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OBSERVATIONS

Les troupes de la garde sont recrutées sur tout l'empire. — Celles de l'infanterie, de la cavalerie, de de l'artillerie, du génie, du train, ainsi que celles des services auxiliaires, proviennent du recrutement régional.

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LeB régiments d'infanterie de ligne sont & trois bataillons. Ceux de la garde, à deux bataillons.

Les régiments d'artillerie sont à trois bataillons de deux batteries de six pièces chacun (deux bataillons de campagne, un de montagne).

Les régiments de cavalerie sont a quatre escadrons; à l'exception d'un escadron de la garde, Us n'existent que sur le papier.

Les bataillons du génie et du train sont à deux compagnies.

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Armement. — L'infanterie est armée du fusil Murata. C'est une arme à verrou, du calibre de 11 millimètres, qui dérive du Gras, du Beaumont et du Mauser. Elle est fabriquée à Tokyo, avec de l'acier anglais et belge. Ce fusil se comporte bien dans le tir, et donne des résultats comparables à ceux des armes de même calibre actuellement en service en Europe.

La cavalerie, armée de la carabine de même système et de même calibre, tire une cartouche spéciale, contenant moins de poudre,

Cette poudre, fabriquée dans les établissements d'Itabashi (banlieue de Tokyo) et d'Iwabana (à trois lieues au sud-est de Takazaki),

est de qualité assez médiocre et donne des résultats peu comparables entre eux.

La cavalerie est en outre armée d'un sabre recourbé, analogue à celui dont été munie notre cavalerie légère il y a quelques années.

L'artillerie de terre sera toute en bronze comprimé. Les pièces fabriquées à Ozaka ont le système de fermeture Krupp, légèrement modifié (système italien); calibre, 80 millimètres. Les pièces de campagne peuvent, à la rigueur, être traînées par quatre chevaux.

11 est probable que prochainement la proportion actuelle de l'artillerie de campagne et de celle de montagne sera renversée : car la nature du pays et l'état des routes sont peu favorables aux évolutions de l'artillerie de campagne, qui formera sans doute, par la suite, une sorte de réserve.

Tenue. — Dans ses traits généraux, la petite tenue rappelle celle des soldats allemands, et la grande tenue celle des soldats français.

Pied de guerre. — L'armée japonaise ne comprend pas encore tous les éléments qui ont été précédemment énumérés; mais lorsque la nouvelle loi d'organisation aura produit tout son effet, l'armée active, sur le pied de guerre, comptera environ 100,000 combattants.

L'armée de deuxième ligne atteindra à peu près le même effectif.

C'est, pour une puissance insulaire, une force respectable, si elle est intelligemment employée.

Quant à l'organisation des services administratifs, des convois, en un mot des services d'arrière, elle est encore à l'état embryonnaire, et l'état-major se heurte ici à des difficultés considérables, provenant de la pénurie des ressources au point de vue des moyens de transport et du mauvais état des chemins, qui interdit en bien des endroits l'emploi des voitures traînées par des chevaux.

Les transports devraient donc être en grande partie exécutés par des animaux de bât, et les ressources font défaut. Reste le transport à dos d'homme, qui était autrefois la règle, mais qui, avec une armée un peu nombreuse, ne peut pas être considéré comme une solution satisfaisante.

Aussi, le premier devoir qui s'impose au gouvernement, dans l'ordre d'idées qui nous occupe, est l'amélioration des voies de communication et l'extension du système routier existant actuellement.

11 est extrêmement difficile de donner une appréciation d'ensemble de l'armée japonaise, car elle est incomplètement formée, mal assise, et n'est pas encore sortie de la période des tâtonnements. Cependant, passant rapidement en revue chacune des catégories qui la composent actuellement, nous dirons en quelques mots et franchement notre manière de voir.

Corps d'officiers. — Bien qu'arrivés à l'épaulette par les moyens les plus divers, les officiers font à peu près tous partie de la classe des shizoku, anciennement samurai. Par tradition, par éducation, leur courage personnel est au-dessus de toute discussion.

Gomme tournure d'esprit générale, comme tendances, ils se distinguent par une grande bonne volonté, et par un désir de s'instruire plus souvent apparent que réel, qui trompe trop fréquemment leurs instructeurs nouveau venus. Ils sont plutôt curieux que travailleurs.

Leurs progrès réels sont en outre arrêtés par une forte dose de vanité, d'orgueil et de préjugés. Pour la plupart, ils travaillent sans méthode, se servant plus de leur mémoire que de leur intelligence. Ajoutons qu'ils n'ont en général que des notions incomplètes de discipline militaire, et que leur indifférence coupable ou leur faiblesse à cet égard pourrait avoir les plus graves conséquences pour l'avenir de l'armée.

Les officiers généraux sont presque tous des hommes d'origine modeste, petits samurai ayant joué un certain rôle pendant la guerre de la restauration. C'étaient alors des jeunes gens qui se distinguèrent par leur courage personnel.

Leur avancement a été indépendant de leur savoir et dû. à peu près uniquement à l'influence de leur clan. Ils se divisent actuellement en deux catégories :

1° Ceux qui cherchent à se mettre après coup à la hauteur de leur situation un peu inattendue, ou du moins à laquelle ils étaient peu préparés;

2° Ceux, malheureusement trop nombreux, qui se bornent à jouir, sans penser au lendemain, d'une situation agréable.

Il est actuellement indiscutable qu'il n'y a pas au Japon d'officier général assez rompu avec les idées militaires modernes, ayant une science et une autorité morale suffisantes pour prendre dans de bonnes conditions le commandement de l'armée japonaise en présence d'un ennemi sérieux.

L'intelligence et la bonne volonté ne remplacent pas le travail, le savoir et l'expérience.

Les officiers supérieurs ont pour la plupart une instruction militaire première un peu négligée, reçue hâtivement pendant ou au lendemain de la restauration.

Arrivés vite, jeunes encore, ils sont généralement ambitieux, travailleurs, avides de s'instruire, et fourniront plus tard d'assez bons éléments pour le commandement des grandes unités.

Quant aux officiers subalternes, ils sont généralement supérieurs a.ux catégories précédentes comme instruction générale; mais, voyant devant eux une carrière lente et limitée, ils manquent un peu de l'entrain de leurs ambitieux prédécesseurs. Ils ont de la bonne volonté et travaillent, mais avec plus de calme. Ce sont eux qui constituent le véritable noyau du futur corps d'officiers. Avançant plus lentement que leurs devanciers, ils créeront une tradition, des usages, et seront peut-être les premiers à avoir une carrière essentiellement utile à leur pays.

Troupe. — Les Japonais du peuple, les paysans, ont, à défaut d'un «sprit militaire, fort rare dans tous les pays, des qualités en quelque sorte passives, mais précieuses pour former des soldats. Ils sont extrêmement durs à la fatigue, patients, sobres, courageux, naturellement gais et insouciants, soumis; bien dirigés, ils pourraient égaler les meilleurs soldats connus. Leur apparence sous les armes ou hors du service est malheureusement peu brillante et tend à les faire mal juger. Ce défaut, sans être excusable, est facile à expliquer.

Désireux d'entrer d'emblée dans le courant des idées européennes, le gouvernement, immédiatement après la restauration, se décida, sans écouter les conseils des membres de la mission française, à adopter pour son armée, et cela sans hésitation et peutêtre sans réflexion, une tenue tout à fait semblable dans ses traits généraux à celle des soldats européens, et qui n'a par conséquent aucune analogie avec le costume habituel du peuple. Il en résulte que les soldats affublés de ces vêtements ignorent la manière de les porter, celle de les entretenir et de les ajuster; quant aux officiers et sous-officiers, qui devraient les diriger, ils manquent également de compétence; leur propre tenue en est une preuve trop évidente. De là cette apparence un peu débraillée, ces vêtements

décousus, déchirés ou malpropres, qui choquent les Européens sans étonner les officiers indigènes.

On peut donc affirmer que le soldat japonais vaut mieux que son apparence.

Ici comme ailleurs au Japon, on est allé trop vite. L'uniforme actuel est en opposition formelle avec les coutumes les plus enracinées du pays ; il faudrait donc qu'il se pliât aux usages séculaires de la nation. C'est une vérité qu'on commence à entrevoir.

Dans une guerre, l'armée ferait son devoir sans faiblesse et sans forfanterie, dans la limite de ses facultés encore mal équilibrées. Munie de bonnes armes, comparables à celles des autres puissances civilisées, elle serait pour tous un adversaire sérieux avec lequel il faudrait compter, et qui serait particulièrement redoutable dans une guerre défensive, où le manque de direction générale et d'organisation des services d'arrière serait moins sensible que dans une guerre extérieure, pour laquelle elle est encore bien loin d'être préparée.

Nous venons de dire nettement ce que nous pensions de l'armée japonaise : un peu de mal, beaucoup de bien. Mais il n'est pas inutile d'indiquer avec la même franchise un écueil qui pourrait être la perte de son corps d'officiers, qui manque encore de solidité. Cet écueil, c'est la politique.

Les factions qui divisent le monde politique au Japon divisent aussi l'armée. Depuis quelques années déjà, mais particulièrement depuis 1885, des indices certains permettent d'affirmer que le mérite seul ne préside pas à la promotion des officiers aux différents grades ou emplois. La faveur y joue un grand rôle, et celte faveur s'adresse surtout à ceux qui appartiennent aux clans des puissants du jour ou qui les flattent.

Qu'on prenne garde ! Le jour où les grades seront à ceux qui s'inclinent le plus bas, il faudra renoncer à avoir une armée, parce que celle-ci doit être nationale, que le mérite seul doit y mettre les officiers en lumière, et que le seul clan des militaires doit être leur pays tout entier.

Ce qui tend à généraliser, à accentuer cette immixtion de la politique dans les affaires de l'armée, c'est la présence à la tête de ministères qui ne touchent en rien aux choses militaires, comme l'intérieur, l'agriculture, la justice, etc., de généraux qui n'ont plus du soldat que le nom et l'uniforme, et qui vivent au milieu des intrigues.

AHMÉE 165

Pendant douze à quatorze ans, l'armée avait marché à grands pas dans la voie des progrès sérieux ; depuis quelques années, il semble, au contraire, qu'un vent d'ambition malsaine et de démoralisation souffle sur les cadres supérieurs.

C'est la ruine de l'armée naissante à courte échéance, si ses chefs ne comprennent pas qu'elle doit être l'âme de la nation et ignorer ou mépriser les luttes mesquines des Ghôshiu, Satzuma ou autres, en s'adonnant tout entière au travail, sans arrièrepensée.

§ 2. — Armée de mer.

Ce ne fut que quelques années après la restauration que le gouvernement du mikado put songer à créer une marine militaire, et, pas plus que pour l'armée de terre, il ne fut possible à cette occasion de penser à transformer les institutions existantes ou anciennes.

Le premier embryon de l'armée nationale avait été formé des hommes d'armes des daimio qui avaient fait la restauration, et les premiers éléments de marine militaire furent aussi les quelques bâtiments récemment achetés par les riches seigneurs du Sud et de l'Ouest, et que ces derniers mirent au service de l'empereur. Les équipages de ces navires provenaient d'une catégorie spéciale d'habitants des côtes ; ils avaient une situation sociale analogue à celle des samurai, ce qui cependant ne les empêchait pas de vivre pour la plupart de la dure existence des pêcheurs.

Au moyen âge, et même à l'époque de Nobunaga, de Hideyoshi et de Ieyas, les marins japonais étaient célèbres; ou bien ils parcouraient pacifiquement, pour faire du négoce, toutes les mers de l'extrême Orient, ou bien, devenus pirates, ils pillaient les bateaux marchands ou s'enrôlaient au service de seigneurs, qui les payaient pour ravager les côtes des provinces ou des territoires appartenant à des daimio ennemis.

C'est, en effet, un fait curieux à constater que, dans un pays insulaire comme le Japon, les princes, même les plus riches, n'eurent jamais, au plus fort de leurs luttes, de force navale organisée militairement et leur appartenant. Le plus souvent ils ne cherchaient à aborder leurs adversaires que par terre ; et quand ils voulaient prendre, en quelque sorte, leurs ennemis à revers en tentant un débarquement sur leurs côtes, ils engageaient dans ce but des bandes de pirates. Ceux-ci, véritables mercenaires, étaient d'ailleurs les maîtres de la mer Intérieure. Ils y formaient des as-

sociations distinctes et, par une sorte de convention tacite, s'en partageaient la domination.

Ils avaient surtout établi leurs ports de refuge, leurs repaires, dans les nombreuses îles qui se trouvent entre Shikoku et le Hondo ; des groupes importants se trouvaient en outre sur la côte septentrionale de Kiushiu, dans la province de Bungo.

Leurs jonques tenaient assez mal la mer, mais leur tactique navale était relativement très développée ; ils connaissaient et faisaient usage, pour la marche et le combat, des formations en ligne, en colonne, en échelons, etc., et savaient se ménager des réserves.

L'histoire japonaise, au point de vue spécial de son passé maritime, est encore à faire en entier. Elle serait d'un intérêt proportionné à l'importance des problèmes qu'elle permettrait sans doute de résoudre. En effet, que de points obscurs dans ce moyen âge si tourmenté! Gomment, par exemple, avec quels moyens , Jingo- Kogo, au commencement du ni siècle de notre ère, comment Hideyoshi, à la fin du xvi e , purent-ils faire passer en Corée des armées japonaises fort nombreuses, pour faire la conquête de ce pays ? On ne peut que faire des conjectures peu satisfaisantes ; et cependant ces expéditions sont historiques, et des opérations de même nature seraient à l'heure actuelle au-dessus des moyens d'action du Japon moderne.

Il faut, à défaut d'autres faits positifs, retenir ceci de ce passé de la marine de guerre japonaise : c'est qu'elle était puissante , que ces équipages étaient audacieux et très nombreux, du moins jusqu'au xvn e siècle.

A cette époque, les descendants de Ieyas fermèrent le Japon aux étrangers, et interdirent aux indigènes de construire des jonques leur permettant de faire autre chose que de la navigation côtière. Peu à peu, l'esprit d'entreprise s'évanouit; et si la population maritime se distingue encore par une certaine hardiesse, elle a complètement perdu ce désir des lointaines expéditions et des aventures risquées qui la distinguait jadis.

Recrutement. — Cependant le gouvernement, à peine installé, dut penser à donner des successeurs aux marins qui montaient la nouvelle flotte impériale. On eut recours à des engagements volontaires d'une durée de sept ans, et cette pratique s'est perpétuée jusqu'à l'époque où fut définitivement appliquée la loi de recrutement la plus récente, laquelle vise aussi bien l'armée de terre que l'armée de mer.

Jusqu'en 1883, le contingent annuel pour la marine de l'État fut fixé & trois cents volontaires ; ils étaient grassement payés, et les postulants étaient nombreux. Pour la plupart d'ailleurs, ils provenaient des régions qui alimentaient autrefois les équipages des pirates.

Parmi les anciens sous-officiers rengagés, on trouve encore de vieux serviteurs qui ont pratiqué jadis cette vie d'aventures.

En 1883, à la suite des événements dont la capitale de la Corée avait été le théâtre, les relations du Japon et de la Chine étaient devenues extrêmement tendues. Un conflit semblait imminent, et brusquement le nombre des volontaires destinés à la marine fut porté à 600, en même temps que le gouvernement cherchait à augmenter d'une façon notable sa flotte de guerre. Les rengagements étaient, du reste, autorisés sans limite d'âge.

Ce système donna d'assez bons résultats ; mais on ne disposait d'aucune troupe de réserve pour la marine, car les volontaires libérés étaient inscrits dans la deuxième réserve de l'armée de terre.

Au 1 er janvier 1883, l'effectif général des équipages de la flotte, cadres compris, ne dépassait pas 5,650 hommes, dont environ 3,400 matelots proprement dits.

C'est en définitive depuis cette époque que le Japon a compris les obligations que lui imposait sa situati on insulaire ; un simple coup d'œil jeté sur le chiffre du budget ordinaire de la marine antérieurement et postérieurement à 1883 suffira pour montrer l'importance de l'effort fait alors par le gouvernement du mikado.

1880-81. — 3,121,646 yen 1 .

1881-82. — 3,232,179 — soit une augmentation de. . 110,533.

On le voit donc, le budget fut doublé dans l'année fiscale 1883- 84, et en 1887-88 il subit un accroissement encore plus considérable, car nous le trouvons brusquement porté au chiffre de 12,000,000 de yen, soit environ de 60,000,000 de francs.

En ce qui concerne le recrutement, la loi, qui date de 1884, a radicalement modifié la composition de la flotte. Ses équipages sont en effet recrutés, comme l'armée de terre, au moyen

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