‹ Dai Nippon:Chapitre 11 sur 66 · CHAPITRE [I · texte numérisé non relu

CHAPITRE [I

Origines. — Comme toutes les histoires, celle du Japon est entourée à son origine de mystères que le temps ne semble pas devoir éclaircir. Les points suivants paraissent cependant définitivement acquis.

1° Les habitants primitifs du pays, ou du moins de la plus grande partie du Hondo, étaient de même race que les Aino, refoulés maintenant dans Tîle d'Ezo.

2° Les territoires les plus voisins de la Corée avaient une population de tous points semblable à celle du continent.

3° Les îles du sud, l'archipel des Riu-Kiu, ont été une voie naturelle par laquelle, aidés des courants venant de l'équateur et des moussons, de nombreux représentants de la race malaise ont été conduits dans le Japon méridional.

4° Cette dernière race, fortement mélangée à celle du continent voisin, semble avoir peu à peu dominé, puis absorbé, mais en prenant leur langue, les peuplades méridionales. Au contraire, la robuste population des Aino, luttant pied à pied, mais toujours refoulée, s'est retirée, décimée, vers le nord, où elle semble perdre toute vitalité sous le régime actuellement moins brutal de ses anciens adversaires, avec lesquels elle tend du reste à se fondre.

Il est donc incontestable que, sous une apparence de grande unité, le peuple japonais n'a pas plus que les autres échappé aux mélanges provenant de conquêtes, et nous pensons que l'élément chinois a contribué pour une très large part à la formation de la race japonaise actuelle. L'amour-propre des habitants du Nippon supporte difficilement cette idée; c'est cependant la plus rationnelle, beaucoup plus à coup sûr que celle qui voit dans les premiers conquérants l'une des tribus d'Israël ou les descendants d'une peuplade de l'Afghanistan. Les Japonais ont reçu du continent voisin, avec une singulière facilité, l'écriture, la religion, les arts : de là à en être sortis eux-mêmes il n'y a qu'un pas. Ce qui, dans tous les

cas, les spécialise nettement, c'est leur langue parlée, le yamato. qui indique, pour la race autochtone du Japon méridional, une souche distincte de celle des Chinois.

PREMIÈRE PÉRIODE (Jimmu-Tenno, 667 av. J.-C.*. — Yoritomo, 1684 ap. J.-C.)

D'après la légende, une même famille règne sur l'empire depuis l'origine du Japon. L'existence des premiers empereurs se confond avec celle des éléments et des astres ; le premier mikado mortel dont les annales font mention est Jimmu (667 av. J.-C.)» <!"*, d'après la tradition, était le cinquième descendant d'Isanagi-Isanami , lequel descendit du ciel sur une montagne de Kiushiu, Takachiwono-mine.

On peut considérer que l'histoire japonaise commence réellement à l'époque de Jimmu, et que celui-ci, au lieu de venir à peu près directement du firmament, était quelque aventurier ambitieux et habile, jeté peut-être sur les côtes par une tempête.

Quoi qu'il en soit, Jimmu repoussa peu à peu une partie des aborigènes vers le nord; tandis que d'autres, plus attachés au sol, y restèrent dominés par les conquérants, qui se trouvèrent former ainsi tout naturellement une classe militaire, une noblesse. C'est l'histoire de toutes les conquêtes, même de celle de l'Angleterre par les Normands, à une époque relativement récente. Il est probable que le paysan japonais, dont la physionomie diffère si profondément, comme expression et comme traits, de celle des représentants de la classe élevée, des kuge, descend directement de la population autochtone.

Autant qu'il est possible de démêler la vérité dans les annales confuses de cette première époque, on peut admettre que Jimmu- Tenno parvint à dominer complètement Kiushiu, Shikoku et la partie méridionale du Hondo (fig. n° I).

Un de ses descendants, Sujin (97-30 av. J.-C), s'occupa le premier du développement de l'agriculture et constitua un rudiment de marine. Il eut quelques relations avec la Corée et divisa l'empire,

1. Bien qu'officiellement adoptées par le gouvernement du Mikado, toutes les dates de l'histoire japonaise ne méritent pas une égale confiance. Il est à peu près démontré aujourd'hui que celles qui s'étendent de l'origine au vi e siècle de notre ère sont erronées. Cette période de douze cents ans environ représenterait seulement une durée de six siècles, de telle sorte que le règne de Jimmu-Tenno correspondrait à peu près au commencement de notre ère.

encore fort mal équilibré, en quatre commandements militaires, à la tête desquels il plaça un shogun.

Ses successeurs, poussés peut-être par la nécessité, continuèrent à lutter contre les habitants, et accrurent peu à peu leurs domaines, si bien que sous l'empereur Seimu (131 ap. J.-C), l'autorité des conquérants s'étendait jusqu'à une ligne sinueuse allant à peu près de l'emplacement actuel de Sendai à celui de Niigata, en suivant la crête des montagnes (fig. n° 2).

Cet état de luttes permanentes avec les barbares du Nord avait développé outre mesure le sentiment belliqueux de la nation. Une impératrice, Jingu-Kogo (200 ap. J.-C), songea à l'utiliser et entreprit contre la Corée , avec laquelle on avait eu déjà quelques relations, une campagne qui fut couronnée de succès. Cette contrée fut soumise à un tribut, d'abord payé régulièrement, puis abandonné. Les Japonais, après des siècles, ont songé à le réclamer ces dernières années : 1872, 1876, 1883.

Cette prétention tardive, juste, théoriquement du moins, a été sur le point d'amener une rupture entre les deux pays. Cependant, à la suite des événements dont Seul a été le théâtre en 1883, les Japonais ont, par un traité formel, renoncé définitivement à cet antique droit.

C'est à la suite de l'expédition de Jingu que les premières notions de langue chinoise, de musique et d'art furent introduites au Japon. Elles s'y développèrent assez rapidement. C'est aussi vers cette époque (285 ap. J.-C.) que fut apporté par un érudit coréen le livre de Confucius.

L'avènement de l'impératrice Suiko (593 ap. J.-C.) correspond à une époque très importante de l'histoire japonaise ; elle marque l'avènement d'un système gouvernemental complet et d'un remaniement administratif radical de l'empire, déjà bien assis.

Depuis Jimmu, le nombre des descendants directs ou indirects du mikado était naturellement devenu considérable : leur ensemble forma une classe spéciale, celle des kuge, tous pourvus d'emplois à la cour, et qui, issus du premier empereur, descendaient par contre-coup du soleil. Ils occupaient donc dans la nation la première place après le souverain.

Le gouvernement était purement théocratique.

Organisation militaire. — Dans les premiers âges de l'histoire du Japon, l'empereur exerçait à la fois le pouvoir civil et le pouvoir militaire. En cas de guerre, le peuple tout entier prenait les

armes, et le Fils du Ciel en était le commandant en chef. Les généraux et les soldats ne formaient pas de classe spéciale. L'empereur lui-même ou un membre de sa famille conduisait les troupes au combat. Tous les pouvoirs étaient donc condensés dans la main du souverain, dont Faction directe maintenait chacun dans le devoir.

Cependant cette organisation primitive dut être modifiée, et ultérieurement, conformément à la méthode chinoise, deux classes furent formées : la classe civile et la classe militaire. Des généraux furent nommés dès le temps de paix , ainsi que les commandants des six corps de troupes existant alors; une sorte de ministère de la guerre fut même établi.

Les forces militaires de l'empire étaient organisées avec une intelligence remarquable et suivant des principes en somme peu différents de ceux qui sont aujourd'hui en vigueur.

Les hommes valides de chaque province étaient, en effet, divisés en trois parties, Tune d'elles formant uniquement des soldats.

Le dan, gros corps de troupe ou légion, comprenait mille hommes groupés en quatre subdivisions. Il y avait une de ces subdivisions, lai, dans chaque grand district des provinces limitrophes. En cas d'expédition, des ordres étaient envoyés aux provinces que traversait la ligne d'opération ; elles mobilisaient leur classe militaire.

Chaque expédition était commandée par un shogun, général, ayant sous ses ordres des fuku-shogun et d'autres subordonnés.

L'ensemble de trois dan était commandé par un généralissime ou tai-shogun (grand shogun). Cette organisation permettait de faire face rapidement à tous les besoins, et lorsque le calme était rétabli, l'armée se désagrégeait en groupes élémentaires appelés Go, composés de cinq hommes. La force de chacun des éléments constitutifs de l'armée était donc la suivante :

1 go 5 hommes.

2 go formaient 1 kua 10 —

5 kua — 1 tai 50

2 tai — 1 rio 100 —

10 rio — 1 dan 1000 l

Cependant graduellement les empereurs se déchargèrent sur

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