‹ Dahomey et dépendances (volume 2)Chapitre 8 sur 70 · A GRAND-POPO · texte numérisé non relu

A GRAND-POPO

Un détachement de la 10® G*® de tirailleurs sénégalais : Souslieutenant Martineau et 12 hommes.

Soit un effectif total de 19 officiers, 3i sous-officiers et 458 soldats européens et indigènes, répartis en i postes.

En rade, croisait le Sa/ie, commandé par le capitaine de vaisseau Fournier.

L'armement des différents postes était le suivant :

PortO'Novo, — 4 canons de 4 rayés de montagne, approvisionnés à 65 coups par pièce, et 56.000 cartouches modèle

Grand-Popo. — 5.000 cartouches modèle 187t.

Affoué. — 4.000 cartouches modèle 1874.

Les troupes furent lo;^ées à Porto-Novo, sous les hangars et dans les magasins des factoreries Régis et Fabre. Les vivres et les munitions étaient, au fur et à mesure de leur mise à terre, placés tant bien que mal sous des abris.

car le massacre des agorigans eût impitoyablement entraîné celui des blancs. Ceux-ci furent échangés trois mois après avec les Dahoméens.

Prévoyant que Tennemi ne se tiendrait pas pour battu et estimant ses forces insuffisantes, M. Bayol câblait au gouvernement de lui envoyer des renforts.

En attendant, Kotonou étant particulièrement menacé, le commandant Terrillon s'ingéniait à le mettre à Tabri d'un coup de main et à renforcer la garnison. Il fît venir de Porto- Novo le capitaine Septans avec 4 artilleurs, 2 pièces de 4 rayées de montagne, 22 gardes civils armés du fusil modèle 1874 et 300 auxiliaires du roi TofTa munis de fusils à pierre ; ces derniers, couards et paresseux, ne furent jamais d'aucune utilité.

M. Victor Ballot, alors résident de France à Porto-Novo (depuis le 16 juin 1887) et l'administra teur Librecht d'Albéca arrivèrent en même temps à Kotonou. La direction des services administratifs du corps expéditionnaire fut confiée par le résident à M. d^Albéca.

La construction du fort et les travaux de mise en état de défense de la place sont poussés activement ; on accumule partout abatis sur abatis.

25 février, — Le croiseur le Sané et la chaloupe Y Émeraude mouillés dans la lagune, couvrent d'obus les bois situés au nord et à l'ouest de Kotonou et où d'importants rassemblements ennemis se massaient nuitamment.

Z*^'' mars. — Reconnaissance de Zogbo. — Les troupes dahoméennes étant signalées comme se concentrant à Abomey-Galavi, à 2i kilomètres au nord-ouest de Kotonou, une reconnaissance, forte de 3 compagnies et appuyée de 3 pièces de canon, est envoyée de grand matin au village de Zogbo à 6 kilomètres de Kotonou, sur le lac Denham. Une grêle de

LA CONQUÊTE DU DAHOMEY il7

balles tirées à bout portant surprit lavant-garde de nos troupes à l'entrée du village qui paraissait tout d'abord abandonné; deux miliciens furent tués niide.Au bruit de la fusillade, les tirailleurs sénégalais accourent et luttent presque corps à corps, mais, après quelques feux de salve bien ajustés, le terrain est nettoyé, le village est enlevé au pas de course et Tennemi rejeté jusqu'à 600 mètres au delà. Mais bientôt il tente un retour offensif ([ue nos artilleurs répriment énergiquement. Après un combat terrible où l'ennemi s'est montré très acharné, il fuit enfin dans toutes les directions. 11 était 10 heures du matin, et nos troupes se préparaient à manger un repas froid lorsque Tennemi aborde à nouveau les (juatre faces du caiTé français. Après une demi-heure de lutte il est repoussé définitivement avec 300 hommes hors de combat. Grâce à sa maladresse, nous n'avons eu cpie deux tués et deux blessés. 11 est vrai que nous n'avions encore lutté jusqu'ici qu'avec les contingents des villes et villages voisins de la côte. Mais bientôt nous allions avoir à soutenir le choc des réguliers dahoméens qui se concentraient à Allada où la présence du roi était même signalée.

t? mars. — Journée calme. — Le Sunc en profile pour explorer rapidement la cote. A Grand-Popo, le commandant Fournier apprend par un espion que l'ai laque de Kotonou était imminente. 11 y revient en toute hâte pour coopérer par mer à la défense de la place.

De son coté, le capitiiine Ariioux, commandant le poste de Porto-Novo, signalait aussi des mouvements de réguliers à 40 kilomètres au nord de la ville.

3 mars. — En raison de sa lâcheté la compagnie mixte, formée par les auxiliaires du roi Toffa, est licenciée et désarmée immédiatement. — Les gardes civils seuls conservent leurs armes.

4 mars. — 'Attaque de Kotonou. Dans la nuit du 3 au 4 mars, vers 5 heures du matin, après une épouvantable tornade, une attaque furieuse fut dirigée sur Kotonou. — Profitant de Torage et des ténèbres, les Dahoméens avaient pu s'avancer sous bois et parvenir juscju'auprès de nos lignes qu'ils espéraient bien surprendre, mais le lieutenant Compérat veillait avec une section, dans un fortin inachevé situé h l'extrémité nord de Kotonou. Dès qu'il perçut des bruits suspects et qu'il vit des ombres ramper au pied de la palissade, à quelques mètres de lui, il fait aussitôt exécuter un feu de salve nourri qui balaie les abords du poste. Une foule hurlante lui riposte par un feu roulant et se lance à Tassant du fortin. C'est le signal de l'attaque générale. L'ennemi, fort d'environ 6.000 hommes, attaque tous les postes à la fois. L'un d'eux est môme surpris et enlevé, plusieurs de ses défenseurs sont tués et décapités. Guerriers et amazones s'élancent de tous côtés sur Kotonou, écartent les palanques et, à travers les interstices, engagent les canons de leurs fusils pour tirer plus sAiv:nc»nt. Ils se font tuer à coups de baïonnette, le sang ruisselle, et les cadavres s'entassent sur les cadavres.

Le lieutenant Compérat, quoique atteint de trois blessures, est sublime de sang-froid et d'énergie. — Il a déjà 3 tués et 8 blessés sur les i9 hommes de son poste, lorsque heureusement les compagnies placées en réserve viennent le dégager et rejeter l'ennemi sous les feux du Sané.

Pendant quatre heures, l'armée dahoméenne renouvelle ainsi ses attaques infructueuses. Nos pièces d'artillerie vomissent la mitraille, trouant sans cesse les masses profondes des réguliers.

A 9 h. i/2 seulement l'ennemi disparaît en laissant 127 cadavres dans Kotonou, dont 7 amazones, et en couvrant la plaine et les bois voisins de ses morts. Ses pertes s'élevaient

LA CONQLÊIE DU DAIIOMEY i 19

^$00 morts, dont la colonelle des amazones, Tapologan

ida, et au moins 1 .200 blessés. De notre côté nous avions

et 26 blessés plus ou moins grièvement.

La journée avait été chaude et dégoûta les Dahoméens de

tentative ultérieure sur Kotonou. Après sa défaite,

inzin se retira dans les marais de la Lama avec ses ama-

i, en laissant le reste de son armée à Godomey qu'il for-

;' A partir de ce moment, les Dahoméens renoncèrent à la jfctte en terrain découvert pour reprendre la guerre d'embuspide dont ils étaient coutumiers, et que favorisaient si bien hi t!%étation inextricable du pays et leur parfaite connaissance ^ lieux.

Du 5 au 15 mars les travaux de défense de Kotonou furent ■ûeux organisés. Jusqu'à l'arrivée de nouveaux renforts demandés au Sénégal par M. Bayol, la vie fut des plus pénibles pour les 220 hommes de la garnison ; surtout que le tiers de l'effectif était de garde la nuit. De nouvelles lignes dabatLs et des réseaux de lils de fer sont placés en avant du front de défense ; des fougasses sont installées en plu- 8ieurs endroits, mais l'ennemi n'osa plus renouveler son «llaque.

6 mars, — La 10*^ compagnie de tirailleurs sénégalais quitte Kotonou pour aller renforcer la garnison de Porto-Novo Menacée par 2.000 Dahoméens campés à Badao.

La chaloupe-canonnière VÉmeraude va mouiller dans le lac ^cuham devant Abomey-Calavi et le bombarde. Quelques ^ses sont brûlées.

' mars, — Vers les 3 heures du matin, le Sané couvre

^t^us les bois situés à l'est de Kotonou où des rassemble-

'^Hts ennemis avaient été signalés la veille par nos espions.

^0 mars. — M. Bayol reçoit les instructions suivantes de

* Etienne, sous-secrétaire d'Etat aux colonies :

(( Contentez- VOUS d'occuper Whydah, de faire le blocus de « la côte jusqu'à la signature d'un traité de paix reconnaissant « nos droits sur le territoire de Kotonou et le protectorat de « Porto -Novo, et contenant une clause par laquelle le roi « renoncerait formellement aux sacrifices humains. Évitez « tout entraînement pouvant amener une expédition sérieuse « qui serait difficilement acceptée par le Parlement et par « Topinion publique. »

M. Bayol répond : Qu'avec les renforts attendus on pouvait forcer le Dahomey à traiter; que, sans s'avancer dans l'intérieur, il était possible d'occuper Whydah et d'isoler le Dahomey par le blocus; que le commandant Terrillon admettait cette solution, mais qu'il serait préférable de détruire Abomey, pour arriver à un prompt résultat.

// mars, — Le croiseur Kerguelen arrive du Gabon en rade de Kotonou.

15 mars. — Nouveau bombardement d'Abomey-Calavi par VEmeraude.

Nouvelle dépêche de l'Administration des Colonies disant que le gouvernement s'était formellement prononcé contre une marche sur Abomey et contre toute autre opération engageant une expédition. On devait se borner à l'occupation de Whydah et à la conclusion aussi prompte que possible d'un traité confirmant nos droits antérieurs, avec indemnités pour nos nationaux et pour les étrangers qui auraient subi des préjudices par suite des hostilités.

16 mars, — Arrivée de ï Ardent, aviso venant du Sénégal avec 1 00 hommes de la 29® compagnie d'infanterie de marine, commandés par MM. Tourai, capitaine, et Tassard, lieutenant.

/7 mars, — Nouveaux essais de bombardement sur Abomev- Calavi.

L'attaque de Porto-Novo étant jugée imminente, la 2*^ compagnie de tirailleurs (capitaine Lemoine) y est envoyée.

nemi, le commandant Terrillon fait exécuter par une partie de la garnison de Kotonou une reconnaissance sur le chemin de Godomey- Ville. Cette reconnaissance est soutenue par Taviso Ardent qui envoie quelques projectiles de hotchkiss sur des rassemblements postés en avant de Godoniey-Plage. Mais dès les premiers coups, ces groupes se dispersent et la reconnaissance effectue son retour sans autre incident.

*2S mars. — Nouvelle reconnaissance sans résultat sur Godomey- Vil le ; elle est appuyée par la chaloupe VEmeraude qui doit s'embosser devant le village de Zobbo.

Une violente tornade surprend la petite colonne, mais Tabsence de Tennemi est constatée dans un ravon de 8 kilomètres au moins autour de Kotonou.

^5 mars, — Le résident de France ayant signalé que Tennemi se serait rapproché de nos positions pour occuper fortement la ligne Avansouri-Zobbo-Godomey-Ville-Godomey- Plage, une réconnaissance importante est ordonnée sur ce dernier point. Le croiseur Kerguelen doit Tappuyer, en se tenant à une faible distance de la côte.

L*avant-garde surprend, en arrivant aux factoreries Régis et Fabre, quelques soldats dahoméens qui les occupent. L*un d'eux est fait prisonnier; interrogé, il déclare qu'il n'y a aucun ennemi dans les environs.

Après une grande halte de deux heures, le commandant Terrillon dirige une partie de la reconnaissance sur le chemin de Godomey-Ville. M. Piétri, de la maison Régis, lui sert de guide. A un kilomètre environ au nord de Godomey-Plage, nos éclaireurs signalent un campement de 300 à 400 Dahoméens. La marche est reprise avec prudence, de temps à autre des feux de salve sont exécutés dans les fourrés bordant le chemin suivi.

Vers les 2 heiu'es de l'après-midi , on traverse une lagune et

une clairière, pour s'engager sous bois. I/avant-garde était passée sans rien signaler, lorsqu'une vive fusillade, partie d'un fourré épais situé sur la droite, arrive sur le gros de la colonne, presque à bout portant. Nos troupes forment aussitôt le carré dans la clairière, et ripostent énergiquement par des salves répétées au feu de rennemi embusqué dans les bois voisins.

Après une demi- heure d'attente , l'adversaire n'ayant fait aucun retour offensif, la reconnaissance se retire sur Godomey-Plage. De là son artillerie lança quelques obus dans la direction de la ville, et, à 4 heures du soir, la colonne reprenait la route de Kotonou.

Dans ce court engagement avec un millier de guerriers dahoméens formant les avant-postes de Tarmée réunie à Allada, nous avons eu 2 officiers blessés grièvement (MM. Tiffon et Birama-Ndam, sous-lieutenants), 3 tués et 9 blessés, dont 2 moururent des suites de leurs blessures.

L'ennemi avait eu 72 hommes hors de combat.

26' mars. — Par suite dos succès de nos armes, les craintes des Européens restés h Whydah ne firent qu'augmenter, et ils réclamaient avec insistance roccupation du fort de Whydah par nos troupes. C'était bien ce (jue voulait tenter le commandant Terrillon. Mais pour donner le cliange à l'ennemi et pour attirer une partie de ses forces dans le Décamey, pays situé au nord-ouest de Porto-Novo, il simula une attaque par l'Ouémé. A cet effet il envoya à Porto-Novo le peloton de tirailleurs gabonais, la l*^ compagnie de tirailleurs sénégalais et un peloton de la 2** avec une section de 4 de montagne.

^8 mars, — Cette colonne, augmentée d'une partie de la garnison de Porto-Novo^ se met en marche le 28, remorquée par YÈmeraude, Trois heures après elle débarque à Késonou, et par la rive gauche de TOuémé marche sur les villages du

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Décamey pour y attaquer rennemi qui s'y est retranché. On s'avance avec prudence dans un pays extrêmement difficile, coupé de clairières et de fourrés marécageux.

Les endroits douteux sont fouillés par des feux de salve.

On traverse Modo-Topa et Ton arrive à Dangbo. Deux villages ennemis sont signalés à i.200 mètres plus au nord, on les bombarde pendant quelques instants, puis Ton marche avec précaution sur Tun d'eux en sondant chaque broussaille ; quelques coups de feu accueillent l'avant-garde ; plusieurs villages sont ainsi traversés, mais ils paraissent tous abandonnés. L'ennemi est partout invisible. Pour le débusquer, le commandant Terrillon fait incendier les cases en ordonnant aux troupes de se replier au fur et k mesure. Une vive fusillade part alors de tous cotés, Tennemi est partout : sur les arbres, dans les fourrés et dans les maisons.

En traversant Mitro, le capitaine Oudard, des Gabonais, qui veut pénétrer dans une case (|ui lui paraît inhabitée, est frappé à mort d'une balle au ventre.

Des feux de salve sont d'abord envovés dans toutes les directions, et nos soldais délogent l'ennemi à la baïonnette; secondés par rartillerie, ils ont vile contraint les Dahoméens à la fuile. Tous les villages ne formant plus maintenant que d'immenses brasiers, la retraite est ordonnée.

La chaleur est suffocante, le sous-lieutenant Mousset tombe foudroyé par une insolation. A midi la colonne atteignait Dangbo, sans avoir revu l'ennemi ; le soir elle s'installait au bivouac à Késonou.

hEmeraude dans Taprès-midi avait bombardé les villages de Gléony et de Doncauly, habités par les gens du chef de Décamey, l'un des généraux de Béhanzin.

S9 mars. — A4 heures du matin, la reconnaissance embarque dans des pirogues remorquées par YÉmeraude^ et

remonte l'Ouémé ; elle traverse le villaji^e de Dannou et s'arrête à { kilomètre en amont du village de Gobbo pour tenir en respect ses habitants hostiles.

Pendant ce temps rartillcrie avec son soutien allait prendre position à 1.800 mètres du village d'Azouicc, au nord-est de Gobbo. Ce village était défendu par i.200 guerriers solidement retranchés derrière un marigot vaseux. Après vingtcinq minutes d'un feu violent sur les positions adverses, Tennerai affolé fuit dans toutes les directions sans même chercher à se défendre. La petite colonne rallia ensuite Dannou, et, dans l'après-midi, VEnieramlc remorqua les troupes pour le retour. En route la 10'' compagnie est jetée k terre pour châtier successivement les villag-es rebelles de Doncaulv et de Gléonyqui sont incendiés.

A 10 heures du soir, les troupes rentraient à Porto-Novo. Cette reconnaissance eut pour résultat d'inspirer une terreur salutiiire aux gens du Décamey, et de fortifier la confiance des fidèles du roi TolTa. Quelques jours après Tannée dahoméenne se retira plus au nord, et les indigènes de plusieurs villajires vinrent faire leur soumission. En les renvoyant dans leurs foyers, le commandant du eor[)s expéditionnaire leur annonça que bientôt les Français allaient pousser plus loin encore leurs excursions, jus({u'au delà de Fanvié. Telles n'étaient pas alors ses intentions, mais il espérait ainsi attirer les forces dahoméennes sur l'Ouémé afin de dégager Whvdah.

31 mars, — Le vapeur Ville-de-Maninhao ^ des Chargeurs- Réunis, débarque à Kotonou la 30'' compagnie du 2" régiment dïnfanterie de marine (30 hommes) commandée par le lieutenant Grand, et 73 disciplinaires blancs des colonies avec 3 olïiciers (capitaine Pérez).

L'elTectif total du corps expéditionnaire se trouve ainsi

porté, morts et blessés déduits, à 11 officiers blancs et Ci officiers indigènes encadrant 400 tirailleurs sénégalais, 295 soldats d'infanterie de marine, et IG artilleurs, avec l pièces de 4 rayées de montagne.

Sur rade croisent le Sanc, le Kerguelen et l'aviso Y Ardent,

Le 31 mars au soir, le commandant Terrillon rentre à Kotonou avec toutes les troupes disponibles pour préparer sa marche sur Whydah.

Le même jour une dépêche lui annonçait sa nomination au grade de lieutenant-colonel, mais, en raison des difficultés survenues entre lui et le lieutenant-gouverneur dans la direction des opérations, on le remplaçait à la tête du corps expéditionnaire par le lieutenant-colonel Klipfel.

Avril 1890. — Les opérations sur Whydah sont activement préparées dans les premiers jours d'avril. Les fortifications de Kotonou furent complétées ; un nouveau fort, le fort Compérat, y fut élevé.

4 avril, — Une nouvelle démonstration est opérée sur rOuémé par VÉmeraude^ et un détachement d'infanterie de marine. Quelques villages sont encore bombardés et les habitants viennent offrir leur soumission au roi Toffa.

5 avril, — M. le lieutenant-gouverneur Bayol est rappelé au Sénégal, et M. le capitaine de vaisseau Fournier, commandant le Sanéj est investi provisoirement de tous ses pouvoirs.

Le lieutenant-colonel Terrillon est maintenu à la tête du corps expéditionnaire.

La marche sur Whydah est contremandée, mais le blocus de la côte est décidé, afin d'empocher les Allemands, qui excitaient secrètement le Dahomey, à lui procurer des armes et des munitions.

Le blocus est signifié aux puissances et la croisière est renforcée de la Naïade, portant pavillon de Tamiral Cavelier

LA CONi^lÈTE Di; DAHOMEY 127

de Cuverville, du croiseur le Roland et de Taviso la Mésange,

Les nouvelles instructions du Gouvernement se bornent à l'occupation solide de Kotonou et Porto-No vo sans s'enfçager dans une lutte à Tintérieur.

Le lieutenant-colonel Terrillon, d'accord avec le commandant Fournier, arrêtait les mesures à prendre pour n*pondre aux vues nouvelles du Ministre de la Marine, et demandait un nouveau renfort ainsi qu'un supplément de munitions.

8 avril. — Le lieutenant-colonel Terrillon est frappé d'insolation et est en sérieux danger de mort, mais, grâce à sa l'obuste constitution, il est sur pied quelques jours après et reprend la direction des opérations de terre.

Bientôt un renfort de 130 hommes de la 29*^ compagnie d*infanterie de marine débarque. L'artillerie est également renforcée ; son effectif est alors d'un oflîcier, 30 honmies et 12 pièces de montagne.

La saison des pluies est commencée, et le nombre des officiers et soldats européens malades augmente de jour en jour.

Il ne faut donc plus songer pour le moment à une expédition sérieuse dans l'intérieur du Dahomey.

Cependant Béhanzin est loin de vouloir renoncer à la lutte, car les mouvements de ses contingents sont signalés sur plusieurs points à la fois. Afin de maintenir le contact, des reconnaissances sont jugées nécessaires.

/O avril, — 37 Gabonais commandés par le sous-lieu tenant indigène Toumané-Aïssa, s'embanjuent sur ÏArièf/c pour aller renforcer le poste de Grand-Popo, menacé par 1200 Dahoméens. Des munitions et des armes sont envoyées au sous-lieutenant Martineau, commandant le poste, pour armer tous les Européens civils.

/5 avril. — V! Emcraudo^ avant à son bord le chef d'état-

major Septans, se rend dans le lac Denham pour bombarder Abomey-Calavi et Zobbo, reconstruits et occupés par les avant-postes ennemis.

i6 avril, — Un mouvement en avant des Dahoméens campés dans la lagune de Badao étant signalé par le résident de France, YÉmcraude repart avec un détachement de 100 tirailleurs pour remonter TOuémé et bombarder Dogla dont les habitants viennent de faire défection ; elle devait pousser ensuite à Dannou, point extrême de la navigation pendant la saison sèche.

Le soir même, la reconnaissance faisait retour à Kotonou, rapportant des nouvelles assez graves.

Béhanzin accusait Toffa de tout ce qui était arrive; il^lui faut Porto-Novo et la tête de son roi. Toute larmée dahoméenne est sur pied, et une partie s'avance sur Porto-Novo dont la défense n'est pas organisée et qui n'a qu'une faible garnison.

Heureusement que le roi ToiFa a de nombreux espions qui le renseignent jour par jour sur ce qui se passe dans les environs. Il peut ainsi tenir le résident au courant.

Le 16 avril, les Dahoméens avaient franchi TOuémé et se trouvaient h environ 30 kilomètres de Porto-Novo; bientôt ils seront dans la ville même.

Le lieutenant-colonel ïerrillon prend alors ses dispositions pour dégager la capitale de notre allié.

Il arrive lui-même à Porto-Novo avec la 4*" compagnie de tirailleurs, un peloton de la 2**, et 75 disciplinaires qu'il joint àla garnison. Il fait activer les travaux de défense de la place. TJ'Emeraudc fait sans cesse la navette entre les deux postes pour le transport des troupes et du matériel.

i9 avril. — Un poste de 20 gardes civils, établi à 20 kilomètres au nord-est de Porto-Novo, est attaqué et doit se replier avec quelques pertes.

LA 0)NQUÊTE DU DAII03UKY 129

La situation s'aggrave d'heure en heure; Tarniée du Dahomey ne se trouve plus qu'à 12 kilomètres du village de Bedji, où lk*hanzin est venu la rejoindre avec son corps damazones.

Dans la matinée, le capitaine Arnoux, commandant le poste, avait reconnu les positions de Tennemi occupées par des forces considérables.

Le doute n'était plus permis, les Dahoméens cernaient bien Porto-Novo après avoir passé le lleuve en amont de Fanvié.

Le temps pressant et il fallait à t<mt prix arrêter la marche deTennemi. L'action fut décidée pour le lendemain.

M. Ballot, résident de France, (jui montrait dans toutes les ciivonstances graves une fermeté inébranlable et un gi'and courage personnel, mit à la disposition de la colonne *i.")() guerriers du roi Tolfa, armés de fusils à pierre, afin de l'éclairer clans sa marche.

W avril, — (Combat d'Atchoupa. La colonne, forte de ^toO soldais réguliers avec l canons, se met en marche vers les ti heures du matin dans la direction d'Adjagan, vers l'ouest; elle est commandée par le lieulenaiit-colonel Terrillon en personne, avant à ses côtés M. Victor Hallol, résident de France.

Le recrutement des porteurs avait été dillicultueux, car les Porto-Xoviens pris de pani(|ue s'étaient enfuis, les Dahoméens étant venus dans la nuit à i kilomclres de Porto-Xovo, où ils avaient brûlé des fermes et massacré quehpies habi- Uints.

En coui's de route, on apprend que le roi du Didiomey marchait sur Forto-Novo avec G. 000 guerriers et 2.000 amazones.

La rencontre des deux armées devait donc avoir lieu à quelques kilomètres de la ville.

Après deux heures de marche, la colonne arrive au marché d'Adjagan, où elle trouve quelques cadavres de Porto-Noviens fraîchement décapités; l'ennemi n'est donc pas loin.

Le Dahomey, *J

A ce point, elle est rejointe par les guerriers du roi Toffa, escortés de leurs féticheurs, qui la dépassent bientôt pour éclairer sa marche.

On s'avance avec grande précaution ; bientôt les Toffanis reçoivent des coups de fusil, mais ils s'enfuient dans toutes les directions. La compagnie Arnoux arrête Tennemi par des salves bien ajustées, pendant que le gros de la colonne forme le carré, les auxiliaires au centre et les canons aux angles.

Pendant deux heures, les quatre faces du carré sont attaquées par des nuées de Dahoméens qui s'avancent jusqu'à 200 mètres de nos soldats, malgré les feux de salve des Lebel et la mitraille qui font de larges éclaircies dans les rangs ennemis. Plusieurs mouvements tournants sont repoussés avec succès. Cependant le temps s'écoule, les munitions s'épuisent et l'ardeur des Dahoméens ne se ralentit pas. De plus, la chaleur était forte et Tennemi tentait de couper notre ligne de retraite sur Porto-No vo qui, d'après les derniers renseignements reçus, était menacé par un corps de 2.000 guerriers.

Le lieutenant-colonel Terrillon se retira donc lentement en conservant la formation en carré. Mais Tennenii poursuit cette poignée d'hommes avec acharnement, et la marche continue au milieu d'une grêle de balles; les amazones montrent le plus de furie etplusieurs viennent se faire tuer sur les baïonnettes. Nos soldats sont superbes d'entrain et de sang-froid, ils font quelques pas et s'arrêtent pour exécuter leurs feux.

Les auxiliaires indigènes dont on voulait se servir pour protéger les flancs, tirent sans viser, poussent de grands cris et se débandent dans le plus grand désordre.

Arrivée en vue du marché d'Adjagan, la colonne s'arrête; les pièces sont mises en batterie et tirent sans relâche sur l'adversaire, qui ne tarde pas à se retirer ainsi que le corps de diversion qui occupait Adjagan.

ment atteints, et M. le résident Ballot eut son casque traversé par une halle. Les Dahoméens ne comptaient pas moins de 1 .500 à 2.000 morts et autant de hlessés, et le corps des amazones avait particulièrement soulTert.

Béhanzin, qui dirigeait la lutte, fut plusieurs fois obligé de changer de place à cause du grand nombre de balles qui sifflaient autour de lui.

Le combat d'Atchoupa fut le dernier de cette courte mais pénible campagne; il en fut aussi le plus glorieux.

L'ennemi démoralisé se retira au nord de Bedgi, en ne laissant devant Porto-Novo que des avant-postes.

Quelques jours après, la garnison lit une nouvelle sortie dans la direction de l'ennemi, mais il ne donna pas signe de vie. Peu après, Tarmée dahoméenne avait repassé TOuémé.

î?/ avril. — 30 hommes d'infanterie de marine débarquent à Kotonou.

Comme, en raison de la saison des pluies, la campagne contre Béhanzin ne pouvait être continuée, on organisa sérieusement la défense de Porto-Novo. Une ceinture de forts remplaça les murailles tombant en ruines par suite de Tincurie du roi TolTa. Mais pour tout le monde l'expédition contre le Dahomev restait inachevée.

A la suite du combat d'Atchoupa, le commandant Fournier demanda de nouveaux renforts au Ministre de la Marine, non pour TolTensive mais pour la défensive. Nous avions perdu en quinze jours lecinquième de Telfectif du corps expéditionnaire. H ajoutait que pour obtenir la paix, il était indispensable de marcher sur Abomey, après avoir occupé au préalable \Vhy- <lah-Plage et Whydah-Ville.

Le commandant supérieur estimait qu'il lui faudrait 1 .500 tirailleurs sénégalais et 1.500 hommes de troupes blanches,

avec de l'artillerie, des moyens de transport et de nombreux

porteurs noirs. Il 'était nécessaire aussi d'envoyer un transport-hôpital à Kotonou, et un transport-aviso qui serait attaché à la division navale.

Pour permettre au corps d'occupation de se défendre avec certitude, le ministre envoya 100 tirailleurs par le lioland, 50 disciplinaires par la Mésanf/c eifii armer un transport pour porter une compagnie de fusiliers marins, des approvisionnements et des munitions. Il autorisait aussi la Naïade à mettre sa compagnie de débarquement à terre.

S8 avril. — Pour montrer au roi Béhanzin que nous étions toujours prêts à combattre, le commandant Fournier fait tirer quelques obus sur Whydah.

L'effet de cette menace fut prompt; dès le lendemain les autorités de la ville dépêchaient des messagers h Béhanzin pour les sauver du bombardement, et faisaient parvenir au commandant supérieur des lettres promettant de s'employer à la conclusion de la paix.

/"" mai. — Le lieutenant-colonel Terrillon est relevé de son commandement pour cause de sanlé et remplacé par le lieutenant-colonel Klipfel.

3 mai. — On apprend que les otages français retenus à Abomey sont mis en liberté sous la menace du bombardement de Whydah.

5 mai. — Ils sont de retour à Whvdah, et le 8 ils arrivent à Kotonou. A part les souffrances de la route, causées par les chaînes qui les liaient, ils furent assez bien traités pendant leur captivité.

Quelques jours après, les agorigans de Kotonou sont également mis en liberté.

Quoique les hostilités fussent suspendues en fait, les pourparlers pour la conclusion d'un traité de paix n'aboutissaient pas. Les émissaires que le commandant Fournier avait en-

voyés pour faire connaître ses propositions à Béhanzin étaient retenus à Abomey comme otages.

// mai, — Pendant la nuit, une faible attaque des Dahoméens est tentée contre les retranchements de Kotonou. Mais la garnison, secondée par les projections électriques du Roland et de la Naiadc, repousse rapidement lennemi.

L'amiral de Cuverville, revenu à Kotonou avec 450 soldats et marins, pour aboutir le plus tôt possible à une solution pacifique de l'incident du Dahomey, insiste auprès du Gouvernement pour Toccupation de Whydah et la marche sur Abomey.

Il ajoutait que Béhanzin continuait ses massacres d'esclaves et venait d'enlever un millier d'habitants à Abéokouta pour les sacrifices humains.

Le 2 juillet, Tamiral se plaignit au Ministre de la Marine de la mauvaise foi du roi de Dahomey qui proclamait que la France lui a demandé pardon, et qui cherchait uniquement à gagner du temps pour reformer son armée et s'approvisionner d'armes et de poudre.

Tout en continuant les négociations qui lui étaient imposées parle Gouvernement, l'amiral prenait néanmoins des mesures, en vue d'une prochaine reprise des hostilités, en s'assurant le concours de 2.000 guerriers egbas.

Une délente en faveur de la paix s'étant produite dans Tentourage royal, le P. Dorgère qui, pendant sa captivité, s'était créé des relations avec les autorités dahoméennes, fut à la fin d'août charc-é d'aller réclamer à A borne v la mise en liberté des envoyés du commandant Fournier et de négocier avec Béhanzin.

Les 33 envovés du commandant Fournier furent bien délivrés, mais Béhanzin demandait une indemnité de 1.500 livres sterling pour Kotonou et refusait de reconnaître notre protectorat sur Kotonou.

Le blocus de la côte avait été levé, mais comme les négociations traînaient toujours en longueur, le commandant en chef va s'embosser devant Whydah avec la Naïade et donne vinjt-quatre heures aux Dahoméens pour signer un arrangement sous peine de bombardement.

Leffet de cette menace fut des plus heureux, car le 3 octobre l'arrangement suivant était signé :

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