FAUNE
Dans l'esquisse géologique qui fait l'objet du § 2, nous avons montré comment il était permis de supposer que vers l'époque tertiaire le Japon était réuni à l'Amérique et à l'Asie. Cette hypothèse, que l'étude des cartes et des terrains paraît confirmer, devient encore plus probable si l'on étudie la faune du pays, qui montre des analogies frappantes avec celle des continents voisins. Comparée à la flore, la faune terrestre est d'une assez grande pauvreté; cependant on y rencontre des représentants des diverses familles du règne animal. Par contre, la faune marine est extraordinairement riche.
Plus encore que pour les mines et la flore, qui touchent de plus près à la géographie, nous nous garderons d'entrer ici dans des détails qui ne sont admissibles que dans les ouvrages spéciaux.
Il n'existe pas à proprement parler de bêtes féroces. Le tigre, le léopard, le lion, qui ne sont pas rares en Corée et dans la Sibérie orientale, manquent aux rares solitudes japonaises.
Parmi les mammifères non domestiques, il faut signaler une espèce de singe (saru), petit, à queue rudimentaire, caractérisé par la couleur rouge de la face (Macacus speciosus), remontant dans le nord jusqu'au 40° de latitude ;
Le renard (kitsune), très petit, célèbre par ses prouesses, ses mystifications, sujet d'une innombrable quantité de légendes japonaises; l'ours polaire, l'ours brun, qu'on ne trouve plus qu'exceptionnellement à Ezo.
Dans le Hondo et les îles du sud, signalons : l'ours noir (kuma), spécial au Japon ;
Le sanglier (shishi) ;
Quelques petits cerfs, peu d'antilopes ;
Des rongeurs, largement, trop largement représentés, surtout par la catégorie des rats (nezumi).
Enfin un assez grand nombre d'espèces de blaireaux, de loutres, de belettes, etc.
Parmi les mammifères domestiques nous indiquerons le cheval, encore peu répandu, excepté dans certaines provinces ; son origine est incertaine; d'après certains auteurs, il viendrait de la Corée. C'est un animal petit, laid, têtu, n'ayant en somme, comme animal de sport, que des défauts, mais résistant, sobre et très propre au travail de bât, auquel il est surtout employé. Les essais tentés pour croiser cette race avec des chevaux d'origine arabe ou hongroise ne paraissent pas avoir encore donné de bons résultats. Les chevaux sont plus particulièrement répandus à Ezo, dans le nord et le centre du Hondo et dans Kiushiu.
Nous venons d'indiquer l'incertitude qui régnait sur l'origine du cheval japonais et comment certains auteurs le font venir de Corée à une époque relativement récente (ni siècle après J.-C). L'origine même du Japon rendait cette solution difficilement acceptable, et des travaux récents viennent en effet de montrer assez clairement que le cheval est indigène. 11 est question, en effet, dans des documents authentiques datant du commencement de notre ère, de guerriers remerciant les dieux d'avoir donné le cheval au Japon , d'autres se livrant à la chasse des chevaux sauvages, etc.
Le bœuf commence à se répandre un peu. Il est d'origine étrangère et n'était utilisé, jusqu'à l'arrivée des Européens, que comme animal de trait ou de bât. Sa chair commence à servir à la nourriture de la population, surtout dans les villes, et cet usage se propage très rapidement. Les bœufs sont répandus d'une façon très peu uniforme sur le territoire ; on les trouve presque exclusivement dans la partie méridionale, c'est-à-dire dans Kiushiu, Shikoku, et dans le Hondo, à l'ouest du méridien passant par la presqu'île de Noto.
Il est à désirer que des efforts intelligents soient faits, avec ténacité, pour développer le goût de l'élevage des chevaux et des bestiaux. Les premiers manquent pour les besoins de l'armée et pourraient devenir une source de bien-être et peut-être de richesse pour le Japon.
On a tenté aussi à plusieurs reprises, mais sans succès, l'élevage du mouton ; ce résultat est dû, paraît-il, à la présence dans les prairies japonaises, dans les Hara, d'une espèce de bambou nain f dont les feuilles, dures et tranchantes, en provoquant d'importants désordres dans les intestins des animaux, amènent la ruine des troupeaux. La solution de la question de l'élevage des moutons est
de la plus haute importance pour le pays. Le Japon reçoit toutes ses laines de l'Australie, et, pour remédier à cet état de choses, les propositions les plus diverses ont été faites au gouvernement. Un des projets les plus sages consistait à transformer certaines rizières en prairies naturelles ou artificielles. 11 semble en effet que, du moins pour quelques années, ces terrains, régulièrement et profondément travaillés, feraient de beaux pâturages.
Aucun essai sérieux n'a, pensons-nous, été encore tenté dans ce sens.
Les chèvres font complètement défaut.
Parmi les autres animaux vivant près de l'homme, on trouve encore au Japon, outre les hôtes habituels des basses-cours, le chien, le chat, l'un et l'autre d'origine étrangère, le deuxième remarquable surtout par sa queue rudimentaire et contournée.
Quant aux représentants nombreux du règne animal qui ne sont pas mammifères : reptiles, oiseaux, insectes, nous renverrons ceux que ces questions intéressent aux travaux de MM. Wallace, Blackiston, Pryer, Whitely, etc., nous bornant à dire ici que le Japon n'a qu'une espèce de serpents venimeux, le Trigonocephalus Blomhoffîi, désigné par les indigènes sous le nom de Hirakuchi ou Mamuchi.
C'est un petit serpent brun, verdàtre, inoffensif s'il n'est pas attaqué.
Pour terminer ces notes rapides, nous donnons ci-dessous quelques renseignements concernant la population chevaline et bovine du Japon comparée à celle de quelques autres puissances.