DES NOMS
Les difficultés auxquelles on se heurte dans ;la transcription des termes géographiques des pays étrangers se trouvent décuplées quand il s'agit du Japon, de la Chine, et en général des pays faisant usage de signes idéographiques. 11 n'y a pas de méthode scientifique possible; aussi chaque auteur transcrit-il à sa manière, et le principal défaut des systèmes adoptés est leur manque d'uniformité. Ce vice est surtout sensible dans les ouvrages traitant du Japon et contribue beaucoup à compliquer encore une étude déjà difficile.
A défaut de système de transcription officiel admis par le gouvernement japonais, j'ai pensé qu'il était sage d'adopter complètement celui qui a été proposé par la Romajikai (l'Association de l'alphabet romain), société déjà nombreuse qui se propose de substituer les caractères romains aux signes idéographiques et qui a été amenée par conséquent à étudier de près cette, importante question.
Le système, à peu près officiel d'ailleurs , repose sur les principes suivants :
1° Les consonnes sont prises avec leur valeur habituelle en anglais, ce qui au point de vue des usages français ne modifie que la prononciation du g, qui sera toujours dur :
ge se prononcera donc gué; j — dj (doux);
ch — tch (doux) ;
sh — ch ;
2° Les voyelles ont la valeur qui leur est attribuée en italien. Comme dans cette langue il n'y a pas de diphtongues, par exemple :
m se prononcera ou;
au — aou;
ue — oué; etc.
On se propose, au moyen de la transcription, de rendre seulement les sons, la prononciation; comme elle diffère d'un point à l'autre du territoire, c'est celle qui est usitée par la société distinguée de Tokyo qui a été adoptée.
AVANT-PROPOS ix
Noms des montagnes, cours d'eau et autres accidents
du sol.
Quand on étudie la géographie japonaise, on s'aperçoit rapidement : i° Qu'il n'y a pas d'expressions générales pour désigner les alignements montagneux, les chaînes et les cours d'eau;
2° Qu'on trouve fréquemment, aux points les plus rapprochés comme aux plus éloignés les uns des autres, des montagnes, des rivières, des caps et des villes portant les mêmes noms :
Oyama Grande montagne ;
Mikuni. . . . Les trois pays ; Shirakawa. La rivière blanche, etc ;
3° Que presque toujours les rivières portent des noms divers aux différents points de leur cours.
Ces trois faits sont la conséquence d'une série de causes assez complexes, parmi lesquelles les plus importantes paraissent tenir, d'abord à une organisation cérébrale particulière, par suite de laquelle, d'une façon générale, aucun travail synthétique n'a été entrepris par les Japonais; ensuite, à ce que les relations entre les anciennes provinces qui composaient l'empire étaient jadis très rares, et enfin à ce que les noms géographiques ont tous une signification propre.
J'ai tenté discrètement, en indiquant, bien entendu, les termes employés par les indigènes , de donner des noms d'ensemble là où cela paraissait logique. Pour les chaînes de montagnes, ils résulteront soit des sommets importants qui les jalonnent ; soit de leur position, et pour les fleuves, du nom que ceux -ci portent à leur embouchure.
Les Japonais désignent les différents accidents du sol, les montagnes, les caps, les rivières, etc., par un nom spécial qui permet de distinguer les uns des autres ceux du même genre. Ces noms ont une signification propre, rappelant quelquefois une caractéristique de l'accident ou sa position ; mais, inversement à ce qui se passe chez nous, ce nom est suivi de l'expression générique de l'accident du sol; par exemple :
Gawa, kawa signifiant rivière, flfeuve ; Shira — blanc ;
Yama — montagne ;
Saki, misaki — cap;
les Japonais diront el écriront :
Shirakawa, la rivière Shira ou rivière Blanche. Shirayama, la montagne Shira ou le mont Blanc. Shirasaki, le cap Shira ou le cap Blanc.
Correctement donc il faut, dans un ouvrage de géographie japonaise écrit en français, dire simplement le Shirakawa ou la rivière Shira, et
x AVANT-PROPOS
non la rivière Shirakawa, rivière et kawa ayant le même sens ; le Shirasaki ou le cap Shira, et non le cap Shirasaki.
Cependant il pourrait paraître plus convenable pour des européens d'écrire, par exemple, le cap Shirasaki, parce que, les Japonais disant toujours Shirasaki, il faut émettre ce son pour être compris d'eux, et qu'à moins de connaître le japonais, le terme saki ne disant rien à l'esprit d'un étranger, il serait bon que l'idée de cap fût d'abord rappelée.
Quoi qu'il en soit, nous nous conformerons strictement à la logique; d'ailleurs les termes- géographiques japonais, qui sont peu nombreux, commencent à être connus. Voici les plus employés :