‹ Dahomey et dépendances (volume 2)Chapitre 2 sur 70 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

SOMMAIRt:

a Côle des Esclaves et le Dahomey. — Situation jjéographi<|iie du Hahomey et limites. — Aspect de la côte. — La barre. — Passage de I3 barre. — Le wharf de Kotonou. — Physionomie générale du pays. — l'Os lagunes et leur formation. — Hydrographie. — Orographie. Géologie. — Routes et voies de communication. — Chemins de '*^''* — Lignes télégraphiques. — Climatologie. — Saisons. — Tempéï*alure. — Pluies. — Vents. — L'harmattan. — Tornades. — Maladies "^ pays. — Le ver de Guinée. — La puce chique. — Population. "~~ Villes principales du Dahomey. — Postes militaires.

La Côte des Esclaves et le Dahomey.

^^"^ littoral de la Guinée a reçu des premiers voyageais ^i^péens diverses dénominations qui le divisent en quatre i>arties distinctes, et il prend, tour à tour, depuis la frontière sud-ost (le la Colonie anglaise de Sierra- Leone, les noms de : U/e (lejt graines (ou du Poivre ou de Malaf/ueUe), juscjuau ^^P Jes Palmes; de Côle d'Ivoire (ou des Dents), juscpfà la ri^iî*re de Grand-Bassam ; de Côte de l'Or (ou Côle d'Or), jus-

^ Oahumey. 1

2 LE DAlKhMKV

qu'au cap Saint-Paul, et de dofe des lùsc l f n'es 'juiii\u au j^olfe de Bénin propi'ement dit.

Cette Côte des Esclaves est tristement célèbre par le trafic infâme des nègres que Ton y pratiquait jadis ; c'est là que les marchands cresclaves allaient s'approvisionner de préférence^ d'où son nom sinistre.

C'est cette côte qui forme la limite méridionale de nos possessions du Dahomey ; elle est baignée par la partie de TOcéaii Atlantique dénommée Golfe de Guinée ou de Bénin.

Situation géographique du Dahomey et limites.

La colonie fi*ançaise du Dahomey et dépendances se ti'ouve à cheval sur le méridien de Paris, entre 0" 41 ouest et 0"2() de longitude est.

Elle se présente tout d'abord, jusqu'au 9*^ degré de latitudi» nord, sous la forme d'un vaste rectangle de lâ^i kilomètres do largeur et dont les petits côtés font face au nord et au sud ; elle est limitée à l'est par la colonie anglaise de Lagos, et à l'ouest par la colonie allemande du Togo. A partir du 9® degré, le territoire du Dahomey s'élargit à droite, il s'éleiul à l'est jusqu'à la rive droite du Niger, et à Touest il se relie, par le Gourma et le Mossi, à nos possessions du Soudan et du Sénégal.

Sa frontière orientale a été fixée, entre la mer et le 9'' degré, par l'arrangement franco-anglais du 11 août 1889 et la délimitation de 1893; la convention du 14 juin 1898 a tracé la limite entre le 9^ degré et le Niger (à 10 kilomètres en amont de Guiris) ; sa frontière occidentale a été définitivement établie par la convention franco-allemande du 27 juillet 1897, entre la mer et le H® degré, qui sépare (du sud de Pâma à la Volta Noire) les possessions françaises des territoires allemands du Togo et des territoires anglais de la Côte d'Or.

GE<MiKAPIIIE DU DAIIOMKY

Les régions soudanuises du Dahomey ont été rattachées au gouvernement général de TAfrique occidentale à Saint-Louis, par décret du 17 octobre 1899.

BAS-MGKR

En outre, par l'article VIII de la convention de 1898, la France a pris à bail,' moyennant une rente annuelle de 1 fr. à payer à l'Angleterre, deux terrains d'une superiicie de 10 à 50 heclares situés sur le Niger, Tun près de Badjibo, l'autre sur Tune des embouchures.

Ces concessions serviront au transbordement des marchandises transitant par le Niger.

Aspect de la Côte.

nA Cote des Esclaves olTre une physionomie particulière.

Vuo (lu large, elle est (l'uiie désespérante monotonie : c rst une l(>nj4:iie bande de sable jaunâtre, sans la moindre* découpure, et dont la diivetion est ])res(|ue rectiligni'.

La cote est partout basse et ])late ; 1 ceil n'ajxM^oit dans le lointain aucune trace de colline. Seuls cjuekpu^s palétuviers rab(»ngris et de maigres bou(|uets de cocotiers se détachent va et là sur le fond jauiu^ de la rive.

L'Océan capricieux, (pii la ronge constîinnnent sur certains points, y amoncelle parfois sur d'autres des étendues considérables de sables.

L'accumulation et l'entraînement de ces sables sont dus à la violence des vents, à la quantité des pluies et à une foule

d'autres causes, mais surtout à la force des deux grands courants qui existent dans le golfe de Guinée.

Le premier, dit équatorial^ vient des Antilles, et, après avoir suivi les côtes du Sénégal, va se briser dans le fond du golfe à Fernando-Pô.

Il est superficiel et dure toute Tannée ; sa vitesse est variable suivant les saisons. Il longe la côte du Dahomey, allant de Touest à Test d'une façon continue, et rend ainsi impraticable aux voiliers le louvoyage de Test à l'ouest pour remonter cette côte.

Le second courant est sous-marin et se nomme le contrecquaiorial. Il arrive du Pacifique par le détroit de Magellan et le sud du Brésil, et, coupant T Atlantique, rencontre le continent africain à la hauteur d'Angola. Cet obstacle le fait dévier, et, remontant vers le nord, en sens inverse de ïéquaiorial, il quitte la côte au cap des Palmes pour reprendre le large.

Ces deux courants longent la Côte des Esclaves pour suivre, l'un dessus l'autre dessous, une direction contraire. Pendant les mois de juillet-aoùt-septembre et octobre, le conire-éf/uatorial l'emporte sur Xéquatorial, et l'on voit alors le courant descendre est- ouest.

La forme rectiligne du littoral dahoméen est due à l'influence du courant équatorial qui, agissant à peu près toute l'année et avec force dans la même direction de l'ouest à l'est, comble les enfoncements, efface les promontoires et tend constamment à égaliser cette interminable plage de sable fin, qui offre une si faible résistance à l'action perpétuelle des flots.

A peu de distance de la terre, une ligne blanche et écumeuse indique la situation de la barre qui bruit sans discontinuer.

La barre.

1^ côte du Dahomey est loin d'être facile à atteindre; la ler, toujours agitée, se précipite sur la plage avec plus ou Qoins de violence et y forme une succession de vagues qu'on \ surnommée la barre.

C'est un phénomène assez commun sur toute la cote d'Afrique, mais il est redoutable seulement sur le littoral de Guinée.

Le passage de la barre est toujours périlleux, même pour les indigènes les plus expérimentés, mais il est surtout difficile pour les navires qui veulent pénétrer dans les rivières ; il exige un beau temps, un vent favorable et des sondages continuels.

I^s causes directes de la barre sont difficiles à préciser: les courants et les vents ont évidemment une grande influence sur sa formation et sa violence. La preuve, c'est qu'aux débouchés des fleuves dans la mer, leurs eaux se précipitant avec violence éloignent les courants de la côte ou les coupent à leurs embouchures.

De même, lorsque les eaux sont refoulées dans le lit des . neuves par la marée montante, la barre reparaît peu après pour devenir aussi mauvaise que sur le reste du littoral.

C'est pendant les mois de juillet-août-septembre, lorsque le courant contre-équatorial entraîne les eaux vers l'ouest, (juo la barre est le plus dangereuse.

L^ vents agissent aussi fortement sur la barre ; elle augmente ou diminue selon l'impétuosité avec laquelle ils ^Qiflent. Le vent de terre ou vent du nord la fait tomber, et cost quand il règne qu'elle se franchit le plus facilement. *^ phénomène de la barre est curieux à observer.

r> Li: DAHOMEY

Lorsqu'on voit de terre ses values, semblables à des iiioiitafi^nes d'eau, s'avancer calmes et majestueuses vers la côte, l'idée (ju'évoque alors la barre est celle de TOcéan qui va déborder pour tout engloutir sur le rivage. Le spectacle est grandiose et imposant à contempler et ne s'oublie jamais.

\'oici l'origine que l'on s'accorde h donner à la formation de la barre.

Les vents du sud-ouest qui régnent pendant neuf mois de l'année dans le golfe de Guinée y seraient attirés par la raréfaction de l'air, due à l'influence des rayons solaires répercutés par les sables brûlants du vaste continent africain.

Sous leur action incessante, l'Océan se creuse en longues ondulations qui grossissent peu à peu en se dirigeant vers la côte, et cette grande houle de TAtlantique, n'ayant i)as renc*ontré d'obstacles depuis les terres australes, vient se heurter perpendiculairement à la côte sablonneuse dont la déclivité vers la haute mer est prescjue insensible.

Les lames gigantesques, dont quelques-unes atteignent 40 li 50 pieds de hauteur, sont arrêtées brusquement à leur base par le peu de profondeur de la mer. tandis que leur partie supérieure, obéissant à rim|)ulsion re^ue et continuant sans obstacle sa course furieuse, se roule en énormes volutes <iui viennent déferler sur la plage avec un bruit terrible. Les ilôts se brisent et retombent en bouillonnant avec fracas, étalant sur le sable une eau écimieuse cpii se retire avec une rapi- <lité inouïe. Le choc a lieu avec d'autant plus de violence que le res.sac vient se joindre à l'obstacle formé par la côte pour interrompre l'élan des lames.

Les vagues forment ainsi, en rebondissant, trois lignes de brisants, h peu près également espacées, et dont la première est h 300 mètres environ du rivage ; elles se poursuivent les unes les autres, et souvent les vagues de l'arrière passent par- <lessus les premières, tellement leur élan est irrésistible.

i;ÊCM>HAPIIIE DL DAIIOMKY 7

Les trois lignes de brisants ainsi formées sont séparées par les vallées ondulées peuplées de requins.

l-a distance entre les lames est de fiO à 80 mètres, et Tinter-

valle de temps qui s'écoule entre Farrivée des groupes de trois

vagues varie de 10 à 25 secondes, selon la force du vent ; on

h nomme embellie, Ixîs vagues, à leur formation, ont de 5 k

lo mètres de hauteur, sehm l'état de la harre.

(^esl sur la côte du Dahomey que hi harre est la plus dangereuse. Klle s'atténue sur les autres points du golfe, et diminue au furet à mesuiv que Ton se dirige soit à Test, soit à l'ouest.

Dans le silence des nuits tropicales, la harre s'entend comme un nmlement lointain et continu de tonnerre jusqu'à plusieurs lieues dans l'intérieur.

Tel est le phénomène en lui-même.

Passage de la barre.

hc mouillage des navires sur la (^ùte des I^sclaves est assez

'^ur. A la sortie de la harre, on trouve des fonds de sahle de

" à 15 mètres: les vapeurs mouillent onhnairement à

^'"1 niètres du troisième hrisant, et les voiliers un peu plus au larj^e.

Maisles gros hàtiments ne peuvent fmnchir les hrisants, et ''S communiquent avec la côte au moyen d'emharcations s|)é- ^'lules (surf-hoats) montées par de vigoureux rameurs indi- Kt^nes. nageurs émérites et piroguiers expérimentés, que l'on '^^'ï'ute à la Côte d'Ivoire (Accra ou (]ape-(^.oast) et k la (^ôte ^ '^ï'ou, près du cap des Palmes.

'^ Sont habituellement des Minas, qui. pour un modeste **"^» ris<{uent journellement leur vie dans ce dangereux

8 LE DAIIOMKY

l^s Fluropéens qui font le comintM'ce de la Côte les engagent h Tannée, car les Dahoméens et les Porto-Noviens ont peur de la barre et n'ont aucune notion de navigxition, même sur les lagunes de leur pays.

Les Minjis sont groupés par équipes ou compagnies; chaque équipe laisse son cuisinier et son féticheur à terre.

On alloue à chaque homme 30 francs par mois, plus la ration de riz. On leur distribue, en outre, du talîa de traite, une bouteille par homme et par jour, une bouteille par voyage pour tout le monde et une gratification d'une bouteille par trois voyages eireclués sans accident, c'est-à-dire lorsque aucun colis n'est tombé à la mer.

Seize voyages sont le maximum qu'on puisse atteindre en une journée de barre belle.

Les Minas sont génémiement peu vêtus; leur chevelure, enduite de gomme, est relevée au moyen de ficelles, en plusieurs mèches raides qui, avec leurs dents blanches, leurs gencives rouges et leur face d'ébène, leur donnent un aspect diabolique.

Les siirf'hoafs sont des sortes de grandes baleinières renforcées par des couples en fer. Leur équipage se compose de 12 à 1(5 hommes, plus l'homme de barre qui est armé d'un aviron detjueue (godille) en guise de gouvernail.

(]es hommes sont assis en amazone sur le bord de leur embarcation, et, munis de courtes pagayes à trois pointes, ils nagent en cadence avec un ensemble parfait.

Cha([ue fois qu'ils plongent la palette dans les Ilots, ils font une profonde inspiration, et, en se relevant, ils expirent bruyamment et en mesure, en faisant passer l'air entre leurs dents entr'ouvertes, et produisent ainsi un sifflement prolongé.

Dans les moments périlleux, ils s'excitent mutuellement en poussant de grands cris.

10 LE DAIIOMKY

dispositions ont été bien prises, Tembarcation se trouve complètement inondée mais intacte dans un espace relativement calme.

C'est généralement après ce premier rouleau de houle que les Minas proiitent de Teffarement de leurs passagers pour les rançonner en leur laissant entrevoir que, faute par eux de donner de bonne grâce un petit cadeau, la pirogue pouri*ait bien chavirer à la prochaine lame.

Cette perspective est, d'ailleurs, rendue peu rassurante par l'apparition, çà et là, de nageoires dorsales triangulaires qui ne disent rien de bon; les passagers s'exécutent donc assez facilement ; seuls, quelques gens à l'esprit mal fait, pourraient présenter en guise d'argent le canon de leur revolvpr et faire comprendre au patron de la pirogue de quelle monnaie il sera payé à la moindre velléité de naufrage.

La deuxième volute franchie sans accident, on aborde aussitôt la troisième, et, au moment d'atterrir, les derniers rouleaux poussent Tembarcalion avec une rapidité vertigineuse sur la plage.

Dès que la quille de la pirogue touche le sable, toutes les pagayes sont vivement lancées à terre, les noirs se jettent à l'eau, poussent l'embarcation au sec, si elle n'a pas fait panache en abordant, et, saisissant rapidement dans leurs bras huileux les passagers par la ceinture, les déposent avec déférence à terre, mouillés, moulus et contents d'en avoir fini avec ime traversée si mouvementée. Il arrive souvent, surtout dans la mauvaise saison, qu'une lame vient balayer la pirogue et tremper entièrement les malheureux passagers. Mais peu importe, on leur donne une pièce de monnaie et tout le monde se trouve heureux.

Généralement l'obstacle est plus facile à franchir lorscpion vient de terre que lorsque l'on veut débarquer.

r.KOGRAPIIIK DU DAIIOMICV I 1

Quand les iioii»s veulent passi^r lu barre, ils roulent leur pirogue sur le sable jusqu'au bord de l'eau, la placent sur le revers de la dune, droite à la vague, et la font entrer dans la nier par secousses successives, profitant clia(|ue lois de Tarrivéc de lames qui s'étendent sur la plage en formant une écume l)ouillonnante.

Enfin, la pirogue est mise à l'eau, et ré((uipage s'embarque prestement, pendant ([ue le féticheur, debout sur le rivage, cherche à calmer le démon de la barre par des gestes et des invocations. Il suit la pirogue des yeux tout en poussant des hurlements et lanc^^ant des imprécaticms aux génies de la mer. Quand le danger est écarté, ce brave ivrogne se couche à coté de ses idoles et arrose de tafia les morceaux de bois et de fer fichés dans le sable, barbouillés de sang de coq et d'huile <le palme, (|ui figurent les emblèmes des Neptunes dahoméens.

Mais revenons à notre pilote qui, immobile, attend l'embellie. Il guette l'instant propice pour sortir de la barR^ avec les meilleures chances; aussi la pirogue reste-t-elle souvent stationnaire pendant (pielques minutes en dedans de la barre, laissant passer les lames sous s;i ([uille, à mesure (ju'elles se présentent. Puis tout à couj), à un iiuliee particulier, le pilote, iHîconnaissant un moment favorable, j)ousse un cri et toutes les pagayes fraj)pent viohMumenl les ondes furieuses. Les noirs, animés par leurs exclamations inarticulées, font des elForts si vigimreux qu'ils paraissent surhumains. Pendant ce temps, le pilote, debout et regardant la haute mer, donne des ordres, en même temps (|u'il fait des gestes de la main droite, C(mime pour calmer lui aussi les vagues frémissantes. Dès que la bari*e est passée, les noirs lèvent leurs pagayes en l'air, puis se mettent à ramer de la fa^on tran([uille et cadencée i[ui leur est habituelle.

Le péril naturel qu'offrent les éléments est conq>liqué par la présence d'une quantité considérable de requins.

Ces terribles squales pullulent dans la barre, et, en cas iraccident, on risque fort d'être leur proie. Si une pirog-ue prête le flanc dans une fausse manœuvre, si elle chavire, si elle prend Teau, les noirs qui la montent se sauvent à la nage, mais il en manijue presque toujours un à Tappel en arrivant à terre ; s'il en réchappe, il reste horriblement mutilé par les requins voraces.

(]es requins se tiendraient, paraît-il, dans une espèce de canal creusé dans le sous-marin par les rouleaux de la barre, canal très rapproché de la plag-e et la suivant parallèlement.

Certains capitaines de navire distribuent à chaque pirogue des cartouches de dynamite qui, en éclatant, effraient ou blessent les requins.

C'est donc un dangereux métier que celui de passeur de barre, et il est impressionnant de voir les nègres se jouer, dans leurs frêles embarcations, des colères de la nature et en triompher à force de courage et d'adresse.

Mais, malgré toutes les précautions prises et l'expérience de leurs équipages, les pirogues chavirent fréquemment tellement les lames sont violentes.

Les factoreries évaluent à *} ^/^ du total de l'envoi les pertes causées en marchandises par le passage de la barre.

A ces pertes, il faut ajouter celle des navires naufragés qui, jetés dans les brisants, sont irrévocablement perdus et mis en pièces en un clin d'œil lorsqu'ils sont entraînés par la barre, l.^n vapeur même ne peut se sauver que s'il est sous pression.

Lorsqu'après plusieurs tentatives, une barque a chaviré, et si les noirs refusent de charger, le navire n'a plus que la ressource de communiquer avec la cote au moven de signaux (un jeu de pavillons pendant le jour, des fusées d'artilice pendant la nuit).

Depuis (juelques années, ces difficultés d'atterrissage ont

ii LE DAUOMEY

C'est une solide jetée sur laquelle la nier a peu de prise; lors(ju'on la parcourt on voit passer sous ses pieds (rinimenses volutes d'eau salée qui se brisent avec éclat enti'e les piliers de Tappontenient.

MM. Daydé et Pillé, ingénieurs-constructeurs à (^reil (Oiseu se sont chargés de Texécution de ce wharf gigantesque.

Il a fallu six mois aux ouvriers de l'entreprise pour mettre à terre leurs matériaux et installer cet ouvrage hardi sur des sables roulés par des vagues constamment en mouvement.

Les diverses pièces de fer, fixées à des flotteurs insubmersibles, étaient halées du navire à la plage à l'aide d'amarres disposées en va-et-vient. Huit cents tonnes de matériel furent ainsi débarquées sans accident.

Le wharf se divise en deux parties : la passerelle, de 236 mètres de longueur sur 3 m. »}0 de largeur, et le débarcadère mesurant 4i mètres de longueur sur 12 mètres de largeur.

Pour supporter la section de la passerelle la plus proche de la côte (136 mètres de longueur) on s'est contenté de palées simples formées de deux pieux, distants de 8 mètres les uns des autres; mais, à partir de cet endroit, on a dû employer un système de palées doubles, rappelant les piles de ponts métalliques, formées de quatre pieux entrelacés ; ces piles sont espacées de 16 mètres.

Le plancher de la passerelle supporte deux voies de chemin de fer de 80 centimètres d'écart ement ; celui du débarcadère a quatre voies et est desservi par quatre grues tournantes.

Les pieux que l'on a employés pour la fondaticm de l'ouvrage sont en acier plein de 14 centimètres de diamètre; ils sont munis à leur extrémité inférieure d'une large vis en fonte de fer. Au moyen d'une bigue s'apjmyant sur la partie du travail déjà faite, on présentait le pieu en place, et, pour le visser, on garnissait sa tête d'un tambour horizontal. Autour de ce

GÊOGRJkPUlC Dl DAUiiMET |.j

;ambour s*enroulaît une corde qu'il sufdsait de lirrr à I^udcde treuils pour faire pivoter le pieu sur lui-même et le TÎS'^r jus(pau refus dans le sable com|)act et les bancs de oirâux ([ui forment le fond de la mer en let endruit. Une fuis ces piru\ placés, on les réunissait |>ar des entretoises et un système dr eonlrevenlement.

Destiné surtout au commerce, le wharf a été inau^ré pur la Guerre; le [>ers<mnel et le matériel ont passé ^^ans enoimbrv par cette base d"o|>érations d'un nouveau jrenre.

\j\ construction du wharf a coulé 9<MIJMMI francs envimn.

G est une société franvaise qui l'exploite : st^n siêîre social l'sl à Kotonou.

Ixîs capitaux ont été entièrement fournis |)ar elle, la t^louie n'ayant à sa charge c|u'une g'arantie éventuelle d'intérêts de 50.000 francs.

1/Etiit n'a donc pas eu un centime à délKiursi*r dan*^ la construction du wharf.

Le wharf a été ouvert au eomnieree le 7 m;irs ISÎ'3.

Kotonou n'étant pas une rade, les bateaux y mulent ttiut*.- 1 année hord sur lK>rd. soulevés piir de fortes laiiies de fiii'i.

G est pour cette raison que hi houle empêche h-s iiiivire-* J accoster le wharf: les passa«rei*s et les ma relia iidis*.'S r-mt toujoui^ transbordés du navire sur les embarcations léji^.-n-N ^l^s Minas, (jue remorquent parfois une chaloupe a vap»-iji-. Mais ces embarcations vont débarquer leur chaq^emenl sur ]•• wharf et v sont hissées elles-mêmes le soir au moven de îrrut** ^"^ ^p porte-manteaux installés sur l'appontement.

'^oiir débarc[uer, les gens aventureux et avides d'émoi inn

*'iient toujours le passiige de la barre : mais lorsi|u*au

^'ïU»m j(> quitter le bord on les revêt, par précaution, d'une

'Wure de sauveta<çe, les plus ivsolus réfléchissent et préfr-n-nt

^^nt prendre le chemin du wharf.

Les embarcations du bord conduisent alors les passagers au pied d'un escalier métallique, s'y cramponnent comme elles le peuvent au moyen de leurs gaffes, montent et descendent avec la houle, et, si les voyageurs savent bien choisir leur moment pour s'élancer, si la chance les favorise, ils peuvent espérer arriver sur la plateforme du wharf sans avoir pris plus d'un demi-bain.

Cet escalier, tout casse-cou qu'il soit, est malheureusement inabordable les trois quarts du temps, et les passagers en soi.t réduits à grimper comme ils peuvent le long d'une corde à nœuds ou d'une échelle de corde pour se hisser sur le tablier.

Les dames et les infirmes ont, comme dernière ressource, le panier qui sert alternativement au débarquement des vivres et du charbon, moyen plus facile, mais qui les expose, dans les premiers moments de leur ascension, à des contacts aussi brutaux qu'inattendus avec le bordage de l'embarcation soûle* vée par la lame.

Malgré ces légers inconvénients, le wharf de Kotonou a déjà rendu d'appréciables services; les débarquements, autrefois lents et dangereux, sont aujourd'hui plus faciles et rapides.

18 I.K DAIIOMKY

La j)remière zone est formée par cette bande de sable mouvant qui court parallèlement à la côte, et dont la laryeur entre les la«^unes qu'elle borde d'un coté et TOcéan qui la baigne de l'autre varie entre 50 mètres et o kilomètres. Sa végétation est rare, rabougrie, son aspect désolé. C'est celle (jue l'on aperçoit du large lorsqu'on se trouve très rapproché de la côte.

La deuxième zone olFre un aspect beaucoup plus riant. C'est la terre ferme proprement dite. Le terrain argileux a remplacé les sables, et, à des plaines de verdure, entremêlées de végétation par bouquets, succèdent à perte de vue des loréts de palmiers à huile et de roniers.

Le voisinage des cours d'eau et des lagunes est bordé de marécages qui dégagent pendant la saison sèche des émanations putrides provenant de matières végétales en décomposition, mais que l'harmattan vient heureusement chasser alors, en purifiant l'atmosphère.

Cette région s'étend sur une étendue de 35 à 40 kilomètres.

Dans la troisième zone, qui a une étendue k peu près semblable, se montrent les premiers accidents de terrain; les marécages et les prairies naturelles sont remplacés par des collines et des mamelons couverts d'une haute végétation. C'est au nord de cette région que Ton entre dans les grandes forêts.

La quatrième zone comprend les premières ramifications des montagnes de Kong, la région des plateaux et des forêts vierges, peuplée encore de grands fauves.

Ces hauts plateaux du partage des eaux du Niger sont pierreux et recouverts d'une herbe maigre, avec, ça et là, quelques bouquets d'arbustes rabougris, ce qui leur donne pendant la saison sèche un aspect désolé.

C'est dans ces régions extrêmes de la colonie que se trouve

géographie: du daiiomky li)

le Gourma, contrée fertile, absolument délaissée pai* ses habitants, encore primitifs et sauvages, qui ne font pas de commerce et se contentent de cultiver tout juste ce cjui est nécessaire à leur subsistance.

Les lagunes et leur formation.

La mer, qui bat incessamment le littoral, franchit parfois le bourrelet de sable formant côte dont l'épaisseur est, en certains endroits, très faible, et avec Taide de cours dVau venus de l'intérieur, forme des lagunes qui, du Vol ta au Niger, courent parallèlement au rivage sur de très grandes longueurs. Cette longue ligne de lagunes est navigable pour les petits vapeurs ; leurs bords sont en général inaccessibles. Les principales lagunes du Dahomey sont : La lagune de Porto-Novo (long. 20 kilom.), prolongement <le la lagune de Lagos, communicjuant, par le canal de Toché, avec le lac Nokoué ou Denham (long. 27 kilom.), qui se déverse dans la mer parle canal de Kolonou.

Au delà d'un isthme de (J kilomètres, lagune de \Vhydah ilong. iO kilom.) et lagune de (irand-Popo il») kilom. i, se réunissant aux lagunes du Togoland.

(les lagunes s'élargissent en certains endroits pour former de vastes nai)pes d'eau dont quelques-unes, par leur étendue <le plusieuis kilomètres, ont mérité le nom de laes.

La larijeur mo venue des la«^unes du Bénin varie entre *M) et 200 mètres. Kn face de Porlo-Xovo, elle est de 1 .720 'mètres : c'est sa plus grande largeur en dehors des lacs. Sa plus grande profondeur est de (J mètres et sa plus j)elile de 1 mètre. Le monuMit des plus hautes eaux est fin septembre ; celui des plus basses, fin mars.

Par endroits, de nombreuses îles flottantes rendent précaire

la navigation dans les passes étroites , mais des corvées, fournies par les villages lacustres voisins, sont constamment occupées à les dégager.

Les lajçmies re<;oivent tous les cours d*eau qui descendent de Fintérieur vers la mer.

La plupart des villes commerciales sont situées sur les lagunes ou ont un débouché sur elles.

I^ formation de ces lagunes résulte de Tempiètement continuel du continent sur TOcéan dont les vagues ont accumulé du sable sur les bancs de madrépores, base du sous-sol de la côte actuelle ; ainsi s*est formée à la longue cette bande de terniin tK^s étroite qui constitue aujourd'hui le littoral.

Dès que cette bande exista, les eaux des rivières n'eurent plus d'écoulement vers la mer et inondèrent les plaines basses qui formaient Tancienne cote. Peu à peu les charriages de ces mêmes rivières apportèrent un commencement de végétation; les marécages et les lagunes en furent la conséquence.

I^e travail des rivières continue toujours. Tous les ans, quand les pluies ont grossi leurs eaux, elles soulèvent le sol sur la rive, dans les contrées de l'intérieur, en détachent des parties j)his ou moins considérables et les charrient vers la cote. On voit alors des masses d'herbes et d'arbustes descendre le cours de la lagune, sous forme d'îles flottantes, et aller s'ajouter aux autres herbes qui forment ainsi de vastes plaines marécageuses.

Autrefois la lagune se continuait partout sans interruption, mais aujourd'hui, |)ar suite de charriages et d'atterrissements surcessifs, il v a solution de continuité à Godomé (t) kiIom.> et il Kotoiiou '.MMI mètres). Ce dernier barrage, qui empêche les enux du lac Drnhani de rejoindre TOcéan, s'est ouvert en 18S7 sous la pression eonsidérabh' de Ténorme nuisse d'eau du Imc, et ii un tel point (|ue rKnieraude, petite canonnière friin-

çaise, pénétra par cette passe dans la lagune de Porto-Novo, au grand désappointement des féticheurs dahoméens.

Sous l'action des sables accumulés par le ressac, Touverture s'est refermée trois mois après. Mais en novembre 1893, elle s'ouvrit de nouveau d'elle-même sous la poussée des eaux subitement grossies à la suite de pluies exceptionnelles, puis se referma peu après.

Le niveau des lagunes est plus élevé que celui de la mer; pendant la saison des pluies, la diiférence est de 1 mètre à 1 mètre 50 ; elle est seulement de 60 centimètres pendant la saison sèche. Il en résulte, h la marée basse, deux courants coulant en sens inverse Tun de l'autre, avec une vitesse moyenne de deux à trois milles à Theure. Le premier, qui se dirige vers Test, est sensiblement diminué et disparaît même entièrement lorsque la bouche de Kolonou est acciden tellement ouverte.

L'aspect des rives de la lagune varie suivant la région traversée : du coté de Lagos, ce sont d'immenses forêts de palmiers, tandis que, depuis Porlo-Xovo jusqu'à Porto-Segouro (Togoland), on ne voit (|ue luuiles herbes, papyrus et palétuviers.

L'eau de la lagune du Bénin est |)otal)le si hi bande de terrain ([ui la sépare de hi mer a assez de largeur ; dans le cas contraire, les infiltrations d'eau salée la rendent sauniàtre. Il en est de même à toutes les bouches faisant communiquer la lagune avec la mer ; la marée montante arrête scn courant et permet ainsi aux eaux du golfe de s'y mélanger.

Hydrographie.

Les principaux cours d'eau (jui arrosent le Dahomey sont, de Test ii l'ouest :

IJ'Adjarn, ((ui se jellt* dans la lagune de Porto-Xovo et sépare le royaume de Porlo-Novo des possessions anglaises:

\,'()u(hn(\ ((ui traverse tout le nord du Dahomey et qui constitue la seule voie commerciale et stratégique pour pénétrer dans Tiiilérieur du pays ; les grandes pin>gues le remontent jus(|u'au S** degré pendant les hautes eaux. Il reçoit à gauche VOrpara ou Xnnou et se partxige en amont àW/famé |>our former le Zounir ou rivière de Sa, Ce cours d'eau se jette dans le lac Nokoué : il reçoit du nord le Ifan alimenté par une foule de |)etils allluents dont le Koio a été Tun des premiers connus. I/()uémé reçoit sur sa rive droite le Zou^ accessible aux canonnières, et qui reçoit lui-même, à gauche, VAghado. Plus au nord, l'Ouémé reçoit aussi à droite VOdoiio et le Térou:

Le Kou/fn^ (|ui prend sa source dans les montagnes des Maliis et <|ui forme le lac Ahénié\

Le» Mono, navigable jusipi'au barrage de Togodo, à 80 kilo-i met l'es dans l'intérieur, et dont le cours supérieur appartient au Togo alleinand.

l/Oiiémé cl le KouiVo servent de déversoirs à un immense marais a|)pelé I.uttiu ou ^.Vî, (pii ne mesure pas moins de 10 kilomètres de I<»ngueur de Touest à Test, sur une largeur de 10 à I'! kilomètres du nord au sud. Pendant huit iiuns de Tannée, er marais est complètement à sec.

(les rivières ne sont navigables (jue sur une faible jîartie de leur cours; toutes se déversent dans les lagunes, ainsi qu'une foule de grands (»t petits ruisseaux.

Lr rivage formant luie digue aux eaux venues de l'intérieur ne laisse» aux rivières dahoméennes (jue (piatre issues vers rOeéan; lune située à lest de (n'and-Pt)po, à un endroit a|»pelé la l>ouelje-du-Hoi ; la seconde à Lagos ; la troisième à Test de Léké Bénin . el (juehpiefois à Kolonou.

Outre ces graiuls débouchés, les lagunes comnuini(|ueut

r.ÉOGRAPHIK DL DAIIOMKY 211

avec la mer par de nombreux petits cours d'eau qui se fravenl un passage à travers les basses terres au moment des hautes eaux.

Il existe aussi k l'intérieur du pays de petits lacs ou marais qui gi-ossissent au moment des pluies et trouvent des débouchés pour venir grossir le cours de la lagune. Sans la légère inclinaison du teri*ain, il serait malsain d'habiter la contrée.

Les rivières du Dahomev, torrentueuses à leur source, ont à leur embouchure un courant très faible, ce qui explicpie la formation des lagunes.

Comme le débit des eaux de Tintérieur n'est pas constant. on ne peut espérer pouvoir creuser dans la lagune un port capable d'abriter des navires d'un certain tonnage, ainsi (|ue l'ont fait les Anglais a Lagos.

Les grandes étendues d'eau qui se trouvent dans le Dahomev produisent dans leur voisinage des inliltrations souttM*raines qui s'étendent fort avant dans les terres.

Dans l'intérieur du pays il y a de nombreuses sources natui-eiles.

I^s indigènes obtiennent leur eau en creusant des puits à deux mètres dans la première zone, à (piatre ou six mètres dans la seconde et à douze ou ([uinze mètres dans la troisième.

I/eau se rencontre partout, mais à des profondeurs variables, suivant les couches du terrain, et elle repose toujours sur un banc rocheux.

Malgré leur pente très faible, les cours deau du Dahomey seraient d'excellentes voies de connnunication, s'ils n'étaient coupés, à la saison sèche, par des seuils sablonneux dans le sud, rocheux dans le nord ; mais l'emploi des dragues et des explosifs améliorera certainement leur navigabilité.

Orographie.

L'orographie de nos possessions du Dahomey n'est pas compliquée. Elle ne comporte que ({uelques plateaux |>eu élevés situés dans l'intérieur (Allada, Savé) et des monts isolés comme le pic (^antoulou, les monts Managboua, Âguigadji, Gbaouté, Zoglobo, etc.. dont Taltitude ne dépasse pas 000 mètres.

Kn dehors de ces monticules, le sol, sablonneux ou marécageux, est entièrement plat. C'est seulement à partir de Cana que le terrain se relève, devient onduleux, puis montagneux.

Au nord du ])lateau d'Abomey (103 mètres d'altitude), le pays s'ondule sensiblement et l'on trouve des mamelons d'une certaine élévation, dans la région des forêts. I^ plaine se relève alors par une succession de gradins jusqu'au pied de la dent du Fita, des Unes dentelures des montagnes des Dhassas, des monts d'Agbassa ou Delcassé, et des masses plus imposantes des monts de TAtacora dans le pays des Mahis, dernière ramification des montagnes de Kong, qui constituent en cette région le n^bord du plateau central de l'Afrique et qui forment la ligne de partage des eaux entre le bassin du moyen Niger et les cours d'eau (|ui vont se jeter dans le golfe du Bénin.

Kn résumé, on ne rencontre au Dahomey d'élévation importante que vers le 8'* degré

Géologie.

La géologie du Dahomey n'est encore guère connue, car il était difficile de faire des recherches sous l'administration indigène. Son véritable littoral ne se rencontre (|u'au pied des

GÉOGRAPIIIK Dr DAIIOMKY 21

hauteurs de Caiia; au siiil, ce sont des cordons successifs de dunes aecumulées par le vent el la mer, reeouverles plus liird d'une couche d*humus et dans lesc|uelles on ne renconliv pendant 80 kilomètivs ni une piern\ ni un {^ravier; le saMe d'orijç'ine pélagienne et l'arj^ile fortement colorée en rouge pai' des sels de fer constituent le sol (capitaine Fonssagrivesi.

Le pays se divise en deux régions : le Bas-Dahomey el le Ilaut-Dahomev.

1a» Bas-Dahomey est le Dalumiey maritime, c'est le pays cU»s palmiers k huile et il s'étend jus(|u'aux environs d'Abomey. Tous les territoires au-dessus du î>*^ degré forment le llaul- Dahomev.

Le sol du Bas-Dahomey peul si* diviser en deux zones. La j)remière zone est couverte «l'une couche de sahh* de pivs de 2 mètres d'épaisseur sous lequel on trouve de l'humus végétal. Sur les bords des lagunes et des cours d'eau, le sable est mélangé ix des alluvions de dill'é rente composition, suivant les endroits.

Le sable n existe* plus dans la deuxième zone et est remplacé par de l'argile justpi'ii ime profondeur de »> îi (i mèli-es. C.ette ctmche <lurcil tellement au moment des fortes chaleurs (pie les végétaux indigènes seuls arrivent à la percer ; au-dessous de celle argile se trouve de riiumus gras très propre» à l'agricultuiv. Le bord des fleuves est toujours très limoneux et par suite très fertile. Dans la couche inférieure on trouve encore de la terre végétale mélangéi» de sable, de co(piillages et de calcaires décomposés, mais on ne trouve ni une pierre, ni im gi'aN'ier dans cette zone.

La terre glaise ne se trouve plus dans le Haut-Dahomey, mais hi décomposition des feuilles d'arbres produit Thumus qui y forme la ctmclie superlicielle ; en dessous on trouve encore du sable et des calcaires, el, en troisième lieu, des roches sédi-

meiîtaires arj^ileuses avec traces de porphyre, de quartz, de marne, de grès rouge, de granit, de schiste, de conglomérats ferrugineux, etc., qui y affleurent par place.

Telle est la composition des vallées au nord d'Abomey .

Les terres de cette région sont généralement riches en potasse, mais peu favorisées en chaux et en acide phosphorique.

Les cailloux se rencontrent seulement à près de 100 kilomètres du littoral.

Un sondage assez profond du sous-sol a été opéré en 1892 à Goho, près d'Abomey, sous la direction de M. le capitaine Fonssagrives ; ce sondage a fait découvrir d'abord' un banc épais d'argile rouge, puis une couche de sable très micacé de couleur pourpre, puis un gisement important de kaolin pur et enfin un autre lit de sable violet très meuble.

(]omme ressources minières, le Dahomey doit posséder les mêmes richesses minérales que les pays voisins dont il a la même configuration.

Plusieurs voyageurs croient à Texistencc de mines de houille au Dahomev ; de minerais de fer dans le nord et à Tor d'alluvions dans le sable des rivières.

I /avenir nous confumera le fait.

On trouve au Dahomey une pierre nïétéorique que les indigènes appellent Ochoiimaré (pierre du ciel), et avec laquelle ils font des bijoux.

Routes et voies de communication.

La (|uestion des voies de communication a été envisagée d'une manière toute spéciale, sur l'initiative de l'administration locale, par les pouvoirs publics.

Il existe une route bien aménagée de Whydah à Nikki par Camotville ; elle passe par Savi, Tori, AUada, Ouagbo, Zobodomé, Cana, Goho, Abomey, etc. Elle se bifurque k Goho, en avant d' Abomey, pourCotopa, Dohoué, Allagba, et Kpomé ; elle se dirige aussi d' Abomey par Locossou, Allahé jusqu'à la rivière Zou.

Dans toutes les autres régions du pays des chemins routiers fort nombreux sillonnent la colonie et sont entretenus par les indigènes des villages ; leur largeur qui est loin d'être uniforme dépasse rarement 2 mètres.

Les transactions entre la côte et Tintérieur se font par des pirogues circulant sur les vastes réseaux de lagunes et les nombreux cours d'eau.

C'est pour cette raison qu'il est question de faire communiquer la lagune de Whydah avec celle de Porto-Xovo.

Comme il n'y a au Dahomey ni voitures, ni bêtes de somme, les indigènes opèrent seuls tous les transports sur leur tête, lentement, péniblement ; leur charge moyenne est de 25 kilog.

Lorsque les Européens et les gros personnages dahoméens veulent se déplacer, ils se font porter en hamac par les membres dune corporation spéciale appelés «< hamacaires ».

Des services réguliers de pa([uel>ots assurent la communication avec la France deux fois par mois, et avec les colonies anglaises voisines, une fois par semaine.

Chemins de fer.

Un chemin de fer de pénétration projeté entre Kotonou et le Niger français est en voie de construction.

Une mission dirigée par le conmiandant du génie Guyon a été chargée du tracé de ce chemin de fer.

1^ ligne suivra l'itinéraire suivant : Allada, ïolfo, Cana,

30 I.E DAIIOMKY

Atchérihé, Paouignan, Savé, Kilibo, Tchaourou, Parakou, Nikki, Doiinkassa, Kandi et Madécali, où elle atteiiidj-a le Niger.

La voie ferrée aura une longueur totale de 700 kilomètres, de la côte, au Niger.

Le tracé définitif est étudié sur un parcours de 180 kilomètres jusque Atchéribé, et la reconnaissance du terrain a été faite jus([u'à Tchaourou.

\Vhydah sera relié à la ligne principale par un embranchement de 14 kilomètres de longueur.

Les travaux sur place doivent commencer le P'' mai 1900; leur durée sera d'environ dix ans.

Le tracé ne comportant que des terrassements très faibles et des ouvrages d'art de peu d'importance dans ce pays plat dont la pente est de 1 "/qo jusqu'à Abomey, la plate-forme du chemin de fer sera rapidement prête.

Les terrassements seront exécutés par des corvées rétribuées, fournies par les chefs indigènes et dirigées par les officiers, sous-ofïiciers et sapeurs du Génie. On estime à 2.200 le nombre de noirs qui sera employé à l'entreprise.

Cette première amorce du chemin de fer de pénétration (180 kih)mètres) sera construite par la Colonie sur ses propres ressources, sans contracter d'emprunt, sans rien demander à la métropole que son appui moral.

On a estimé le prix de revient de la ligne à (iîJ.OOO francs par kilomèlrô, ce (jui, pour la longueur totale, fera une dépense de 43 millions environ.

C'est à M. Ballot, Gouverneur, ([ue le Dahomey devra

l'établissement de sa preniièiv voie ferrée, (jui permettra à

bref délai à la (Colonie de décupler sa j)r()(luction agricole.

"utreque le chemin de fer sera 1res ulih* pour l'exploitation

aut Dahomev, il le sera aussi pour les Kuroj)éeiis anémiés

GÉiN;RAPIilE Dr DAHOMEY 3t

<|ui, en quelques heures, pourront aller se remettre de leurs fatigues dans les ivg'ions salubres du nonl, dépourvues de fièvre, et s'épaiçner ainsi un retour onéreux en Europe.

Lignes télégraphiques.

Une ligne téléji^raphique terrestre relie tous les postes de la colonie ( de Kotonou par Porto-Novo à Abomev, Ouessé, (larnotville, Djoupou, Kouandé, Konkobiri, Diapajja, Pâma, Maliacouali. Fada N'Gourma, Diapaj^a, Botou et Sav) et nielle Dahomey, par le Soudan, en l'elation avec Bammako et le Sénégal.

Des câbles télégraphicjues sous-marins relient la colonie par Kotonou à Accra |(y>te d'Or) et à Sao-Thomé et Libreville (Galxm).

C'est le !"■ novembre 188() (|ue le West African Telegraph O a installé le câble de Kotonou.

Climatologie.

Le climat du Dahomey, quoique chaud et humide, est assez supportable pour THuropéen, à la condition toutefois (ju'il <>bst»rve rigoureusement les précautions d'hygiène indispen- -sables tlans toute contrée tropicale. Non pas cpie la chaleur y

LE DAflOaiEY

soit excessive, mais elle est constante et impressionne fortement l'organisme ; de plus, Tatmosphère est constamment chargée d'électricité.

Les mois les plus chauds de Tannée sont : décembre, janvier et février.

Chaque nuit il tombe une rosée abondante, qui se transforme parfois en une pluie fine.

En arrivant sur un sol surchauffé dans la journée par les rayons d'un soleil tropical, cette humidité se vaporise en une buée visible le matin au lever du soleil ; Tair est alors opaque, et Ton distingue difficilement les objets, même à une faible distance devant sol.

Mais ce brouillard est de courte durée, car le vent du nord ou harmattan vient peu après le dissiper pour rendre aux couches d'air une transparence qui augmente encore la chaleur.

Saisons.

De même que la plupart des contrées équatoriales et tropicales de l'Afrique, la Guinée est soumise à deux saisons principales : la saison sèche et la saison des pluies.

Cependant il existe entre chacune d'elles deux saisons intermédiaires que Ton appelle : petite saison sèche et petite saison des pluies.

Au point de vue des saisons, Tannée peut se diviser ainsi :

Petite saison des pluies.

Du 15 Septembre au

commencement de

Décembre.

Petites pluies fines fréquentes. — Rares orages.

Grande saison sèche.

Commencement de

Décembre au 15

Mars.

Fortes chaleurs. — Basses eaux. — Mer calme. — Harmattan.

— Belles barres.

Grande saison des pluies.

Du 15 Mars au 15 Juillet.

Petite saison sèche.

Du 15 Juillet au 15 Septembre,

Chaleurs. — Barres difficiles. — Pluies torrentielles. — Tornades.— Dëbordemenl des rivières.

1 Pluies fines cl fréquentes. — Hautes eaux.

Barres assez bonnes.

I^ saison la plus favorable à la santé est la g^randc saison sèche, car rharmattan refroidit et purifie alors Tatmosphère. L'état sanitaire est mauvais au commencement de la saison des pluies, très mauvais après les grandes pluies.

En Guinée Téquinoxe y est perpétuel ; pendant toute Tannée les jours n'ont entre eux aucune différence notable. Il fait jour de 5 heures et demie du nialin à (i heures du soir; la transition du jour h la nuit est brusque et sans crépuscule.

Pendant les mois d'octobre, novembre et décrembre on remarque sur le ciel de nombreux bolides.

En somme, six mois de pluies et six mois de sécheresse, heureusement répartis en deux périodes alternantes; disposition éminemment favorable pour les travaux agricoles, car elle permet de faire deux récolles par an. Mais en tout temps, les travaux pénibles au dehors sont impraticables pour la race blanche, qui doit emplover des travailleurs nègres.

Température.

La' moyenne de la température est de 2(5 à 28** ; le thermomètre oscille entre 18 et IJ.V; pendant la journée, la chaleur est supportable, grâce aux brises de la mer ([ui, durant neuf mois de Tannée, viennent de la partie sud-ouest. Quand elles manquent on étouffe.

Ia^s écarts de température entre la nuit et le jour ne sont

/^ Dahomey, :\

31 LK DAIIOMKY

habituellement que de 3 à 4**; quand riiarniattan souffle ils atteig'nent de 8 à î)** centigrades.

Pendant les trois autres mois (décembre, janvier et février) la tiMiipérature est accablante. Pendant Tharmattan, le thermomètre monte jusqu'à 4.*l".

En tous temps, la nuit, on respire Tair de tcri\\ mais il est mauvais parce (|ue, passant sur les nuirais, il emporte avec lui les miasmes putrides qui s'en exhalent.

Les nuits sont toujours Iraîches,

Pluies.

Pendant la saison sèche, le ciel est sans nua^e; en temps ordinaire, la sécheresse du sol est tempérée le matin par d'abondantes rosées.

Dans la petite saison des pluies, on com[)te mensuellement une moyenne de dix h quinze pluies, d'une durée de trois ù quatre heures ; le ciel est alors peu couvert et les nuages disparaissent instantanément.

La lin de cette saison est parfois manpuM» par quel(|ues orages.

Durant la grosse saison des pluies, le soleil n'apparaît parfois (pu* ((uel([ues courts instants dans une semaine.

Les pluies durent souvent plusieurs jours sans discontinuer; le ciel est alors gris d'ardoise, l'atmosphère humide, la teriv détrempée.

On remarque, pendant la grosse saison des jduies. que la lune est maintes fois entourée d'un halo.

La hauteur d'eau de pluie annuelle est de 0 m. ÎM).

Pendant l'hiver la grêle tombe aussi (pielquefois, mais elle fond aussitôt ciu'elle a toucbé terre.

Vents.

Les vents qui soufflent sur la côte des Esclaves sont désignés sous le nom de brise de terre et brise du large.

Pendant la saison sèche, Tune et Tautre soufflent alternativement pendant une durée égale.

La brise de terre qui vient du nord, et parfois du nordouest, apparaît vers minuit et dure jusqu'à neuf heures du matin. Elle est chaude et humide et accompagnée ordinairement de myriades de moustiques.

La brise du large, qui vien( le plus souvent du sud-ouest, souffle pendant une moyenne de sept heures par jour, pendant les mois d'avril, mai, juin et juillet ; elle cesse dans le cours de l'après-midi ,

En août, septembre, octobre et novembre, ce vent dure quelquefois toute la nuit. En décembre, janvier, février et une partie de mars, il fait place, du lever du soleil à midi, à V harmattan ou vent qui sèche.

Comme il v a entre les deux vents une dilTérence de 8 à 9** centigrades, la transition est fort brusjue et la (in des nuits toujours froide.

L'harmattan .

C'est un vent mi- froid, mi-chaud, qui souffle surtout en décembre, janvier et février. Il va du nord-est au sud-ouest.

Pendant l'époque où il souffle, il alterne avec la brise de terre.

L'harmattan apparaît généralement de très grand matin et disparait vers le milieu de la journée; il persiste souvent de deux à six jours.

Desséché par les sables du Sahara, puis refroidi par l'humi-

38 LK DAIIOMKY

dite ambiante de eertaines contrées du Niger, il chasse devant lui des tourbillons de sable.

Son approche'est annoncée par un épais brouillard de poussière qui, jusqu'à 10 ou 1 i heures, cache les ravons du soleil.

Sous son iniluence, les lagunes se dessèchent et baissent avec une rapidité remarquable, les eaux stagnantes dis])ai*aissent complètement, car, sauf quel(|ues orages, il ne pl(»ut jamais à Tépoque de T harmattan.

Dans rinlérieur <les maisons, Tcm entend craquer les portes, les fenétiHis et les bambous; les feuilles des arbres se crispent et tombent comme grillées ; les lèvivs se dessèchent ainsi que la bouche et la gorge. Une soif intoléndde tourmente sans cesse, la jieau sejgerce, et pourtant c'est la meilleure siiison pour rKuropéen.

Pendant Thivernage, T harmattan est chargé de brumes malsaines, mais, dès que les pluies ont cessé, il devient si soc et si froid (|ue la température descend en (|uelques lieuix»s de 26 à 17".

1/harmattan esl chassé par des brisc»s de sud-ouest, dont la fraîcheur est d'autant plus sensible (jue le corps, étant <lesséché, en est devenu bien i)lus impressionnable.

Par suite de ces variations du vent, on a vu des nègrc»s grelotter j)ar 23" au-dessus de zéro.

Tornades.

Pendant la saison des grandes pluies, en avril et en mai surtout, on a les plus mauvaises barres et aussi ces ouragîuis terribles a[)pelés tonuidcs,

O nom indi(|ue sulfisamment le mouvement giratoire du vent et des nuages, qui, dans leur fureur, reviennent souvent à leur point de départ, après avoir fait un tour complet de l'horizon.

liÉOORAPIIIK DL DAHOMEY :t9

Avant l'orage, l'air est lourd, la chaleur accablante; le ciel est pur, mais vers le nord-esl un point noir apparaît. Il grossit rapidement en loitrnant, lo vont se clécliaînc avec violence, la pluie tombe à torrents, acconipu(;née «le cou]>s do tonnerre, et de nombreux i'clairs sillonnent l'espaco.

Rien ne résiste Ji la fureur de l'ouragini; dos toitures de maisons sont eniporttVs îi ]>lusicui's et'nluiues de mètres; des arbres sécnlaires sont abattus pur la foi-co du vent ; les fortMs Fn-niissent sous In tempête, et, pur pinces, il s».- eivusc de profonds ravin»: Itref, c'est tm l)otd<-vers«-menl conijdot «le la nuture. Heureusement que la durée de In tornade n'est ijue de quelques minutes ù peine, car autrement les défais seraient incalculables.

Quand un calme ivpamteur vient succéder a la tourmente, le ciel est plus clair, l'air plus frais et plus agréable, on respire plus à l'aise ; enfin, on goûte un repos dont on avait grand Iwsoin.

I^es terribles |>hénoniênes de lu nniniv jiroduisi-nt limj<mrs sur les populations su|)erstitieuses du I)ali(uney une inipres-

Haladies du pays.

\ (^ôte des Kselaves est un peu |dns salubre que ses viiisinos: e'esl celle où IFuropécn ivsisfe ]>lus facilement imx nlleintes du climat, mais les mêmes soins sont nécossain's aussi biou à l'iirtn-Niivii (pi'à (îi-and- Ilassimi.

Ia- paludisme est la grande nialadie de» Européens; les lièvres y régnent à l'étnt endémique, surtout il la côte, dans le voisinage des lagunes, ("es nireelions présentent généralement un caractère asso/. Iténiii, mais à la

longue elles peuvent se transformer en fièvres bilieuses ou fièvres hématuriques bilieuses, d'un caractère très pernicieux.

Dans le premier cas, une hygiène rigoureuse et des soins attentifs suffisent ; dans le second, le seul remède est le renvoi du malade en Europe.

Les Européens sont, du reste, contraints de venir demander de temps en temps à Tair natal la réparation de leurs forces épuisées, car, au bout de quelques années de séjour, leur sang s'est appauvri et Tanémie les consume. Le teint jaunâtre que prend l'Européen révèle son état anémique ; stn estomac s'affaiblit, son caractère s'aigrit, toutefois il résiste.

La fièvre paludéenne se combat généralement comme la fièvre intermittente, au moyen du sulfate de quinine. Dans le Haut-Dahomey, où l'atmosphère n'est plus chargée d'humidité, la fièvre paludéenne devient rare.

Dans les postes français, on trouve facilement les médicaments nécessaires à combattre les maladies ordinaires de la contrée.

Les cas de dysenterie sont rares, mais ils présentent un caractère de gravité exceptionnel ; l'anémie, provenant de l'inertie digestive, de l'influence climatérique ou des pertes sudorales, est le mal auquel tous les Européens sont en proie.

L'insolation fait aussi quelques victimes, mais dans ce pays de forets ce cas est généralement le résultat d'une imprudence.

Les refroidissements sont à craindre, quoique rares, mais ils sont difliciles à guérir complètement.

La phtisie fait de nombreuses victimes chez les indigènes qui font un usage immodéré de l'alcool.

Le grand degré hygrométrique de l'atmosphère prédispose aux rhumatismes. C'est une afFecliou trè^s fréquente aussi bien chez les blancs que chez les noirs.

La petite vérole fait, de temps en temps, son apparition

parmi les indigènes ; mais elle est assez bénigne, malgré le peu de précautions prises pour éviter sa propagation; elle n'^esi du reste pas très contagieuse pour le blanc.

Les ulcères ne sont pas rares, surtout aux membres inférieurs; Téléphantiasis est très commun, surtout aux chevilles.

Les maladies les plus communes sont celles de la peau : le psoriasis, Teczéma, l'herpès circiné, se montrent fréquemment; les bourbouilles sont constantes.

La gale atteint indigènes et Européens ; la transmission se produit par le contact, mais au lieu d'envahir le corps entier, la maladie se localise presque toujours sur le pied, la main, les bras, les jambes et rarement le tronc.

La lèpre est également assez commune chez les noirs, qui ont des remèdes spéciaux pour la gu»rir; seulement après g'uérison les endroits attaqués restent roses, la peau ne s'y colorant plus.

Il y a aussi en Guinée la maladie du sommeiL qui provient de l'inflammation de l'enveloppe cérébrale. Le patient est sous le poids d'une somnolence que rien ne dissipe; il r^^pond quand on l'appelle, mais sans sortir de sa torpeur. Lissue est toujours fatale.

Dans les pays chauds, l)eaue(»up de blessures, même légères, sont accompagnées du léliinos et suivies de mort ; aussi faut-il prendre beaucoup de préeauticuis et se servir d'antiseptiques pour le lavaji^e des plaies.

Le ver de Guinée et la puce chique.

Parmi les parasites qui indisposent fortement les habitants du Dahomey, il faut citer le ver de Guinée et la puce chique.

Le ver de Guinée.

Ce nématoïde appelé drarjonneau^ filaire de Médine et ver

42 LE DAIIOMKY

de Guinée, faisait, il y a quelques années, de grands ravafjes dans la population de la (]lôte ; son germe se trouve dans Teau, mais Tusage de filtres le fait disparaître. Ce ver est plat, sa longueur est d'environ 1 m. 50, sa largeur de 3™/™ et son épaisseur de 1'"/'".

Il peut se développer sur toutes les parties du corps, mais il préfère surtout les jambes. Quelcjnefois il est solitaire, mais souvent on est attaqué par plusieurs vers k la fois.

Leur présence c^use de vives souffrances, et si Ton néglige les soins la gangrène peut s'en suivre.

On admet que ce parasite existe dans la lagune et quil pénètre à travers la peaii nue des membres inférieurs des noirs qui traversent Teau.

Pour s'en débarrasser, on le tire avec précaution pour ne pas le briser et on Tenroule peu k peu sur une baguette en bois qui reste k Textérieur de la plaie.

Les noirs appliquent aussi sur la plaie un mélange de verre et de charbon piles, ou bien de l'huile de palme et quelques herbes causticjues, ou encore un onguent avec du savon, de l'huile de palme et diverses feuilles que leur indiquent leui's médecins indigènes.

La puce chique.

La maladie spéciale occasionnée par la puce vhiqne débute par l'enflure des mains, des pieds et des jambes.

Cet insecte, qui a été importé de])uis peu au Dahomey, est originaire du Hrésil ; il est gros comme une puce ordinaire, il se tient dans les hautes herbes et s'imi)lante dans la peau, de préférence sous l'ongle des orteils. Il traverse les étoffes, surtout les coutures, mais ne pénètre pas à travers les chaussui'cs de cuir.

Dès qu'une légère démangeaison indi([ue sa présence dans

(tËtXÎHAPIItE DV DAIlOMRr 43

les pieds, il faut aussitôt saisir la puce et l'enlcvor sans tarder, vur elle n'a encore que les mandibules introduites sous la peau.

Si l'extraction n'est plus possilde. le chatouiltcmont fait place il une douleur atj^uc et la présence de l'insecte ne se décèle plus que par un point oblong et noirâtre, 11 faut alors pratiquer l'êchiqaage, si l'on ne veut risquer des désordres (|ui amènent souvent Acs érvsipMes et parfois niéino la {gangrène et le téljinos.

Les indigènes sont fort habiles dans cette opération qui se fuit au moyen d'une aiguille : on pique la peau à côté du ])oint noirâtre, on passe la |>ointe de l'aiguille sous l'insecte qu'on enlève sans brusquerie, en une seule fois autant que possible. On panse ensuite la plaie avec un peu d'alcool camphré.

Mais si l'insecte est une femelle, le cas est plus grave, car il se renferme dans une poche où il pondra, au biiut de deux jours, une moyenne de 1 HO à 200 leufs.

.\u bout de cinq jours l'abdomen de la puce a atteint la grosseur d'un pclil pois. Les U'ufs êclnsenl après le dixième jour 1*1 Ion a aloi-s deux cenls insectes (|iii vous <lév(H'ent la chair lies ]>iedH, Pour les exliipt'r, il faul -.wiyw ivciuirs au bistouri et jiu nitrate <rargent (pierre infernale l.

I^s cbiques attaquent inin seulement l'Iiommc mais aussi les animaux domestiques.

Population.

Le Dahomey est habité par plusieurs races autochtones et une race étrangère conquérante ; toutes sont du type nègre.

Les races conquises sont :

1" Les Yoroubas, comprenant les Egbas, les Eyos ou Ohios, les HoUis, les Décamiens et quelques autres ; on les appelle également Nagos, du nom de la langue qui leur est commune. C'est une population dense, paisible, commerçante, dont le principal centre est Porto-Novo ;

2^ Les Minas, établis sur la côte à Agoué et à Whydah ; ils sont depuis longtemps en contact avec les Européens, et leur civilisation est plus avancée que celle de leurs voisins ;

3** Les Ouatchis, entre Whydah et Allada, les Eoués, entre Allada et Abomey et les Djédjis au nord de Kotonou;

4" Les Mahis, les Dhassas, les Schabé, les Gambaris, les Zougou, les Baribas, les Kodokolis et les Bokos qui peuplent le Haut-Dahomev.

A cette population si variée, il faut ajouter aussi des groupes de Peulhs pasteui*s et des confédérations de marchands haoussas qui séjournent au nord, dans TOuangara et sur les bords du Niger.

Les Fons ou Dahoméens, de nature belliqueuse, forment le peuple conquéi'ant qui a englobé toutes les peuplades .voisines, tout en évitant de se mélanger avec les vaincus.

11 n'a pas encore été possible d'évaluer exactement le chiffre de la population des divers Etals placés sou?^ notre protectorat, dans le golfe du Bénin.

Les derniers recensements ont donné 150.000 habitants pour le royaume de Porto-Novo et ses dépendances, 51.000 habitants pour les Popos, et iOO.OOO habitants pour le Dahomey proprement dit.

GÉOGRAPHIE DU DAHOMEY io

La population des territoires du Haut-Dahomey, du 9*^ au 14*^ degré de latitude nord, est d'environ 500.000 habitants.

Villes principales du Dahomey.

Le point de débarquement au Dahomey est Kotonou (ou lagune morte). C'est un village noir d'environ 1.000 habitants, assis sur la plage sablonneuse qui a remplacé le chenal par lequel le Denham (grand lac) communiquait avec la mer. 11 sert simplement de port à Porto-Novo ; ce n'est qu'un point de transit où l'on ne trouve que les entrepôts des maisons européennes établies h Porto-Novo, quelques baraquements, l'hôtel de la Compagnie du cable, un blockhauss en maçonnerie et de nombreuses masures européennes habitées par TAdministration et les agents des factoreries.

Dix-huit milles séparent Kolonou de Porlo-Xovo. On s'y rend par la lagune en passant entre divers villages lacustres tels que Avansori (l.'îOO habitants), Afofonou (^{.000 habitants), Ganvi et So (i à 'iOO habitants) hal)ités par des pécheurs qui sont venus s'y réfugier pour éviter les poursuites des soldats dahoméens aux(juels les fétiches défendent de ])asser leau pour guerroyer.

On laisse à droite le village de Kotonou^ village assez commerçant, et, après une traversée d'une dizaine de kilomètres sur les eaux tranquilles du lac Denham (du nom d'un marin anglais qui en a établi la carte en 18io), on débouche par les passes du Zoumé, de Toché et d'Aguégué dans la lagune de Porto-Novo, qui fait communiquer TOuémé avec la bouche de Lagos.

Le trajet en pirogue ne dure cjue de cinq à six heures.

Porto-Novo (Port-Neuf des Portugais ou Assen, ou Adjaché

4ti LE DÂUOMKY

des Noirs) est le ehef-lieu de ia Colonie du Dahomey et dépendances. Sa population est de 30.000 habitants. C'est une ville qui s'est bien développée sous rinfluence européenne et qui dispute à La^os le commerce avec les districts de Tintérieur.

Elle est bâtie en amphithéâtre, à une altitude de 20 mètres au-dessus du niveau de la mer. Son étendue est longue et étroite.

Dans le quartier européen on remarque T hôtel du gouverneur, le palais du roi Toffa dont c'est la capitiile, les factoreries Régis, Voigt and 0\ Holt et Welsh. Kœnigsdorf, la mission catholique, la maison des Sœurs, les casernements de la troupe, rhôpital militaire, les hôtels du Secrétariat général, de la Direction des AlFaires politiques et de la Douane.

Les palmiers, les fmmagers, les manguiers, les bananiers, les flamboyants y forment d'épais bosquets, et les maisons blanches des Européens s'y détachent d'une façon ravissante sur le fond sombre de la verdure, le rouge brique du sol et le bleu du ciel et de l'eau.

Le quartier indigène n'a rien de remarquable avec ses huttes en terre.

De l'autre côté de la lagune, se trouvent les cases du village de Ouola cachées dans l'ombre de hauts palmiers.

A l'ouest de Kotonou, à une distance de 0 ou 10 kilomètres, on trouve Godoniei/'pldf/e ou Jakin. De là une route en mauvais état mène à Godomcfi -ville distant de 7 kilomètres au nord. Sa population est de 5.000 habitants et son altitude de 5 mètres au-dessus du niveau delà mer. La ville communique avec le lac Nokoué par un chenal qui est à sec pendant une partie de Tannée.

Godomey-plage est encore un entrepôt de marchandises des maisons Eabre et Régis.

GÉor.RÂPiiii-: Dr daiiom^y 47

Si de Godomey à Whydah Ton suit la plage, on i*eneoiitre, après avoir parcouru une dizaine de kilomètres (la moitié de la distance), la ville d'Avrékété (5.000 habitants) puis on arrive à Whvdali.

Whydah ou Juda, Ajuda ou Gléhoué (maison des champs), 20.000 habitants, est la deuxième ville du Dahomey. La ville proprement dite est à 3 kilomètres de la mer. Pour y arriver on travei'sc le village de Zoumbodji et la lagune. La distance d'Abomey est d*environ 100 kilomètres.

Wliydah-plage comporte les trois forts anglais, portugais et fran^-ais. (^esl le port le plus important de la colonie ; son mouillage à six cents mètres de la barre est assez sûr.

I)e Whydah à Grand-Popo (Pla en indigène) le voyage se fait en pirogue par la lagune ; la distance est d'environ 33 kiloniètres. Une partie de la bourgade est située sur la mer, Tautre appelée Salt-Pound-IIavy est sur la lagune. 2.000 habitants) ; nide sûre pour les navires.

De là, on se rend à A (joue nu Ajif/o dont la dislance est de 22 kilomètres (3.00i) habitants i. Mission catholi(|ue.

Les autres villes imj)()rtantes situées dans Tintérieur, sont, au nord de (lodomev, Ahofury-dulnri, la troisième ville du 'Dahomey par son importance; elle est presque située sur le lac Denham, à une altitude de 22 mètres.

A 13 kilomètres au nord de Whydah, sur la route d'Abomey, Savi, ranciènne capitale du royaume de Juda. C'est une ville bien déchue dont la population n'est plus que de 4.000 habitants.

Allada (10.000 habitants) est la capitale du royaume de ce

du niveau de la mer. Une immense enceinte de terre Tentoure ; le seul monument digne d'attention est le palais du roi qui a environ 3 kilomètres de périmètre.

La population d'Abomey est très variable, suivant que le roi Thabite ou qu'il va résider à Agony, ville de 20.000 habitants, située sur TOuémé, à 25 kilomètres au nord-estd' Abomey.

Les autres centres importants de la colonie sont :

Sâhéié^ au nord de Kotonou ; Toane^ sur la frontière du Togo ; Djàlloukou^ au nord d'Abomey ; Smmlou^ au nord de Djalloukou ; ZêgnMnadOy près de TOuémé, à hauteur dWbomey ; KUoUj sur la frontière du Lagos; Oaeê9é, dans le nord ;

PMTukoUj Séméré^ Ouangfara, Carnotville^ Nikki, Kandy^ Cêrimama^ Madékaly, Say, Fada lYGourma^efc, de.

Postes militaires.

Les postes militaires de la colonie sont actuellement ceux d'Agoué, de Grand-Popo, de Wyhdali, sur la cote; dWllada, Abomey, Zagnanado, Kétou, Savalou, Dadjo, Garnotville, Bassila, Ouari, Parakou, Chori, Konkobiri, Hotou, Fada, Zougou, Kandy, Carimama et Say dans rintérieur.

Tous ces postes sont occupés par des détachements de lirailleurs haoussas et de gardes indigènes recrutés dans la colonie.

Le Dahomey. 1

30 U-. DAIIOUKY

C'est uii mars IS!)(I ((uo fut orj^anist-e la pardi' iiulif,'i'in.>. ivcrtifée ))iii'mi K-s Kiii-djx'fns et li's iiidif^èm'H rosidani sur K Icrritoiro fi'iiiiviiis du Itéiiin.

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