‹ Dahomey et dépendancesChapitre 80 sur 133 · I.E DAHOMEY · texte numérisé non relu

I.E DAHOMEY

nopos SC lier aux indigènes, et ccpciulanl le négoce n’ost guère possible sans ciédil avec les noirs.

La mendicité n’exislc pas entre indigènes; elle serait du reste inutile, car le Dahoméen ignore le sentiment de la pitié, et il ne donne jamais rien sans recevoir (picUjue chose en échange. Celui qui est nécessiteux s'engage pour un certain temps comme travailleur chez les étrangers et même dans sa propre famille, pour se procurer le peu dont il a besoin pour vivre.

Un noir malade dans sa famille est soigné par le féticheur ou un empirique quelconque. On distingue le médecin des liquides qui n'ordonne que des boissons, et le médecin des solides qui prescrit des aliments. Il est inutile d’ajouter que des cérémonies de fétiche forment la base de toutes leurs ordonnances.

Lorsque le malade est chez dos étrangers, on le met tout simplement à la porte, du moment qu'il ne peut plus travailler.

Mais au contact des blancs qui leur donnent de nombreux exemples moraux, le caractère des noirs se civilise et devient peu à peu plus humain.

ETIINOORAPIIIE DES PEl'PI.ES DE DAHOMEY

Jeux, musique, chants et danses.

Le noir est très joueur; scs principaux divertissements sont :

I.e jeu lies cauris ù (rois, quatre, cinq et six coquillages que cluujue partenaire jette en même temps sur une natte, après les avoir secoués dans la main ; les cauris tombent alternativement sur la partie convexe ou plate. Suivant le nombre parié, le joueur gagne ou perd.

Le Jeu de la cheville, très dilTicile et connu au Dahomey seulement, consiste en un petit carré de bois épais et plat, percé de nombreux trous, que les adversaires bouchent avec des chevilles, après nuire réflexion.

Le Jeu des ijodcls ou de l'ayo que l’on joue sur le sol ou sur une planche longue et épaisse dans laquelle sont creusés deux rangées ilc chacune huit ii douze trous alignés deux par deux et de la grosseur du poing. La partie se joue ü deux et chaque joueur a une rangée de ces trous. Des graines fort dures servent de jetons ; les partenaires les distribuent par trois ou quatre dans les trous de leur côté; puis, chacun h son tour, sans sauter de trou, prend les jetons du vis-h-vis et les porte un h un, de gauche h droite dans les cases voisines. Celui qui rencontre dans les cases de son adversaire un ou deux jetons seulement s'en empare, et la partie continue jusqu'h ce que l'un des deux n'ait plus <lc munitions. Autour des joueurs, sc tiennent toujours des parieurs, des conseillers, des spectateurs oisifs qui .suivent attentivement la partie.

Mais le nègre aime surtout les distractions bruyantes telles que la musique, le chant et la danse. Elles constituent les principales attractions de scs fêtes et sont ordinairement accompagnées de festins, de libations et de fusillades nombreuses. Faire la fête s'appelle faire tam-tam ; aussi le tam-tam est-il son

LE DAIIO.MEY

Comme le noir ne s'expatriait pas volontiers, ils eurent recoui'S il la force et ii l'achat i)our l'j’ décider.

L’e.xemple des Portugais fut hicnlôt suivi par les Hollandais, les Danois, les Anglais et les Français qui déployèrent, dans ce trafic infâme, une activité remarquable.

Pendant trois siècles, la Guinée fut ainsi dépeuplée par les négriers, qui baptisèrent du nom de Côte des Esclaves cette partie si tristement célèbre du golfe de Bénin.

Ce commerce inbumain fut cause des guerres continuelles que se firent les dilfércntes peuplades de la cote pour se procurer des prisonniers. C'était au plus fort, au plus rusé que restait la victoire, et encore trouvait-il lui-même son maître un jour ou l'autre.

Au Dahomey le roi faisait argent de tout, et, à la moindre faute d'un de ses sujets, il l'envoyait en esclavage dans l'un des forts européens de la côte d'où il était dirigé par le plus prochain navire sur le Brésil. Ses propres femmes n'en étaient pas plus exemptes que les chefs qui tombaient ainsi dans l'esclavage.

Chacune des nations voisines du Dahomey paya chaque année son tribut ù la traite.

Dans tous les etablissements de traite, des courtiers noirs marchandaient les esclaves aux négociants ; ils étaient accompagnés d'un chirugien qui leur passait une révision complète, afin d'éviter toute fraude sur la marchandise.

Le prix d'un esclave mâle était d'environ 100 francs en cauris ou en marchandises au choix; pour une femme 1a valeur était moindre.

Après l'achat les esclaves subissaient sur le corps la marc|ue ù feu du comptoir qui les recrutait.

Ils étaient ensuite enchaînés par les pîcds et jetés dans des locaux étroits et ineommoile.s, en attendant que leur nombre fut suffisant pour un embarquement.

CTIINOGRArillF; DES PELTLES DE DAHOMEY 337

Iaî jour du «li'juirl ils fiaient entassés nuitamment et par centaines dans la cale ou rcnlreponl du vaisseau négrier ; mais

Mul.tlrt'ssc de Whydah.

bientôt des maladies causées [)ar la malpropreté, la raréfaction de l'air ou la mauvaise nourriture décimaient la cargaison humaine.

Digilized by Cooglc

Ia! porl de Wlijdoh ctail le port du commerce des esclaves pour le Daliomey, qui fournissait à lui seul une moyenne de 20.000 esclaves par an, et il en était ain.si de tous les autres points de la côte.

C’est à la traite que les IClats et Colonies d'Amérique doivent en grande partie leur situation actuelle.

Au temps où la traite (lorissait, le Daliomey vivait dans l’opulence et le roi ne convoitait les biens de personne ; dès qu’elle fut abolie, la splendeur dahoméenne tomba pour ne plus se relever.

De ce jour les rois durent vivre en pressurant leurs sujets, les chefs mendièrent et le peuple dut travailler davantage pour pouvoir nourrir son souverain.

Une fois l’esclavage aboli par les nations européennes, la traite continua cependant longtemps encore ; seulement on déguisa la vente d’esclaves sous une signature de contrat portant engagement volontaire, pour une durée de cinq ans, comme travailleurs libres, pour le Congo belge ou pour la colonie portugaise de San Tbomé.

Au lieu d’cmbar(]uer les esclaves sur des voiliers, on les entassait sur, des vapeurs pour échapper plus facilement aux poursuites des croiseurs.

Ce trafic illicite ne cessa réellement que loi-sque la Havane et le Brésil ayant fermé leurs ports aux négriers, la marchandise humaine se trouva sans écoulement.

En .Vmérique, le régime imposé aux esclaves était très supportable, car ils vivaient en famille avec leurs femmes et leurs enfants, et une fois leur travail terminé ils étaient libres de dispo.ser du temps Ji leur guise.

Ils étaient enqiloyés nu défrichement du sol et aux plantations de café et de canne à sucre. Quand ils se conduisaient bien, ils étaient parfaitement traités parleurs maîtres; ce n’est

r.TllNOliRAI'lllE DES I>F.LTLKS DE DAHOMEY 339

([u'iiu début de leur exil, lorsqu'ils refusaient de travailler, que leurs surseilhmts leur indigeaient des coups de fouet.

Les noirs brésiliens revenus au Dahomey le disent bien ; ils reconnaissent qu'ils doivent il l'esclavage l'éducation chrétienne et la position honorable qu'ils possèdent et qu'ils n'auraient pas acquises si leurs parents avaient continue il vivre dans leur pays d'origine.

Ces noirs forment actuellement une bonne partie de la population civilisée de notre colonie du Dénin, où ils exercent les professions d'employés, de négociants ou de petits fonctionnaires.

Les esclaves au Dahomey.

-Vu Dahomey ainsi qu'ii Porlo-Xovo et aux Pojios, presque toutes les familles riches possèdent encore des captifs qui les aident par leur travail à augmenter leur fortune.

L'indigène, qui est plutôt alors un domestique qu'un captif, ne se plaint nullement de son sort et serait désolé d'être émancipé, comme le prescrivent les lois frunvaiscs, car sa situation n'est pas pénible.

m DAHOMEY

Son maître le considère généralement comme l’enfant de la maison; il n'est esclave que de nom, soit parce qu'il est fds d’esclave, soit parce qu’il a été acheté ou volé à des parents libres.

On est esclave aussi pour dettes, jusqu’à libération envers scs créanciers.

La vie de l’esclave est commune avec celle de son maître dont il partage souvent les repas.

11 est chargé des travaux agricoles et domestiques, du transport des fardeaux, etc...

Souvent l’esclave vit avec sa femme et ses enfants, et il faudrait qu’il eût commis une faute grave pour qu’on les sépare les uns des autres.

llicn des familles laissent à leurs esclaves une certaine, liberté d’action ; elles exigent seulement d’eux une somme déterminée de services et leur reconnaissent ensuite le droit de travailler pour leur propre compte.

Mais si l’esclave a amassé quelque chose par son travail, son maître en hérite à sa mort.

Si son maître y consent, l’esclave peut en revanche hériter de lui, po.ssédcr du bien, avoir meme des esclaves et se libérer.

L’esclave ne reçoit du maître que le logement, le vêtement et la nourriture ; ce dernier est responsable de sa conduite et de scs dettes.

Si l’esclave a un métier comme maçon, charpentier, etc., son maître peut le louer à d’autres avec son industrie.

Dans les maisons où un méfait a été commis, les esclaves sont tous rendus responsables tant que le vrai coupable ne s’est pas fait connaître ou n’a pas été dénoncé.

Une esclave qui aurait conçu un enfant de son maître jouit du privilège de ne plus être vendue, mais néanmoins elle n’aurait j>as le titre ni les prérogatives d’épouse.

ETIIXOGRAPHIE DES PEUPLES Dü DAIIO»ET 3H

Le pouvoir des parents esclaves sur leurs enfants est îi peu près nul; ce n’est <pie le maître quia autorité sur l’enfant, né d’esclaves, qui suit la condition do scs parents.

Quand un esclave meurt, on se contente de l’enfouir sans faire aucune cérémonie. Les musulmans jetaient autrefois les leurs dans la lagune ou abandonnaient simplement leur cadavre dans les cliamps. Aussi pour éviter cette infortune, beaucoup d’esclaves se convertissaient-ils, en apparence, ti l’islamisme.

La preuve que les esclaves actuels sont heureux de leur sort, c’est que malgré nos lois libérales, très connues cependant dans le pa^ s noir, aucun d’eux ne cherche à s’affranchir du joug de son maître depuis la domination française.

Aussi sera-t-il difQcile à notre civilisation de faire disparaître complètement cet antique usage qui durera longtemps encore au Dahomey et dans les pays limitrophes.

Religion.

LE FÉTiailSAIE

La religion du noir est un culte li la' fois de naïveté et de perversion, de foi jirofonde et de tromjrcrie. Elle l'absorbe entièrement et il pousse le fanatisme religieux à ses dernières limites.

LE DAHOMEY

Il n’a aucune iiléc bien définie sur l’origine du monde, tandis qu’il est imbu d’une foule de cro^ anccs et de superstitions sur l’avenir.

Ia; noir a la conviction de riminortalité de l’ame. 11 est jMîrsuadé qu’après sa mort, son être prend une forme nouvelle pour entreprendre un long voyage. Les cauris et les aliments que l’on dépose dans sa fosse .sont destinés à son entretien de route.

Il espère en des séjours délicieux où les bons vivront dans un perpétuel bien-être, avec abondance de nourriture et d’alcool, parmi des femmes aussi nombreuses que belles.

Les mauvais, au contraire, habiteront un lieu de souffrance où ils auront ù supporter la faim, la soif, le froid, les coups, maux que les noirs redoutent le plus.

Knlre les élus et les malheureux, existe un séjour intermédiaire destiné ù ceux qui n'ont mérité ni le paradis ni l’enfer.

Les prêtres du culte enseignent aux noirs que les habitants de l’autre monde peuvent correspondre avec les humains. Les morts sont dans leurs séjoui'S respectifs ce qu’ils étaient sur terre : roi ou esclave, riche ou pauvre. Les femmes et les esclaves que l’on enterrait avec les riches personnages devaient les accompagner dans le voyage et les servir comme par le passé, dès leur arrivée au séjour qu’ils avaient mérité.

I.CS noirs cmient aussi h la métempsycose ; ils se figurent qu’après un séjour plus ou moins long dans l’autre, vie, ils pourront revenir sur terre sous une autre forme.

Comme ils voient le surnaturel en tout, leur religion bizarre s’appelle le fétichisme.

Les Dahoméens admettent 1)ien un Dieu uni<|ue, créateur de toutes choses, mais ce Dieu est si au-dessus de la nature humaine, que l’homme ne peut même pas s’adresser ù lui, lui demander ce dont il a besoin, le remercier de scs bienfaits. Mais comme le créateur a délégué sa puissance au fétiche qui

imlMK-.HAPIME DES PEIPLES DE DAUOSIEr 313

rt'prvscnle pour les noirs un pouvoir tangible de la divinité, capabb-ile mettre en jeu les forces de la nature, ils ne connaissent que lui.

Alin d’éprouver la sensation plivsique de ce que lui enseigne sa religion, le noir, peu sentimental et tK‘S matérialiste, a pi-rsoiinifié toutes les idées morales ou immorales par des idoles et des objets ap[>arents. Pour ce qui concerne le surnaturel, la erovancc aux esprits, aux génies, aux sorcelleries, aux enchantements, aux apparitions, à la magie, etc., le féticheur s'en charge et lui joue la comédie pour toutes ces sui>erstilions.

Néanmoins, il connaît et rend hommage au vrai Dieu, mais il ne le personnifie pas et ne lui donne aucune figure.

11 SC contente d'adorer tout ce que Dieu a créé, et de toutes scs créations il en a fait des dieux .subalternes qui sont ses saints.

Il jMisséde ainsi une foule de divinités, telles que le ciel, la terre, le soleil, la lune, les étoiles, la mer, la lagune, la rivière, le tonnerre, le vent, la foudre, etc...

II rend aussi un culte ,'i tous les objets que le prêtre du fétiche lui désigne comme sacrés.

Ap rcs la croyance en Dieu, c'est le culte des esprits qui a le plus d’inllucnce sur le moral du noir, et rien ne peut l’en dissuader; sa foi est inébranlable et il naît et meurt avec elle.

Parmi les divinités qu’il adore, il en est qui .sont vouées au mal et d’auti'cs au bien. 11 ne rend hommage aux premières que dans le but de détourner de sa tête les elTcts de leur puissance malfaisante. Les idoles qui les représentent restent toujours dans la rue et ne sont jamais admises dans les cases. Les secondes, au contraire, se voient dans toutes les habitations qu’elles doivent protéger et dont elles sont les dieux lares.

Page 1