‹ Dahomey et dépendancesChapitre 74 sur 133 · I.E DAHOMEY · texte numérisé non relu

I.E DAHOMEY

parasols sont plats, à angle droit, en iHofTes de diverses couleurs et garnies de franges ou d'une bordure ddeoupée. Ils peuvent abriter plusieurs p3rsonncs. Seuls les chefs ont le droit de s’en servir, et malheur nu sujet qu’on trouverait muni même d'un simple parapluie.

A Porto-Novo les chefs se conti nient d'un parapluie ordinaire de couleur rouge ou verte.

Le tabouret, dont le porte-pipes est également chargé, est en bois jaune sculpté d’une seule pièce avec plusieurs pieds plus ou moins ornés de de.ssins parfois très bizarres. Ce siège portatif accomjragne le chef partout où il se rend. Ces tabourets ne se fabriquent qu’à Abomey, ceu.\ des grands cabécères ont jusqu’à un mètre de hauteur.

Langues et idiomes.

Les divers peuples de la côte de Guinée n’ayant aucune souvenance de leur passé et ne se rappelant qu’imparfaitement les principaux événements de l’époque contemporaine, il est difllcile de trouver dans leurs langues ou idiomes quelques indices pouvant conduire à la découverte de leur origine première.

CTHNOr.RArillE DES PEl'PLES DO DaIIOHET

lAîurs idiomes compnrtcnl de nombreux termes dériA'ant de raralw, ce qui indinemil il prouver que les origines des peuplades arluelles du Dahomey’ sont dues à des émigrations venues du Nonl. Ia's priiieipaux idiomes de la Côte des Esclaves sont :

Ia; nago ou yorouba qui est l'idiome le plus répandu ; c'est celui qu'il est indispensable de connaître pour voyager et pour se faire comprendre dans n'importe quelle région. Cela démontre que les indigènes du Yorouba, contrée voisine du riahoiney, se sont peu il peu mélangés aux peuples voisins.

I.C Jahomien ou fon et le gà ou langue des Popos ne sont usités que dans leurs pays respectifs. Ces deux peuplades n'nynnt jamais fusionné avec celles des environs, leur langue et leurs mœurs sont restées pures de tout mélange.

Le mot Djedji ou djege est employé aussi quelquefois pour désigner le dialecte des Fons.

lœ nngo se parle avec une intonation pleurnicheuse, mais il ulfrc moins de consonnances gutturales que les deux autres idiomes. Sa seule difTiculté est dans la prononciation des voyelles plus ou moins accentuées.

Le fon et le gA, au contraire, sont des langues gutturales très désagréables h entendre et excessivement dilEciles k bien parler pour les Européens.

Les langues parlées en Guinée sont pauvres, car le mime mot a souvient plusieurs signilications, selon qu'il est prononcé avec tel ou tel accent.

Ces langues comprennent aujourd'hui un grand nombre de mots français, anglais, portugais, qui, peu il peu dénaturés par les indigènes, font aujourd'hui partie de leur idiome.

Lorsqu'on parle ou noir d'une façon irréprochable il vous répond, sinon il ne fait aucun effort pour chercher è deviner ce qu'on avait l'intention de lui dire.

Lê Déhomey, 20

LE DAHOMEY

Chacune des trois langues se prête admirablement à toutes les exigences de la politesse et des rapports sociaux.

Aussi les nègres sont-ils d’une obséquiosité fatigante; à tout instant ils se saluent en se demandant réciproquement de leurs nouvelles.

En général, les noirs possèdent une éloquence naturelle qui ne manque pas de verve. Dans la conversation, ils ont de piquantes comparaisons, des peintures vives et imagées; ils aiment les sentences, les proverbes, les dictons. Leurs discours dénotent toujours une grande facilité et beaucoup de finesse.

Lorsqu’ils ebeminent seuls, ils ebarment les ennuis de la route par des monologues à haute voix.

Les noirs n’ont point d'écriture ; quant h leur langage, il est bref et rapide, énergique et expressif ; leur parole est toujours accompagnée de vives et fréquentes exclamations^ de gestes passionnés, d’une mimique continuelle.

Leur littérature consiste en contes amusants dans lesquels la morale est habillée en paraboles , en maximes de sagesse, en proverbes qui se distinguent par la brièveté et l’élégance et par une tournure souvent très poétique.

La monarchie au Dahomey et l’administration indigène.

Im» monarchie séculaire que nos armes victorieuses ont en partie détruite au Dahomey était d’un despotisme absolu.

I.Æ roi personnifiait tout îi la fois le pouvoir et la nation, et

ETIINOCRAPIIIE DES PEl'PEES DE DAIIOSIEY

il n’y avait d’autre régime que sa volonté. Ce régime donnait lieu à toutes sortes d'abus, carie moindre des caprices royaux était une loi devant laquelle les sujets n'avaient qu'à s'incliner.

Devant son autorité toutes les distinctions de classes s’effaçaient, et chefs, féticheurs, peuple et esclaves lui étaient entièrement soumis.

Cette idée de soumission au roi a toujours été transmise de j)cre en (ils et aucun sujet n’aurait osé discuter les règlements tyranniques dont le souverain les accablait, car le coupable aurait terminé ses jours en prison s’il n’avait été impitoyablement vendu aux négriers, comme au temps de la traite.

I.e roi régnait en dieu tout puissant, autant par la crainte que par le respect.

Le peuple était esclave en masse du roi et des autres chefs relevant tous directement du monarque. Le plus abrutissant servilisme pesait sur toutes les têtes ; dans le gouvernement du royaume, tout était livré k l'arbitraire et au bon plai.sir des puissants.

I.a propriété comme le pouvoir appartenait au roi, maître du sol et de tout ce que possédait ses sujets, et qui, par suite, seul avait des revenus.

Les sujets dépourvus de lil>erté et de faveurs n’avaient d'autre perspective que de partager le produit de leur travail ou de leur récolte avec le roi ou ses représentants, sous peine de punitions sévères.

Le Dahoméen ne pouvait devenir riche qu’autant que le roi le tolérait, et si les richesses d'un noir lui portaient ombrage il les confi.squait .sans scrupule.

En principe, tout appartenait au roi, et lorsqu’il voulait avantager l’un <le ses sujets par une donation de terrain cultivable, il ne lui cédait jamais son droit de propriété, mais seulement rusufruit.

Digitiznd by Googh

LE DAHOMEY

Au Dahomey, la royauté est héréditaire dans la famille, et s’il n’y a pas d'héritier direct et naturel, le souverain est choisi et élu parmi les princes de la famille royale.

La personne du roi est sacrée, et l'on ne se présente devant lui que dans l'attitude la plus humble. S'il boit en public, on doit se détourner ou baisser la tète pour ne point le voir.

Les chefs sont aussi courbés sous le joug royal que le peuple, et les plus hauts dignitaires du royaume doivent respectueusement s’allonger h plat ventre devant le monarque.

Le palais du roi est une réunion de constructions formant une petite ville. On y distingue l'habitation du roi proprement dite, les magasins, le logement des serviteurs et celui des femmes.

Le roi traite en épouses, non seulement les femmes à qui il a accordé ses faveurs, mais encore les gardiennes du palais.

Le moindre regard jeté sur une femme du roi était réputé comme crime et puni comme tel. Aussi, lorsque le souverain voulait SC débarrasser d’un personnage de son entourage, il le faisait habilement provoquer par l’une de scs épouses, et, dès qu’il était compromis, il était aussitôt jeté en prison ou puni d'une forte amende, s'il avait des moyens.

De même, lorsque les rois voulaient recruter à peu de frais des soldats, ils ordonnaient parfois h un certain nombre d’amazones de quitter leur uniforme et d'aller rôder autour des cases habitées par des jeunes gens. Dès que l'un d'eux avait succombé aux charmes de sa conquête, -il se voyait peu après arreté et accusé d’attentat sur une femme du roi. Il lui fallait alors choisir entre le métier des armes et celui de figurant aux plus prochains sacrifices. Son choix, comme bien l’on pense, était rarement douteux.

Le roi gouverne avec l'aide de ses ministres et des cabécères résidant à la gore (maison commune) et appelés agori-

ETIl.NOGRArlIlE UES UEIPLES UC DAIIOSET 309

ÿ3ns. rrost|ue tous ces chefs sont parents ou alliés de la famille rovale.

A Alx)mev, les princi|>aux ministres étaient :

Iæ miniître de la guerre, exécuteur des hautes-

{.PM. dt 31. Brot.)

Falouma, — Ilaoussa, originaire de Caoo.

œuvres et grand prêtre du fétichisme ; le Gogan, chef du protocole, des bouteilles et des approvisionnements; Y Apologan, ministre de la religion ; le Méhou, chef de la maison du roi et des guerriers et aussi ministre du commerce et des affaires étrangères ; le Ligan, féticheur du serpent ; viennent ensuite,

3i0 I.E DAlIOMEr

V Ahazagan, ganlien «lu sitge «lu roi, qui l'accompagne partout où il va et lui présente la peau sur laquelle, il «léfaut de trône, il doit s’asseoir; le Ouataca, chargé d'annoncer la mort du roi ; le Sagan, chef des écuries ; le Toepo, chef du serment et des alfaircs locales, etc., etc.

Cha«|ue bourgade, chaque ville et chaque quartier important a son chef ; dans ce cas, c’est 1e plus ancien «jui est le maire «le la ville.

Les chefs ou cabécères sont les représentants directs du roi qui les nomme lui-même comme il les révoque il volonté.

Ils jouissent auprès du peuple d’un grand prestige ; ils ne frayent jamais avec lui et s’allient toujours entre eux de génération en génération.

Sans solde et leur dignité leur interdisant tout travail, ils pressurent leurs administrés et en extorquent tout ce «{u'ils peuvent, sous forme de cadeaux ou «l’amendes. Aussi, nombreux étaient les abus «le pouvoir commis au nom du roi dans la perception des impôts. Ces ressources servaient ii leur entretien et à celui «lu roi dont la cupidité était insatiable.

L’État n’ayant point de revenus, n’avait pus de budget. Pour cette raison, les fonctionnaires avaient le droit de prélever une légère rétribution sur le produit des amendes qu’ils infligeaient, mais ils avaient juste de «[uoi vivre.

Les cabécères rendent la justice à la gare pour les affaires de peu d’importance, mais leur décision se règle sur les cadeaux «jue font les parties pour faire ou non pencher en leur faveur le bon vouloir des juges. Ces derniers seuls gagnent dans les contestations, car les plaideurs s’en retournent toujours plus <m moins écorchés.

Certains délits sont jugés par le tribunal des fétiebeurs; quant nu roi, il se réservait les affaires graves et faisait conduire le coupable h la capitale pour le juger. Comme il avait

K'TiiMxiiAnm: dm PEi rtrj DC daiiomet

(Iniit de vie et de mort sur ses sujets, il en usait largement.

Iji justice, c'était la décision du roi sans aj>pel, et les plaidoiries et délibérations ne trainaient pas en longueur avec lui.

la.-s pénalités infligées aux noirs étaient la mor/ par décapitation pour les meurtriers, les adultères, les incendiaires et les voleurs ; les prisonniers de guerre étaient également mis à mort, îi moins ipails ne fussent réservés jwur l’esclavage. Venaient ensuite remjjrisonnemcnt et les amendes pour les gens aisés, les coups de cliicute (badine en rotin) pour les |H-tits délits, le fouet pour les esclaves et pour ceux qui ne pouvaient paver d'amendes.

Mais CCS peines n'etaient pas toujours rigoureusement appliquées, et, beurcusement pour beaucoup de Dahoméens, les chefs et le roi étaient souvent sensibles h l’appftt des cadeaux.

I.C fouet consistait en une lanière de cuir ; un homme était-il seulement susjwct, on le fouettait pour lui arracher quelque révélation.

.V .\goué on empalait le condamné, on le brûlait vif, on le dé-capitait, on l'assommait ou on l'étranglait suivant les conclusions d’un jugement plus que sommaire.

lajrsque le roi élève au caljécérat, il remet au titulaire des insignes distinctifs, témoignages de son autorité, et consistant, suivant le grade, en bracelets d’argent, colliers de verroterie et de corail, sabre, petUcs cornes d'argent, parasol, talraurct et pipe.

Sauf ces légers privilèges c.\térieurs destinés uniquement à leur prestige, les chefs sont aussi esclaves du roi que le dernier de leurs sujets.

A leur mort, la plupart de ces attributs devaient revenir au roi dont ils étaient la propriété, et les chefs n’avaient meme pas le droit de les emporter dans la tombe.

312 LE DAIIOMET

Dans les villes de Whydah, Godomé et Kotonou, la présence des Européens avait créé les fonctions de yévoyans ou chefs des blancs, qui avaient le pas sur les agorigans; le yévogan de Whydah commandait h ses collègues.

Les cabécères et les yévogans étaient secondés par les moces, agents de police qui, mêlés 'h la foule, remarquaient tout ce qui se passait en ville et en rendaient immédiatement compte à la gore. Ils formaient avec les moulcquea (domestiques), un réseau de surveillance complet autour des habitants. Ils veillaient à l'ordre public et il était rare qu'un crime soit commis sans que l'auteur en soit bientôt découvert.

Blancs et noirs étaient ainsi environnés d'espions qui rapportaient tout aux autorités locales.

Pour les réunions sur la place publique, on convoque le peuple en battant le gongon, petite clochette en fer dont se sert le crieur public pour réclamer l'attention.

Les particuliers sont invités par des mes.sagers spéciaux portant le bâton du chef qui convoque et appelés récadères.

Les rois du Dahomey étaient difficiles â approcher et à connaître, et un Européen ne pouvait se rendre à la capitale que sur invitation eu permission royale.

A Porto-Novo, le roi Tolfa est plus accessible aux Européens et son despotisme envers ses sujets est beaucoup plus mitigé que ne l'était celui de la cour d'Abomey.

C'est un monarque qui nous est entièrement dévoué, très conciliant, peu belliqueux et dont la principale manie est de collectionner les coiffures de tous genres et de tous pays.

Le gouvernement indigène du royaume de Porto-Novo est constitué comme celui du Dahomey, seulement les ministres du roi portent le nom de larrys. Ils l'accompagnent toujours au nombre de trois ou quatre et meme le portent ou le roulent dans sa voiture quand il sort.

tmixir.RAriiiE dis felples de dahomet 313

L'un d'eux s'ap|)olIe !e roi de la nuit, il remplace-le roi après le coucher du soleil et règne en son nom juscpi'h l'aube. C'est un simple chef de police, dont la mission est uniquement de veiller a 1a tranquillité de la ville.

.\ Porto-Novo, comme dans les autres contrées de notre colonie, la propriété privée est depuis longtemps reconnue et considérée comme définitivement acquise par les occupants ou tes exploitants. Il n'y avait que le Dahomey qui faisait exception è la la'-gle, mais on y a mis bon ordre.

Obligations imposées aux Etiropéens par les autorités dahoméennes.

Chaque soir, au coucher du soleil, les négociants des factoreries devaient quitter leurs établissements de la plage pour rentrer dans les villes, situées comme Whydah et Godomé a 3 ou 4 kilomètres du rivage; il leur était formellement interdit de coucher dans les factoreries.

Cet usage devait dater de l'époque de la traite des noirs, lorque les autorités indigènes voulaient laisser ignorer aux Européens les embarquements de nuit des esclaves. C'était

LE DAIIOJIEr

aussi une façon <lc bien sun ciller les Européens. Iæs factoreries étaient alors gardées nuitamment par les soldats du roi qui y établissaient un petit poste aux abords.

En guise d'inqrôts, les blancs payaient au roi des redevances en nature pour toutes les marchandises d'importation arrivées par les navires, et dont le débarquement était contrôlé par un décimëre ou douanier.

Mais ils étaient aussi soumis ii de fréquents cadeaux envers le roi et ses représentants pour arriver ô vivre en bonne harmonie avec les autorités indigènes locales. Les fonctionnaires dahoméens, qui ambitionnaient tout ce qu'ils voyaient, ne cessaient de mendier, et leur insatiabilité augmentait toujours en raison directe des cadeaux dont on les comblait.

Les Européens entraient librement au Dahomey, mais ils ne pouvaient en sortir ni quitter une ville qu’avec une .autorisation spéciale, car les autorités locales vous fermaient les chemins, c’est-à-dire surveillaient tous les passages. 11 fallait donc solliciter Vouverture fies chemins, au moyen de cadeaux proportionnés h l’importance du blanc, de ses marchandises et de sa suite.

lorsque la permission était accordée, le bâton de la gore, porté par un moce, accompagnait le voyageur jus<iu’a la sortie de la localité pour prévenir le décimère de laisser libre passage.

Moyennant le paiement d’une faible somme èt d’une bouteille de tafia on obtenait aus.si le droit de circuler sur tel sentier désigné à l’avance, sans pouvoir s’en écarter. Le j>asseport était une amande de palme enveloppée dans une feuille de maïs ou de bananier.

Quand les autorités voulaient frapper un négociant dans scs intérêts, quand elles voulaient le forcer à subir des conditions exorbitantes, elles lui fermaient les chemins pour le commerce et il se trouvait interdit.

ETIINOGRArilIE DES PEL'PLES DU DAIIOMET 315

Les produits du pays étaient alors détournés et n'arrivaient plus il la factorerie, le commerce avec le blanc était interdit aux noirs sous les (icines les plus sévères, et cela jusqu'à adhésion du négociant aux exigences des chefs du pays.

Pour s'établir au Dahomey et s'y livrer au négoce, les commervants devaient être autorisés et encore ils n'étaient pas libres d'acheter les produits du pays dont l'exportation n'avait pas été approuvée. 11 leur était défendu aussi de vendre certaines marchandises, de détailler la vente d'autres, ce droit étant un privilège réservé aux gens de l'endroit.

11 était surtout interdit aux négociants de vendre aux particuliers la meme étoffe que celle choisie pur le roi pour son usage personnel, et il n'était pas toujours facile de le deviner; même au cas d'infraction involontaire à ce règlement, on s'exposait à la prison et à de fortes amendes.

Quand il plaisait au roi ou sur un rapport défavorable d'un cabécère, on mettait aussi une factorerie en quarantaine par la simple apposition d'un peu de paille fétiche sur la porte; aucun noir ne venait plus servir alors à la factorerie et il en était ainsi jusqu'à ce que le roi en eût décidé autrement.

Les décimères rançonnaient sans pudeur les voyageurs à toute heure du jour et de la nuit ; de même, pour les embarcations naviguant sur la lagune ; des douaniers les hélaient à chaque instant pour réclamer de l'eau-de-vie. Le plus prudent était de céder gaiement à Icuis cupides exigences si l'on ne voulait être retardé et ennuyé. Autant de décimères rencontrés autant de bouteilles de tafia, c'était le moyen le plus pratique.

Généralement les blancs ne parlaient que par interprètes aux ebefs'indigènes, car l'interprète adoucit dans sa traduction les mots durs ou blessants de l'interlocuteur étranger.

Les indigènes seuls parlent directement aux chefs.

Sous l'administration française, ces abus ont heureusement

LE DAHOMEY

cessé et nos compatriotes jouissent au Dahomey de la quiétude la plus parfaite.

État social des noirs.

Aucun homme du peuple, malgré ses capacités ou ses protections, ne peut espérer occuper une fonction dans l’administration indigène ; soumis au despotisme dès son enfance, le Dahoméen n'aspirera jamais h améliorer sa situation et continuera toujours ù occuper le rang qui lui est assigné par sa naissance obscure.

Aussi le pouvoir est-il transmis par les classes dirigeantes de père en fils.

Entre le peuple et les chefs se place le féticheur ou prêtre ; la vie du peuple se passait entre la crainte du roi, les abus des chefs et les menaces du féticheur dans ce monde et dans l'autre.

Le sort du Dahoméen n'était pas enviable, et cependant il le subissait sans révolte.

Outre les impôts dont on l’accablait, il devait observer une foule d'interdictions plus tyranniques les unes que les autres.

Il lui était défendu, entre autres choses, de construire sa case ik son idée, d’arranger ses cheveux à sa guise, de porter aucun vêtement de couleur, ni ornement ou bijou en métal, de s’asseoir sur un siège, de porter une coilTure ou des chaussures quelconques. 11 ne pouvait sortir du pays et même de sa résidence sans autorisation ; il lui était fait défense de vendre tel ou tel produit pour l’exportation, de tel ou tel poisson sur certaines places, d’acheter la même étolfc que celle portée par le roi, quand bien même la provenance de cette étoffe aurait été differente de celle de l’étoffe royale, etc., etc...

L’arbitraire du roi et des chefs, poussé h scs dernières

tTlINncKAPIIIE DF.S PEL'PLES DE DAIIOMET 317

limites, régissnil tout h leur profit sans nul souci du bieii-^tre public.

De même, l'impêt n'êlait pas proportionné aux revenus de chacun ; les agonis du roi prélevaient fi tort et à travers une part des revenus du sol, de la pèche, du commerce et de tout ce (jue |>ossédait les sujets.

l,ps décimeres ou douaniers étaient postés aux abords des localités, k ciMé des passages fréquentés, sur le bord des chemins ou de la lagune, et même k la porte des factoreries, pour prélever la part du roi sur l'huile et les autres produits que les nègres portaient au marché ou chez les divers négociants.

Ht <[uand le roi ne trouvait pas ses revenus suffisants, il envoyait des agents spéciaux piller les biens des noirs ; les maisons des blancs cl des chefs principaux étant seules respectées.

Malgré ces vexations sans nombre, le noir vivait en apparence heureux, parce qu'il est insouciant et qu'il ignore un sort meilleur que le sien.

Digilized by Coogic

LE DAHOMEY

Le noir en lamille.

I^s trois grandes fêtes de la vie du noir sont le baptême, le mariage et la mort.

Page 1