ARRANGEMENT CONCLU ENTRE LA FRANCE ET LE DAHOMEY
le 3 octobre 1890.
Eq vue de prévenir les malentendus qui ont amené entre la France et le Dahomey un état d'hostilité préjudiciable aux intérêts des deux pays,
Nous, soussignés :
Aladaka Do-de-dji, messager du roi,
Assisté de :
Cussugan, faisant fonctions de yévoghan,
Zizidoque, Zonouhoucon, cabécèrcs, Ainadou, trésorier de la Gore,
Désignés par S. M. le roi Béhanziii Ahy Dj^^ri,
Et le capitaine de vaisseau de Montos(|uiou Fezensac, commandant le croiseur le Holund ;
Le capitaine d'artillerie Decœur,
Désignés par le contre-amiral Cavelior de Cuverville, commandant en chef les forces de terre et de mer, faisant fonctions de gouverneur dans le golfe de Bénin, agissant au nom du gouvernement français.
Avons arrêté, d'un commun accord, l'arrangement suivant, qui laisse intacts tous les traités ou conventions antérieurement conclus entre la France et le Dahomev :
Art. 1®*". — Le roi de Dahomey s'engage à respecter le protectorat français du royaume de Forto-Novo et à s'abstenir de toute incursion sur les territoires faisant partie de ce protectorat.
Il reconnaît ci la France le droit d'occuper indéfiniment Kotonou.
136 LK DAHOMKY
Art. 2. — La France exercera son action auprès du roi de Porlo- Novo pour qu'aucune cause légitime de plainte ne soit donnée à l'avenir au roi de Dahomev.
A titre de compensation pour Foccupation de Kotonou, il sera versé annuellement par la France une somme qui ne pourra, en aucun cas, dépasser 20.000 francs (or ou argent).
Le blocus sera levé et le présent arrangement entrera en vigueur à conipterdu jour de rechange des signatures. Toutefois, cet arrangement ne deviendra définitif qu'après avoir été soumis à la ratification du gouvernement français.
Fait à Whydah, le 3 octobre 1890.
Signé : Aladaka Do-de-Dji, Cussugan, Zizidoque^ Zonouhoucon, Ainadou.
Ijcs témoins :
Signé : Candido Rodriguez,
Alexandre.
Signé : H. Decœur, capitaine d'artillerie, Y. de Montesquiou, capitaine de vaisseau, commandant le croiseur le Roland .
Les témoins :
Signé : d'Ambrièrcs, aspirant de 1"* classe,
Dorgère, supérieur de la mission catholique de Whydah.
Vu :
Le Contre-Amiral commandant en chef les forces de terre et de mer, faisant fonctions de gouverneur, Signé : Cavelier de Cuverville.
Ce traité qui ne fut sig"né qu'à contre-cœur par Ta mirai do Cuverville, donna lieu à de sérieuses critiques par ses nombreuses défectuosités. En elfet, il permettait à Bëhanzin de répandre partout que la France lui avait demandé pardon, lui payait un tribut, et de se procurer avec notre arjyent, armes et munitions pour la {j^uerre prochaine.
Pour être valable, il fallait à ce traité la ratification de la Chambre, qui discuta la question dans sa séance du
28 novembre 18*H. Comme le Dahomey aurait dû nous indemniser au lieu de tirer avantaji^e de Texpc^^dition, la Chambre refusa de ratifier le traité, en laissant au Conseil des ministres le soin de lui donner la sanction la plus conforme à nos intt»rcts dans le golfe du Bénin.
Il était impossible qu'une nation comme la France traitât dans de pareilles conditions avec des nègres qui nous avaient toujours provoqués.
Par les 20.000 francs qui devaient annuellement être payés à Béhanzin pour l'occupation de Kotonou, celte clause constituait aussi un recul sur le traité du 19 avril 1878 qui nous donnait ce port en toute propriété.
Si encore il avait été exécuté loyalement, mais en le signant Béhanzin avait la résolution bien arrêtée de ne pas l'observer ; son but était de gagner du temps pour compléter son approvisionnement en armes et munitions, avec l'aide d'un certain nombre de maisons de commerce de Whydah, qui avaient fait des commandes en Europe.
L'arrangement de 1890 fut violé comme celui de 1878 et la France mise en demeure de Ir faire respocler.
C'est ainsi que fut amenée la deuxième expédition du Dahomey en 1892.
liO LE DAHOMEY
Ces forces furent successivement augmentées par Tenvoi d'une compagnie de marche d'infanterie de marine, d'une batterie d'artillerie, d'une compagnie de tirailleurs et de trois compagnies de volontaires sénégalais.
Une flottille composée des canonnières hmeraude et Topaze se tenait dans la lagune de Kotonou, et en rade stationnaient deux avisos [Héron et Brandon) et deux croiseurs (le Sanc et le Talisman).
Ces forces étaient suQisantes pour la défense des points occupés par nous, mais étaient trop faibles pour permettre une action sérieuse à distance.
L'ennemi disposait, de son côté, d'environ 13.000 guerriers dont 8.000 armés de fusils à tir rapide ; ils étaient répartis en plusieurs groupes à Godomey et îi Zobbo, en face de Kotonou, à AUada, à Cana où se tenait le roi avec le gros des troupes régulières, et dans le Décamé d'où les Dahoméens menaçaient Porto-Novo et maintenaient les tributaires de ce royaume.
Béhanzin semait partout le bruit qu'il se préparait à marcher contre les Ibadans, population musulmane à l'est dWbéokouta; le 3 juin, il envoyait à Porto-Xovo, au colonel, une lettre datée de Whydah, et contenant des réclamations insigniiiantes. Les porteurs de cette récade avouèrent très naïvement quïls étaient venus surtout pour espionner. Ils furent arrêtés et échangés peu après contre les agents français de la maison Fabre, à Whydah, que Béhanzin retenait comme otages.
Quinze jours après, le roi, jetant le masque, déclare que le Décamé lui appartient et que c'est pour cela qu'il a concentré des troupes à Zobbo, k Dogba et ailleurs.
Le colonel se contente de lui répondre qu'il soumettra cette façon de voir au gouvernement, constitue son service de renseignements et noue des relations avec les Etats voisins du Dahomev.
LA CONQUÊTE Dl' DAHOMEY 111
Comme Béhanzin multipliait ses messiigc*s, et prolongeait les pourparlers uniquement dans le but de retarder les opéralions et d'attendre l'arrivée des armes et des munitions qu'il avait commandées en Europe, on résolut dVn linir et les opérations commencèrent.
15 Juin. — I^ division navale, renforcée de l'aviso VArdenf, bloque la cote du Dahomey.
i6juin. — Les Dahoméens ripostent en attaquant sur le lac ûenham une pirogue montée par des miliciens.
W et 30 juin. — Ils pillent le village de (lomé, d'où ils ommènent en captivité ii) hommes et 'î femmes.
4 juillet. — Kn représailles, notre flottille bombarde dans le Décamé quelques villages situés sur l'Ouémé et occupés |>arles Dahoméens.
A la suite de ces escarmouches, la marche surAbomev fut Oécidée et des renforts demandés en ce but. C'était le seul tTioyen pour arriver à soumettre l'arrogant roi nègre, et le gouvernement l'approuva.
Informé par la presse locale de Lagos et par certains négo- <.*iants allemands de Potit-Popo, avant même le lleutenantj^ouverneur de Porto-Xovo. des préparatifs faits contre lui et du vote d'un crédit de *^ millions, Béhanzin essaye de négocier pour gagner du temps, mais en se refusant à donner aucune satisfaction et en occupant l)ogl)a.
On lui avait demandé aussi de rendre les prisonniers portonoviens faits par le roi du Décamé, Kékédé, et de nous livrer ce dernier qui venait de nous faire défection, mais ce fut en vain.
En attendant l'arrivée des renforts annoncés, le colonel voulut donner de l'air à la garnison de Kotonou, et, en même temps, entretenir Héhanzin dans son idée (pie notre objectif était Whydah, afin d'y attirer le plus possible de forces dahoméennes.
Une fois Tennemi expulsé du territoire de Porto-No vo, on marcherait sur le Décamé pour le purger de même des bandes dahoméennes qui Tinfestaient. Ces opérations secondaires devaient préparer et faciliter l'opération principale.
9 août, — Les bâtiments de mer, moins le Sané en route pour la France, bombardent Whydah et toutes les positions ennemies du littoral.
La flottille, sous les ordres du lieutenant de vaisseau de Fesigny, renforcée de deux canonnières, ÏOpale et le Corail qu on vient d'acheter, canonne les villages du lac Denham, et notre artillerie de Kotonou couvre de projectiles le camp dahoméen établi devant nos lignes.
En même temps, deux compagnies et demi de tirailleurs, sous les ordres du commandant Stéfani, sortent de Kotonou et se dirigent sur Zobbo. La reconnaissance, égarée sous bois, finit par se trouver en face des forces ennemies établies à Godomey ; harcelée par une série d'embuscades, la petite colonne n'en persiste pas moins à gagner Zobbo, où elle arrive avec neuf heures de retard. Le village est brûlé, le camp ennemi est détruit et la reconnaissance rentre le lendemain matin à Kotonou après avoir fait subir à l'ennemi de grosses pertes, tandis qu'elle n'avait que 2 sous-ofïîciers tués et 13 hommes blessés.
Après avoir ainsi déblayé les abords de Kotonou, toutes les troupes disponibles de la garnison sont dirigées sur Porto- Novo, pour constituer la colonne destinée à agir dans le Décamé, afin de dégager nos vassaux de Porto-Novo et tendre la main au millier de guerriers egbas qui nous avaient promis leur concours.
70 Ibadans répondirent seuls l\ l'appel, et, en raison de leur paresse et de leur couardise, il fallut, dès le commencement des hostilités, les remercier de leurs mauvais et déloyaux services.
La colonne, formée d^une compagnie blanche, de six compag'oies noires, avec six pièces de 80 "/™, deux ambulances, une réserve d'outils et 530 porteurs, quitte Porto-Novo le 17 août avec un convoi de cinq jours de vivres.
On marche péniblement dans une région insalubre, dépourvue de routes, hérissée de forêts et couverte d'une brousse impénétrable, propice aux embuscades. Nos soldats avancent lentement, le fusil d'une main et le coupe-coupe de l'autre.
19 août. — La colonne franchit la rivière Adjara, arrive à Kouti et, après une courte canonnade, elle renverse les barricades du bois de Takou et s'empare du village.
90 août, — Le colonel avec une fraction de la colonne se porte sur Sakété, point important, afin de décider les indigènes à nous appuyer.
Les commandants Riou et Lasserre, restés à Takou, sont attaqués le même jour par quelques rôdeurs et blessés tous les deux.
5/ août, — Reconnaissance au nord d'Akita, occupé par l'ennemi.
3^ août. — Le colonel apprend la blessure des chefs des deux groupes qu'il a laissés en arrière, et revient immédiatement à Takou. Chemin faisant il est attaqué à son tour, mais les feux de salve et quelques obus à mitraille l'ont rapidement dégagé.
Le capitaine Bellamy est criblé de grenaille de fer; le sergent Glairin reçoit dix projectiles et 7 autres hommes sont plus ou moins grièvement blessés.
S5 août. — Les troupes sont rassemblées à Katagon, dont le roi du Décamé a fui pour aller se réfugier à Békandji, avec le gros de ses forces. Dans sa fuite sur Lagos, il tombe malade et meurt au village de Koddé.
Une partie de nos troupes se rabat vers l'ouest, sur TOuémé, que doivent remonter les canonnières et dont on suit la rive
lii Lb DAIIOMEV
gauche jusqu'à Dogha. afin de couper les communications du Décîimi? avec le Dahomev. Ce mouvement détermine la retraite «le l'ennenii qui se retire dans le nord. I^ soumission du IVcamé paraissant assurée, la marche sur Abomev peut maintenant être entreprise.
9f aoàl. — Le Mytho et le San Xicolaa arrivent avec 800 hiimmos de la légion étrangèn^, deux escadrons de spahis sénégalais, un détachement du génie et des mulets. En outre, une H" compagnie de tirailleurs haoussas doit être créée ii l'aide des ivssources locales.
L'elTectif des présents au Bénin se montait alors ù -1.3^1 honunes, tout compris. I^ nécessité de garder les points de la côte réduisit à iMS hommes, dont !>30 indigènes et 7C olliciers, le nombre de ceux qui devaient prendre part à la colonne : comme moyens de transport on avait : les 230 chevaux de la cavalerie, 132 mulets et 2.2311 porteurs sujets du roi TolTa, i-éuuis il grand'pcine, grAceà l'énergie de M. Ballot.
La défense de la base d'opérations est assurée par les garnisons de Porto-Novo, de Kotonou et de Graiid-Popo, où une colonne mobile, forte de deux compagnies indigènes, avec une pièce et sous les ordres du commandant Audéoud, est chargée de nettoyer la région du Mono et de créer une diversion dans l'ouest pour inquiéter Béhan/.in.
LA CONOIÊTE DU DAIIOMKY 143
Marche sur Abomey
Pour se rendre de Kotonou ou de Porto-Novo à Abomev, deux routes s'offraient à la colonne.
Celle, plus directe, qui passe au milieu de {grandes forêts, [traverse Allada et toutes les contrées marécageuses de la Lama; c'est par cette route que les Dahoméens espéraient ^ir arriver nos troupes.
Mais le colonel Dodds préféra remonter la rive gauche de 'Ouémé, franchir ce ileuve au gué de Tohoué et de ce point •c diriger vers le nord-ouest sur (^ana.
En s'appuyant au llcuve, les transports d'artillerie, de vivres ^t, de matériel étaient singulièrement facilités ; en outre, le f^ys à traverser, quoique coupé encore de bas-fonds maréca- J^Vix, était moins insalubre que la région paludéenne à affron- ^^t:* de l'autre coté.
li^évacuation des malades devait aussi s'ellectuer dans les '^tsilleures conditions : il élait préférable de substituer la dou- ^'^Xir d'un trajet fait par eau aux 'cahots et aux fatigues d'une **^5irche dans un pays dépourvu de bonnes communications.
H seplembre. — Départ de Porto-Xovo du colonel et de ^Om état-major, dont le coinniîindiint (ionanl est le chef. Ils ï'^joignent hi colonne à Kesossa.
14 septembre. — La colonne, sauf la cavalerie, est concentrée
«^ Dogba, au contluent de 1 Oia^mé et de la lagune de liadao.
(-'e point est choisi poury construire un fort d'appui.
Les derniers renforts arrivés ont remonté le tleuve en
P"'ogues remorquées parles canonnières, ou ont suivi la voie
^^ terré en longeant la rive gauche du Heuve.
L*infanterie est alors divisée en trois groupes, coniiés aux ^*-^*ïïniandants Riou, Faurax et Lasserre. Les services auxi-
Dahoniey. 10
liaires se composent d'un parc d'artillerie, d'une ambulance, d'un convoi de vivres et dune flottille formée par YOpale, le Corail^ la Topaze et YEmeraude.
La colonne était constituée de la façon suivante :