vi^ compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Gallenon, lieutenant Lahache et Combes ; 2^ section d'artillerie, capitaine Montané, lieutenant Michel; médecins-majors, Vallois, Piedpremier.
3^ groupe. — Commandant Lasserre; adjudant-major, capitaine Manet ; 4*^ compagnie de légion étrangère, capitaine Poivre, lieutenants Farail, Morandy, Amelot; 9"^ compagnie de tirailleurs sénégalais, capitaine Robard, lieutenants Doué
18 septembre, — Reconnaissance sur Out% en remontant ]a rive droite du fleuve. Le reste de la colonne doit suivre le lendemain. L'ennemi reste invisible.
19 septembre, — Arrivée de la reconnaissance à Zounou, l\ 15 kilomètres de Dogba.
90 septembre, — Combat de Dogba. — A 5 heures du matin, le camp que Tennemi croyait faiblement gardé est attaqué par 4.000 Dahoméens, sous le commandement du Bigo, généralissime des troupas de Béhanzin. Malgré la soudaineté de Tattaque, Télan de l'ennemi est arrêté à vingt pas de nos tranchées par le feu de Tinfanterie de marine et celui de nos canonnières. En faisant renforcer une des faces du carré par ses légionnaires, le commandant Faurax est mortellement frappé d'une balle au ventre.
A 8 heures, après un mouvement en avant de notre part, le feu cesse entièrement et Y Opale couvre de ses projectiles de Hotschkiss la ligne de retraite des ennemis.
Les Dahoméens laissent 130 morts sur le terrain, après avoir emporté un grand nombre de tués et de blessés.
Avec le commandant Faurax, nous avions pardu aussi le lieutenant Badaire, de Tinfanlerie de marine, tué au début de Faction, 3 soldats européens tués et 27 blessés dont 7 indigènes, parmi lesquels pkisieurs moururent des suites de leurs blessures.
Dans la journée, faute de pouvoir enterrer les nombreux cadavres dahoméens, on les traîna sur d'immenses bûchers, puis on y mit le feu.
93 septembre, — La cavalerie rejoint la colonne, et la marche en avant est reprise le long du fleuve.
97 septembre. — Arrivée de la colonne à Aouandjitomé.
98 septembre. — Le Corail et ÏOpale remontent reconnaître le fleuve jusqu'à Tohoué, ayant chacune à bord un peloton de légionnaires. En face de Gbédé, les canonnières sont accueillies par une forte canonnade et une violente mousqueterie des fantassins ennemis solidement établis sur la rive droite. Au retour de la reconnaissance, nos bâtiments sont de nouveau criblés d'une grêle de balles.
30 septembre. — Arrivée de la colonne à Gbédé. Dans la nuit le bivouac est bombardé par les Dahoméens, mais sans résultat ; on ne leur répond même pas.
Z**' octobre. — Les gués de Tohoué et d'Agony se trouvant fortement défendus, le colonel Dodds renonce à forcer le passage du fleuve, en ces points. Néanmoins des reconnaissances sont envoyées le long du fleuve pour entretenir l'ennemi dans l'idée que le passage du gué aura lieu.
9 octobre. — A la faveur d'un brouillard intense, une partie des troupes franthit sans encombre l'Ouémé à hauteur de Gbédé. Cette fraction s'établit sur la rive droite pour proté- ^er le passage du reste du corps expéditionnaire.
Dans l'après-midi, une reconnaissance pousse vers Poguessa au nord; elle trouve les Dahoméens en force à 1 .TiOO mètres en amont du point de }:assage de la colonne.
Une patrouille de spahis, conduite par le maréchal-deslogis indigène Samba M'Diaye, pénètre dans le camp dahoméen malgré l'ordre de demeurer sous bois. Le sous-oflîcier est tué et son corps reste aux mains des ama/ones.
4 octobre. - - (Combats de Poguessa. — Après avoir créé une tête d'étapes de guerre à Gbédé, le corps expéditionnaire se met en route sur deux colonnes parallèles; l'une suit le
long du fleuve, et est protégée par le Corail et VOpale qui éclairent la marche; l'autre passe par un sentier découvert et amélioré la veille. En tête de chaque colonne, un groupe de Toffanis dirigés par des soldats du génie, manœuvre le coupe-
coupe et fraie un passage à Tartillerie. Après avoir marché
2 kilomètres, nos troupes rencontrent Tennemi sur le terrain où la reconnaissance du 2 avait combattu. Brusquement, à 20 mètres, un coup de fusil part, suivi d'une fusillade intense; nos soldats se déploient instantanément et ripostent par des feux de salve. Après un violent combat d'environ deux heures, auquel prennent part les canonnières, les 10.000 Dahoméens commandés par Béhanzin disparaissent. A 5 heures du soir la colonne bivouaque près d'Adégon, au confluent du Zou et de rOuémé. Nous perdions dans cette affaire 8 tués, dont 2 ofOciers (capitaine Bellamy et lieutenant Amelot), et 36 blessés dont 3 officiers (commandant Lasserre, lieutenants Ferradini et Bosano). Morts et blessés sont évacués sur Porto-Novo, où plusieurs succombèrent à leurs blessures.
5 cl 6 octobre, — Ces journées sont employées à s'ouvrir à travers la brousse un passage vers le Zou. Le 6, vers
3 heures et demie du soir, le commandant Gonard se heurte à Adégon, sur le Zouga, aux avant-postes ennemis installés, au débouché d'un pont de branchages, dans une triple ligne de tranchées-abris. Les corvées et leurs soutiens franchissent la rivière au pas de charge sur le pont qui s'effondre, et s'établissent sur la rive nord.
Les Dahoméens disparaissent, laissant une centaine de cadavres parmi lesquels plusieurs amazones. Nous avions dans cette affaire 6 tués, dont un ofllcier (lieutenant Doué) et 32 blessés dont 4 officiers (commandant Gonard, capitaines Drude et Manet, lieutenant Farail).
7 octobre, — Le reste de la colonne rejoint le groupe du
LA CONQUÊTE DU DAHOMEY VÔi
commandant Gonard et s'installe près d'Adégon, qui constitua, jusqu'à la fin des opérations, une nouvelle tcte d'étapes de guerre, et où des magasins de ravitaillement furent établis et approvisionnés par la flottille. Celle-ci fut renforcée d'une chaloupe à vapeur, la Jeannette, achetée à la Compagnie Frayssinet, et qui prit le nom d'Ambre.
8 octobre, — Arrivée à Poguessa et reconnaissance sur Sabovi où un immense camp dahoméen vient d'être évacué.
/O octobre. — La colonne quitte les bords de TOuémé pour s'enfoncer dans l'inconnu. Le pays est couvert d'une épaisse brousse k travers laquelle on se guide à la boussole. Le chemin est ouvert k coups de sabre et de coupe-coupe; la marche sous un soleil ardent est surtout rendue pénible par le manque d'eau. De nombreux fétiches, alignés en rangs serrés, étaient disposés par les Dahoméens le long de Tétroit sentier dans l'espoir qu'ils nous barreront le passage. On ca^mpe à Kos- ^upa.
// octobre. — On marche sur Oumbouémédi malgré une violente tornade qui défonce les chemins, mais qui calme un peu la soif dévorant hommes et bêtes depuis trois jours.
/î? octobre. — Combat d'Oumbouémédi. — Le contact est repris avec Tonnemi. Vers 7 heures du matin, nos troupes qui s'avancent sur trois colonnes, sont attaquées par des nuées d'ennemis se servant de balles explosibles. La colonne les arrête net par quelques feux de salve, et se lance en avant, à la baïonnette. Ce combat à Tarme blanche inspire une telle frayeur à l'ennemi que, dans l'après-midi, il n'ose plus se rapprocher autant des faces du carré; bientôt il abandonne le terrain, avec ses morts et ses blessés. Vers 3 heures du soir, on bivouaque en arrière d'une clairière, mais sans eau.
La journée nous a coûté 4 tués et 30 blessés, dont 3 officiers, parmi lesquels le lieutenant Cornetto. La colonne avait brûlé 75.000 cartouches.
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1S octobre. — Prise du cnnip d'Akpa. - La cavalerie va chercher des cartouches à Adép^on et la colonne reprend sn marche. Le feu reprend aussitôt et se continue jusqu'au camp ennemi cpi'on enlève à la haïonnelie. Xos pertes sont do 8 tués et 38 hlessés, dont l olliciers (lieutenants KielFer. Passaga, Grand montagne et Anoun-Dialo).
14 octobre, — La colonne marche sur le Koto dont les ahords sont défendus par trois li<i^nes de retranchements. I^i rivière coule de plus dans un fouillis de lianes difficile h franchir. Une attaqué de front paraissant impossihle, le colonel Dodds cherche à tourner la position en passant par im gué (pii devait se trouver à 3 kilomètres vers le nord. Mais Tennemi s'aperçoit de notre marche de flanc, et ne cessr d'entraver le mouvement par un feu terrible. Notre artillerie ne peut passer et le gué est du reste introuvable. La colonne s'arrête alors dans un fond marécageux, entoiuv de bois touffus ; du haut des palmiers les Dahoméens tirent sur le carré en visant surtout les officiers. On les repousse et l'on déjeune, mais l'ennemi ne cesse de couvrir le camp de projecliles explosibles.
Vers 2 luxures de raprès-midi, lous les Dahoméens <le Kotopa. après s'être faufilés a travers h» bois, réussissent à s'approi-her juscpi'à une centaine de mètres de nos canons sans être signalés. Ils allaient se jeter sur nos Inmpes en re|H)s et sans déliance, quand ils furfiiL découverts par le capitaine Monlané qui était grimpé sur un arbre. A vingt pas on tire sur eux à mitraille, on lus crible de feux de .salve; ils disparaissent sur une face pour venir alta(|uer les autres faces. Le combat dure ainsi Irois longues heures; comme la situation devenait intenable, la colonne, jour ne pas passer la nuit dans un entonnoir reporte son bivouac en arrière, sur la crête qui domine le Koto. Nos troupes passent la nuit .sur la rive
gauche, h 800 mètres de la rivière et des bois, d'où l'ennemi embusqué continue ses feux.
Ce fut une des plus rudes journées de la campagne, car nos soldats n'avaient pas d'eau et ne s'étaient pas désaltérés depuis Ouml>ouéniédi.
Le capitaine Battréau fut grièvement blessé dans cette afTaire.
i5 octobre. — Après une nuit épouvantable, les spahis rapportent 3i.000 cartouches. Uno corvée d'eau, soutenue par la compagnie Sauvage des tirailleurs haoussas, est envoyée le matin à la rivière du Koto pour puiser de IVau ; elle est accueillie à coups de fusil et les porteurs refluent vers le camp en abandonnant leurs récipients vides. Mais, malgré qu'ils soient débordés par les forces dahoméennes, nos tirailleurs luttent de 8 b. I /2 à midi, sans vouloir reculer, et quoique ayant subi des pertes importantes. Pour les ramener en arrière, il fallut les faire secourir par un peloton de légionnaires, qui repoussèrent rennemi sous bois en le chargeant.
Dans l'après-midi, les Dahoméens alta(|uent le convoi C|ui arrivait d'Akpa vers I heure. I/arlillerie do Kot(»pa appuie ce retour oifensif. In obus éclate au centre du camp, tue ;> ou 6 porteurs ton*anis et aifole les autres.
Pour dérouter les artilleurs dahoméens (jui ont trop bien repéré leur tir, la colonne se déplace encore pour rétrograder sur le bivouac qu'elle avait le 1 3 au soir.
La soif devenait insupportable; depuis la veille à midi, on n'avait pas eu une goutte d'eau, même pour le café. Le capitaine de Fitz-James se dévoue pendant la nuit avec ses spahis pour aller chercher en arrière, au dernier point d'eau rencontré, 1.100 bidons d'une eau bourbeuse que les hommes se disputent avec avidité. Heureusement qu'une tornade, qui
15i LE DAHOMEY
menaçait depuis la veille, éclate avec la plus grande intensité, et nos soldats purent étancher enfin leur soif remontant à plus de quarante-huit heures. Ce fut une orgie d*eau. Cette nuit inoubliable de privations fit donner le nom de Camp delà Soif à ces lieux où le corps expéditionnaire avait tant souffert.
Les deux journées du 14 et du 15 octobre nous ont coûté : 9 tués dont le commandant Marmet, et 66 blessés dont 2 officiers (commandant Stéfani, lieutenant d'Urbal).
16 octobre, — Epuisés par les fatigues, les combats et les privations, nos soldats avaient besoin de repos; les ambulances étaient bondées, le convoi administratif vide. Aussi le colonel ramena ses troupes au bivouac situé à l'est d'Akpa, commandant la route d'Abomey et sa propre ligne de ravitaillement. Les blessés et les malades sont évacués sur Adégon où ils arrivent après deux jours de rudes souffrances : 13 d'entre eux et un officier moururent en route.
Du 17 au 19 octobre, repos dans les cantonnements; le Génie creuse cinq puits pour approvisionner d'eau la colonne.
iO octobre, — Le colonel Dodds fait reporter le camp un peu en arrière, sur un terrain moins humide et moins exposé aux coups de Tartillerie. Au moment où le mouvement s'effectuait, les Dahoméens semèrent avec furie sur le carré, appuyés par deux mitrailleuses. Repoussé par des feux de salve, rennemi se réfugie dans les ruines du viHage d'Akpa, mais les tirailleurs haoussas le délogent et mettent le village en état de défense. 2 officiers sont blessés : le commandant Villiers et le capitaine Crémieu-Foa, des spahis.
^1 octobre. — L'ennemi^ s'étant rapproché pendant la nuit, est repoussé par nos patrouilles et se retire définitivement sur Kotopa .
(]es deux affaires nous avaient coûté 2 officiers tués (lieutenants Michel et Toulouze), 10 hommes tués et 35 blessés.
9S octobre, — Le chef de la colonne, avant de tenter de vive force le passage du Koto, attend Tarrivée de renforts qu*il a demandés en même temps qu'il rappelait le commandant Audéoud de Grand-Popo.
La colonne ne comptait plus que 53 officiers et i.300 hommes.
S3 octobre, — Des indigènes, porteurs de drapeaux blancs, s'avancent jusqu'à 500 mètres des faces du camp pour venir solliciter la protection du colonel, mais ils disparaissent peu après.
24 octobre, — Arrivée du commandant Audéoud avec son détachement et deux compagnies venant de Dakar.
L'effectif remonte à G9 officiers et 2.000 hommes. La colonne est fractionnée en quatre groupes au lieu de trois, afin de faciliter la marche en carré et la formation du bivouac. Un gîte d'étapes est créé a Kossoupa et les services de Tarrière sont centralisés entre les mains d'un officier d'état -major.
Malgré que Béhanzin continue à se fortifier, ses parlementaires reviennent pour demander la paix. Comme gage de leur sincérité, le colonel exige l'évacuation des lignes du Koto. Béhanzin refuse et la marche en avant est reprise le2G.
Les convois et bagages restent à Akpa, sous la garde des nialin<îres. Une section d'artillerie est charyrée de nettover la brousse en avant de Kotopa.
26 octobre, — Après un très court combat, deux lignes de tranchées dahoméennes sont enlevées ii la baïonnette, et, à midi, la colonne entre à Kotopa malgré les attacjues répétées des réguliers et des amazones.
La marche est reprise à 2 heures j)our tenter le passage de la rivière ; à 5 heures le commandant Audéoud la franchit avec une fraction de la colonne, chasse les Dahoméens d'un
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village et s'installe sur un plateau à 600 mètres au delà du cours d'eau. Le lendemain, le restant de la colonne le rejoint. On croyait avoir franchi le Koto, mais ce n'était que le Han, Tun de ses aflluents.
Le soir une tornade éclate et apporte de Teau à discrétion à nos soldats assoiffés. La journée nous avait coûté 2 tués et 21 blessés, dont le capitaine Demartinécourt.
S7 octobre. — Les drapeaux blancs reparaissent et annoncent la visite d'un ministre pour traiter de la paix.
Mais le colonel ayant peu de confiance dans les promesses du roi, prend ses dispositions pour faire repasser le Han et franchir le Koto. — Un combat sanglant a lieu au gué d'Évegui, la rivière est forcée et à 4 heures le bivouac est installé à proximité de Kotopa.
Pertes : 2 tués et 12 blessés, dont les capitaines Combettes et Fonssagrives, de l'infanterie de marine.
Le convoi est ramené d'Akpa dans la nuit. La colonne est maintenant au centre du Dahomey. Cana, la ville sainte, est très proche, et Abomey n'est plus qu'à une vingtaine de kilomètres de la colonne.
^}S, !2{K SO et SI octobre, — La colonne est ravitaillée, et les blessés sont évacués. Un [)oste est créé à Kotopa pour remplacer celui d'Akpa et assurer la communication avec Adégon.
1^"^ novembre. — Une reconnaissance essaie de découvrir le chemin de Cana et revient avec 3 tirailleurs tués.
i? novembre. — Combats d'Ouakon. La marche en avant est reprise, et la colonne tourne la position d'Ouakon solidement fortifiée par l'ennemi. Après trois heures de lutte, nos troupes bivouaquent sous les murs du palais que les Dahoméens viennent d'abandonner.
Dans cette journée, nous avons eu i tués (dont le lieutenant Mercier) et 22 blessés (dont le lieutenant Cany).
S novembre. — A la pointe du jour, les Dahoméens se jettent sur les 4 faces du bivouac et pénètrent dans le palais d'où on les déloj^e à la baïonnette. Après quatre heures d'un combat acharné, Tennemi s'enfuit et son artillerie seule continue un instant à tirer. A 10 heuresl/2, le feu avait cessé complètement de part et d'autre. La journée nous coûtait? hommes tués et 58 blessés dont le capitaine Roger, le lieutenant Jacquot et le docteur Rouch.
4 novembre, — Béhanzin lance et conduit lui-même les
débris de son armée rovale ; chasseurs d'éléphants, amazones,
prisonniers extraits la veille des cachots d'Ahomey, rivalisent
de folle énergie pour arrêter la marche de nos troupes ; ils
tourbillonnent sous nos balles et s'enfuient bientôt de tous les
côtés. Toute la journée le carré est harcelé par les attaques
incessantes de Tennemi, ivre de gin et de fureur. Après une
grande halte de quelques heures, Tennemi est délogé à la
baïonnette du palais de Djokoué, et le corps expéditionnaire
campe dans les faubourgs de Cana.
Nos pertes étaient de i tués, dont K* lieutenant Ménou, et
49 blessés, dont h^s lieutenants Maron, Gay et Mérienue-Lucas.
o novembre. — Béhanzin se reconnaît vaincu, et, comme
gag'e de son désir de faire la paix, il offre l'entrée libre dans
Cana.
ti novembre. — La colonne entre trioiïiphalement dans la ville sainte et va établir son bivouac devant le palais du roi. Nos soldats n'étaient plus qu'à 8 kilomètres d'Abomey.
Du 6 au 15 novembre. — Séjour à Cana, où Béhanzin envoie journellement des propositions de paix. Il acceptait le protectorat, nous cédait le littoral et la rive gauche de l'Ouémé jusqu'à Agony; il nous remettait 8 canons et 2.000 fusils à tir rapide, abolissait l'esclavage et les sacrifices humains, il indemnisait nos négociants et nous donnait 15 millions pour
158 LE DAHOAIËY
les frais de guerre ; enfin le corps expéditionnaire devait entrer dans Abomev où il laisserait un résident.
En signe de paix il envoyait deux mains en argent qui devaient être croisées si le colonel acceptait ses offres. Mais ce dernier, habitué à la mauvaise foi des noirs, remit à plus tard cette opération symbolique.
Le 11 novembre, les envoyés du roi se trouvèrent en présence de M. Ballot, porteur des instructions du gouvernement : '( Nous acceptions tout, mais nous ne devions faire la paix qu'à Abomey ».
« Je ne puis plus lutter, répondit le roi, venez si vous vou- « lez à Abomey, je ne peux pas vous en empêcher; les portes « seront ouvertes, mais j'aurai quitté la ville avec tout mon « peuple ».
Le 13 novembre, une dépêche apporte au colonel sa nomination de général et la joie éclate dans le camp français.
Le 15 novembre, Béhanzin, sommé de rendre ses armes et d'opérer le paiement de la moitié de l'indemnité de guerre, envoie en tout 3 pièces Krupp, une mitrailleuse, 150 fusils, 35.000 francs et au lieu de 3 otages désignés nominativement parmi ses conseillers, il nous adresse deux inconnus; suivant son habitude, le roi cherchait à nous tromper pour gagner du temps. Il évacuait les trésors et les munitions accumulés à Abomey. Peut-être préparait-il la défense de la capitale.
On réexpédie à Béhanzin son envoi en le prévenant que, si le 15 au soir, il n'a pas rendu toutes ses armes, les négociations seront rompues et l'on marchera immédiatement sur Abomey.
16 novembre, — Les ambassadeurs n'ayant plus reparu, la colonne bien reposée se met en marche à 7 heures du matin, en évitant bien soigneusement de suivre la route royale sur laquelle les Dahoméens bien armés et bien retranchés atten-
daieni nos soldais. On fait un crochet par Djibé et Bécon, et
à midi on fait la halte sur le revers dun plateau en vue des
premières maisons d'Abomey. A 1 heure, on voit la ville en
feu, ainsi que tous les villages environnants. Béhanzin, avant
de fuir, a incendié sa capitale avec ses propres palais et les
maisons des princes et des chefs, afin de les forcer à le suivre.
Les reconnaissances de cavalerie signalent qu'Abomey brûle
sur une étendue de 3 kilomètres ; à cause de l'incendie qui
dure toute la nuit, Tentrée de la ville est renvovée au lende-
main, et les troupes bivouaquent sur place. De nombreux
esclaves échappés à Béhanzin arrivent de tous côtés.
il novembre, — La colonne continue sa marche en carré et pénètre dans les faubourgs d'Abomey; pas un coup de feu, pas un ennemi en vue, tout est désert.
A l heures du soir, le corps expéditionnaire campe dans la cour principale du palais royal deSimbodji, sur lequel flottent les couleurs de la France.
Ce palais, seul monument digne d'attention, est enfermé dans une enceinte do murs de *< kilomètres de pourtour, qui autrefois étaient couronnés de crânes humains. Restent encore en place les tiges de fer (jiii les soutenaient et quelques débris de ces anciens trophées.
Les mines fumantes de la ville sont totalement abandonnées. Béhanzin a disparu vers le nord a Vendouté ; quelques reconnaissances sont lancées, les jours suivants, à sa poursuite, sans pouvoir le retrouver.
La fuite du roi détermine la soumission de nombreux chefs indigènes.
Le 19 novembre le colonel Grégoire marche sur Vendouté avec 400 fusils, mais Béhanzin se retire sur Atchéribé, à 30 kilomètres au nord dWbomev.
Le 23, une partie de la colonne se porte dans la vallée du
160 le: daiiomky
Kouffo, où elle détruit une prison royalcL. L'ennemi reste toujours invisible.
A cause des didicultés du ravitaillement et de la baisse des eaux qui aurait rendu impossible Tévacuation par les canonnières si Ton avait tardé encore, le retour fut résolu. Un poste fortifié fut établi au palais de Goho, a dix minutes d'Aboniey ; une garnison de 4 compagnies avec 4 pièces de canon y fut laissée sous les ordres du lieutenant-colonel Grégoire, commandant supérieur dWbomey et des postes de Cana, de Kotopa et de Kossoupa.
Le 26 novembre les troupes rétrogradent sur Adégon, et les canonnières les ramènent à Porto-No vo, où le général arrive lui-même le 30 novembre,
I^ colonne d'Abomev est dissoute le 1*^*" décembre.
Dans dix-sept combats, en deux mois, elle avait perdu par le feu 1 1 officiers et 70 hommes tués (dont 33 indigènes), 29 officiers et 411 hommes blessés (dont 216 indigènes).
Décédés par suite des maladies, 1 73 Européens, 32 indigènes ; quant aux ïofîanis ils disparurent par milliers.
La prise d'Abomey eut pour conséquences : Toccupation de Whydah qui eut lieu sans résistance le 3 décembre, celle d'Abomey-Calavi, de Godomé et de Savi, par la suite.
Le 14 décembre Allada se soumet, la ville est occupée quelques jours après et un grand magasin est créé à Ekpé, sur les bords de la Lama.
Le poste de Goho peut dès lors se ravitailler h Whydah.
Le même jour, le général Dodds [)rononce la déchéance de Béhanzin.
Le 27 décembre, une reconnaissance de 80 hommes est atta- (juée à Kauri, par plusieurs cenUûnes de Dahoméens qui essayèrent de lui couper la retraite sur Goho. Après six heures, de lutte, très meurtrière pour l'ennemi, la petite troupe rentra
LA œNQLÈTE DU DAHOMEY Ifil
au poste avec un tué et 8 blessés, parmi lesquels le lieutenant Vailly, que la fièvre devait enlever un mois plus tard.
Mais ToBuvre de pacification commence : les routes sontaméliorées, une nouvelle li^ne télégraphique est créée entre Kotonou et Whjdali, la première avait été établie entre Porto-Xovo et Dogba, dès l'ouverture des hostilités.
Le calme renaît partout et les indigènes rentrent peu à peu clans leurs villes ou villages.
La guerre proprement dite est finie.
Des reconnaissances topographiquos sillonnent toute la région, au nord de la Lama, et lèvent la carte du pays. Après avoir assuré la pacification et commencé la préparation des opérations ultérieures, dans le cas où Béhanzin ne ferait pas sa soumission, le général Dodds remet le comniandement par intérim au colonel Lambinet, et rentre en France au connnencenient de mai 1893 pour prendre un repos ])ien mérité. Le «gouvernement et la populaticm lui lirt»nt un accueil des plus enthousiastes.
Par décret du li décend)re I8i)2, le gi'néial DcKldsfut élevé à la dignité de grand-oflicier de la Légion (Dionneur, et le 7 janvier suivant, M. \'ictoi' Uallol l'ut promu conmiandeur du même ordre. C/était une juste l'éconipense pour sa brillante collaboration à la con(|uéte du Dahomey.
Avec le colonel Lambinet continue la destruction des bandes de pillards qui tenaient encore la campagne ; les environs d'Abomey sont nettoyés par le colonel Mauduit, des détachements fouillent le Décamé; du coté du (ahiIVo, le commandant Chmittelin fait la même besogne. Dans une de ces petites expéditions, près de Ilouansouko, le capitaine Maugin et le lieutenant Aigrot, du bataillon d'Afrique, sont grièvement blessés; le capitaine meurt des suites de ses blessures (2 mai).
Des postes sont créés à Tori et h Ouagbo.
Le Dahomey. 11
La région d'Agony reste seule encore insoumise, grâce à son chef qui est le beau-frère de Béhanzin.
Ce dernier s'est réfugié à Atchéribé, sur les bords du Zou; la famine et la variole déciment ses fidèles, dont le nombre est réduit à 400, et dont beaucoup ne restent dans son entourage que par crainte.
Désespérant de pouvoir reprendre son trône les armes à la main, Tex-roi renonce à la lutte mais non à la diplomatie et à la ruse. Il fait courir le bruit que la France va lui restituer son royaume et fait appel, par un manifeste, aux puissances européennes. Il ofTrit la paix à maintes reprises, demanda des entrevues au colonel Lambinet et au colonel Dumas, son successeur, mais se garda bien de se trouver au rendez- vous.
Comme ses émissaires agitaient le pays, il était nécessaire de capturer Bébanzin, et une troisième campagne fut résolue.
Troisième expédition du Dahomey
Après un repos de trois mois, le général Dodds s'embarque le 12 août 1893 avec les olliciersde son étal-major pour retourner au Dahomey.
En débarquant, son premier soin fut d'organiser solidement les services civils afin de pouvoir s'adonner entièrement à la taclie militaire.
La plus grande partie du travail de préparation de la nouvelle expédition avait été faite par le capitaine Privé, chef d^état-major du colonel Dumas; le commandant Taverna, nouveau chef d'état-major, n'eut qu'à modifier les détails du plan de campagne.
Les troupes furent divisées en quatre jçroupes placés respectivement-sous les ordres des commandants Drude, Houtin, Jacomel deCauvigny etChmittelin.
Le corps expéditionnaire comprenait en tout l.72i combattants, se répartissant ainsi :
Général Dodds et son étiit-major; chef, le commandant Taverna, de 1 etat-major de l'armée, 4 capitaines, 1 lieutenant.
Colonel Dumas de V infanterie de marine.
I**" groupe. — Commandant Drude du 1*"*" étranger.
Compagnie Vernier (Légion étrangère) .
— Lemoine (12^ C*'' sénégalaise).
— Ligier fi'* C'*' haoussas).
2® groupe. — Commandant Houtin de l'infanterie de
marine.
Compagnie Brundseaux ( Légion étrangère).
— Ditte (Tirailleurs Sénégalais).
— de Curzon (Tirailleurs Sénéga-
lais).
Lieutenant-colonel Mauduit^ du 1"^^ ctranfjer,
3^ groupe. — Commandant Jacomel de CaUvigny, de l'infanterie de marine.
Compagnie Le Moel.
— Mounove.
— Dessort
IGi LE DAHOMEY
4** groupe. — Commandant Chmittelin.
Compagnie La molle (Bataillon d'Afrique) et deux compagnies noires Service de santé : docteur Henry, médecin de 1'* classe.
ElFrayé par le retour de son vaincpieur, Réhanzin céda aux sollicitations d'un journaliste noir de Lagos et envoya une ambassade k Paris, chargée de demander au président Carnot, Tannulation de sa déchéance prononcée par le général Dodds.
Cette démarche lui coûta environ TJOd.OOO francs. Cette malheureuse mission ne fut revue par personne et ses membres, transis de froid, revinrent à Lagos où ils restèrent jusqu'à la prise de Béhan/in.
Avant de se lancer à la poursuite de Tex-roi, il était nécessaire de sassurer si les pays de Décamé et des Ouatchis (entre le Mono et le Couiïo) étaient sulïisamment sûrs pour ne j)as risquer que la colonne piit êtro inquiétée sur ses derrières. Ce résultat obtenu, la concentration des troupes de *lu nouvelle colonne est elVectuée.
Le 10 septembre, le groupe Drude est à Dogba. 11 s'avance à l'est jusqu'à Sakélé : comme le |)ays est tranquille il veut franchir l'Ouémé pour K> remonter jusqu'à hauteur d'Agombo. mais le lleuve est débordé et il doit attendre la llottille. Les groupes Boutin et de Cauvigny sont concentrés à Cotopa. Le groupe Chmittelin constitué par les troupes de (ioho (juitte Abomey le 7 octobre pour s'établir isolément au nord à Omnbégamé sur la route d'Atchéribé.
La flottille reîîforcée de YOliiuIn, du Marniet et delà Mosca^ amène à Dogba les réserves de vivres et de munitions.
Os dispositions étant prises, le général s'embarque le 13 octobre à Porto-Xovo sur YOuc/nc, pour aller se mettre à la tête de l'expédition.
Il prend en passant à Dogba le groupe Dinde et débanjue ix Açony, au milieu des manifestations les plus amicales de la population. Les groupes des commandants Boutin, Jacomel de Cauvigny et Chmittelin vinrent le rejoindre à travers le Zou, après avoir surmonté de grandes didicultés.
Le 23 octobre, la concentration des trois groupes h Zagnanado est terminée, pendant que le groupe Chmittelin s'est avancé jusqu'à Yégo.
Béhanzin affolé demande qu'on attende le retour de ses envoyés à Paris. Il lui fut répondu de venir d'abord faire sa soumission, sans condition, puisqu'il n'est plus roi du Dahomey. Comme il a préparé sa fuite par le nord-est vers Lagos, il est décidé que cette route de retraite lui sera coupée. A cet effet, le colonel Dumas, avec le groupe Boutin, part le 23 et se porte vers le nord en longeant l'Ouémé ; il se dirige sur Paouignan. Le mouvement en avant est alors prononcé par le reste de la colonne.
Le 28 octobre, le groupe Drude, après de nom])reux obstacles, s'installe à Begohonou ; il y est rejoint le *i novembre par le groupe de (Cauvigny.
Le même jour, les groui)es Driido et Boutin se portent respectivement sur Bododji et sur h\ Loulo: h» commandant Chmittelin occupe Abodougnanli.
Le 4 novembre, Béhanzin envoie des émissaires au général, mais leurs offres ne paraissent pas sérieuses.
Un des groupes pousse jusqu'à Gounsoué, tandis que le colonel Dumas arrive à Paouignan par Zoutenou.
L'occupation de ce point ferme aux Dahoméens les routes vers rOuémé et le territoire de Lagos.
Les 6, 7 et 8 novembre, les rebelles livrent i7() fusils à tir rapide, 4 canons et des munitions. Des princes et des cabécairesdoivent venir faire leur soumission, mais deux ministres
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