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auquel ils sont destiaés. Pour piler leurs grains, elles ont des mortiers de toutes tailles creusés dans des troncs d'arbres et des pilons en bois qui ont jusqu'à 1 m. 50 de hauteur. Elles se servent d'une cuiller de bois pour agiter leurs ragoûts et retourner les beignets qu'elles font rissoler dans l'huile de palme.
L'eau est conservée dans des jarres en terre, hautes de 50 centimètres environ, et de forme à peu près sphérique. D'autres vases plus petits sont employés pour faire la cuisine.
Les bouteilles, les saladiers, les cuvettes, les plats, les verres sont remplacés par des calebasses de toutes formes et de toutes grandeurs, soit entières, soit coupées en deux ; criblées de trous, elles servent aussi de tamis.
Enfin le combustible qui sert à la cuisson des aliments est le pétacule des feuilles et des branches sèches ramassées au pied des palmiers et dans les forêts.
Nourriture des indigènes et préparation des
aliments.
Au Dahomey et dans les pays voisins, les indigènes mangent de tout sans avoir de préférence spéciale et, quoique leurs ressources culinaires soient assez restreintes, leurs aliments sont néanmoins assez variés.
La nourriture des indigènes se compose principalement de
végétaux, mais chez les populations riveraines, le poisson domine, comme chez celles de Tintérieur domine la viande.
Les ménagères indigènes ne font pas leur cuisine tous les jours, ce serait au-dessus de leurs forces ; elles préfèrent acheter aux marchandes ambulantes ou dans les restaurants en plein vent la nourriture toute préparée. Elles se procurent ainsi des fritures, des gâteaux, des mets secs et fumés qui se conservent froids. Seuls les ragoûts chauds sont faits à la case, mais de temps à autre seulement.
Le maïs est Télément indispensable de Talimentation dahoméenne, comme chez nous le blé.
Les indigènes le mangent vert et cru, lorsque le grain est encore tendre, et bouilli ou grillé lorsqu'il est sec.
Les différentes préparations di; maïs sont :
Ij'akassa qui remplace le pain. Pour la préparer, on réduit du maïs bien mûr en farine que Ton jette dans un vase rempli d'eau aGn d'en séparer le son qui surnage, tandis que la farine reste au fond. On Vy laisse séjourner pendant plusieurs jours et on la retire lorsqu'elle commence h fermenter.
La farine ainsi obtenue a reçu de la fermentation un goût acre et acidulé que les étrangers au pays trouvent bien peu agréable.
On en fait une pâte épaisse que Ton divise en boules de la grosseur d'une orange ; ces boules sont ensuite entourées de feuilles de bananiers et passées au four pour y subir une légère cuisson. On les retire presque aussitôt et Takassa est faite.
Les marchandes en vendent énormément tous les jours, car Takassa forme le mets de résistance du repas. Un homme doué d'un grand appétit peut se satisfaire avec dix boules pareilles ; or chaque boule coûtant 20 cauris, la nourriture d'un fort mangeur revient à une dépense journalière de 200 cauris, soit 0 fr. 10 environ de notre monnaie.
âS:î LE DiHosrer
v:uit5 lentement dans lliixile de palme et fortemeAt ëpicés. Oa V jj<>ate des herbes a D>ma tiques et des ^mbos. dont les noirs 5«^at txvs fnands. On remplace quelquefois le poisson pardeli viande >'a de Li v.iIaîUe. mais le poisson est toujours préféré. Le*^ iiiiiicêaes oi>nsociiment énormément de poisson, fnb, roaie ou !sèt:hé. qu'ils se procurent au marché ou dans les nies: fniis ils le rissident dans l'huile de palme, sec et fumé il< en t*.»at «ies rair>ûts-
Les v:t^a«iiments ordinaires s«Hit le sel. les piments, les
;r^)Liie*i de v:itr»>uille : le sucre n*est pas estimé des indigènes.
A.I Lieu ii\ikj<«as. les m.nrs mangent s^mvent, en guise de
L'ii.::. des patjtes douces, des ignames ou de la farine de
ai,iaL;oc.
Mois U saveur sucrée de la patate s'allie mal à celle de certj'ji:» mets et ne coa^ient pas à tout le monde : généralement 1 ijiasie est préférée à ce tubercule.
L»*-* :c^»^es '>u pommes de terre se mangent cuites sous la s.-. ••.•:'^,'. :r.::?s a I huile, bouillies dans l'eau et trempées dans u : ■• - i iui'-e iZ <ie sel. ou bien l'on en fait une pâle épisse
c • -S r .«-t et I;;s Assiûsoanant aujus. L'ébullition faitdis-
i:7^- '. .» -Vf r:ur::e de ce fniit. aussi faut-il changer plusieurs < ". :ju. .:.iv.> '.j»-uelle oc fait b^-^uillir les ignames. Lesindi- < .'.s JM-S::-.: jMs.si  la vapeur, au moven de vases au ' i ::^ .: ,•*-:: ^ ;::: > eiArcisoisint jusqu'au milieu: ils v ver* '. :.>u z: ::i:r;vT'.vs<Qî à quelques centimètres au-dessijs v:.:s "rà'.-ziv.-ev^ j;jL^uves cv^ntre les parois et qui soutien. * - :m.x- u.Iz<. ' =* est hermétiquefl|g|^ietQ|4 ^ y
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28 i LE DAHOMEY
Enfin le miel remplace les confitures qui sont inconnues dans le pays.
L'eau est la boisson ordinaire du noir ; lorsqu'elle est bourbeuse, il la laisse déposer dans des récipients et y délaie une akassa pour lui communiquer un goût acide. Mais le nègre abuse des eaux-de-vie étrangères que lui vendent les Européens.
On fabrique cependant sur place quelques boissons fermen* tées, telles que le vin de palme et Teau-de-vie appelée pUoa et qui est tirée du maïs fermenté.
Il y a encore des boissons plus inofTensives : des limonades faites avec divers fruits du pays et qui peuvent rivaliser avec les sirops importés par le commerce européen.
Après avoir détaillé le menu habituel du Dahoméen, il convient de parler du repas.
Point de nappe, point de serviette, point de table, point de sièges ; on s'assied par terre en cercle.
Un plat unique, écuelle ou calebasse, est posé à terre au milieu des convives, mais dans les festins chaque groupe de trois ou quatre personnes reçoit un plat séparé.
Point de cuiller, de fourchette et souvent même pas de couteau. Au lieu de dépecer la viande, on la prend des deux mains et on la déchire. A coté du plat, sur le sol, sont empilées des akassas encore enveloppées de leurs feuilles, de la farine de manioc dans une {grande calebasse ou dans un linge, et de Teau dans un vase.
Chacun dépouille une akassa, la brise, en trempe un morceau dans la sauce et saisit entre le pouce et ce morceau un peu de ragoût, poisson ou viande contenue dans le plat, et le porte à la bouche ; puis du même coup, il avale la pâte et lape la sauce qui lui reste aux doigts. Il préparc ensuite un autre assortiment et continue ainsi jusqu'à ce que le plat soit vide,
Industries locales et cultures.
Au Dahomey, comme partout, les industries sont nées de la nécessité.
La paresse est innée chez le noir, et Fouvrier dahoméen travaille juste pour vivre et pour se procurer de quoi satisfaire à ses passions principales : TalcoQl et le tabac.
On estime qu'un indigène travaille en moyenne un jour sur quatre.
C'est pour cette raison sans doute que les diverses industries que Ton trouve dans le pays sont encore dans Tenfance.
Cependant le noir de la Côte des Esclaves, dans ses diverses productions, montre un goût artistique suffisamment prononcé pour réussir dans les arts industriels. Les métiers exercés par les noirs sont les suivants :
Forgerons, — Ils n'extraient plus le fer du minerai comme autrefois et préfèrent employer uniquement le fer en barres importé par les Européens, mais ils ne savent pas le travailler.
Avec un matériel de forge très primitif, les forgerons indigènes obtiennent du mauvais fer qui, à force d'être recuit, s'émiette au premier choc. Ils ignorent aussi l'art de la trempe.
Leurs principales productions sont des haches, des bêches, des marteaux, des clous, des ciseaux a froid, des lames de couteau, des chaînes, des épingles à cheveux, des cloches ou gongons, des poinçons, etc..
Les forgerons dahoméens fabriquent aussi des anneaux en fer et même en argent, provenant de la fonte des monnaies ;• ces bijoux n'ont d'autre valeur que leur originalité.
Comme armes de guerre, de chasse, de pêche, les forgerons font des sabres dahoméens, des coutelas, des poignards, des
pointes de flèches, des harpons, des hameçons, des balles de fusil en fer martelé, etc,
Leurs outils sont fort imparfaits. Ainsi leur soufllet de forge consiste en deux outres surmontées d'un manche qui les met en mouvement. Les amandes de palme concassées servent de charbon.
Filateurs, — Avec des métiers de leur invention, se manœuvrant par un mouvement des orteils, les Dahoméens tissent le coton, les fibres de Tananas, du jacquier et de plusieurs autres végétaux. Ces dernières doivent au préalable être amollies dans Teau, puis séchées et battues avec des maillets en bois.
Le travail du tisserand est lent, et les bandes de tissu qu'il obtient avec ses métiers ont au plus 0 m. 18 de largeur. Cousues ensemble on en forme des pagnes et des hamacs très curieux, mais ces étoffes sont relativement chères, eu égard au peu de valeur des matières premières.
Verriers, — L'art de la verrerie n'est pas inconnu. — De Tintérieur on porte à la cote des anneaux en verre, de couleur bleue ou verte, qui sont des parures très recherchées, dans le pays.
Teinturières, — Ce sont généralement des femmes qui font ce métier. Comme elles ne disposent que de quelques, couleurs, la plupart des étoiles indigènes sont laissées au naturel, blanches ou jaune-paille.
L'indigotier leur fournit une belle couleur bleue indélébile ; d'un minerai de fer du Nord elles tirent l'ocre rouge et d'unautre végétal encore peu connu une teinte de jaune de chrome.
Ces teintures sont mélangées d'huile de palme et de résinelorsqu'il s'agit de peindre les idoles et l'intérieur des templesfétiches.
Potiers. — Avec l'argile plastique mélangée à l'argile com-
mune et au sable qui se trouvent partout, les potiers font une foule d'objets utiles donnant lieu à un grand commerce local.
Tels sont les cruches, les pots, les écuelles, les fourneaux portatifs, les fourneaux de pipes, les marmites, soufflets de forge, lampes, etc.
Le pétrissage se fait toujours avec les pieds.
Avec Targile du pays ils pourraient faire aussi d'excellentes briques et des tuiles ; il suflirait de leur indiquer notre procéçlé de fabrication.
Vanniers, — Pour la vannerie on se sert de paille de mandine, d'écorce de roseau, de faux-bambou, de cipeau, de lianes et d'écorces flexibles.
On en fait des corbeilles, des paniers, des nasses, des cages, des éventails, des supports de pots à huile, des ratières, de grands chapeaux indigènes, des calottes de paille, des nattes, des sacs, etc.
Calebassiers. — Avec les fruits des cucurbitacées, les indigènes fabriquent des récipients aux formes aussi variées que fantaisistes : grandes écuelles plates, bouteilles, assiettes, pots avec couvercle, seaux, etc.
Des sculptures et des ornementations en relief et à jour sont souvent taillées au couteau ou burinées sur Técorce extérieure. Les calebasses sont alors des objets de luxe où Ton renferme des bijoux et des choses précieuses.
Corroyeurs, — Utilisent pour leur industrie les peaux d'agneaux, de moutons, de chevaux, de chèvres et de bœufs sans les tanner.
Le cuir, après avoir été assoupli et graissé, sert à garnir des poignées de sabre, des boîtes, des cannes, des ceintures, des calebasses, des paniers, etc. Ils font aussi des fourreaux de sabre, des gaines de couteau, des cartouchières dahoméennes, des sacs, des gibecières, des lanières, des éventails, etc..
Le Dahomey. 19
Menuisiers, charpentiers et sculpteurs sur Lois. — Dans les troncs d'arbres, ils creusent des mortiers, des écuelles, des plats, des pagaies, des idoles, des objets d'art et des bibelots de fantaisie, des manches de canne bizarres, des chaînes en bois d'une seule pièce, des sièges à plusieurs pieds taillés dans un seul bloc, des tabourets, des escabeaux, oreillers, etc..
Ciseleurs et marteleurs de cuivre, — Cette industrie est le privilège des féticheurs des deux sexes. Ils vivent dans des couvents, et leurs travaux sont faits exclusivement en laiton et en cuivre qu'ils fondent et qu'ils sculptent.
Ils fabriquent des éventails, des jambières, des bracelets dont la vente les aide à vivre. Ils sculptent aussi des épingles fétiches et une foule d'accessoires qui servent à l'exercice de leur culte étrange.
Fabricants de pirogues, — Cette industrie est spéciale aux populations riveraines; les Minas, les Popos et les Nagos sont très habiles dans ce métier.
Le tronc du bambou est surtout employé dans la fabrication des pirogues à cause de la légèreté et de la dureté de son bois.
Confectionnées d'une seule pièce, les pirogues ne manquent pas de régularité et d'élégance, on les radoube en fixant des pièces avec des clous ou à Taide d'un transfilage. On calfate avec des fibres végétales.
Fabricants de meubles, — Par suite de leur contact avec les Européens, quelques indigènes se livrent à cette industrie toute moderne. Avec du faux bambou, ils parviennent, en imitant nos meubles, à faire des canapés, des tabourets, des chaises à dossier, meubles légers en même temps que fort solides.
Pêcheurs, — La pêche occupe une grande partie de la population riveraine des lagunes ; on pêche avec des nasses, des éperviers, des lignes de fond.
Lorsque les fonds sont à plus de 3 mètres, ils pagaient ; dans le cas contraire, ils poussent les pirogues au moyen d'un faux bambou très long et terminé par une petite fourche en bois pour éviter le glissement sur la vase.
Les embarcations contiennent 2, 4, 6 ou 10 canotiers, suivant leurs dimensions.
Les canotiers entreprennent des voyages de plusieurs jours, en alternant entre eux pour le repos. Les négociants européens ont, pour Tusage de leurs factoreries, de grandes embarcations qui circulent sur les lagunes. Les piroguiers de l'administration coloniale perçoivent comme salaire 1 franc par pirogue et 1 fr. 50 par piroguier.
Hamacaires. — Lorsque les Européens et les gros personnages dahoméens veulent se déplacer, ils se font porter en hamac par les membres d'une corporation spéciale appelés hamacaires.
Le hamac est suspendu à uii gros bambou de 4 mètres environ de longueur. Ce bambou est porté sur la tête par deux hommes, un à chacune de ses extrémités. Leur crâne est protégé par un paillasson ou un pagne roulé en forme de gâteau.
L'homme de tête, précédé d'un éclaireur, fraye la route ; celui de derrière gouverne le hamac quand on se trouve arrêté par un taillis fourré ou que Ton franchit un trou d'eau ou une lagune.
A droite et à gauche du voyageur, deux hommes, haut le pied, courent et de temps en temps le soulèvent, pour soulager leurs camarades et surtout pour gagner du temps.
Les hamacaires vont presque au trot. lîn terrain découvert, la vitesse moyenne des porteurs est de G kilomètres à l'heure, de o kilomètres en terrain sablonneux et de 4 kilomètres en forêt, broussailles ou marécages.
Les hamacaires se relèvent de quart d'heure en quart d'heure.
limètres environ, un trou en terre ; il prend dans un sac suspendu à son côté un grain de maïs par exemple, le jette avec adresse dans le trou et referme l'ouverture d'un coup de talon.
Il continue ainsi jusqu'au bout du sillon pour recommencer encore et il agit de même pour toutes les semences.
L'arrosage est inutile, car les pluies sont assez abondantes.
Foires et marcliés. — Les fabricants indigènes n'ont ni étalages, ni magasins, pour écouler leurs articles; le commerce se fait presque en entier sur les places publiques, dans les marchés et foii*es. Tout le monde attend ces jours-là pour faire ses acquisitions et vendre ses produits.
Les marchands ambulants qui vendent journellement de la nourriture ou de la boisson étalent et portent leur marchandise sur des plateaux en osier ou dans des calebasses.
Seul le commerce des Européens se fait en magasin, dans les factoreries et les maisons de détail.
Les foires se tiennent généralement dans les centres importants ; selon les pays, elles sont quotidiennes ou ont lieu tous les deux, trois ou cinq jours.
A cause de la distance que les vendeurs ont à parcourir de leurs villages à la A'ille, les foires ouvrent tardivement le matin.
Des abris en feuilles de palmier et en branchages protègent marchands et marchandises contre les ardeurs du soleil.
Chaque genre de produit a son emplacement distinct dans ces foires où Ton trouve, avec les produits de l'industrie locale, des étoiles, du maïs, des ignames, des petits oignons, des denrées alimentaires et des fruits de toute sorte, du piment, du sel, poisson sec, poisson fumé, viandes au détail, bois à brûler, bonnets de coton, fétiches et amulettes, bouteilles d'alcool et de liqueurs, nattes, paniers, colliers, tabac à fumer, tabac 11 priser, fard pour les paupières, etc.
Les marchés réunissent toujours des milliers de personnes
296 LE DAIIOMEV
qui font principalement entre elles échange de leurs marchandises et troquent par exemple une poule, un mouton contre du tabac en feuilles ou de Teau-de-vie.
La plus grande honnêteté règne sur les foires, où certaines marchandises, comme le bois ,sont exposées sans aucune surveillance de la part des vendeurs partis à d'autres affaires. Quoique le marchand soit absent, aucun acheteur ne songe à voler, car, d'après la croyance des indigènes, la place est surveillée par le fétiche et le voleur tomberait aussitôt foudroyé. Comme le bois a un prix fixé d une manière invariable, chaque acheteur fait alors lui-même sa provision et dépose par terre, en face de la pile, le prix de son achat en cauris.
De même entre les villes et les villages un peu éloignés, on rencontre, sur le bord des chemins, des toitures en feuilles reposant sur des piquets. Ce sont des abris ménagés aux voyageurs ; ils y trouvent des fruits et de Teau, ils prennent ce qu'ils veulent et déposent religieusement h côté les cauris du paiement. Ces abris hospitaliers sont trôs utiles aux nègres qui passent une grande partie de leur vie dans les marchés et les foires ; ils trafiquent sans cesse, et on les voit parcourir de fortes distances pour un bénéfice médiocre.
Monnaie.
Au Dahomey la monnaie courante est le cauris, petit coquillage ovale, plat en dessous, d'un blanc jaunâtre et du genre porcelaine. Il provient de la mer des Indes et est vulgairement appelé monnaie de Guinée,
Le taux des cauris est variable suivant les régions et aussi selon leur abondance dans le pays.
Un sac de cauris (soit 20.000 cauris) vaut actuellement 7 francs environ ; il pèse 43 kilog. et équivaut à 10 piastrescauris de 2.000 coquillages. C'est une piastre forte.
La piastre cauris est formée de 1 0 gallines de 200 cauris et la galline se compose de 5 touques de 40 coquillages chaque.
D'après ce qui précède, 140 cauris équivalent donc à 1 sou de notre monnaie.
Cette monnaie est fort utilisée par les indigènes, mais son poids énorme la rend fort incommode pour les transactions importantes. Ainsi la somme de 1.000 francs en cauris exige 100 porteurs.
Heureusement que ces cocjuillages deviennent de plus en plus rares, et que dans quelques années ils auront fait place à nos monnaies, plus simples et plus appropriées aux transactions.
Déjà le noir en contact avec les blancs connaît la valeur de l'argent monnayé qui, par suite, fait fréqu 3m nent défaut dans la colonie. Aussi, profitant de notre pénurie de monnaie divisionnaire, la banque anglaise de Lagos inonda le Dahomey de sa monnaie et, malgré un droit d'entrée de îî ^jo, il en a été importé pour 2 millions dans Tannée 1899. Les pièces les plus recherchées sont celles de l schilling, 3 pence et 6 pence.
Jusqu'ici l'administration du Dahomey n'a pas cru devoir
proscrire complètement Tusage des monnaies étrangères afin de ne pas entraver les transactions commerciales, mais l'établissement du chemin de fer remédiera promptement à cette situation en jetant dans le pays de nombreux millions de pièces d'argent françaises.
Les traitants ont des compteuses de cauris attitrées qui se servent de leurs doigts avec une agilité surprenante et poussent des coquillages par cinq à la fois, de droite k gauche.
Numération des noirs.
Les cauris ne sont pas seulement la monnaie courante des noirs, mais leur servent aussi d'éléments pour leurs calculs.
Chez eux la numération a pour principe les cinq doigts de la main ; lorsque le chiffre dépasse le nombre de doigts d'une main, le nègre y ajoute ceux de l'autre, et toute sa science s'arrête là.
Mais avec les cauris qu'il ajoute aux cauris en les disposant par tas successifs, il peut compter très loin.
Les indigènes comptent d'abord par 5 jusqu'à 20; par 20, jusqu'à 200. Quand Ils ont formé un tas de 200 cauris, ils comptent par tas jusqu'à 2.000; par 2.000 jusqu'à 20.000. Comme 20.000 cauris égalent un sac, ils comptent au-dessus par sacs, et disent 2, 3, 4 sacs d'hommes pour 40, 60, 80.000 hommes, et ainsi de suite.
Mais les noirs ont encore d'autres procédés pour tenir leur comptabilité. Ainsi les cabécères, douaniers et percepteurs indigènes, pour se reconnaître dans leurs comptes, emploient des ficelles aux(juelles ils font autant de nœuds qu'il y a d'unités, chaque lîcelle ne comportant pas plus de dix nœuds. Ils se servent aussi de petits bâtons sur lesquels ils pratiquent des entailles.
ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DA0OJiEY 299
Pour récapituler ces divers calculs, ils utilisent des cauris percés qu'il enfilent par dix sur une ficelle, et chaque coquillage représente un certain nombre de ficelles à nœuds ; ces chapelets sont réunis ensuite par paquet de dix ; en continuant de même, ils attachent le tout ensemble avec beaucoup d'ordre et de méthode, ce qui permet aux fonctionnaires de connaître rapidement ce qu ils ont en compte, lorsqu'ils désirent le savoir.
Le noir fait aussi mentalement des opérations d'arithmétique; dans ce cas, son intelligence supplée à son ignorance. Avec Taide de plusieurs compagnons assis en cercle autour de lui, il arrive à faire des calculs assez compliqués.
L'un d'eux doit se rappeler les dizaines, un autre les centaines et ainsi de suite, chaque homme représentant une colonne d'addition. Quelquefois, pour s'aider, ils ramassent des brins de paille ou des petits cailloux qu'ils réunissent devant eux en un petit tas comme un mémorandum. Au moment de la récapitulation du calcul, chacun récite sa partie sans grand effort de mémoire, et ils parviennent rarement à se tromper.
Lorsque cela arrive par hasard, ils recommencent tranquillement leurs opérations, sans découragement ni mauvaise humeur.
Division du temps.
La division du temps est très primitive chez les nègres de la Cote des Esclaves. Ils distinguent les saisons parles variations atmosphériques et par les travaux agricoles propres à chaque époque. Les fêtes annuelles revenant périodiquement servent de base à leurs calculs.
Les heures du jour s'indiquent par les différentes positions du soleil ; le chant du coq marque les heures de la nuit.
La semaine est ignorée chez le noir ; les mois s'indiquent par lunes, et Tannée par la fin des récoltes.
Cependant dans les localités où les indigènes sont en contact avec les blancs, ils prennent peu à peu leurs habitudes.
Le noir n'a pas non plus la moindre idée de son âge qu'il fixe par l'époque où s'accomplit tel ou tel événement mémorable.
Rôle du bâton au Dahoçiey
Le bâton joue un rôle important au Dahomey. C'est un insigne d'autorité, un attribut de commandement, mais c'est aussi une carte de visite, un billet, une procuration, une signature et un passeport, suivant la circonstance.
La canne représente la personne à laquelle elle appartient et lui manquer de respect équivaut à une insulte.
L'autorité du roi et des chefs s'attache au bâton et le suit partout; on doit au bâton le respect et les honneurs qui sont dus à son propriétaire. La foule se prosterne au passage du bâton royal et se livre à des démonstrations de respect qui indiquent presque un véritable culte.
Chaque chef a sa canne qu'il a cherché à rendre différente de celle des autres. Le manche en est sculpté, et Textrémité inférieure, plus grosse que le reste, est légèrement recourbée et terminée par une boule.
Contrairement à nos usages, c'est le i)ctit bout qui se tient à la main et le manche sculpté qui se pose à terre. Un clou planté dans la boule empêche l'usure du manche sur le sol.
Les bâtons royaux sont en ébène, en ivoire, en argent massif, et les sujets se prosternent devant eux comme devant le roi lui-même.
Les rois ont généralement plusieurs bâtons :
Le bâton officiel pour les cérémonies d'apparat, les négociations, les grandes circonstances ; c'est celui qu'ils remettent entre les mains des messagers chargés de traiter une affaire en leur nom;
Le bâton semi-officiel^ servant dans les rapports ordinaires avec les autorités locales ;
Enfin, le bâton amical, d'un caractère purement privé, pour les communications personnelles et intimes.
Les négociants européens se servent également du bâton dans leurs rapports journaliers avec les autorités indigènes.
Dans ce cas, tout message d'un blanc à un chef noir et réciproquement, est toujours accompagné d'un bâton porté par un interprète (moce).
Le port du bâton exige un certain cérémonial; celui qui le porte doit éviter de le poser à terre et le tenir de préférence couché sur les bras, ainsi qu'on le ferait d'un enfant.
Un émissaire porteur de bâton est toujours accueilli de suite et avec déférence par le personnage auprès duquel il est envoyé. Dès qu'il se trouve en sa présence, il doit lui remettre le bâton que l'autre est obligé de garder à la main jusqu'à ce que le porteur ait achcA'é d'énoncer le but de sa mission. Si la réponse peut se faire aussitôt, la canne est à l'instant même rendue à l'émissaire, sinon elle ne lui est remise que le jour de la réponse au message.
Jusque Ik le porteur du bâton est logé et traité par le personnage qu'il a été chargé de visiter; s'il a été envoyé comme ambassadeur auprès du roi, il reçoit l'hospitalité à la résidence rovale.
Le bâton accompagne de même, en toute circonstance, les communications, oflicielles ou non, que les gens du pays se font entre eux.
Un cabécère peut envoyer son bâton k un Européen malade pour demander de ses nouvelles, et cette démarche tient lieu de visite,
De même lorsqu'on veut faire acte de déférence envers un notable sans l'aller voir, on envoie son domestique le saluer avec la canne.
Le bâton est envoyé en guise de salut; on doit alors immédiatement répondre par l'envoi du sien.
Le bâton du chef peut servir de laisser-passer sur un chemin interdit. Le voyageur le reçoit comme sauf-conduit et garantie.
Autrefois l'Européen ne pouvait se rendre à la capitale que si le roi lui avait envoyé sa canne par un cabécère faisant fonction de rccadère ou messager porteur de canne.
Les blancs font aussi usage du bâton entre eux et pour la sûreté de leur commerce. Ainsi les agents de factoreries, avaient la précaution de faire reconnaître un certain nombre de cannes, afin que leurs expéditions fussent toujours accompagnées d'un bâton qui, comme un pavillon, couvrait la marchandise.
Les noirs essayaient bien parfois de présenter aux chefs de factoreries des faux bâtons, mais quand leur fraude était découverte ils étaient passibles d'un châtiment sévère.
Outre son usage civil, le bâton joue encore un rôle religieux chez les indigènes de la Cote de Guinée.
Les noirs plantent des bâtons sacrés à l'entrée de leurs, cases pour les préserver des voleurs, et les féticheurs possèdent un bâton pastoral terminé en fourche et entouré de chilfons auxquels leur superstition attache une vertu particulière.
En résumé^ à la Cote des Esclaves, le bâton a un caractère presque sacré qui peut prêter à rire au premier abord, mais
ETTUNOCBAPllIË DE3 PEUPLES DU DAHOUKV àvd
qui cependant a son utilité pour assurer les communications dans ces régions souvent dépourvues de routes.
Attributs et marques de dignité du roi et des cabécères.
Parmi les objets sacrés des rois fons, existe une cloche en fer qui ne peut quitter le soaverain et qu'il emporte dans ses déplacements; elle fait partie du trésor de la couronne elle roi seul peut s'en servir. C'est en quelque sorte l'attribut du pouvoir royal.
Pour les chefs dahoméens la hache est, comme la canne, un insigne de dignité. C'est en même temps une arme de guerre, dont le trancbant est per{>endiculaire au manche et qui sert surtout de casse-téte. La hache se porte sur l'épaule; son manche est fréquemment sculpté et sa lame richement ciselée.
Le porte-pipes est une larye sacoche rectangulaire en peau de chèvre renfermant les longues pipes -du chef, son tabac et ses allumettes. Elle est pnrtce par un domestique qui prend le même nom. Un chef ne voyage jamais sans sa pipe, car fumer est un signe de virilité et de puissance.
Le parasol est un autre attribut des autorités indigènes qui l'emploient dans toutes leurs sortiesen public. Au Dahomey les
parasols sont plats, à angle droit, en étolTes de diverses couleurs et garnies de franges ou d'une bordure découpée. Ils peuvent abriter plusieurs personnes. Seuls les chefs ont le droit de s'en servir, et malheur au sujet qu'on trouverait muni même d'un simple parapluie.
A Porto-Novo les chefs se contmtent d'un parapluie ordinaire de couleur rouge ou verte.
L.e tabouret, dont le porte-pipes est également chaîné, est en bois jaune sculpté d'une seule pit^ce avec plusieurs pieds plus ou moins ornés de dessins parfois très bizarres. Ce siège portatif accompagne le chef partout où il se rend. Ces tabourets ne se fabriquent qu'à Abomoy, ceux des grands cabécères ont jusqu'à un mètre de hauteur.
Langues et idiomes.
Les divers peuples de la côte de Guinée n'ayant aucune souvenance de leur passé et ne se rappelant qu'imparfaitement les principaux événements de l'époque contemporaine, il est dillicile de trouver dans leurs langues ou idiomes quelques indices pouvant conduire à la découverte de leur origine première.
Chacune des trois langues se proie admirablement à toutes les exigences de la politesse et des rapports sociaux.
Aussi les nègres sont-ils d*une obséquiosité fatigante; à tout instant ils se saluent en se demandant réciproquement de leurs nouvelles.
En général, les noirs possèdent une éloquence naturelle qui ne manque pas de verve. Dans la conversation, ils ont de piquantes comparaisons, des peintures vives et imagées; ils aiment les sentences, les proverbes, les dictons. Leurs discours dénotent toujours une grande facilité et beaucoup de finesse.
Lorsqu'ils cheminent seuls, ils charment les ennuis de la route par des monologues à haute voix.
Les noirs n'ont point d'écriture ; quant à leur langage, il est bref et rapide, énergique et expressif; leur parole est toujours accompagnée de vives et fréquentes exclamations, de gestes passionnés, d'une mimique continuelle.
Leur littérature consiste en contes amusants dans lesquels la morale est habillée en paraboles , en maximes de sagesse, en proverbes qui se distinguent par la brièveté et l'élégance et par une tournure souvent très poétique.
La monarchie au Dahomey et radministration
indigène.
La monarchie scculaire que nos armes victorieuses ont en partie dctruite au Dahomey était d'un despotisme absolu. Le roi personnifiait tout à la fois le pouvoir et la nation, et
Au Dahomey, la royauté est héréditaire dans la famille, et s*il n'y a pas d'héritier direct et naturel, le souverain est choisi et élu parmi les princes de la famille royale.
La personne du roi est sacrée, et Ton ne se présente devant lui que dans Tattitude la plus humble. S'il boit en public, on doit se détourner ou baisser la tête pour ne point le voir.
Les chefs sont aussi courbés sous le joug royal que le peuple, et les plus hauts dignitaires du royaume doivent respectueusement s'allonger à plat ventre devant le monarque.
Le palais du roi est une réunion de constructions formant une petite ville. On y distingue Thabitation du roi proprement dite, les magasins, le logement des seryiteurs et celui des femmes.
Le roi traite en épouses, non seulement les femmes à qui il a accordé ses faveurs, mais encore les gardiennes du palais.
Le moindre regard jeté sur une femme du roi était réputé comme crime et puni comme tel. Aussi, lorsque le souverain voulait se débarrasser d'un personnage de son entourage, il le faisait habilement provoquer par Tune de ses épouses, et, dès qu'il était compromis, il était aussitôt jeté en prison ou puni d'une forte amende, s'il avait dos movens.
De même, lorsque les rois voulaient recruter à peu de frais des soldats, ils ordonnaient parfois à un certain nombre d'amazones de quitter leur uniforme et d'aller rôder autour des cases habitées par des jeunes gens. Dès (jue l'un d'eux avait succombé aux charmes de sa conquête, il se voyait peu après arrêté et accusé d'attentat sur une femme du roi. 11 lui fallait alors choisir entre le métier des armes et celui de figurant aux plus prochains sacrifices. Son choix, comme bien l'on pense, était rarement douteux.
Le roi gouverne avec l'aide de ses ministres et des cabécères résidant à la gore (maison conmiune) et appelés agori-
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VAbazaffan^ gardien du siège du roi, qui Taccompagne partout où il va et lui présente la peau sur laquelle, à défaut de trône, il doit s'asseoir; le Ouataca^ chargé d'annoncer la mort du roi ; le Sogan^ chef des écuries ; le Tocpo, chef du serment et des aiîaires locales, etc., etc.
Chaque bourgade, chaque ville et chaque quartier important a son chef; dans ce cas, c'est le plus ancien qui est le maire de la ville.
Les chefs ou cabécères sont les représentants directs du roi qui les nomme lui-même comme il les révoque à volonté.
Ils jouissent auprès du peuple d'un grand prestige ; ils ne frayent jamais avec lui et s'allient toujours entre eux de génération en génération.
Sans solde et leur dignité leur interdisant tout travail, ils pressurent leurs administrés et en extorquent tout ce qu'ils peuvent, sous forme de cadeaux ou d'amendes. Aussi, nombreux étaient les abus de pouvoir commis au nom du roi dans la perception des impôts. Ces ressources servaient à leur entretien et à celui du roi dont la cupidité était insatiable.
L'Etat n'ayant point de revenus, n'avait pas de budget. Pour cette raison, les fonctionnaires avaient le droit de prélever une légère rétribution sur le produit des amendes qu'ils infligeaient, mais ils avaient juste de quoi vivre.
Les cabécères rendent la justice à la gorc pour les affaires de peu d'importance, mais leur décision se règle sur les cadeaux que font les parties pour faire ou non pencher en leur faveur le bon vouloir des juges. Ces derniers seuls gagnent dans les contestations, car les plaideurs s'en retournent toujours plus ou moins écorchés.
Certains délits sont jugés par le tribunal des féticheurs; quant au roi, il se réservait les affaires graves et faisait conduire le coupable à la capitale pour le juger. Comme il avait
Dans les villes de Whydah, Godomé et Kotonou, la présence des Européens avait créé les fonctions de yévogans ou chefs des blancs, qui avaient le pas sur les agorigans; le yévogan de Whydah commandait à ses collègues.
Les cabécères et les yévogans étaient secondés par les moces^ agents de police qui, mêlés à la foule, remarquaient tout ce qui se passait en ville et en rendaient immédiatement compte k la gore. Ils formaient avec les moulèr/ues (domestiques), un réseau de surveillance complet autour des habitants. Ils veillaient à Tordre public et il était rare qu'un crime soit commis sans que l'auteur en soit bientôt découvert.
Blancs et noirs étaient ainsi environnés d'espions qui rapportaient tout aux autorités locales.
Pour les réunions sur la place publique, on convoque le peuple en battant le gongon, petite clochette en fer dont se sert le crieur public pour réclamer l'attention.
Les particuliers sont invités par des messagers spéciaux portant le bâton du chef qui convoque et appelés rccadèrcs.
Les rois du Dahomey étaient diilîciles ii approcher et à connaître, et un Européen ne pouvait se rendre à la capitale que sur invitation ou permission royale.
A Porto-Xovo, le roi TolFa est plus accessible aux Européens et son despotisme envers ses sujets est beaucoup plus mitigé que ne l'était celui de la cour dWbomey.
C'est un monarque qui nous est entièrement dévoué, très conciliant, peu bellicjueux et dont la principale manie est de collectionner les coillures de tous genres et de tous pays.
Le gouvernement indigène du royaume de Porto-Novo est constitué comme celui du Dahomey, seulement les ministres du roi portent le nom de larrijs. Ils raccompagnent toujours au nombre de trois ou quatre et même le portent ou le roulent dans sa voiture quand il sort.
L'un d^eux s*appelle le roi de la nuit, il remplace le roi après le coucher du soleil et règne en son nom jusqu'à Taube. C'est un simple chef de police, dont la mission est uniquement de veiller à la tranquillité de la ville.
A Porto-Novo, comme dans les autres contrées de notre colonie, la propriété privée est depuis longtemps reconnue et considérée comme définitivement acquise par les occupants ou les exploitants. Il n'y avait que le Dahomey qui faisait exception à la règle, mais on y a mis bon ordre.
Obligations imposées aux Etiropéens par les
autorités dahoméennes.
Chaque soir, au coucher du soleil, les négociants des factoreries devaient quitter leurs établissements de la plage pour rentrer dans les villes, situées comme Whvdah et Godomé a 3 ou 4 kilomètres du rivage ; il leur était formellement interdit de coucher dans les factoreries.
Cet usage devait dater de l'époque de la traite des noirs, lorque les autorités indigènes voulaient laisser ignorer aux Européens les embarquements de nuit des esclaves. C'était
aussi une façon de bien surveiller les Européens. Les factoreries étaient alors gardées nuitamment par les soldats du roi qui y établissaient un petit poste aux abords.
En guise d*impots, les blancs payaient au roi des redevances en nature pour toutes les marchandises d*importation arrivées par les navires, et dont le débarquement était contrôlé par un décimère ou douanier.
Mais ils étaient aussi soumis à de fréquents cadeaux envers le roi et ses représentants pour, arriver à vivre en bonne harmonie avec les autorités indigènes locales. Les fônctiounaires dahoméens, qui ambitionnaient tout ce qu'ils voyaient, ne cessaient de mendier, et leur insatiabilité augmentait toujours en raison directe des cadeaux dont on les comblait.
Les Européens entraient librement au Dahomey, mais ils ne pouvaient en sortir ni quitter une ville qu'avec une autorisation spéciale, car les autorités locales vous fermaient les chemins, c'est-à-dire surveillaient tous les passages. 11 fallait donc solliciter Vouverture des chemins, au moven de cadeaux proportionnés à Timportance du blanc, de ses marchandises et de sa suite.
Lorsque la permission était accordée, le bâton de la gore, porté par un moce, accompagnait le voyageur jusqu'à la sortie de la localité pour prévenir le décimère de laisser libre passage.
Moyennant le paiement d'une faible somme et d'une bouteille de tafîa on obtenait aussi le droit de circuler sur tel sentier désigné à ravance, sans pouvoir s'en écarter. Le passeport était une amande de palme enveloppée dans une feuille de maïs ou de bananier.
Quand les autorités voulaient frapper un négociant dans ses intérêts, quand elles voulaient le forcer à subir des conditions exorbitantes, elles \\i\ fermaient les chemins pour le commerce et il se trouvait interdit.
cessé et nos compatriotes jouissent au Dahomey de la quiétude la plus parfaite.
État social des noirs.
Aucun homme du peuple, malgré ses capacités ou ses protections, ne peut espérer occuper une fonction dans l'administration indigène ; soumis au despotisme dès son enfance, le Dahoméen n'aspirera jamais à améliorer sa situation et continuera toujours à occuper le rang qui lui est assigné par sa naissance obscure.
Aussi le pouvoir est-il transmis par les classes dirigeantes de père en fils.
Entre le peuple et les chefs se place le féticheur ou prêtre ; la vie du peuple se passait entre la crainte du roi, les abus des chefs et les menaces du féticheur dans ce monde et dans l'autre.
Le sort du Dahoméen n'était pas enviable, et cependant il le subissait sans révolte.
Outre les impôts dont on raccal)lait, il devait observer une foule d'interdictions plus tyranniques les unes que les autres.
Il lui était défendu, entre autres choses, de construire sa case à son idée, d'arrang^er ses cheveux à sa guise, de porter aucun vêtement de couleur, ni ornement ou bijou en métal, de s'asseoir sur un siège, de porter une coilFure ou des chaussures quelconques. Il ne pouvait sortir du pays et même de sa résidence sans autorisation ; il lui était fait défense de vendre tel ou tel produit pour l'exportation, de tel ou tel poisson sur certaines places, d'acheter la même étolfe que celle portée par le roi, quand bien même la provenance de cette étoffe aurait été différente de celle de l'étoffe royale, etc., etc..
I/arbi traire du roi et des chefs, poussé à ses dernières
limiles, régissait tout à leur profit sans nul souci du bien-être public.
De même, l'impôt n'était pas proportionné aux revenus de chacim ; les agents du roi prélevaient à tort et à travers une part des revenus du sol, de la pêche, du commerce et de tout ce que possédait les sujets.
Les décimères ou douaniers étaient postés aux abords des localités, à côté des passages fréquentés, sur le bord des chemins ou de la lagune, et même à la porte des factoreries, pour prélever la part du roi sur Thuile et les autres produits que les nègres portaient au marché ou chez les divers négociants.
Et quand le roi ne trouvait pas ses revenus suffisants, il envoyait des agents spéciaux piller les biens des noirs ; les maisons des blancs et des chefs principaux étant seules respectées.
Malgré ces vexations sans nombre, le noir vivait en apparence heureux, parce qu'il est insouciant et qu'il ignore un sort meilleur que le sien.
3t8 LE DAHOMEY
Le noir en famille.
Les trois grandes fctes de la vie du noir sont le baptême, le mariage et la mort.