CHAPITRE PREMIER
LE JAPON PHYSIQUE 1 § 1 er . — Généralités. — Situation. — Limites.
Quand on jette les yeux sur une carte d'ensemble de l'Asie orientale, on remarque, que le continent est séparé de l'océan Pacifique par une suite de terres émergées, immenses cordons littoraux brisés, qui limitent à Test une sorte de chapelet de mers bien définies, communiquant du nord-est au sud-ouest par une série de détroits de faible largeur relative.
Ces terres émergées, ces îles, se développent d'une manière presque ininterrompue de la presqu'île deKamtshatka à Formose, et en généralisant encore cette vue d'ensemble, on pourrait considérer au nord les îles Aléoutiennes, au sud les Philippines et Bornéo, comme une prolongation de cette espèce de bourrelet qui sépare le continent asiatique du Grand Océan.
A partir du nord, les mers ainsi limitées sont :
1° La mer de Bering;
i. Voir les cartes hors texte n<> l et n° 3.
2° La mer d'Ochotsk, bornée au nord par le continent, à Test par la presqu'île de Kamtshatka, au sud par le groupe des Chishima (Kurilles) et l'île d'Ezo, à l'ouest par l'île Saghalien ;
3° La mer du Japon, communiquant avec la précédente par le détroit de La Pérouse, entre l'île Saghalien et Ezo, et entre l'île Saghalien et le continent par le golfe Tartare. Cette mer est limitée à l'ouest par le continent et la Corée, à l'est par Ezo et l'île Hondo ; elle communique avec l'océan Pacifique par le détroit de Tsugaru, entre les îles Ezo et Hondo et avec le Tung-Hai ou mer de Chine orientale, par le détroit de Corée ou Tsushima;
4° La mer de Chine orientale (Tung-Hai), qui pénètre profondément dans le continent en y formant la mer Jaune et les golfes Lia- Tong et Petchili. Cette mer est limitée à l'est par l'île Kiushiu, la rangée des Riu-Kiu (Lu-Tshu); à l'ouest, par le continent; au sud, par Formose (Taiwan) ;
5° La mer de Chine méridionale (Nan-Hai), communiquant avec la précédente par le détroit de Pu-Kian , entre Formose et le continent. Cette mer baigne à l'ouest les côtes de la Chine, du Tonquin, de l'Annam, de la Cochinchine, de Siam et de Malakka. Elle est limitée au sud et à l'est par les îles de Sumatra, Bornéo, Palawan, Luzon et les groupes des Babuyan et des Bashi.
Les îles que nous venons d'énumérer rapidement s'étendent d'Alaska à Sumatra, du 55° de latitude nordàl'équateur, et, disposition remarquable, chacun des groupes distincts qui limite à l'est une des mers intérieures dont nous venons de parler a la forme d'un arc de cercle dont la concavité est tournée vers le continent.
Dans l'immense développement de ces îles, les groupes qui limitent du côté de l'océan Pacifique les mers d'Ochotsk, du Japon et de la Chine orientale, constituent l'empire actuel du Japon, que les indigènes désignent habituellement sous le nom de Nihon ou Nippon {ni, soleil; hon, origine : origine du soleil), ou bien encore Dai Nippon [dai, grand.)
Il est formé dans son ensemble :
1° D'une grande île à laquelle les étrangers ont donné, d'après une appellation chinoise, le nom de Hondo (Grande Terre) ou Honshiu, qui commence à être adopté par les indigènes, et, au sud, de l'île de Shikoku [shi, quatre ; koku, provinces), dont les contours généraux se lient si bien à ceux de la grande île qu'elle semble en faire partie ;
2° De l'île Kiushiu ( kiu, neuf; shiu, provinces), également bien liée aux précédentes;
3° De l'île d'Ezo (Yezo) au nord, occupant par rapport au Hondo une position presque symétrique de Kiushiu;
4° De la rangée des îles Riu-Kiu, se détachant de Kiushiu vers le sud.
5° De la rangée des Chishima (chi, mille ; shima, îles) ou Kurilles, se détachant symétriquement d'Ezo.
. Autrement dit, le Japon se compose d'une masse de quatre grandes îles, qui sont, en partant du nord, Ezo, Hondo, Shikoku, Kiushiu (sans tenir compte, bien entendu, de la multitude des petites Iles qui dépendent directement des précédentes), se développant de l'ile Saghalien (Karafuto des Japonais) à la Corée, et de deux prolongements insulaires de petite importance : au nord les Chishima, au sud les Riu-Kiu.
Cet ensemble est compris entre le 50° 56' et le 24° 6' de latitude nord, et entre les 120° 25' 45" et 154° M 45" de longitude est (méridien de Paris).
Enfin à ces possessions, formant un ensemble assez bien défini, il faut ajouter le petit groupe des Ogasawarashima (îles Bônin) par 32° 3(y de latitude N. et 140° de longitude est
§ 2. — Coup d'oeil géologique. — Relief du sol*
Nous venons d'indiquer comment, en se plaçant à un point de vue très général, on pouvait considérer l'empire japonais comme formant un bourrelet immense séparant l'Asie du grand Océan. Cette idée d'ensemble pourra paraître encore plus exacte si Ton observe que les groupes d'îles qui constituent la partie importante du Japon forment, surtout au nord, les berges des plus grandes profondeurs connues de l'Océan, tandis qu'elles ne sont séparées du continent que par des mers peu profondes.
Ce bourrelet, qui dans les Chishima (Kurilles) et dans les Riu-Kiu (Lu-Tshu) affecte, pour ainsi dire, la forme linéaire, se composant en général d'îles petites et développées surtout dans le sens même du groupe dont elles font partie, s'épaissit au contraire dans la partie comprise entre les Chishima et les Riu-Kiu pour former le Japon proprement dit, dont nous nous occuperons spécialement.
Comme nous l'avons déjà fait remarquer, cette partie du Japon se compose de quatre grandes îles : Hondo, Shikoku, Kiushiu; Ezo au nord, se distinguant par des particularités qui en font à -certains égards une partie bien distincte.
Ces îles forment un tout assez compacte ; elles dessinent un arc de cercle dont la convexité est tournée vers l'Océan.
Cette courbure est le résultat du croisement des plissements de Técorce terrestre, qui ont contribué à former le relief de ces terres.
Ceux de ces plissements qui ont impressionné le plus particulièrement le Japon sont :
Plissements. — I. Un système de plissement sud-nord 10° est. C'est lui qui forme la chaîne dominant la côte occidentale de l'île Saghalien, qui dessine la côte ouest de l'île d'Ezo et donne à la partie nord du Hondo, jusqu'au 36° de latitude, sa direction sensiblement nord-sud, surtout à l'est.
Ce plissement, le plus important par son développement, peut être considéré comme formé, dans cette partie du Hondo, d'une chaîne centrale courant du nord au sud, à peu près à égale distance entre les deux mers, finissant au nord de Tokyo par des collines sans importance, et flanqué à Test et à l'ouest de chaînes subordonnées moins nettement dessinées. Celle de l'est, brisée en trois fragments, contribue à former à son extrémité sud la presqu'île de Kadzusa. — Celle de l'ouest passe un peu à l'est du Fujisan et forme au sud la presqu'île d'Idzu.
Outre les grands alignements que nous venons d'indiquer, le Hondo, Shikoku et Kiushiu présentent de nombreuses traces de plissements parallèles, d'importance variable et qui dépendent du même système.
Parmi les chaînes qui ont été le résultat de ces plissements, nous nous bornerons à citer ici :
a. La chaîne de l'Assamayama, se prolongeant au sud jusqu'à l'Omaesaki ;
b. La chaîne du Tateyama (Hida-Shinano) , la plus haute du Japon, formant dans sa partie nord une barrière infranchissable;
c. Une double ligne de hauteurs parallèles de moindre importance, qui dessinent, du côté de la mer du Japon, la partie sud de la presqu'île de Noto, et se prolongent jusqu'au Shiwonomisaki sur l'océan Pacifique ;
d. Dans Kiushiu, la chaîne centrale, donnant à l'île sa forme générale allongée du nord au sud et se prolongeant au delà du détroit de Van-Diémen par les premières îles des Riu-Kiu (groupe du Sumishima) ;
e. Dans Shikoku, ce système de plissement a produit les deux élargissements de l'île à l'est et à l'ouest, mais plus particulièrement ce dernier, qui se prolonge dans le Hondo jusqu'au cap Neesaki et passe par les îles Oki.
II. Un système ouest-est 12° nord (système de Tawara\ remarquable surtout par la netteté avec laquelle il manifeste sa direction, depuis la presqu'île de Tawara jusqu'à l'extrémité occidentale de Shikoku et dans la partie du Hondo située au nord de cette île.
III. Un système ouest-est 37° nord (Xord-Biwa}, moins bien défini que les précédents; on retrouve cependant des traces irrécusables de son existence:
a. Sur la mer du Japon, dans l'alignement formé par l'ile Sado, le nord de la presqu'île Noto, la direction de la côte nord-ouest du Hondo depuis le 131° de longitude, direction qui se prolonge dans l'île Kiushiu et le groupe des Gotoshima;
6. Dans le Hondo au sud, et parallèlement de l'alignement précédent, dans une succession de hauteurs croisant le système nordsud, et donnant d'une manière générale sa direction à la chaîne qui limite au nord le bassin moyen du Shinanogawa.
Ce sont ces systèmes de plissement, ouest-est 12* nord, ouest-est 37° nord, qui, croisant le système sud-nord 10° ouest, donnent au Hondo et au groupe d'îles formant le Japon proprement dit sa courbure caractéristique. Us ont en quelque sorte divisé le pays, surtout dans sa partie centrale, en vastes quadrilatères entourés de mon. tagnes assez bien caractérisées.
C'est aussi aux points de croisement des chaînes produites par ces plissements, ou près de ces points, que se trouvent naturellement les sommets les plus importants. Nous reviendrons sur ces particularités quand nous étudierons le pays plus en détail.
IV. Outre les plissements dont nous venons de parler, et qui ont déterminé dans le pays de grandes lignes bien nettes, il convient d'en citer un autre dont l'importance est capitale, bien qu'il n'ait produit des effets considérables que dans une région. C'est le plissement Assama-Fuji, sud-nord 13° ouest, qui passe par les deux sommets importants que nous venons de nommer et se prolonge jusqu'aux îles Ogasawara (Bônin), par une ligne de bas-fonds jalonnée près du Hondo par les îles d'Idzu.
Il correspond dans le pays à une véritable rupture de Técorce terrestre et sépare des régions assez différentes géologiquement.
Mais, indépendamment des plissements cités précédemment, il est bien évident que beaucoup d'autres flexions de la croûte terrestre, d'importance plus ou moins grande, ont influé sur les détails de la structure du Japon. L'île d'Ezo, particulièrement, paraît avoir été plus spécialement soumise aux effets de deux plissements; l'un, sud-nord 13° ouest, est peut-être contemporain de l'alignement
Assama-Fuji, qui a le même azimut; le second, ouest-est 37° nord environ, qu'on pourrait peut-êtrenrattacher à celui que nous avons indiqué et qui donne sa direction au sud du Hondo.
Les autres ont une importance beaucoup moins grande; nous les signalerons plus tard au courant de la description géographique.
Les quelques remarques qui précèdent permettent de se rendre compte d'une manière générale de l'aspect du pays au point de vue du relief. Partout, mais plus particulièrement dans le nord du Hondo, on remarque des suites de hauteurs sensiblement dirigées dans le sens du méridien. Ces rangées sont séparées par des vallées longues, généralement bien dessinées, où coulent des rivières qui le plus souvent doivent ensuite se recourber à angle droit pour couper une chaîne et se jeter à la mer, à moins qu'un golfe ne leur permette de l'atteindre directement.
Plus au sud, les chaînes qui se croisent donnent au pays un aspect plus confus , mais cependant les vallées y sont encore d'une manière générale dirigées sensiblement du nord au sud, les cours d'eau se jetant soit dans la mer du Japon, soit dans l'Océan ou les mers intérieures qui se trouvent entre les grandes îles.
« Il n'est pas douteux que les formations géologiques du Japon ont eu une influence considérable sur sa flore et sur sa civilisation. Les Japonais sont venus du sud, et il est aisé d'imaginer qu'il leur fallut plus de temps pour traverser le centre de la contrée que pour aller de Kiushiu à Kyoto, car dans le centre les directions des montagnes sont perpendiculaires à celles de la marche. »
Volcans. — Telle est, au point de vue du relief, la caractéristique du pays ; mais ces traits généraux ont été un peu modifiés, changés, par l'importance des phénomènes volcaniques dont le Japon a été le théâtre. Les sommets les plus importants, les plus connus, sont tous des volcans. La plupart sont aujourd'hui éteints ; mais à l'époque de leur activité ils ont couvert certaines régions de roches éruptives qui ont empâté les vallées, modifié le relief primitif , créant des massifs nouveaux, des cônes gigantesques, que parfois on chercherait vainement à relier à un système orographique.
Le plus souvent, ces volcans se dressent près des points de croisement des chaînes qui résultent des plissements primordiaux . On en compte au Japon plus de cent trente, dont cinquante environ sont encore en activité, en admettant qu'on désigne ainsi ceux qui ont été en éruption à des époques historiques.
D'après M. Milne, auquel nous empruntons les renseignements
suivants, « on peut dire que d'une manière générale ils forment une longue ligne courant du nord-est au sud-ouest. Cependant une observation plus attentive semble montrer quatre directions différentes :
« 1° Nord-est, sud-ouest, allant du Kamtshatka à travers les Ghishima (Kurilles) jusqu'à Ezo;
« 2° La dorsale du Hondo ;
« 3° Nord-nord-ouest , sud-sud-est, passant par l'Assamayama, le Fujisan, les iles d'Idzu. Cette direction coupe les précédentes ;
« 4° La dorsale de Kiushiu, venant des Philippines, passant par Sakurajima et la fameuse montagne Aso, qui est le noyau de l'île.
« L'action volcanique paraît avoir été aussi grande au Japon que dans les autres parties du monde. Cependant entre 1780 et 1800 il y eut ici comme ailleurs une période d'activité tout à fait inusitée. C'est à cette époque :
« 1° Qu'une partie de la montagne Unsen fut détruite et que périrent de 23,000 à 50,000 personnes;
«2° Que beaucoup d'îles furent formées dans la mer de Satzuma;
« 3° Que Sakurajima lança une telle quantité de pierres ponces qu'il fut possible d'aller à pied sur ces débris jusqu'à 23 milles en mer;
« 4° Que l'Assama lança d'énormes blocs de pierre dont certains avaient jusqu'à 100 pieds de diamètre, et un fleuve de lave de 68 kilomètres de longueur. »
Toutefois, bien que les phénomènes volcaniques aient joué un grand rôle dans la formation du relief du pays, ils n'ont pas transformé trop sensiblement le système orographique résultant des plissements de l'écorce terrestre précédemment indiqués.
Ce qu'ils ont modifié surtout, c'est le paysage japonais. C'est à eux qu'il doit les quelques sites grandioses dont le peuple s'enorgueillit. En dehors de certains volcans de la chaîne du Tateyama, qui garde dans ses ravins des neiges éternelles, glaciers en miniature; en dehors aussi des massifs montagneux qui se trouvent entre le Tenriugawa et le Pujigawa, les montagnes sont généralement d'élévation moyenne, dépassant rarement 1,500 à 1,800 mètres. Elles sont assez accessibles et percées de nombreux passages qui s'améliorent tous les jours.
« Ce qui frappe dans le paysage japonais, c'est qu'à part les quelques exceptions que nous venons d'indiquer, les terrains, quelle que soit leur origine, ne montrent nulle part ces escarpements sau-
vages, ces gorges arides si communes en Europe dans les pays de montagnes. Les roches, désagrégées par les pluiesabondantes de l'été, les gelées de l'hiver, s'écroulent, se décomposent peu à peu. La plupart des hauteurs prennent des contours arrondis et sont partout couvertes de verdure. D'une façon générale, on peut dire que le paysage japonais est plutôt joli, pittoresque, que grandiose. »
Nous avons indiqué précédemment comment Ezo, Shikoku, Kiushiu, mais plus particulièrement ces deux dernières îles, dépendaient directement du Hondo, formant avec cette terre un tout géologique et géographique. La mer qui les sépare, la mer Intérieure (Seto-uchi, dans le détroit), n'est en somme qu'une érosion superficielle atteignant à peine 50 mètres dans ses plus grandes profondeurs; elle est parsemée de milliers d'îles qui, alignées le plus souvent suivant un des systèmes de plissement que nous avons indiqués, montrent bien l'existence de chaînes sous-marines.
Le Hondo, Shikoku et Kiushiu sont aussi à peu près reliées entre elles par des langues de terre dirigées toujours dans les mêmes directions maîtresses et ne laissant entre elles que d'étroits passages.
On remarquera que, dans les observations précédentes relatives à la formation du Japon, nous n'avons pas dit un mot des périodes géologiques auxquelles s'étaient produits les plissements dont les effets ont été cependant indiqués. C'est que le Japon n'est pas encore suffisament étudié à ce point de vue, que les études géologiques n'ont pas, à ce que nous sachions, donné encore de résultat positif, et qu'en outre le synchronisme des faits physiques qui ont créé ou modifié le Japon et de ceux qui ont agi en Europe, synchronismes basés sur la découverte de quelques fossiles, ne peut, à cause des distances, inspirer, semble-t-il, qu'une confiance médiocre. Cependant, comme la question ébauchée depuis longtemps paraît être entrée dans une voie plus positive, nous allons présenter rapidement l'hypothèse aujourd'hui généralement admise.
A la fin de l'époque tertiaire, les territoires qui sont maintenant recouverts par les mers peu profondes qui séparent le nord-est de l'Asie de la presqu'île d'Alaska étaient des terres émergées. La côte orientale s'avançait dans le Pacifique suivant une ligne sinueuse s'étendant du Kamtshatka à la Mélanésie, passant au delà des côtes orientales du Japon actuel, des Riu-Kiu, de Pormose et des Philippines. A l'est de cette ligne, comme nous l'avons dit, les profondeurs de l'Océan deviennent énormes. Sous l'action des contractions constantes du noyau intérieur, la croûte terrestre
s'est plissée de nouveau, et vers la fin de l'époque tertiaire a donné naissance, ou plutôt a augmenté l'importance des alignements montagneux existant déjà en partie depuis l'époque mézozoïque, et qui séparent maintenant la mer de Chine de l'océan Pacifique.
Une période d'affaissement succéda à l'époque précédente, causant la séparation de ces lignes de hauteurs et du continent asiatique ; la mer pénétra dans les cuvettes ainsi formées, mais n'y eut jamais que des profondeurs relativement faibles. Ainsi, à l'époque tertiaire le Japon était à la fois réuni à l'Amérique et à l'Asie, et très probablement cette union avec le continent se prolongea plus longtemps, d'une part par Ezo et Saghalien, de l'autre par la Corée, et enfin au sud avec Formose et peut-être avec la Mélanésie.
Un des faits à signaler dans la géologie japonaise est, étant donné l'étendue du pays, la rareté relative des roches mézozoïques (terrains secondaires), qui jouent un si grand rôle dans la constitution de l'Europe.
Les îles paraissent être formées d'une base granitique et surtout de schistes métamorphiques azoïques et paléozoïques, de gneiss, d'ardoises, de calcaires cristallins et de grès.
Ces formations brisées ont été recouvertes à différentes époques de masses éruptives considérables, de compositions diverses, sur lesquelles se sont déposées par endroits des couches de roches secondaires, tertiaires et quaternaires.
Les calcaires, généralement de coloration sombre, renferment quelques fossiles qu'on a pu identifier à leurs congénères de Sibérie et d'Europe ; ils indiquent pour l'époque à laquelle ils vivaient une grande dépression de température.
En résumé, les points importants à retenir sont :
i° L'ancienne communication du Japon avec les deux continents voisins;
2° Son élévation et sa séparation vers la fin de l'époque tertiaire ;
3° La prépondérance des roches cristallines primitives ou éruptives;
4° L'existence d'une période particulièrement froide après la séparation du continent.
De la prépondérance des roches cristallines imperméables résulte dans tout le Japon une grande abondance d'eaux superficielles, d'autant plus considérable que le climat est extrêmement humide et que les pluies, du moins à certaines époques, sont remarquablement fréquentes et prolongées.
Nous ajouterons que les terrains cristallins d'origine volcanique
se trouvent répartis sur tout le Japon, dans la plupart des chaînes ou hauteurs qui dépendent du système de plissement sud-nord 10° est; que les terrains sédimentaires se trouvent plus particulièrement dans Test du Hondo jusqu'au 36° de latitude, dans l'extrémité occidentale de la même île et dans Shikoku.
Enfin, les terrains cristallins d'origine non volcanique abondent spécialement dans le Hondo central.
Pour clore cet aride sujet, citons encore une fois quelques remarques de M. Milne :
« Les fossiles japonais de la période crétacée n'ont aucun rapport avec ceux de la même époque du nord de l'Amérique.
« A l'époque tertiaire, au contraire, ces rapports existent comme partout dans le monde : il y a donc eu alors des mouvements considérables de la croûte terrestre.
« Dans le tertiaire supérieur on a trouvé des débris de certains grands animaux, en particulier d'éléphants appartenant aux deux espèces stegadon et mastodon, le premier indiquant une température élevée, le dernier une température très froide.
« Si le niveau de la mer s'abaissait de 600 pieds, le Japon serait réuni au continent voisin, et il serait presque possible aux animaux des Indes de venir au Japon.
« Nous savons que lorsque des terres sont séparées seulement par des mers peu profondes, elles ont la même faune ; mais si elles sont séparées par un canal étroit, au point même de voir d'un côté à l'autre, mais profond, on trouve des deux côtés des êtres différents. — Le canal entre Bali et Lombok, qui forme ce qu'on appelle la ligne de Wallace, sépare l'un de l'autre deux territoires dont l'un contient la faune australienne et l'autre la faune asiatique.
« La ressemblance des animaux du Japon avec ceux de l'Inde indique qu'il y avait relation entre les deux pays à une époque relativement récente.
« Au contraire, il y a une différence considérable entre le Hondo et Ezo, parce qu'ils sont séparés par un canal profond. Il n'y a pas, il est vrai, autant de différence entre ces deux contrées qu'entre Java et l'Australie, mais elle est encore très nette.
« Au Japon on a le singe, l'antilope, l'ours, le faisan ; mais à Ezo on trouve un ours tout à fait différent, pas de singes, ni de faisans, ni d'antilopes.
« La ligne qui sépare Java de l'Australie est connue sous le nom de ligne de Wallace ; je proposai, il y a quelques années, de
LE JAPON PHYSIQUE il
donner à celle qui sépare le Hondo d'Ezo celui de ligne de Blackiston, parce quelle fut signalée pour la première fois par un capitaine de ce nom. Certaines publications allemandes commencent à en faire usage. »
§ 3. — Climat.
Gomme l'empire du Japon s'étend presque du cercle arctique au tropique du Cancer, il faut s'attendre à trouver des différences radicales dans le régime climatérique des provinces du nord et celui des provinces du sud. Abstraction faite du groupe de Chishima (Kurilles) et de celui de Riu-Riu, il y a encore une différence de plus de 14° entre les latitudes extrêmes de Ezo et de Kiushiu. La première par 45° 30' au niveau de Kudjda, Bucharest, Milan, Lyon, Montréal ; la seconde par 31° à peu près à la même latitude que le Caire et la Nouvelle-Orléans, et à 1° plus au sud que Ouargla.
Mais le climat des diverses parties du Japon, bien que dépendant, dans une large mesure, de leur situation géographique propre, est aussi gouverné par les conditions particulières du milieu dans lequel se trouve le pays.
Les deux causes qui exercent l'influence modificatrice la plus considérable sont, d'une part, des courants atmosphériques, les moussons, et d'autre part les courants marins ; l'influence des premiers étant de beaucoup la plus considérable.
Moussons. — En fait, ce sont les moussons qui déterminent les changements de température généraux.
En avril commencent celles du sud-ouest, et avec elles une température élevée, une humidité extrême, des pluies très abondantes. Il y a généralement au Japon, mais plus particulièrement dans les provinces centrales du Hondo, deux périodes de pluies séparées par la période la plus chaude de Tannée : lune pendant le mois de juin et le commencement de juillet, l'autre en septembre et octobre. La première est la plus importante au point de vue de la culture du riz, qui est dominante dans le pays ; elle est bénie des cultivateurs, et cependant ces pluies, tombant abondamment sur un sol généralement imperméable, creusé de vallées droites et courtes, causent trop souvent de terribles inondations.
En 1877 et 1879, par exemple, à peu près les six centièmes des rizières et des terres de culture ont été ainsi ruinées; en 1878 plus de sept centièmes, et au printemps de 1885 tout le district d'Ozaka a été ravagé.
i2 LE JAPON
A l'équinoxe d'automne, les moussons changent de direction et soufflent dès lors du nord-ouest et du nord; alors commence la saison froide et sèche.
La fin de l'automne et le commencement de l'hiver sont, au Japon, la plus belle partie de l'année ; des semaines entières s'écoulent parfois sans qu'un nuage obscurcisse le ciel.
La période des moussons du sud est, au contraire, signalée par des orages et des typhons qui ravagent souvent les côtes du Japon et rendent encore plus périlleuse la navigation, déjà difficile, de ses mers.
Courants. — D'une façon générale, sans atteindre les températures extrêmes qu'on remarque dans le continent voisin, les condi tions climatériques y sont les mêmes, mais, comme nous venons de le dire, atténuées.
Cette sorte d'adoucissement très remarquable que subit le climat est dû -surtout à l'influence du Kuroshiwo (courant noir : kuro, noir ; shiwo, courant).
« 11 correspond, par sa marche et par son action sur le climat» au Gulf-Stream de l'Atlantique du nord. Il longe de très près les côtes orientales des grandes îles, et ses eaux tièdes, qui viennent de traverser les détroits de la Malaisie et des Philippines, entraînent au-dessus d'elles un air plus doux que celui du continent voisin. La température moyenne, inférieure de 2 ou 3 degrés à celle du Gulf- Stream, varie de 23 à 27 degrés centigrades et dépasse de 6 degrés la température normale de l'eau sous ces latitudes. Pendant l'été, lorsque la mousson du sud-ouest pousse les vagues devant elle, les eaux du Courant Noir viennent frapper directement les rivages de Kiushiu, de Shikoku et les côtes méridionales de la grande île. En hiver, les vents polaires forcent les eaux à se reployer direcment vers le nord-est.
« La vitesse moyenne du fleuve marin est très inégale, suivant la direction du vent. D'après Shrenk, elle est de 55 à 75 kilomètres par jour, et sa largeur est de 75 kilomètres environ, au large de la baie de Tokyo. Les instruments de sondage reconnaissent le mouvement de ses eaux jusqu'à plus de 900 mètres de profondeur.
« Au nord, un courant polaire, l'Oyashiwo, sorti du bassin de la mer d'Ochotsk, vient à la rencontre du Courant Noir, dont une branche pénètre dans le détroit de Tsugaru. De même que dans l'Atlantique, les deux fleuves marins se divisent en bandes parai-
lèles de couleurs différentes, qui se meuvent en sens inverse à côté les unes des autres. » (Elisée Reclus.)
A l'ouest des îles japonaises, une branche du Kuroshiwo, à laquelle Shrenk a donné le nom de courant de Tsushima, du nom de l'île qu'il entoure, a un effet analogue à celui du courant oriental , mais moins accusé.
Ce courant dérivé ne porte pas, du reste, d'une manière constante ses eaux chaudes dans la mer du Japon. En hiver, sous l'action des vents du nord, la surface du moins en est refoulée et va se joindre au Kuroshiwo.
La différence d'influence des deux courants se manifeste par un écart assez sensible de la température sur les versants est et ouest du Hondo, celle des régions tournées vers la mer du Japon étant, à latitudes égales, inférieure de quelques degrés à celle des versants de la mer du Japon ; mais cette différence est loin d'être aussi marquée qu'on Ta écrit et répété ; elle disparaît d'ailleurs au nord de Tokyo.
Les tableaux qu'on trouvera à la troisième partie de ce travail permettront de se faire une idée assez exacte du climat du Japon ; ils sont extraits des rapports (1883) de l'Observatoire météorologique impérial de Tokyo, dirigé par M. Arai et organisé, il y a quelques années, par un Allemand, M. Knipping, bien connu du monde savant.
Us présentent des différences considérables, ce qui indique que les moyennes portent encore sur un trop petit nombre d'observations et que les conditions climatériques sont assez variables d'une année à l'autre. Cependant ils concordent en ce sens qu'ils montrent très nettement : la sécheresse de l'hiver, l'abondance des pluies en avril, mai et juin, en septembre et octobre, ces deux périodes étant séparées par juillet et août, qui sont relativement secs.
A Yokohama et à Tokyo, pendant les mois de novembre, décembre, janvier, février, c'est-à-dire pendant le tiers de l'année, il tombe à peine le cinquième de la quantité totale de pluie. Les quatre cinquièmes qui restent se répartissent sur les huit autres mois, et encore bien inégalement, puisque les mois de juillet et d'août sont peu pluvieux.
Ces tableaux indiquent aussi que le climat du Japon est, d'une façon générale, doux et remarquablement humide.
Tremblements de terre. — Outre les typhons, dont nous avons
déjà parlé et qui parfois bouleversent le pays pendant la période des moussons sud, il faut signaler encore, parmi ce que certains auteurs appellent, avec beaucoup d'exagération, les fléaux du pays, la fréquence des tremblements de terre. Ces commotions sont généralement anodines, mais elles ont quelquefois, comme en 1855, couvert le pays de ruines : à cette époque, plus de 100,000 habitants, dit-on, périrent à Tokyo même.
Ces tremblements de terre se développent d'habitude dans des directions assez uniformes. La fréquence même de ces phénomènes séismologiques a permis à quelques savants de rechercher, au moyen d'observations nombreuses embrassant déjà quelques années, la loi de ces perturbations.
Les derniers et importants travaux de M. Milne ont jeté un certain jour sur la question, qui cependant est encore bien loin d'être définitivement résolue.
Cependant les faits suivants paraissent, au Japon du moins, être acquis d'une manière certaine :
« 1° Presque tous les ébranlements ont leur origine dans le nord, d'où ils se propagent vers Tokyo, dépassent cette région en s'étendant vers le sud et l'ouest, jusqu'à ce qu'ils atteignent les montagnes d'Hakone (près du Fujisan), où ils s'arrêtent brusquement.
« 2° D'une façon générale , ces tremblements de terre ne se font sentir que dans la région orientale du Hondo ; la propagation des ébranlements vers l'ouest semble arrêtée par les montagnes centrales.
« 3° Les secousses sont souvent ressenties avec une intensité très variable à des points éloignés à peine de quelques centaines de mètres les uns des autres ; cette variation dépend peut-être de la nature du sous-sol. Les ébranlements seraient beaucoup moins considérables sur un sol élevé et dur.
« 4° La plupart des tremblements de terre ont leur origine dans l'Océan ou dans son voisinage. Le district le plus fréquemment ébranlé est la région basse drainée par le Tonegawa. Par contre , les régions élevées et montagneuses sont relativement peu éprouvées.
« 5° Il ne semble pas qu'il y ait relations directes entre les phénomènes séismologiques et les phénomènes volcaniques.
« 6° La région est du Japon, où les tremblements de terre paraissent se localiser, est le côté le plus rapproché des énormes profondeurs de l'océan Pacifique, profondeurs qui atteignent 4, 000 mètres à une distance relativement peu éloignée des côtes de l'archipel.
LE JAPON PEYSIQUE 15
« 7° Cette région particulièrement ébranlée est, dans le Hondo, celle où les terrains sédimentaires sont les plus répandus.
« 8° Les tremblements de terre sont surtout fréquents pendant les mois froids, d'octobre à mars, avec un maximum en janvier.
« 9° Pour chaque mois il y a coïncidence entre le maximum des tremblements de terre et le minimum de température.
« 10° On peut affirmer sans exagération qu'il y a en moyenne au moins un tremblement de terre par jour.
« 11° Les tremblements de terre paraissent être un peu plus fréquents à marée basse. Il y en a environ un dixième en plus. »
L'influence de ces tremblements de terre sur la vie, sur la nature et sur les habitudes du peuple parait peu considérable.
Cependant, beaucoup d'auteurs ont admis que l'instabilité du sol a conduit les habitants à construire des maisons légères, en bois, qui résistent bien aux secousses.
Cette opinion ne paraît pas justifiée par les faits et il semble qu'il est plus probable que cette particularité est due tout simplement à l'abondance des bois propres à la construction, à la douceur générale du climat et à la rareté de la pierre solide et facile à travailler. Cette opinion est corroborée par ce fait que dans les provinces du Japon où les tremblements de terre sont extrêmement fréquents, dans celles où ils sont rares et sans importance, et enfin là où ils n'existent pas, le système de construction est le même.
§ 4. — Productions.