CHAPITRE II
SOMMAIRE
iCs origines du Dahomey. — Les rois de Dahomey. — Leur rèj^iic. — Histoire de Porto- Novo. — Historique des autres l']tals composant le Dahomey. — Relations du Dahomey avec la Franco cl les puissances européennes. — Traite du l'"^ juillet 1851. — Traité du 19 mai 1868. — Traité du 11> avril 1878. — Les évcnements de 1890 et les origines de hi f^uerre.
Les origines du Dahomey.
Uhistoirc de nos pos.sessions du Dahomey est encore assez •bscure. Tout ce qu'on peut dire d'une manière j)réciso, c'est [U*au XVI' siècle ces contrées élaient divisées en plusieuis iitats, désignés sous les noms de :
i* Sur le littoral, les royaumes de Juda 'capitale Savi ) et de ackin;
2** I^ rojaume d'Ardres ou d'Allada i capitale Allada , ouchant à la cote par Godomé et Kotonou ;
3" Et plus au nord, le pays d'Assem, le royaume de (!ana m Calmina, habité par les Fons, le pays des Ey<»s.
Ces divers Etats étaient limités : à l'ouest, par le petit pays les Popos, les royaumes des Fantis et des Achantis; ii lesl. ►ar les Evos et la partie orientale du rovaume d'Ardres, le oyaunie de Badagry, etc.
Tous ces minuscules Etats disparurent ahscuhés peu à peu
5i I.K nAIlOMKY
par les conquêtes du petit peuple guerrier voisin, les Fons ou Dahoméens.
Il est fort clillîcile de rétablir Thistoire séparée de ces pays, sur lesquels on ne possède aucun document; il faut s'en tenir aux indications données par les anciens de la famille royale, gardiens-nés de la tradition. ^
Les Fons ou Fovs, ou Fouins ou Dahoméens, venus du Nord, croit-on, formaient, au commencement du wn*^ siècle, un peuple guerrier et discipliné qui était redouté de tous ses voisins. Il rentrait toujours de ses expéditions avec de nombreux ])risonniers et un riche butin. Des négriers espagnols ou portugais lui donnèrent ((uelques notions d'art militaire qui lui facilitèrent Tannexion de toutes les popuhi lions du littoral ou de Tintérieur, incapables de lui résister et terrorisées à l'avance.
En 1610, le roi des Fons s'appelait Dan; sous son administration le pays était devenu riche et florissant.
.\ cette épo(jue, Koppon, le dernier roi d'Ardresou d'Allada, mourut, laissant trois (ils. Chacun voulant recueillir la succession de son père, il en résulta une guerre acharnée d'où le frère cadet, Méji, sortit victorieux et resta seul maître du royaume.
Le plus jeune, Atéagbalin, se réfugia, après sa défaite, sur l'autre rive de l'Ouémé, et fonda avec ses partisans Ajaclié, baptisé aussi Grand-Ardres. et. plus tard. Porto-Novo par les Portugais.
L'aîné, Aho Tacodonou, travei'sa le Lama pour aller demander asile au roi de (^ana, nommé Dan, qui lui permit de s'installer au nord de sa capitale, où il fonda Agbo-mé, mot il mot : dans V enceinte. Ce fut le berceau du Dahomev proprement dit.
Aho vécut d'abord en très bonne intelligence avec les Fons, mais, remuant, ambitieux, il exigeait fréquemment des agrandissements de terrain du roi de (]ana. Il faut dire qu'une
HISTORIQUE DU DAHOMEY Uti
nombreuse population était venue peu à peu se {grouper autour de lui.
A la fin, fatigué de cet insatiable solliciteur. Dan lui lit demander « s*il allait faire construire des cases jusque sur son ventre ». Vexé de cette boutade, Aho refoula sur le moment ses rancunes, car il n'était pas encore assez fort pour Texécution des projets qu'il avait conçus, et pour la réalisation des([uels il s'allia secrètement avec lous les Fons cjui étaient mécontents de leur roi.
Quand il se crut sûr de vaincre, il rassembla ses [guerriers et tomba h Timproviste sur. son bienfaiteur qui, malgré des prodiges de valeur, fut battu et fait prisonnier.
Amené à Agbo-mé, Dan fut décapité et son corps jeté dans les fondations du palais que le nouveau cbef des Kons se faisait aloi*s construire.
Ce palais fut appelé Dnnhoniî\ mol à mol : ventre de Dan.
Par la suite, la contrée entière prit cotte dénomination, t*t lusage modifia à la longue la prononelalion des noms primitifs dont on Ht Abomev et l)a borne v.
Aprt'S ces exploits, Alio fut reconnu roi des l'ons sous le titre de Dako.
Il fut le cbef de la dvnasiie daijoméenne.
Les rois de Dahomey. — Leur règne.
Dako Tacodonou (1620-1610).
(Continuellement en lutte avec ses voisins, il fait de ses sujets un peuple (|ui convoite toutes les richesses des peuples voisins.
Il enseigne à ses guerriers des l'uses peu honnêtes pour suppléer à l'infériorité du nombre; Tattaque nocturne, paria surprise. ])ermettant de faire des prisonniers sans ooapferir: Tincendie (|ui jette le désordre et chasse les habitants, enfin le ])ilhige ([ui rapporle plus de butin qu'une victoiie parles armes.
Il eut pimr sueeesseur son lils
Otirhndjin ou Adalutunzo (1610-1655), qui établit les abominables coulumes îles sacrifices humains, seule trace saillanle de son rè^^ne.
Puis vinreni successivement :
Ahn ou Adanzou 1''' , 16')*)-! 679).
Il continue la politi(|ue belli([ueuse de ses prédécesseurs cl annexe à son territoire ])lusieurs petits Klats indépendants ou tributaires des royaumes d'Ardres et de Cana qui bordaient le pavs drs l'diis.
Vax Idtil. il lait la con(|uête du rovaunic de Cana ou Calmiuii.
I)ans toutes res expéditions, les prisonniers étaient imp" lovablenieiit mis ;i mort s'ils refusaient cropter pour le vain- (|iieiir el (le «^rt»ssir son nrinée.
A hi ninil (lAlio, le pa\s des Fous avait triplé son terriloirv. (jiii t'Iail ;d(»rs liniilr()|)lie du ro\aume d'Ardres.
Lf replie (le son lils, ALulm o\\ fJuihv[fn ou encore \'i/>ti|K^
I (')"!>-! TOS . l'ut nul comme |)roi^n'ès de territoire, (iétailun
HISTOHIQLË DU DAHO>IEY oi)
monarque indolent et apathique, qui se borna à conserver intact le royaume que lui avaient légué ses ancêtres.
Le seul événement marquant de cette époque fut Texpédition tentée par le roi de Juda, secondé par les Français du fort de Juda, contre les Popos, mais ces derniers battirent leurs agresseurs et nos compatriotes furent contraints de se retirer (lt)9S).
Akaba mourut empoisonné par un de ses serviteurs, et fut remplacé par Atjadjin^ neveu dWho.
Dossou Agadjia ou Gouclja-Troudo ou AybaJH (1708- 1729).
Ce fut un grand roi et un grand concjuérant dont le règne fut l'époque la plus brillante du Daliomev. Ses nombreuses conquêtes le font surnommer TAlexandre Xoir; il étendit scm autorité jusqu'à la mer et commença les guerres contre les Xagos.
Après quelques années passées en ])réparatifs de campagne, les Fons envahirent le royaume d'Ardres i172.*{;, ([ui était riche et puissant. La lutte dura longtemps et fut meurtrière de part et d'autre, mais l'avantage resta aux Dîihoniéens (|ui s'annexèrent le territoirv. Allada et Agaché ( Porlo-Xovo) étaient prises.
Deux ans se passèrent à réorganiser l'armée qui était grossie de tous les nouveaux elVectifs.
Devenu voisin du royaume de Juda, le roi Agadjia le convoita.
Le pays était très prospère, et les négociants européens y possédaient des forts qui étaient en même temps des comptoirs livs commervants.
Kn 1727, il exigea, du roi de Juda, une redevance annuelle considérable ainsi ([ue le libre jîassage pour aller trali(|uer à la côte.
Refusant d'être son tributaire, le roi de Juda retourna, en guise de réponse, à son aimable voisin, la tête seule de son émissaire.
Pour venger cet éclatant outrage, Agadjia fit envahir le territoire de Juda qu*il transforma sous peu en un monceau de ruines fumantes. Le roi, les principaux chefs et 4.000 habitants sont passés par les armes, après avoir subi de cruelles tortures. Les villes de Savi et de Juda sont saccagées et brûlées (1727).
Les comptoirs européens ne sont pas épargnés, et les blancs doivent chercher un refuge dans les forts en terre de la plage.
Le Dahomey est borné maintenant au sud par la mer.
Pour échapper aux désastres d'une guerre, le petit royaume de Jacquin, qui est menacé par le Dahomey, se hàtc de se soumettre ; néanmoins la ville est brûlée et ses habitants sont massacrés (1729).
Le cruel Agadjia meurt au moment où il songeait à conquérir les Popos.
Togbouessou ou Bossa-Ahadi (1729-1732).
Roi nul. On prétend qu'il avait l'habitude de faire couper le nez de ses ennemis.
Mpengla ou Kpingoula (1732-1737).
Rien ne signale son règne.
Il tenta sans résultat une expédition contre les montagnards Mahis, au nord du Dahomey.
Agonglou ou Hadéc-Ganglo ou Angongoulo dit Anizo- Sédozo (1737-1774).
Petit-fils d'Agadjia, il était paresseux et nonchalant, ce qui lui valut le surnom de Fatigué, Aussi est-ce sous sa domination que le Dahomey se vit infliger sa première défaite.
En 1738, les Ayos ou Eyos firent irruption au Dahomey. Rien ne put leur résister. Le peuple dahoméen entier lutta contre Tenvahisseur et fit une résistance désespérée.
IIISTORIQL'E DU DAHOMEY 61
Les Eyos furent repoussés deux fois, mais leur nombre augmentait sans cesse, malgré les pertes considérables qu'ils avaient éprouvées.
Devant leur impuissance à arrêter la marche de l'ennemi et pour éviter de laisser des prisonniers entre ses mains, les Dahoméens battirent nuitamment en retraite, pour se réfugier dans des retraites inconnues des Evos.
Après avoir brûlé Aboniey, Calmina et d'autres villes encore, ceux-ci se retirèrent pour revenir Tannée suivante recommencer leurs déprédations.
Las de combattre, Agonglou dut entrer en arrangement avec l'ennemi, et le Dahomey s'engagea à lui payer annuellement un tribut considérable.
A peine débarrassé des Eyos, et quoique vaincu, le roi Agonglou voulut soumettre le pays des Mahis à son influence en le faisant gouverner par un de ses favoris.
Mais les Mahis, voulant rester indépendants, refusèrent et la guerre éclata. Elle fut sanglante et longue et dura vingt ans. La victoire, longtemps indécise, resta pourtant au Dahomey, mais il ne put annexer le territoire des Mahis au sien, son triomphe n'étant j)as su (lisant. Les deux ennemis conclurent ensemble, en 1772, un traité de paix (jui dura de longues années.
Tout en poursuivant ses luttes avec les Mahis, Agonglou eut encore à combattre maintes fois les habitants de Juda révoltés par sa cruauté et son injustice, et auxquels étaient venus se joindre ceux des Popos.
Cette révolte commune occasionna peu de mal aux Dahoméens et prit fin en 1743. Les rebelles prisonniers subirent de cruelles représailles qui assurèrent pour longtemps la tranquillité du pays.
Les Popos, battus également et ayant perdu tout espoir.
signèrent en 1772, avec le Dahomey, une paix qui ne fui jamais rompue.
Agonglou mourut le 17 mai 177i, et eut comme successeur :
Adanzou II (1771-1789).
Dès son avènement, ce roi reconstitua son armée, car il était résolu à s'alFranchir du tribut imposé par les Eyos. Pour se venger des dégâts qu'ils avaient commis quelques années auparavant au Dahomey, il envahit subitement leur territoire. Nullement préparés, les Eyos furent battus dans chaque rencontre et demandèrent à traiter. Le tribut annuel payé depuis vingt-sept ans par le Dahomey fut supprimé, et la paix conclue en 1777.
Ce fut le seul service qu'Adanzou II rendit à son pays.
Vinouhiou et Ebomi régnèrent de 1789 à 1803, mais rien ne signala leur passage au pouvoir.
Adonozan ou Adandosan (1803-1818), fut le premier roi qui assista lui-même aux batailles livrées par ses peuples.
Ce fut un prince cruel, voluptueux et sanguinaire.
Les Dahoméens rougissent de le compter au nombre de leurs rois, car le sang qu'il lit verser inutilement marque son règne d'une tache indélébile.
Il était constamment ivre et gouvernait très mal ses sujets.
Les sacrifices humains absorbaient tous les captifs de la guerre, et les négriers, n'y trouvant plus leur compte, la traite devenait presque impossible.
Fatigué des cruautés de son roi, le peuple se souleva en 1818, et proclama à sa place son frère Ghézo, surnommé Dada, c'est-ii-dire le Bon.
Ce dernier s'était lié d'amitié avec un métis brésilien, trafiquant d'esclaves, nommé Francisco Félix da Souza, dont il fit son conseil dès qu'il fut au pouvoir.
IIISTOIUOIK DV DAHOMEY <).'{
A la suite de son abdication forcée, Adonozan se relira dans un pays voisin avec ses femmes, ses enfants et ses serviteurs.
Ghezo ou Ghêzou (1818-1838).
Ce roi fut très populaire et son règne fut prospère pour le Dahomey. Il encouragea les traitants étrangers et leur facilita leur commerce.
La rade de Juda (Gléhoué) qui, depuis, s'est appelée Whydah, était fréquentée par des navires de tous les pavillons, et bientôt la ville devint, en même temps qu'un grand centre commercial, la deuxième capitale du Dahomey. Un grand nombre de Brésiliens étaient venus s'v établir, et le roi reconnaissant envers son favori et conseiller Francisco da Souza, le nomma vice-roi de Whydah, c'est-ii-dire yevogan ou chef des blancs, <iu il gouverna aux lieu et place des autorités indigènes.
Ses compatriotes rappelèrent le C/utclui, nom qui fut transmisa ses successeurs.
Grâce à son pouvoir illimité, Francisco da Souza acquit '^pïdement une belle fortune. Ses bonnes relations avec le roi <iurèrentde longues années, mais, à la fin, Ghézo, jaloux de la pmssance de son ami, le ruina presque entièrement en lui empruntant des fonds et lui retirant le privilège d'être Tinter- '^édiaire entre lui et les commerçants.
Le chacha fut tellement alfecté de sa disgrâce qu'il en "^^urut en 18 il). On prétend môme qu'il aurait été empoisonné.
Le principal événement du règne de Ghézo, fut la création "U corps des Amazones, milice féminine qui devait lui ^mir de garde du corps, mais qui combattit plus tard avec ie reste des troupes.
Voulant devenir un grand conquérant comme son illustre «incêtre Agadjia, il attaqua, vers 1830, la peuplade guerrière des Achantis, ses voisins à Touest, mais ses troupes furent piteusement battues et ne renouvelèrent plus leur tentative.
Sous le règne de Ghézo, les relations avec la France, inlerrompues depuis 1797, furent reprises. En 1831, il conclut avec nous un traité de commerce et d'amitié (1" juillet).
Vers la lin de la même année, il déclara la guerre aux Egbas (habitants du territoire dWbéokouta, dans le Yorouba) et, à la tête de 30.000 guerriers, dont 8.000 Amazones, Tarmée dahoméenne arriva après quelques succès sous les murs (rAbéokouta dont elle lit le siège. L'assaut était donné, et déjà les Egbas pliaient de toutes parts, lorsque honteux de se voir battus [)ar des femmes, ils se ruèrent dans un effort désespéré à une nouvelle attacfue contre Tennemi, qu'ils réussirent à obliger k une prompte retraite, qui se transforma en une désastreuscMlé route (18?)2).
Kn ISrit, (ihézo marche contre les Mahis, encore insoumis en partie, et leur enlève un grand territoire situé au nord crAbomey. Leurs habitants se réfugient à Agoué, au delà de la lagune.
Ainsi (|ue ses ])rvdécesseurs l'avaient fait depuis deux siècles, Ir. roi en voyait chacjue année piller les contrées voisines, pour s(î prcHurer l(^s |)risonniers nécessaires à la traite et aux coutumes, cérémonies riinuelles pendant lesquelles on massacrait lous les ('jiplil's.
(]es|)eli(es ex|)é(litioiis avaient ordinairement lieu de février à avril, loiscpie les basses eaux permettent la traversée à gué des cours d'eau, car la tradition interdit aux Dahoméens de franchir Teau pour guerroyer.
A la mort de l'raiieisco da Souza, son fils aîné Isidorofut noinnir cliacha dr W'hydah. Il remplit ses fonctions avec beaucoup (1 aulni'ilé v[ de [)reslige, malgré le peu de fortune qui lui rcslail.
(li'sl 'ui (jui, rrvaiit de faire de Wlivdah une possession porluLi^ai^r, invita le gouverneur portugais des îles San-Thomé
et du Prince à venir passer un mois à terre. A son départ de Whydah, le gouverneur José Marquez fit réoccuper militairement le fort portugais depuis longtemps abandonné, et le chacha fut nommé gouverneur du fort, avec le grade honoraire de lieutenant-colonel d'infanterie de marine.
Peu après, il renforça la garnison du fort par une milice composée de noirs brésiliens et d'indigènes et équipée par ses soms.
Sa mort fut aussi subite que celle de son père (1858).
Ghézo mourut la même année, pendant une épidémie de petite vérole, au moment où il venait d'abdiquer en faveur de son fils, le prince Badohoun ou Badou qui monta sur le trône sous le nom de Glé-Glé.
Ce dernier, qui avait un culte particulier pour la mémoire de son père, lui fit faire des funérailles splendides, où ni le sang humain, ni les richesses ne furent épargnés ; des milliers de prisonniers furent sacrifiés en Thonneur du roi défunt, tellement est aveugle le respect du peuple dahoméen envers ses souverains
Glé-Glé on Glélé, dit Kini-Kini, le lion des lions (1858-1889).
Glé-Glé fut un homme supérieur qui témoignait toujours du désir de s'instruire. Fort de sa valeur, il se laissa, beaucoup moins que son père, dominer par le troisième chaclia qu'il venait de nommer à Whv(hih.
Avant Glé-Glé, le chacha traitait toujours seul avec k»s blancs, sans passer par les chefs indigènes, mais quelques Européens ayant refusé de s'incliner devant son autorité parce qu'il était mulâtre, s'adressèrent directement au roi. Celui-ci, qui ne se dérangeait pas pour si peu, renvoyait les blancs h ses cabécèrcs (chefs). Par la suite, les autorités nègres prirent de plus en plus d'influence au détriment des chachas ; mais tous s'accordaient bien pour harceler les négociants de la côte.
Le Dahomey. 5
Sous Glé-Cflé, le role politique des viee-rois de Whvdahht donc bien amoindri, néanmoins les chachas menèrent encore do nombreuses intrigues.
La premièitî entreprise de Glé-Glé fut do chercher à venger Téchec éprouvé par son père h Abéokouta, dans le pays des Kgbus, six ans auparavant. Pour cette canipa<^nc qu'il voulait rundre décisive, il se prépara secrètement [>endant plusieurs années. Il fut prêt en janvier 1860.
Il marcha d'abord sur Ichajra, petit pays voisin qui s'était tourné contre son pèi^e lors de la retraite de son armt»e. La vengeance fut cruelle. Le roi et tous les habitants furent faits pri- Honniers et vendus à prix d'or 5 une caravane de néjfriers en quAto d'esclaves ; aucun d'eux ne revit jamais le pays. Les villagf^H furent détruits, les récoltes brûlées, les palmiers coupés.
Après cette première victoire, le vain(|ueur retourna au Diiliomey |H»ur poursuivre ses préparatifs de guerre contre Abéokouta.
Mil IHIi.'l, (îlé-(ilé, à la tète d'une armée formidable, ivprcnJ la niiin'lie sur eelle capitale; après avoir tout nivagé surson paHHn^^(^ il arrive sous les murs de la ville. Ayant vainement attendu dans la plaine fattacjue de ses ennemis (pi'il (K'W jonrn(*llenient , el la famine déeimant son armée, il tenta lassaut (|ui fut repoussé avec j)erle.
Pour adirer leurs ennemis hors de la ville, les Dahoméens fcîi^nireul alors une retraite préeipitée. Les Egbas se minant <* haïr poursuite, mais, arrivés dans un endroit propice, l^*^ fuyards lii'enl volle-faee et iiilli^èrent aux l^gbas des perU'î* nombreuses. (]e|)en(lanl la vieloire ne fut pour aucun parti. ^'' les aj^i'esseurs durent battre vn retraite, en abandonnant .'I.IMKÏ prisoiuiiers entre les mains des l{<j^bas.
Presipie tous ees ea|)tifs furent raebetés et ramenés a*^
HISTORIQUE DU DAIIO^IEV 67
Dahomey peu après. Dans ce but, Glé-Glé, outre les ressources pécuniaires de son royaume, avait même emprunté de Targent aux Européens, auxquels il le remboursa intégralement dans la suite.
Depuis quelques années, la Côte des Esclaves était de plus en plus visitée par les Européens. Le roi recevait souvent des officiers, des voyageurs et des commerçants; en échange des gros présents qu'ils lui apportaient, Glé-Glé les retenait souvent dans sa capitale plus longtemps qu'ils n'auraient désiré, et comme distraction les invitait à assister à quelques sacridces humains.
En 1868, le roi de Dahomey signe avec la France un traité par lequel il lui concède le territoire de Kotonou.
Malgré son dédain pour les blancs, le roi Glé-Glé vécut longtemps en bonne harmonie avec les puissances européennes ; gonflé d'orgueil et ignorant de leurs forces, il considérait leurs souverains comme des égaux heureux d'entretenir des relations avec le noble descendant de la dvnastie dahoraéenne.
Mais en I87(i, un premier conflit rclala l'iitrc le l)ahonu»v et r Angleterre.
Un Hrésiiien, Jacinlo da (^ksta Saiitos, avait rendu comme cabécère de grands services à la maison anglaise Swansea and C**; en récompense, celle-ci lavait aidé à se faire une belle fortune et le protégeait. Jaloux de sa situation, tous les négociants ainsi que la famille du chacha s'elforcèrent de le noircir dans l'esprit du roi, sous prétexte (ju'il tenait des propos insultants à son adresse.
Accusé d'avoir refusé de vendre au prince héritier Kondo une qualité spéciale de tissu qu'il ne possédait même pas, il vit ses marchandises confisquées au nom du roi et une anu^nde de deux mille fnmcs de notre monnaie lui fut infligée.
M. Tunbool, agent de M. M. Swansea, s'interposa vainement auprès des cabéeères en déclarant que Jacinto n'était qu*un commissionnaire et que toutes les marchandises déposées chez lui appartenaient à la maison qu'il représentait. Mais les autorités dahoméennes ne voulurent rien restituer, et, comme M. Tunbool les menaçait de faire intervenir le Commodore commandant la station navale de TAtlantiqne sud, il fut lui-même insulté et arrêté.
Comprenant un peu tard qu'ils avaient commis une maladresse, les cabéeères le relâchèrent aussitôt en lui faisant des excuses.
Mais une plainte avait déjà été adressée par M. Tunbool au gouvernement britannique, et, quelques jours après, 1« 9 octobre 1876, un cuirassé anglais mouillait en rade de Whydah.
Un officier supérieur descendit à terre pour faire une enquête sur place, et tous les négociants certifièrent par leur signature la véracité des faits rapportés par M. Tunbool. A signifia ensuite aux autorités indigènes qu'en raison de 1 lusuite grave faite à un sujet anglais, le commodore Hutte infligeait au roi de Dahomey une amende de 300 punchons d'huile de palme (gros fûts de 600 litres). Comme le roi refusa de payer, l'Angleterre ordonna le blocus de la côte, jusqu'au paiement intégral de Tamende.
Ce blocus dura sept mois et fut très préjudiciable aux maisons de commerce qui envoyèrent message sur message au roi, mais sans résultat. « Si les Européens souffrent de ce qui se j)ass(», disait-il, c'est à eux à vider la question .»
Le blocus ne fut levé (jue le jour où, las d'attendre l'intervontiou (lu gouvernement franc^ais qu'ils avaient en vain sollicitée, les commerçants français de Whydah eurent avancé eux-mêmes, au nom du roi, 200 punchons d'huile (mai 1877;.
Mais cette huile n'arriva jamais en Angleterre, car au large du cap des Palmes le navire sombra dans un ouragan.
Aussitôt après le départ des Anglais, Glé-Glé se souvint qu^il avait à se venger des négociants qui avaient signé le procès- verbal du commodore. Tous furent condamnés à la prison ou à Tamende.
En 1878, le roi du Dahomey ratifia avec la France le traité de 1851 ; une clause y fut ajoutée, dispensant les Européens de se rendre chaque année dans la capitale, au moment des coutumes, pour assister au spectacle écœurant des sacrilices humains.
En 1883, mourait le quatrième chacha qui fut remplacé par Julian Félix da Souza ; malgré sa moralité plus que douteuse, ce dernier parvint néanmoins à gagner la confiance du roi.
Avec lui, le commerce des esclaves prospéra comme par le passé, et, dans un but d'intérêt, il s'occupa fort des affaires des maisons européennes.
Par son habileté, il regagna peu à peu T influence que ses prédécesseurs avaient perdue, et, sur ses pressantes instances, Glé-Glé oublia rindépendance qui lui était si chère pour accepter le protectorat du Portugal.
Le traité fut signé en 1885.
Mais, avant de pousser plus loin riiistoire du royaume' du Dahomey, il importe de remonter à l'origine du royaume voisin de Porto-Xovo.
Histoire de Porto-Novo.
La ville de Porto-Xovo, capitale du |>etit Etal nègre du même nom, s'appelait Ajaché îiu xvir siècle, mais on l'appelait aussi (iramI-Ardres, pour la distinguer d'Allada ou Petit- Ardres, (jui n'eut, du reste, jamais son importance.
Les rois d' Ardres habitaient h Allada, mais apK»s l'annexion <le leur royaume à Celui des Fons, en 1721, les membres de la famille régnante ne furent plus que les princes-p:ouve^ neurs d'Allada.
Kntourés de jçens dévoués au Dahomey et constamment surv(»illés, les princes d' A llada durent renoncer à toute tentative de rébellion envers leurs suzerains et ne purent jamais recouvrer leur indépendance.
l)v même, les rois de Porlo-Novo, ([uoique chefs souverains <le ce royaume, restèrent, à cause de leur origine commune i'[ (](* leur |)a rente avec les nionar(|ues dahoméens, subordonnés à (îux par une sorte de Jien de vassalité.
Aussi l'histoire du royaume de Porto-Xovo est -elle confon- <hu* avec celle du Dahomey juscjue vers ISiO, époque à hi(|uell(^ le pays chercha à s'atlranchir du joug dahoméen.
N'étant jias jissez forts jiour se révolter (mvertenient, k^ princes d'Allada devaient chercher un appui solide parmileurs voisins pour arriver à l'indépendance, mais ce moyen ne leur souriait <|ue médiocrement, car ils ris((uaient fort de ne chan^ ^^er (|ue de maîtres, dans le eas où les Dahoméens auraient ét^* <léi':iits, p;ir des v(usins puissants, comme les Yorouhas, pi»^ <'\en)ple.
Le seul moyen (pii leur parut pratlcpie fut donc de demari'' <!( r le |)rnleetoral d'une |)uissance euroj)éenne.
De celle l'avou. ils assuraient l'indépendance de leur pav-
HiSTORIQCK Di: DAUOMEY 71
^s-à-vis des peuplades indigènes voisines, et ils avaient tout Wnéfice à commercer avec les blancs.
Mais ils restaient indécis sur le choix de la puissance h ^quelle ils se confieraient.
Comme les Portugais ambitionnaient fortement alors le piï)tectorat du Dahomey, Porto-Novo serait retombé sous 'autorité des rois d'Abomev, en cas de réussite.
IJ ne restait donc à choisir quentre la France et T Angleterre, les seules nations connues sur la côte. .
Mais l'opinion des différents rois de Porto-Novo était très partagée à ce sujet.
En 1843, le roi Méji, séduit par les propositions alléchantes de l'Angleterre, demande son protectorat, mais il meurt en 1846, avant que rien n'ait pu être conclu.
Son successeur Sodji (1846-1864) est, au contraire, hostile aux Anglais et sollicite à plusieurs reprises le protectorat de la France. Mais notre gouvernement ne lit pas grand cas des désirs de ce prince et Sodji attendit longtemps une réponse à ses demandes.
En 1861, les Anglais, après avoir acheté au roi Docimo la ville de Lagos, i\ Tembouchure de TOgoun, essayèrent de s emparer de la même façon de Porto-Novo, mais, furieux de la résistance que faisait Sodji à leurs propositions, ils bombardent sa ca pi ta' e le 23 avril 1861.
Pour se prémunir dans l'avenir contre les Anglais, Sodji fait un nouvel appel à la France qui consent enfin à lui accor- <lepson protectorat (février 1863).
C'est M. Brossa rd de Corbigny, capitaine de vaisseau, qui ^lala question en mai 1864. Les Anglais cessent immédia- ^"lenl leur politique d'annexion et tout rentre dans Tordre.
Mais le successeur de Sodji, le roi Mecpon (1864-1872) est lavorable aux Anglais, et, à force de protester contre nous et
73 IX DAHOIIET
ilfi.rtîclumcr Bttn indépendance, il finît par ol n«ni»nt fran^-ais l'annulation de son prolectcH
A|>r6ii Itîen de» ennuis et des tracasseries dit lifldéliut rc^-oil l'ordre d'abandonner I fU^emlire 1864 ; la France [ne voyait pas em d« gros avantef^s à posséder ce point.
Kn 18(t5 l'I 1867, les Anf^lais poursuivent sur l'oi'to-Novu, où ils cherchent h s'impose jHir tout iiutnt moyen. Cette fois ce n'est pli |io|>ulutio[i itnliÊre qui s'oppose énei^quen» (^1 n'imt <(u'«iil KIÎ8 qu'ils cessent enfin d'inqni
liit ntî MM'- (1872-1875) succède à Mecpoi
Il iiHt it-mplavâ en 1875 sur le trône pa Itiiliii DiiKHjr, (lit le Doux, fils de Sodji qui, di^iriniidif h iiiiiintes i-oprises et en vain le Vnitici'.
l'iir un d('-civtdu I*r<!sïdcnt de la RépubU HVill 18H2, H imx hum^ à Porto-Novo le 2J l''riiiii't^ ('-liililil ()('>fiiiilivi>mont son protectocal
Kti IKKÎi, puni' dimm^r «u roi Toffa quel , ^ ^ , l''riiiiwiiircn''dili' un ivprt'scntant ofliciel auprès de lui.
l'i'iiiliiiil L'<>H iilh'niativcK de protectorat an^^lais et français, \fH riiiH lin Dahomey ohflorvuient avec cnlme toutes ces petites l<>tiLiitiv(^s (iii K'Ui's vassnux de Porto-Novo, qu'ils ne considéniii-iil ]wn [■iicoit- ciimmedan^ei'eusrs.
Miiis, t'iii'l tic initie protection, TolTa cherche querelle sur
i coiisiii G1é-(jlé, le roi d'Ahomev.
Celiii-fi, sons )»irls'xlf i]ui.' le roî de Porto-Novo m^^li^ait iU- lui ]i.iv(r les ivilevaiues en liétaîl, récoltes, esclaves et proiliiils dn ])avs (in'il lui devait annuellement, ordonne, en Imi-
7i LE DAIIO^JF.Y
Historique des autres États composant le Dahomey.
^historique des autres petits Etats ou royaumes composant le Dahomey actuel est peu connu et ne mérite pas de mention particulière, sauf cependant pour la petite républicpic d'Agoué (Ajigo, en langue du pays).
La fondation d'Agoué remonte seulement à Tannée 1821.
A cette époque, un certain Comlagan, chef de Pctit-Popo, fut chassé de son pays par les habitants révoltés ; il vint s'établir avec ses partisans sur la langue de terre qui sépare la mer de la lagune, à l'endroit où se trouve Agoué, et fonda un petit Etat qui a soutenu plusieurs fois son indépendance les armes à la main.
Les divers cabéccrcs qui se sont succédé dans le gouvernement d'Agoué, sont, après Comlagan, son iils Catraé, puis Agounou, cousin de Comlagan.
Sous le règne de Toyi (1835-1844) Tévénemcnt le plus notable est Tarrivée, en 1833, d'esclaves libérés venus du Brésil avec des habitudes chrétiennes.
D'autres vinrent encore plus tard.
Kodjo-Dahoménou succède au précédent de 1844 à 1846.
Après lui, vinrent :
Hauto-Tona (1846-1858);
HISTORIQUE DU DAHOMEY iii
Coiunin-Aguidi (1858-1873 ; et
Atahounlé.
Le règne de Coumin-Aguidi, le eabécère dWgoué, est le
plus mémorable.
L'avènement de ce chef froissa Tamour-propre de Pédro-
Codjo, nègre influent qui avait acquis une ass^z belle fortune
au Brésil.
Très ambitieux, il comptait régner à Agoué. mais, lorsqu'il
se rit déçu dans ses espérances, il s'enferma chez lui et ouvrit le feu sur la ville dans le but de détrôner le cabécère élu.
Il ne put réussir dans son audacieux projet et se réfugia à Petit-Popo, d'où il dirigea contre Agoué des attaques multipliées à Taide de bandes mercenaires.
Agoué résista avec avantage derrière ses remparts de cactus. Lne fois elle fut brûlée, mais elle se releva aussitôt et ne quitta pas la défensive.
Grâce à la généreuse intervention de M. Borghéro, premier supérieur et fondateur de la mission catholique à la Côte des Esclaves, les hostilités entre les deux pays prirent fin on février 1863. Elles ne se renouvelèrent pas depuis.
La population d'Agoué fut décimée en 1873 par la variole ; sur 6.000 habitants, 1.500 furent victimes du fléau.
Déjà en janvier 1852, la ville fut éprouvée par le feu. Toutes les cases furent détruites moins trois. On a conservé à ce désastre le nom d'incendie de Marcellina, nom d'une femme chez qui le sinistre s'est déclaré.
Le port d'Agoué est un des meilleurs mouillages de la côte ; le commerce et Tagriculture sont les sources de la richesse du pavs.
^^oué est le siège d'une mission catholique qui y possède ««eieile église.
^ population se compose, en grande partie de Nagos, de
7(î LE DAHOMEY
Mu lais ou Musulmans et de Mahis, débris d*une peuplade vaincue par les Dahoméens et dont les survivants tinrent clierclier asile à Agoué. Leurs fétiches et leurs féticheurs y ont depuis droit de cité.
(]es diverses races occupent des quartiers spéciaux.
Sous Tautorité d'un chef qui se donne le titre de roi, .\goué est un(; véritable républi({ue, où chacun a sa part dinfluence dans les alFaires.
Lrs délibérations importantes d'intérêt général ont lieu sur la plîirr publique, devant rassemblée du peuple sabbé Pierre Houc'be).
Relations du Dahomey avec la France et les
puissances européennes.
Les rclîilioiis (le commerce des Européens avec les peuples <lii Hi'iiiii n^m(Mit(»nt à une époque assez reculée.
D.'s Ir xiV sièele, les Dieppois, les Génois et les Portugais n.ivi;^niiT(Ml (liins los para«j^es de la Cote des Esclaves et } insl.'ill«*i«'iil (les laclori'rii's.
\']\\ I(>70, <ri^!l)ét'. c'oininiss lire de la marine française, vint rendit' visilr au roi d'Anlivs: c'était à l'époque où les Dalwnii'cns ou l^'ous a\ aicut déjà coinmiMicé la conquête du pays. Nciiinnoins le loi d Ardivs lit à l'envové du roi de France une
brillante réception, et, à son retour en Europe, d'Elbée est accompagné par un ambassadeur, Mattéo Lopez, cabécèrc, qui fui reçu à Versailles, le 16 décembre 1670, en audience solennelle.
Notre commerce était alors représenté par la Compagnie des Indes occidentales, qui avait été créée par un édit de LfOuis XIII, du 31 octobre 1626. Elle dura jusqu'à la fin du xvni* siècle, fut remplacée par la Compagnie du Sénégal et, plus tard, par les maisons Régis et Fabre,de Marseille.
Au nom du roi son maître, Matteo Lopez promit k la Compagnie des Indes aide et protection pour les Français, auxquels il assurait dans son pays la prééminence commerciale.
En principe, les Français s'établirent à Savi, mais dans la suite, pour être à proximité de la mer, ils occupèrent et bâtirent un fort à Whydah (Gléhoué).
Les Anglais et les Portugais ne vinrent que longtemps après eux sur la côte et chaque puissance y éleva également un fort.
Les trois forts étaient situés très près Tun de l'autre, [i trois milles du rivage et entre doux lagunes et l'intérieur du pays.
Ces forts étaient destinés à protéger les Européens et leur commerce contre les tentatives de pillage des noirs.
Autour d'eux vinrent bientôt s'établir des indigènes attirés surtout par le trafic des esclaves que Ton échangeait contre des marchandises d'Europe.
Il en résulta que chaque fort devint le centre d'un quartier distinct appelé Salam ; les noirs qui les habitent encore aujourd'hui descendent en grande partie des anciens esclaves de chaque comptoir respectif.
Les fondations du fort français de Whydah furent jetées en 1671 parle commissaire d'Elbée sur l'ordre de Colbert ; il fut baptisé fort royal Saint-Louis de Grégoy,
Il se composait de quatre bastions reliés par des courtines sans chemin couvert ; un ouvrage en demi-lune protégeait la porte devant laquelle était jeté un pont-levis. Un fossé profond entourait le tout. L'armement du fort était d'une quarantaine de canons ; sa garnison de vingt soldats européens et d'une trentaine d'esclaves bambaras exercés au maniement des armes.
Quatre corps de bâtiments construits en bri({ues formaient à Tintérieur une grande place d'armes carrée et comprenaient les logements pour les officiers de la Compagnie des Indes et la garnison, les magasins à esclaves et à marchandises. Au centre de la cour intérieure se dressait une chapelle surmontée d'un beffroi avec sa cloche.
Le directeur du fort français tenait le premier rang dans les cérémonies officielles et marchait avant ses collègues anglais et portugais.
Le gouvernement français entretint des troupes jusqu'en 1797 dans le fort, époque à laquelle il fut évacué pour des raisons d'économie. Sa garnison était alors de 207 noirs, sans compter ceux du Salam.
Mais le drapeau français ne cessa jamais d'y flotter, et sa garde en fut confiée à quelques indigènes dont Tun d'eux prit le titre de commandant du fort français. Ce titre fut transmis {i ses descendants ([ui le conservèrent jusqu'en 1811, et qui toujours prirent leur rôle au sérieux.
A partir de celte date, et pour mieux consacrer ses droits, la France prit le soin de confier les fonctions consulaires à l'un de ses commerçants résidant à Whvdah.
Le gros trafic était alors représenté sur la côte par la maison Victor Régis, de Marseille; plus tard, la maison Cyprien Fabre vint également s'établir au Dahomey.
Ces deux maisons créèrent l'industrie des huiles de palme.
HISTORIQUE Dr DAHOMEY 79
eurs agents de commerce remplirent successivement les fonçons d^ageni consulaire de France ; aussi devaient-ils jouer ilus tard un n>le important dans les événements qui ont amené a conquête du pays.
En I8i2, le fort français de Whydah fut cédé à la maison Régis pour son commerce, h la condition qu'elle Fentretien- Irail et qu'elle le rendrait à l'Etat s'il en avait besoin un jour. Le dernier de ses commandants indigènes, Titi, fut par suite relégué au rôle de gardien.
Ce fort conserve encore Taspect qu'il avait autrefois.
Le fort anglais fut vendu à une maison allemande qui s'empressa de combler les fossés, de détruire les bastions et d'approprier ses diverses constructions à son commerce.
C'est aujourd'hui la factorerie Goedelt, de Hambourg.
Du fort portugais il n'en reste plus que des traces.
Les négociants français de la cote entretinrent toujours les meilleurs rapports avec les rois d'Abomey.
C'est grâce k rentremise de M. Lartigues, agent de la maison Kégis, qui était l'ami intime du roi, que la consécration de nos droits sur le territoire de Whvdah fut solennellement reconnue le 1" juillet 1851, par le traité d'amitié et de coninieree suivant, conclu entre la France et le Dahomey.
^'^VEXTION K.NTftE LE PRESIDENT DE LA RÎ;i»i:BLlgUE FRANÇAISE ET LE
ROI DE DAIIOMEV (l'-'"juillct I8r>l).
EnlrcM. Bouet, lieutenant de vaisseau, envoyé du gouvernement irançajss près le roi de Dahomey, agissant au nom du Président de ** République française, d'une part ;
'^Uihézo, roi du Dahomey, d'autre pari,
Il a été convenu ce qui suit :
^a Majesté, le roi de Dahomey, voulant resserrer les liens d'ami- "c qui unissent depuis des siècles sa nation à la nation française, a
conclu le traité qui suit avec rolTicier chargé des pleins pouvoirs de M. le Président de la République française.
Art. l®'. — Moyennant les droits et coutumes usités jusqu'à ce jour et stipulés dans Tarticle ci-après, le roi de Dahomey assure toute protection et liberté de commerce aux Français qui viendront s'établir dans son royaume ; les Français, de leur côté, se conformeront aux usages établis dans le pays.
Art. 2. — Tout navire débarquant une cargaison entière payera comme droit d'ancrage, savoir :
Quarante piastres de cauris blancs ;
Vingt-huit pièces de marchandises ;
Cinq fusils ;
Cinq barils de poudre;
Soixante gallons d'eau-de-vie;
S'il ne décharge que moitié, il ne payera que moitié ; s'il ne décharge rien, il ne payera rien, même en prenant à terre un chargement complet de marchandises du pays.
Art. 3. — Si une autre nation obtenait, par un traité particulier, une diminution de droits quelconque, le roi accorderait sur le champ les mêmes faveurs aux Français.
Art. 4. — Désirant prouver au gouvernement français toute sa bonne volonté pour ouvrir aux négociants étrangers de nouvelles branches de commerce, le roi promet sa protection toute particulière au trafic de l'huile de palme, des arachides et autres produits des contrées placées sous ses ordres.
Art. 5. — En cas de naufrage d'un navire français sur les côtes du Dahomey, le roi fera porter tous les soins possibles au sauvetage des hommes, du navire et de la cargaison ; une indemnité conforme aux usages du pays sera payée aux sauveteurs.
Art. 6. — I^es gens dits du Salam français de Whydah, prétendant avoir seuls droit aux travaux des factoreries françaises, leurs salaires seront fixés par une convention spéciale, quelle que soit la nature de ces travaux ; par réciprocité, le roi fera punir sévèrement tout homme du Salam qui refuserait de travailler sans prétexte valable.
Art. 7. — Le roi s'engage à réprimer avec sévérité la fraude de l'huile de palme, laquelle fraude peut porter un préjudice notable à cette industrie naissante.
Art. 8. — Il ne sera plus permis à des agents subalternes, tels que
les décméros* d'arrêter la traite de l'huile de palme, comme ils Tont
fait parfois sous le moindre prétexte. Le roi jugera seul si elle doit lêtre, ou au moins le gouverneur ou yavoghan de Whydah, el, conformément aux anciens usages, les traitants seront prévenus des motifs de cette défense.
Art. 9. — Pour conserver l'intégrité du territoire appartenant au fort français, tous les murs ou bâtiments construits en dedans de la dislance réservée (13 brasses à partir du revers extérieur des fossés d enceinte) seront abattus immédiatement et il sera fait défense par 'e roi d'en construire de nouveaux.
Art. 10 — Le roi prend l'engagement de donner toute sa protection aux missionnaires français qui viendraient s'établir dans ses Etats, de leur laisser l'entière liberté de leur culte et de favoriser leurs efforts pour l'instruction de ses sujets.
M. le Président de la République française, voulant reconnaître de son côté les bons offices et la protection accordée aux Français parSa Majesté le roi de Dahomey, saisira toutes les occasions de lui en prouver sa satisfaction en lui adressant le plus souvent possible des officiers investis de sa confiance.
Fait double à Abomey, le 1*^' juillet 1851.
Pour le Président :
L'officier français en mission , Signé : A. Boikt.
(S. M. le roi de Dahomey ne sachant pas signer a fait une croix).
Jusqu'en 1861, aucun incident ne survint au Dahomey. A cette époque, Tile de Lagos venait d'être cédée à l'Angleterre <iui la convoitait depuis longtemps. Mais, non contents de cette cession, les Anglais cherchent encore Cacheter Porto- ^ovoau roi Soudji. Ce dernier répond à leurs propositions en élevant des prétentions sur Badagry.
'• î^ouanicrs indigènes chargés de percevoir un droit du dixième sur valeur des marchandises achetées.
^ ûahomey. 0
1t2 LE DABOMET
Aussitôt des navires de guerre anglais viennent s'eraboM à hauteur de Porio-Novo et bombardent la ville le 23 im 1861, ainû qu'il est dit plus baut.
Soudji effrayé, réclame la protection de la France qm II fut accordée en féTiier 1863, et, le 7 mai de l'année siûvani
(J>A»(. de iî. TAflmiiiliInlear BearOeltt )
Gi-Gla. roi d'Allada.
11? Dialm/ilfi. entrant en luffune. allait mouiller en face du I lîiin concéda [mv le roi [nHir l'installation du prolectorat.
Notre protection sV'Iendait sur un territoire de i5 k nuires environ de suj)ei-licie, limité à l'est par les établi! nu'nts anjflais <le La^-ns: ii lonest, par le royaume lïîdioniey. et, au nord, par plusieurs petits Etats plus moins indépendants de eetle dernière contrée.
insTOKKjL'K Dr I)aii(»mi:y 83
Mais les coiiiiner<;anls anglais <li* La«j^os, vovanl que, par le fait de notice cKTupation de Porlo-Xovt), iiiu» partie du coninieree de la réjçion allai! leur échapper, se ]>lai<j;nirent si vivement (|ue le coniniandani de la division navale britannique, sans s'inquiéter des traités déjà conclus, vint bloquer la ville et la nienaya d'un second bombardement.
Il voulait ainsi empêcher les communications avec Kotonou, et obliger le commerce français à passer par La«^os.
Xous avions alors heureusement, à Porlo-Novo, un a^ent consulaire foii énergique, M. Béraud, dont les j)n)(estations troublèrent le commodore anglais. Ses bâtiments se retirèrent, et des indemnités furent accordées à divers négociants français qui avaient été lésés.
Napoléon III, voulant sans doute se concilier le cabinet <le Saint-James, céda à la colonie de La^^os la bande littorale (|ui s'étendait de la rivière Addo à la laj^^une de (^orodi^u.
Mais, en décembre I8t)i, laissé sans organisation, sans ressourees, notre jirotectoraL de Porto-NOvo cessa bientôt do fonctionner, et lo contre-amiral LalTont de Ladél)at crul alors devoir faire évacuer le ])ays.
Quelques mois aupai'avant, en ISiil. le roi du Dahoinev nous avait cédé, en échanj^e de la j)r()tection (|ue nous lui accordions, le villaj^e de Kolonou, avec ime bande de pla^e de ti kilomètres de profondeur, ('/était le seul point pouvant servir de j)ort à nos établissements de Porto-Novo.
Mais celte cession avait été faite verbalement, au cours d'une visite que iirent à Abomey le capitaine de vaisseau Devaux, chef d'élat-majortlu contre-amiral Lallont de Ladébal, et M. Daumas, vice-consul de France à Porto-Xovo. Il était important de la ratifier par un traité écrit réj^idier. Il fut passé à Whydah, le lîl mai ISOS. Kn voici la teneur :