‹ Dahomey et dépendancesChapitre 14 sur 133 · I.P. D.IIIOMKY · texte numérisé non relu

I.P. D.IIIOMKY

Histoire de Porto-Novo.

La ville de Porto-Novo, capilolc du petit lŸlot nègre du même nom, s’appelait Ajnché au xvii' sicelo, mais on l’appelait aussi Grand-Ardres, pour la distinguer d'AIlada ou Pctit- Ardrcs, ([ui n’eut, du reste, jamais sou importanee.

Les rois d'Ardres liabilaieiit h Allada, mais après l'annexion de leur royaume h celui des Fons, en 172i, les membres de la famille régnante ne furent plus ipic les princes-gouverneurs d’AIlada.

Entourés de gens dévoués au Dabomey et constamment surveillés, les princes d'AIlada durent renoncer ii toute tentative de rébellion envers leurs suzerains et ne purent jamais reeouvrer leur indépendanee.

De même, les rois de Porto-Novo, <[uoi(pio cliefs souverains de ee royaume, restèrent, .'i cause de leur origine commune et de leur parenté avec les monanpios daboméens, subordonnés tk eux par une sorte de lien de vassalité.

Aussi riiistoirc du i-oyaumc de Porto-Novo est-elle eonfondiic avec celle du Dabomey jusque vers ISIO. époque à laquelle le pays chercha ii s’affranchir du joug ilahomécn.

N’étant pas assez forts pour se révolter ouvertement, les prinees d'AIlada devaient eherchcrun appui solide parmi leurs voisins pour arriver à l'indéjrendance, mais ce moyen ne leur souriait que médiocrement, car ils risquaient fort de ne changer que de maîtres, dans le cas où les Dahoméens auraient été défaits, par des voisins puissants, comme les Yoroubas, par exemple.

Iæ seul moyen qui leur parut pratique fut donc de demander le proteetorat d'une puissanec européenne.

De cette façon, ils assuraient l'indépendanee de leur jiays

lllSTOniyLK DU DAUOMKY

vis-à-vis des peuplades iiidijçènes voisines, cl ils avaient tout bénéfice à commercer avec les blancs.

Mais ils restaient indécis sur le choix de la puissance à laquelle ils se confieraient.

Comme les Portugais ambilioimaienl fortement alors le protectorat du Daliomev, Porto-Novo serait retombé sous l'autorité des rois d'Abomcv, on cas de i-éussite.

11 ne rc.stait donc à eboisirqu'entre la Krancc et r.Vnglelcrre, les seules nations connues sur la côte.

Mais l'opinion des dilféronts rois de Porto-Novo était très partagée à ce sujet.

Kn 1813, le roi Méji, séduit par les propositions alléchantes de r.\nglctcrrc, demande son protectorat, mais il meurt en 18 II), avant f[ue rien n'ait pu être conclu.

Son successeur Sodji (18ttJ-18Gi) est, au conti-aire, hostile aux Anglais cl sollicite à plusieurs reprises le protectorat de la France. Mais notre gouvernement ne fit pas grand cas des désirs de ce prince cl Sodji attendit longtemps une réponse à scs demandes.

Hn 18GI, les .\nglais, apres avoir acheté au roi Docimo la ville de Lagos, à l'embouchure de l'Ogoun, essajérenl de s'emparer de la même fa\'on de Porto-Novo, mais, furieux do la résistance que faisait Sodji à leurs propo.sitions, ils bombardent sacapita'e le 23 avril 1801.

Pour se prémunir dans l'avenir contre les Anglais, Sodji fait un nouvel appel à 1a France qui consent enfin à lui accorder son protcctor.il (février 1863).

C'est M. Hrossard de Corbigny, capitaine de vaisseau, qui régla la question en mai 18CV. Les .Anglais cessent immédiatement leur politique d'annexion et tout rentre dans l'ordre.

Mais le successeur de Sodji, le roi Meepon (18GI-1872) est favorable aux Anglais, cl, à force de protester contre nous et

LE DAHOMEY

de réclamer son indépendance, il finit par obtenir du gouvernement rranyais l'annulation de son protectorat.

Après bien des ennuis et des tracasseries, l’amind LalTont de [.adébat reçoit l'ordre d'abandonner Porto-N'ovo le 23 décembre 186V ; la France [ne voyait pas encore dans l’avenir de gros avanl.ages posséder ce point.

Rn 1865 et 1867, les Anglais poursuivent leurs tentatives sur Porto-Novo, où ils cherchent à s'imposer par la pour ou par tout autre moyen. Cette fois ce n’est plus le roi, mais la population entière qui s’oppose énergi<|uement à leur venue. Ce n'est qu'en 1868 (pi'ils cessent enfin d'inquiéter Porto-Novo.

Ijc roi Mésé (1872-1875) succède à Meepon.

Il est remplacé en 1875 sur le trône par TolTa Ilouenon Baba Dassy, dit le Doux, fils do Sodji qui, comme son père, demande à maintes reprises et en vain le protectorat de la France.

Par un décret du Président de la llépublique, rendu le 1 V avril 1882, et proclamé ii Porto-Novo le 25 juillet 1883, la France établit définitivement son protectorat sur ce royaume nègre.

En 1885, pour donner au roi TolTa quelque prestige, la France accrédite un représentant officiel auprès de lui.

Pendant ces alternatives de protectorat anglais et français, les rois du Dahomey observaient avec calme toutes ces petites tentatives de leurs vassaux de Porto-Novo, qu'ils ne considéraient pas encore comme dangereuses.

Mais, fort de notre protection, TolTa cherche querelle sur querelle à son cousin Glé-Glé, le roi d’Abomey.

Celui-ci, sous prétexte ([ue le mi de Porto-Novo négligeait de lui payer les redevances en bétail, récoltes, esclaves et produits du pays qu’il lui devait annuellement, ordonne, en imi-

mSToniQl'E DU DAHOMEY

talion (le ses jnvdéccsseui-s, Je fivtiuentcs incursions sur le territoire (>orto-novicn.

Do 13Ô0 îi 1R8D, (iuator/.c expéditions furent ainsi dirigées contre le lovaume de Porto-Xovo; soixante villes ou villages

A"o-îi-Agbo TofT« ^ Gi'Gla

Roi d'Abomcy. Roi de Purlo-Novo. Roi d'AIIada.

furent incendiés et pillés; environ 2.700 habitants moururent en combattant et 7.300 furent emmenés en captivité et réduits en esclavage.

Ces attacjucs répétées contre notre protégé furent, en grande partie, cause de notre intervention armée, ainsi que nous le verrons plus loin.

Historique des autres États composant le Dahomey.

L’Iiistorique des autres petits États ou royaumes composant le Dahomey actuel est peu connu et ne mérite pas de mention particulière, sauf cependant pour la petite république d’Agoué (Ajigo, en langue du pays).

La fondation d'Agoué remonte .seulement è l'année 1821.

A cette épo<|ue, un certain Comiagan, chef de Petit-Popo, fut chassé de son pays par les habitants révoltés ; il vint s'établir avec scs partisans sur la langue de terre qui sépare la mer de la lagune, ii l'endroit où se trouve Agoué, cl fonda un petit Mtat qui a soutenu plusieurs fois son indépendance les armes à la main.

Ixîs divers cahéccrcs qui se sont succédé dans le gouvernement d'Agoué, sont, apres Comiagan, son fils Catraé, puis Agounou, cousin de Comiagan.

Sous le K'gnc de Toyi (1833-18H) révénement le plus notable est l'arrivée, en 18.33, d'esclaves liln-rés venus du Brésil avec des habitudes chrétiennes.

D'autres vinrent encore plus tard.

Kodjo-Dahoménou succède au précédent de 18H U 1816.

.\près lui, vinrent :

llaulo-Tona (1816-1838);

iMsrnniQUE ou oaiiomet

Counùn-AguitU (1858-1873 ; et ^

Atnhounlé.

Le W'j'nc do Couinin-Aguidi, le cal)éc^^c d Agoué, est le plus mémoi'ablo.

I/avônoinonl de ce cliof froissa l’ainour-proprc de Pédro- ('udjo, nègre iniluent <[ui avait acquis une nss<>z belle fortune au Bivsil.

Trî’S nnibilieuXf il enmptait régnera Agoué» mais, lorsqu'il se vil dé^u dans ses cspéi'anccs, il s'enferma chez lui et ouvrit le fou sur lu Ntlle dans le but de détrôner le cabécère élu.

11 ne put réussir dans son audacieux projet et se réfugia à Pelil-Popo, d'où il dirigea contre Agoué des attaques multipliées ù l'aille de bandes incrcenaircs.

Agoué résista avec avantage derrière scs remparts de cactus. Une fois elle fut bmlée, mais elle se i-elcva aussitôt cl ne quitta pas la défensive.

Grâce hda généreuse intervention de M. üorgliéro, premier supérieur et fondateur de la mission catholique à la («ôte des Ksclaves, les hostilités entre les deux jwys prii*cnt fin en février I8G3. Plies ne se renouvelèrent pas depuis.

La population d’Agoué fut décimée en 1873 par la variole; sur G. 000 habitants, 1.500 furent victimes du fléau.

Déjà en janvier 1852, la ville fut éprouvée par le feu. Toutes les cases furent détioiites moins trois. On a conscr\’é à ce désastre le nom d'incendie de Marccllina, nom d'une femme chez qui le sinistre s'est déclaré.

I«e port d'Agoué est un des meilleurs mouillages de la côte ; le commerce et l'agriculture sont les sources de la richesse du pays.

Agoué est le siège d'une mission catholique qui y possède une belle église.

I«a population sc compose, en grande partie de Nagos, de

IX DAHOMF.Y

Malais ou Musulmans et de Mallis, débris d'une peuplade vaincue par les Dahoméens et dont les survivants vinrent chercher asile à Agoué. Leurs fétiches et leurs féticheurs y ont depuis droit de cité.

Ces diverses races occupent des ([uartiers spéciaux.

Sous l’autorité d'un chef qui se donne le titre de roi, Agoué est une véritable république, où chacun a sa part d'influence dans les affaires.

Les délibérations importantes d'intérêt général ont lieu sur la place publique, devant rassemblée du peuplé (abbé Pierre Douche).

Relations du Dahomey avec la France et les puissances eiiropéennes.

Les relations de commerce des Européens avec les peuples du Bénin remontent ù une époque assez reculée.

Dès le XIV* siècle, les Dieppois, les Génois et les Portugais naviguèrent dans les parages de la Côte des Esclaves et y installèrent des factoreries.

Eu 1670, d'Elbée, commissaire de la marine française, vint rendre visite au roi d’.\rdrcs: c'était ù l’époque où les Dahoméens ou Fons avaient déjà commencé la conquête du pays. Néanmoins le roi d'Ardres fit à l’envoyé du roi de France une

IIISTORIQIE DE DAHOMEY

brillante récej>lion, et, à son retour en Europe, d'Elbée est accompagné par un ambassadeur, Maltéo Lopez, cal)éeêre, qui fut i-cçu ^ Versailles, le 16 décembre 1670, en audience solennelle.

Xotre commerce était alors représenté par la Compagnie des Indes occidentales, qui avait été créée par un édit de Louis XIII, du 31 octobre 1626. Elle dura jusqu'à la fin du xviii' siècle, fut remplacée par la Compagnie du Sénégal et, l»lus tard, par les maisons Régis et Fabre, de Marseille.

Au nom du roi son maître, Matteo Lopez promit à la Compagnie des Indes aide et protection pour les Français, auxquels il assurait dans son pays la prééminence commerciale.

En princijie, les Français s'établirent à Savi, mais dans la suite, pour être à proximité de la mer, ils occupèrent et b&tircnt un fort à Whydah (Gléhoué).

Les Anglais et les Portugais ne vinrent que longtemps après eux sur la côte et chaque puissance y éleva également un fort.

Les trois forts étaient situés très près l'un de l'autre, à trois milles du rivage et entre deux lagunes et l'intérieur du pays.

Ces forts étaient destinés à protéger les Européens et leur commerce contre les tentatives de pillage des noirs.

Autour d'eux vinrent bientôt s'établir des indigènes attirés surtout par le trafic des esclaves que l’on échangeait contre des marcbandi.scs d'Europe.

11 en résulta que chaque fort devint le centre d’un quartier distinct appelé Salam ; les noirs qui les habitent encore aujourd'hui descendent en grande partie des anciens esclaves de chaque comptoir respectif.

Les fondations du fort français de Whydah furent jetées en 1671 parle commissaire d'Elbée sur l'oixlrc de Colbert; il fut baptisé fort royal Sainl-Louis de Grégoy.

Page 1