MARIAGE
Au Dahomey, riiomme est tout, la femme n'est rien. Aussi Tamour préside rarement à l'union du noir avec la négresse; prendre femme est un trafic pour le nègre, car c'est elle qui, la plupart du temps, travaille pcmr nourrir son époux et ses enfants. Bienheureuse elle est quand, en échange de son dévouement, son labeur n'est pas récompensé par des coups.
Le célibat est peu considéré, aussi bien chez l'homme que chez la femme et la famille est partout en honneur. Les hommes se marient vers l'Age de 20 ans et les femmes vers 12 ans. Les mariages ont toujours lieu entre deux familles n'ayant aucune parenté entre elles.
322 LE DAllOMKY
sur le premier, car les promesses iront aucune valeur chez le noir.
Si le mariap^e est possible, il a lieu immédiatement. La dot est fournie soit par la femme, soit par le mari.
Parents et amis sont réunis à la case du fiancé ; on se gave de mouton et de chevreau que Ton arrose largement de tafia. Après les libations, on chante et on danse en s'accompagnant d'instruments de musique.
La fiancée n'assiste pas au repas ni aux réjouissances de la famille ; elle passe le jour de sa noce en compagnie de quelques amies et on leur envoie seulement à manger et à boire.
Si la jeune fille n'apporte rien en dot, le futur doit lui envoyer jusqu'à des pagnes pour son habillement, car l'usage lui interdit d'emporter même un morceau d'étoffe de chez ses parents.
Le mari prend soigneusement note des dépenses qu'il a acquittées pour la noce, car elles doivent lui être restituées par les beaux-parents en cas où la femme manquerait à ses devoirs ou abandonnerait le domicile conjugal.
Lorsqu'au contraire c'est la famille de la mariée qui a payé les dépenses, c'est au mari à rembourser la dot en cas tic désaccord avec sa moitié.
Chez les Xagos et les Minas, un inventaire est dressé par les époux (le ce qu'ils apportent dans la communauté, et eu cas de séparation chacun reprend ce qu'il a apporté.
Le noir n'admet pas la femme à vivre avec lui ; il la parque dans une case séparée ou une partie de case, et, lorsqu'il demande ses services, elle se présente à lui dans une humble posture, avec les démonstrations d'une soumission servile.
Les Dahoméens sont polygames ; ils prennent autant de femmes qu'ils peuvent en entretenir; le nombre de leurs
ETIIXOGUAPIlIt: DES PEUPLES DU DAHOMEY 323
épouses e^t limité à leurs moyens. On achète des femmes concubines ou esclaves par intérêt plutôt que par débauche, parce que plus un noir possède de femmes qui travaillent, plus son revenu est aug-menté. Chacune d'elles rapporte à la communauté et n'a coûté que les premières dépenses du mariage ; puis les femmes se laissent aussi conduire plus docilement que les domestiques nuiVs.
Peu de gens du peuple possèdent plus de deux ou trois jemmes ; les chefs en ont vingt ou trente, le roi quatre ou cinq cents. Cela tient aussi qu'au Dahomey le nombre des femmes est au moins trois fois supérieur à celui des hommes.
Nul ne doit se défaire des enfants nés dans sa maison, ni les séparer de leur mère.
Les femmes en ménage ne sont pas jalouses entre elles et se partagent chacune les soins à donner aux enfants de leur époux.
La première épouse, la plus ancienne, est maîtresse de maison et est généralement exempte de travail. C'est elle qui doit goûter aux aliments avant de les olVrir au maître, afin de témoigner ainsi cjuils ne sont pas empoisonnés.
Les autres femmes s'occupent de la cuisine, de la lessive, du commerce, des cultures, etc.
Si l'une d'elles, par sa jeunesse et sa l^eauté, est devenue la favorite du mari, elle est aussi exempte de travaux, mais elle retombera tôt ou tard dans sa triste condition. Autrefois même, lorsque son maître était dégoûté d'elle, il en faisait simplement cadeau au roi.
Le sort de la femme dahoméenne n'est donc pas enviable ; elle vit dans un état de véritable servitude, n'ayant d'autre perspective que de mourir de faim dans sa vieillesse si ses enfants ne consentent pas à la nourrir.
Malgré sa triste condition et quoiqu'elle ne puisse guère
32 i LK dahomi:y
avoir d'alFection pour son époux, la femme est rarement coupable d'a(lultt»re.
L*liomme, lui, peut avoir des relations avec des personnes libres siins qu'on y trouve à redire.
Dans le peuple, le délit conjugal est puni d'une forte amende par les autorités, mais il entraîne rarement la séparation des conjoints.
Les divorces ont surtout lieu par suite d'incompatibilité d'humeur.
Mais ({uand une femme de chef était seulement soupçonnée d'adultère, elle était impitoyablement mise à mort sans aucune forme de procès.
A Abomev, les femmes du roi excellaient à attirer les Euiopéens dans des guet-apents, atin de leur extorquer, au profit du souverain, des amendes énormes.
Dans les pjiys voisins, Tadultère est puni différemment. Au Yorouba le coupable est exploité jusqu'à épuisement de ressources. A la (]ôte d'Or, c'est une (juestion de vie et de mort entre ré[)()ux et Tanuint.
Au Dahomey, les (ils de chefs épouseront toujours des filles de chefs, mais n'iront jamais se mésallier avec des gens du peuple.
I)i:i:iL ET FIM-IR AILLES
La mort est accompagnée des mêmes cérémonies, danses et chants, (jue les réjouissances.
Dès ((ue le malade a rendu le dernier soupir, les assistants poussent des gémissements prolongés et des hurlements retentissants pour annoncer le décès aux voisins.
Les lamentations et les sanglots di's femmes dominent surtout dans ce douloureux tapage. Aussi les appelle-t-on les pleureuses.
Quand sa douleur est calmée, ce qui ne tarde guère, la famille fête la mort de son parent ainsi qu'un événement heureux. Le tafia coule à profusion : on chante, on danse autour du cadavre étendu sur une natte et on fait même retentir Tair de fusillades multipliées.
Le lendemain ou le surlendemain du décès a lieu l'enterrement.
Le corps, paré de son plus beau pagne, est descendu sans cercueil dans une fosse creusée dans le sous-sol de la case où il a expiré. Cet usage a disparu depuis la création de cimetières.
Aux Popos on enterre dans une bière en branchages ou en planches.
Partout on place à côté du mort des vivres, un pot d'eau, des cauris, un bâton ou une arme pour lui permettre de vivre et de figurer convenablement dans l'autre monde.
Quelcpiefois, avant l'inhumation, le cadavre est porté triomphalement dans les rues au son de la musique.
Après la descente dans la fosse on sert un léger repas et les assistants se divertissent comme un jour de mariage.
L'enterrement et les funérailles proprement dites ont rarement lieu en même temps.
Le laps de temps s'écoulant entre les deux cérémonies varie de quelques jours à un an; il est subordonné à la décision de la famille.
Le jour des funérailles a lieu la répétition exacte de toutes les cérémonies de l'enterrement ; pleurs, cris de douleur, contorsions désespérées, repas abondant, libations copieuses, danses, chants et coups de fusil, rien n'y manque. Ces fêtes solennelles durent des jours ou des semaines, suivant la richesse des parents. On les renouvelle à l'anniversaire, car au Dahomey on célèbre annuellcAient la fête des morts, dans chaque famille.
Très superstitieux, les noirs croient sans cloute à Tenlrée du défunt dans une vie meilleure ; on ne s'explique qu'ainsi les réjouissances auxquelles ils se livrent à l'occasion d'une mort.
Aprèsun décès on brûle tout ce qui a servi à l'usage du défunt et l'on n'habite plus la chambre dans laquelle il est enseveli. Souvent même la case est découverte et abandonnée. Seule une tige en fer de forme particulière marque la place où se trouve le crâne, car c'est à la tète que s'adressent plus spécialement les honneurs funèbres.
Des écuelles destinées à recevoir les aliments et les offrandes que Ton apporte au mort et h son fétiche sont placées dans la case mortuaire.
Après plusieurs années de sépulture, les crânes des défunts sont déterrés et conservés religieusement dans des vases de terre placés dans un coin de l'habitation. Les noirs rendent alors un culte fréquent aux mânes de leurs ancêtres.
Au Dahomey, être privé d'honneurs funèbres est une honte, souvent un châtiment. On les refuse aux criminels, aux suicidés et aux débiteurs insolvables ; on dédaigne de les accorder aux esclaves et aux étrangers.
Les noirs tiennent beaucoup à être enterrés dans h'ur pays natal ; on se conforme toujours à ce désir lorsque la distance et les moyens de transport le permettent. Dans le cas contraire si (juelqu'un meurt loin de chez lui, on porte dans sa maison une part de ses restes mortels, tête, bras, doigts, ongles, cheveux, etc auxquels on rend les mêmes honneurs (jue si
c'était le corps entier.
En résumé le noir, froid et indiiférent, n'éprouve aucune douleur j)ar la perte d'un être qui devrait lui être cher. La Dahoméenne non plus n'est guère attachét* à son enfant ; cjuand il meurt, elle regrette seulement la somme de travail (ju'il lui aurait rapportée.
Les enfants morts avant davoir pu se rendre utiles ne sont pas ensevelis avec solennité ; on les enfouit à la campa^jne, quand on ne les jette pas tout simplement au milieu des broussailles.
Dès qu'un enfant dépérit par la maladie, la mèrechar'i^e ses pieds et ses mains de bracelets et de clochettes, afin de mettre en fuite les génies malfaisants dont il est victime.
Le deuil n'est pas oblij^atoire pour le mari qui a perdu sa femme, et il peut se remarier le lendemain ; lorsqu'il veut témoigner du regret il se frtit quelquefois raser la tête.
Mais pour les femmes le deuil est plus sévère. Une veuve doit rester enfermée dans sa case pendant une dizaine de jours, quitter ses ornements et se couvrir de vêtements usés et sales ; elle doit pleurer et gémir sans cesse en répétant le nom de son défunt. Ses habits de deuil sont de couleur noire ou bleu foncé. Après ces quelques jours de grand deuil, la parenté vient consoler la veuve qui prend des vêtements propres. (Chacun porte son présent et danses et libations recommencent en Thonneur du mort.
La femme doit porter le deuil de son mari pendant douze lunes, mais elle peut se remarier (juand elle veut.
La durée du deuil pour les parents est la même, mais il est interdit de se marier avant une aimée.
Les cheveux. longs sont un signe de deuil pour les gens de qualité, qui ne doivent se raser la tête cpi'après avoir célébré les funérailles de leurs parents.
A la mort d'un parent, les héritiers se disputent la succession comme partout ailleurs, mais au préalable le roi [)rélève une partie ou la totalité des biens laissés parle défunt.
Le tîls aîné hérite de tous les biens et de toutes les femmes de son père, à Texceplion de sa propre mère cpii est bien traitée et qui conserve, avec une grande liberté, une sorte de suprématie sur les autres épouses de son fils.
Ce nVst qu'à la mort du fils aîné que ses frères et sœurs peuvent obtenir la part ([ui leur revient dans la fortune de leur père, et encore faut- il qu'ils soient de la même mère. Quant aux autres enfants ils n'ont jamais rien à espérer.
Quand, parfois, c'est le frère du père défunt qui hérite, les enfants sont abandonnés à la misère si leur oncle ne consent à les élever.
Enfin, tout n'est pas rose dans Texistence du noir au Dahomey.
Ajoutons, pour finir, que la mort d'un roi dahoméen donnait lieu h de véritables hécatombes humaines : prisonniers de guerre, femmes et esclaves étaient immolés en grand nombre sur la tombe royale pour escorter et servir le défunt dans l'autre monde.
Relations sociales.
Malgré la vie en commun dans une case souvent étroite, le plus grand respect règne entre les ditVérents membres d'une famille. A ce point de vue, (a moralité du noir est parfaite.
Les nègres sont très polis et bienveillants entre eux; ils ne peuvent se rencontrer sans échanger ensemble quelques paroles d'amitié et, lorsqu'ils se quittent, ils répètent alternativement
ETII>0GHAPH1K DES PEUPLES DL DAHOMEY 329
leur bonjour jusqu'à ce qu'ils ne s'entendent plus. Même brouillés, ils se donnent un salut froid, mais sans répétition.
Leurs formules de politesse sont noml)reuses, et, à toute heure du jour, ils se comblent de compliments réciproques.
Lorsqu'ils se croisent d'égal k éfçal, ils ralentissent le pas pour échanger leurs salutations ; quelquefois même, ils s'arrêtent à trois ou quatre mètres l'un de l'autre avant de se congratuler.
Les indigènes qui fréquentent les blancs commencent à se donner la main assez gauchement.
Quand un noir parle k un Européen, il défait son pagne jusqu'aux hanches et se présente Je torse nu, la poitrine en avant ; c'est un signe de délérence et une marque de confiance.
Lorsqu'ils rencontrent un chef quelconque, cabécère, larry ou féticheur, les noirs roulent leur pagne à la hanche, se jettent à plat ventre, embrassent la terre à plusieurs reprises selon le rang du supérieur, et, se relevant à demi sur les coudes, ils font claquer bruyamment les doigts de la main droite sur la paume de la main gauche avant de se relever entièrement.
Les chefs agissent de même avec leurs supérieurs.
Au Dahomey, l'on prend aussi de la terre, de la poussière ou de la boue, selon l'endroit où l'on se trouve, et l'on s'en couvre la tête et le visage en signe (l'humilité. Ci4a se pratique ainsi à la Gore, ([uand on prononce le nom du roi ou qu on va donner communication d'un de ses messages. Le noir alors rampe, s'incline, s'agenouille ei se prosterne pendant plusieurs minutes.
Pour se saluer, les chefs entre eux se donnent deux doigts de la main et font claquer les autres dans le même mouvement.
ne pas se lier aux indigènes, et cependant le négoce n'est guère possible sans crédit avec les noirs.
La mendicité n'existe pas entre indigènes ; elle serait du reste inutile, car le Dahoméen ignore le sentiment de la pitié, et il ne donne jamais rien sans recevoir quelque chose en échange. Celui qui est nécessiteux s'engage pour un certain temps comme travailleur chez les étrangers et même dans sa propre famille, pour se procurer le peu dont il a besoin pour vivre.
Un noir malade dans sa famille est soigné par le féticheur ou un empirique quelconque. On distingue le médecin des liquides qui n'ordonne que des boissons, et le médecin des solides qui prescrit des aliments. Il est inutile d'ajouter que des cérémonies de fétiche forment la base de toutes leurs ordonnances.
Lorsque le malade est chez des étrangers, on le met tout simplement h la porte, du moment qu'il ne peut plus travailler.
Mais au contact des blancs qui leur donnent de nombreux exemples moraux, le caractère des noirs se civilise et devient peu à peu plus humain.
Jeux, musique, chants et danses.
Le noir est très joueur; ses principaux divertissements sont :
YjB jeu des cauris à trois, quatre, cinq et six coquillaji^es que chaque partenaire jette en même temps sur une natte, après les avoir secoués dans la main ; les cauris tombent alternativement sur la partie convexe ou plate. Suivant le nombre parié, le joueur gagne ou perd.
Le jeu de la cheville^ très diflîcile et connu au Dahomey seulement, consiste en un petit carré de bois épais et plat, percé de nombreux trous, que les adversaires bouchent avec des chevilles, après mûre réflexion.
l^e jeu des (jodets ou de Vatjo que Ton joue sur le sol ou sur une planche longue et épaisse dans laquelle sont creusés deux rangées de chacune huit à douze trous alignés deux par deux et de la grosseur du poing. La partie se joue à deux et cha(jue joueur a une rangée de ces trous. Des graines fort dures servent de jetons ; les partenaires les distribuent j)ar trois ou quatre dans les trous de leur côté ; puis, chacun à son tour, sans sauter de trou, prend les jetons du vis-à-vis et les porte un à un, de gauche à droite dans les cases voisines. Celui qui rencontre dans les cases de son adversaire un ou deux jetons seulement s'en empare, et la partie continue jusqu'à ce que Tun des deux n'ait plus de munitions. Autour des joueurs, se tiennent toujours des parieurs, des conseillers, des spectateurs oisifs qui suivent attentivement la partie.
Mais le nègre aime surtout les distractions bruyantes telles que la musique, le chant et la danse. Elles constituent les principales attractions de ses fêtes et sont ordinairement accompagnées de festins, de libations et de fusillades nombreuses. Faire la fête s'appelle faire tam-tam ; aussi le tam-tam est-il son
Comme le noir ne s'expatriait pas volontiers, ils eurent recours à la force et à Tachât pour IV décider.
L'exemple des Portugais fut bientôt suivi par les Hollandais, les Danois, les Anglais et les Français qui déployèrent, dans ce trafic infâme, une activité remarquable.
Pendant trois siècles, la Guinée fut ainsi dépeuplée par les négriers, qui baptisèrent du nom de Côte des Esclaves cette partie si tristement célèbre du golfe de Bénin.
Ce commerce inhumain fut cause des guerres continuelles que se firent les dilïérentes peuplades de la côte' pour se procurer des prisonniers. C'était au plus fort, au plus rusé que restait la victoire, et encoi*e trouvait-il lui-même son maître un jour ou Tautre.
Au Dahomey le roi faisait argent de tout, et, à la moindre faute d'un de ses sujets, il l'envoyait en esclavage dans Tun des forts européens de la côte d'où il était dirigé par le plus prochain navire sur le Brésil. Ses propres femmes n'en étaient pas plus exemptes que les chefs qui tombaient ainsi dans Tesclavage.
Chacune des nations voisines du Dahomey paya chaque année son tribut à la traite.
Dans tous les établissements de traite, des courtiers noirs marchandaient les esclaves aux négociants ; ils étaient accompagnés d'un chirugien qui leur passait une révision complète, afin d'éviter toute fraude sur la marchandise.
Le prix d'un esclave maie était d'environ 100 francs en cauris ou en marchandises au choix ; pour une femme la valeur était moindre.
Après l'achat les esclaves subissaient sur le corps la manjue à feu du comptoir qui les recrutait.
Ils étaient ensuite enchaînés par les pieds et jetés dans des locaux étroits et incommodes, en attendant que leur nombre fut suflisant pour un embarquement.
Le port de Whydah était le port du commerce des esclaves pour le Dahomey, qui fournissait à lui seul une moyenne de 20.000 esclaves par an, et il en était ainsi de tous les autres points de la côte.
Cest à la traite que les Etats et Colonies d'Amérique doivent en grande partie leur situation actuelle.
Au temps où la traite florissait, le Dahomey vivait dans Topulence et le roi ne convoitait les biens de personne ; dès qu'elle fut abolie, la splendeur dahoméenne tomba pour ne plus se relever.
De ce jour les rois durent vivre en pressurant leurs sujets, les chefs mendièrent et le peuple dut travailler davantage pour pouvoir nourrir son souverain.
Une fois Tesclavage aboli par les nations européennes, la traite continua cependant longtemps encore ; seulement on déguisa la vente d'esclaves sous une signature de contrat portant engagement volontaire, pour une durée de cinq ans, comme travailleurs libn^s, pour le Congo belge ou pour la colonie portugaise de San Thomé.
Au lieu (rembarquer les esclaves sui* des voiliers, on les entassait sur des viipeurs pour éclKij)j)er j)lus facilement aux poursuites (K's croiseurs.
Ce trafic illieilc ne cessa réellenienl (|ue lorscpie la Havane et le Brésil ayant leriné leurs porls aux négriers, la marchandise humaine se trouva sans écoulement.
Kn Aniéri(jue, le régime imposé aux esclaves était très supportable, car ils vivaient en lainille îivee leurs femmes et leurs enfants, et une fois leur travail terminé ils étaient libres de ilisposer du temps à leur guise.
Ils étîiient enîj)loyés au clélVieliement du sol et aux plantations de calé et de canne à suerv'. (Jiuind ils se conduisaient bien, ils étaient parfaitement traités parleurs maîtres; ce n'est
ETIi.NOGRAPIIIE DES PEUPLES Ui: DAIIUUEY -139
qu'au débul de leur exil, lorsqu'ils rel'usaient de travailler, que Icurâ surveillants leur inlligeaioiit des coups de fouet.
Les Qoirs brésiliens revenus au Dahomey le disent bien ; ils reconnaissent qu'ils doivent à l'esclavafje l'fiducation cbréticnnc et la position honorable qu'ils possèdent et qu'ils n'auraient pas acquises si leurs parents avaient continué à vivre dans leur pays d'oiùf^ine.
Ces noirs forment acluclleinent une bonne partie de la population civilisée de notre colonie du Dénin, oit ils exercent les professions d'employés, de néftocianls ou <le petits fonction-
Les esclaves au Dahomey.
Au Dahomey ainsi qu'à Porlo-Xovo el au\ l'opns, joesnue toutes les familles rîehes ]iossèdeiil encore des ciiptiis ijni les aident par leur travail à auj^meiiler leur fortune.
L'indigène, qui est plutôt alors un domestique qu'un cajitif, ne se plaint nuUetuent de son sort et serait désolé d'èh-e émancipé, eonmie le prescrivent les lois l'rani;aises, ear sa situation n'est pas pénible.
Son maître le considère généralement comme l'enfant de la maison; il n'est esclave que de nom, soit parce qu'il est fils d'esclave, soit parce qu'il a été acheté ou volé à des parents libres.
On est esclave aussi pour dettes, jusqu'à libération envers ses créanciers.
La vie de l'esclave est commune avec celle de son maître dont il partage souvent les repas.
Il est chargé des travaux agricoles et domestiques, du transport des fardeaux, etc..
Souvent l'esclave vit avec sa femme et ses enfants, et il faudrait qu'il eût commis une faute grave pour qu'on les sépare les uns des autres.
Bien des familles laissent à leurs esclaves une certaine liberté d'action ; elles exigent seulement d'eux une somme déterminée de services et leur reconnaissent ensuite le droit de travailler pour leur propre compte.
Mais si Tesclavc a amassé quelque chose par son travail, son maître en hérite à sa mort.
Si son maître y consent, Tesciave peut en revanche hériter de lui, posséder du bien, avoir même des esclaves et se libérer.
1/esclave ne reçoit du nuiître que le lo*j;;enient, le vêtement et la nourriture; ce dernier est responsable de sa conduite et de ses dettes.
Si l'eselave a un métier comme ma(,on, charpentier, etc., son maître peut le louer à d'autres avec son industrie.
Dans les maisons où un méfait a été commis, les esclaves sont tous rendus responsables tant que le vrai coupable ne s'est pas fait connaître ou n'a pas été dénoncé.
Une esclave qui aurait conçu un enfant de son maître jouit du |)rivilè^e de ne plus être vendue, mais néanmoins elle n'aurait pas le titre ni les prérog-alives d'épouse.
ETHNOGRAPHIE DES PEUPLES DU DAHOMEY 3 il
Le pouvoir des parents esclaves sur leurs enfants est à- peu près nul; ce n'est que le maître quia autorité sur Tenfant, né d'esclaves, qui suit la condition de ses parents.
Quand un esclave meurt, on se contente de Tenfouir sans faire aucune cérémonie. Les musulmans jetaient autrefois les leurs dans la lagune ou abandonnaient simplement leur cadavre dans les champs. Aussi pour éviter cette infortune, beaucoup d'esclaves se convertissaient-ils, en apparence, à Tislamisme.
La preuve que les esclaves actuels sont heureux de leur sort, c'est que malgré nos lois libérales, très connues cependant dans le pays noir, aucun d'eux ne cherche à s'affnmchir du joug de son maître depuis la domination française.
Aussi sera-t-il difficile à notre civilisation de faire disparaître complètement cet antique usage qui durera longtemps encore au Dahomey et dans les pays limitrophes.
Religion.