‹ Dahomey et dépendances (volume 2)Chapitre 29 sur 70 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

PRODUCTIONS DU DAHOMEY FLORE ET FAUxNE

SOMMAIRE

Les produclions du Dahomey,

Le palmier à huile. — Huile et amandes de [)alme. — L'huile de palme dans l'industrie. — Le kolaticr et sa noix. — Le cocotier.

— Bois de construction. — Le ronier ou palmier à éventail et autres. — Le caoutchouc. — Huile coprah. — Indijj^o. — Maïs. — Manioc. — Arachides. — Le karité ou arbre à beurre.

— Mil. — Riz. — Haricots. — Coton. — Tabac. — Ijjfname. — Ricin. — Cacao et vanille. — Café. — N'i^^ie et blé. — La canne à sucre. — Le bambou. — Fourrage. — Chaux et potasse. — Antimoine. — Sel marin.

Flore. — Plantes alimentaires, tinctoriales, médicinales, textiles, industrielles et cultures comestibles.

Faune. — Mammifères. — Animaux domestiques. — Oiseaux.

— Reptiles. — Insectes. — Poissons. — Mollusques. — Crustacés. — Arachnides.

Matière médicale du Dahomev.

Les productions du Dahomey.

LK PALMIEK A HLILK

La plus importante production du Dahomey est le palmier à huile. Les indigènes, encouragés par son merveilleux ren-

dément, n'avaient jamais cherché, avant la conquête, à développer les autres cultures.

D'immenses et épaisses forêts de palmiers oléifères couvrent le Dahomey jusqu'à la latitude d'Abomey; c'est un arbre précieux, car, par l'huile et les amandes de palme qu'il fournit, il forme la principale richesse du pays.

Cet arbre se multiplie lui-même et ne demande aucun entretien.

L'arbre femelle seul est productif; les bonnes années de récoltes on compte de 12 à 14 régimes de noix de palme (environ 150 noix par régime). L'arbre mâle, qui croit dans la proportion de 1 pour 200, est reconnaissable par son grand nombre d'épines et par les nombreuses lianes qui apparaissent autour de ses branches, tandis que les arbres femelles sont débarrassés périodiquement de ces lianes parasites.

La végétation du palmier à huile est lente, il forme pendant longtemps une sorte de grosse touffe. Peu à peu le tronc s'élève, mais reste couvert de la souche des vieilles feuilles; à la longue, il devient presque lisse.

La hauteur de l'arbre varie de 7 à 10 mètres, le diamètre de son slipe est de 10 à 15 centimètres.

Les feuilles sont pennées, àracliis jaunâtres, épineuses sur les côtes, portant des folioles d'un beau vert, longues quelquefois de 0 m. 70 et disposées sur deux rangs.

Les Heurs, qui paraissent plusieurs fois par an , sont monoïques portées sur des régimes dilTérents.

Les fruits ont l'apparence de grosses cerises arrondies à leur base et composées également de chair et de noyaux. Cette chair ou pulj)e est fibreuse et imprégnée de matières grasses. Elle est jaune safran ou rouge sang, selon la région, et plus la couleur rouge est prononcée, plus le fruit est riche en principes huileux.

PRODLCTIONS DU DAHOMEY 367

Dans les beaux fruits, la pulpe a jusqu'à 9 millimètres d'épaisseur; les indigènes en extraient Thuile par dépression. Le noyau du fruit contient l'amande, dont on tire également une matière grasse, blanche et solide, pouvant servir, lorsqu'elle est fraîche, aux mêmes usages que le beurre.

Le palmier à huile donne des fruits au bout de quatre ans seulement, mais alors ils sont encore sans valeur.

On fait régulièrement deux récoltes par an : celle du gros régime, la plus importante, a lieu pendant les mois de janvier, février, mars et avril ; le petit régime se cueille en août et septembre. Ces récoltes sont sûres et ne craignent pas les intempéries.

Dans le jjalmier k huile, tout est utilisé par les habitants. Outre l'huile k manger, k brûler et k parfumer qu'il donne, il a encore d'autres avantages. Des cellules intérieures du tronc, on tire, par des incisions pratiquées k sa partie supérieure, une moyenne journalière de 3/4 de litre de vin de palme. Des feuilles de bananier sont disposées pour servir de rigoles et sur le sol une calebasse ou un pot en terre recueille le liquide incolore, rafraîchissant et sucré. Ce vin fermente avec rapidité, devient pétillant et peut s'absorber au bout de quelques heures. Après deux ou trois jours de fermentation, la boisson devient blanche et épaisse comme du lait, prend un goût âpre et enivre comme l'eau-de-vie ; le breuvage exhale alors une odeur prononcée de vieux cuir. A la bonne saison il remplace en partie les horribles produits chimiques que, sous le nom de gin, de tafia, d'alongou, les négociimts européens importent en (juantités considérables.

Le bourgeon terminal de Tarbre fournit le chou palmiste, amas de feuilles blanches et tendres que l'on mange en salade ou que l'on confit dans du vinaigre pour s'en servir en guise de cornichons.

368 LE DAIIOMKY

Les feuilles, larges, lonf;;xies et' dures, servent, après avoir été préalablement séchées, pour couvrir la toiture des maisons, à faire des balais, des paniers, etc...; le pétiole des feuilles tombées sert de bois à brûler ; le tronc, malgré sa faible consistance, est utilisé parfois dans les constructions, mais ses fibres très flexibles sont surtout employées à la fabrication des cordages, et même des tissus grossiers se rapprochant, il est vrai, plus de la natte que de rétoiîe.

Le rendement d'un palmier est estimé de 3 à 4 francs par an. Souvent les propriétaires de palmiers louent leurs arbres à des cultivateurs à raison de 2 fr. 50 par pied et i>ar année.

Le palmier à huile étant la vraie richesse du Dahoméen, est rarement abattu; on compte une moyenne de 16 à 1.800 palmiers par kilomètre carré, dans la région comprise entre Allada et Abomey ; on estime la superficie de cette plantation naturelle à un million d'hectares.

Les ressources de cet arbre sont immenses pour la colonie et paraissent inépuisables.

Le i)almier-dattier qui est si productif en Algérie ne réussit pas au Hénin.

FAHIin.ATION iJi: L III ILK DI-: PALME

Pour la cueilloltc (K's n\i;inies, les noirs grimpent sans échelle au sommet du i)a]inier, on saidant sim|)lement d'une corde très raide fermée eu anneau, enroulée autour de Tarbre et ([ui It's soutient piir le milieu du corps, lui se tenant au palmier (Fune main et pressant du pird de bas en haut, ils s'élèvent par secousses successives le lon^ du stipe. Arrivés au sommet ils coupent le n'-gime au moyen d'une hachette passée dans leur ctMuture, et le descendent à terre avec une corde-

mains ; hommes, femmes et enfants participent à ce broyage rudimentaire.

Mais lorsque la récolte est importante, on jette les fruits dans un bassin carré en terre glaise entouré d'un petit mur. On verse par-dessus une certaine quantité d'eau chaude, puis deux ou trois femmes descendent dans la fosse, et, soutenues par deux espèces de béquilles, se servent de leurs pieds comme pilons pour écraser les fruits de manière à en détacher la pulpe. Ce travail de piétinement dure plusieurs heures ; les noyaux sont enlevés dès qu'on les rencontre, la bouillie devient plus épaisse au fur et à mesure que Thuile sort des Gbres et se mélange à Teau chaude.

Lorsqu'on juge que les pulpes ont été suffisamment pressurées, on verse encore de Teau dans les récipients, on agite cette eau avec des bâtons et on laisse ensuite reposer.

L'eau s'isole des parties huileuses et une sorte d'écume jaunâtre surnage alors h la surface. C'est la première huile, la plus pure, fraîche et comestible. La couche d'eau, bien distincte, est en dessous, et au fond du bassin reste la pulpe fibreuse dépourvue d'huile et mélangée aux péricarpes des fruits.

On enlève avec précaution celte huile au moyen de calebasses et on la recueille dans de grandes jarres placées sur un feu violent pendant vingt-quatre heures, où elle subit une ébullition afin de faire évaporer les parcelles aqueuses qu'elle pourrait encore contenir. On la tamise ensuite dans de grands vases, on récrême, et l'huile de palme est prête à ùtre livrée au commerce.

La proportion d'huile ainsi obtenue est de 05 **/o.

Cette huile, à la saveur douce, est d'une belle couleur jaune orange, très liquide et répand, lorsqu'elle est chaude, une odeur agréable rappelant un peu celle de l'iris ou de la

violette ; elle concrète à la température ordinaire et prend alors une teinte plus claire ; son point de fusion est de 30 à 32^

Au contact de Tair, elle se rancit, s acidifie et abandonne de la glycérine, lorsqu'on la traite par Teau. Elle exhale, lorsqu'elle est vieille, une forte odeur de vieux cuir.

Elle forme avec les alcalis, tels que la potasse et la soude, des savons de couleur jaune. L'huile est également employée dans la parfumerie.

C'est dans Test du Dahomey que se récoltent les huiles les plus riches en couleurs et en matières grasses; celles des autres régions sont beaucoup moins estimées sur les marchés.

Les indigènes reconnaissent à Thuile de palme des propriétés médicinales; on l'emploie pour guérir les maux de ventre et d'oreilles. On en frotte les nouveau-nés pour leur donner de la vigueur.

L'huile de palme est livrée au commerce à raison de 3 froncs à 6 fr. 50 la mesure de 20 litres, suivant les cours d'Europe.

Les principaux marchés d'huile, oii elle est généralement appelée huile de Lagos, sont : Marseille, Liverpool et Hambourg.

La tonne d'huile se vend en Europe de o a 600 francs; sur place le prix du kilo varie entre 0 fr. 10 et Ofr. 25.

Les huiles sont exportées dans des anciennes futailles ayant contenu de l'alcool, d'une capacité de 450 litres ou dans des futailles spéciales de 750 à 800 litres appelées pondions.

Les huiles de pjdme de tout le territoire de Porto-Novo sont réputées comme étant très supérieures aux autres huiles de la côte occidentale d'Afrique.

Elles sont incontestablement préférables aux huiles de Ce vlan.

Page 1