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SECTION PREMIERE

ILE D'EZO

(yezo od yesso)

L'île d'Ezo, qu'on est tenté au premier abord de considérer comme une prolongation naturelle du Hondo à peu près au même titre que Kiushiu, forme cependant une terre bien distincte par ses caractères physiques généraux et par ce qu'il y reste de sa population autochtone. Le détroit de Tsugaru, de très faible largeur il est vrai, qui sépare Ezo du Hondo, est, à cause de sa profondeur et de la rapidité des courants qui en rendent la navigation pénible, une sorte de barrière, ou mieux une ligne de démarcation qui sépare deux milieux très différents même au point de vue de la flore et de la faune. D'ailleurs ce territoire est considéré par les Japonais eux-mêmes plutôt comme une colonie que comme une partie intégrante de l'empire.

§ 1 er . — Coup d'œil historique et observations générales.

Il n'est pas fait mention d'Ezo dans les histoires japonaises jusqu'à l'époque où les derniers représentants des Aino, chassés du Hondo, furent se réfugier dans cette île.

On se rappelle la fuite légendaire de Yoshitsune et comment sa mémoire est encore honorée à Ezo. Postérieurement à cette époque, l'île fut en partie conquise par Takeda Nobuhiro, dont le descendant Matsumae Yoshihiro fut, en 1604, reconnu seigneur du pays par Ieyas. C'est à Matsumae, au sud de la presqu'île extrême qui

fait face au Hondo, que résidèrent les successeurs de ce prince, qui continuèrent à régir le pays jusqu'en 1868.

Sauf une interruption entre 1820 et 1854, la portion orientale de l'ile avait été gouvernée par des officiers du shogun.

Après le renversement de la famille des Tokugawa et la médiatisation ultérieure des domaines des daimio qui en fut la conséquence, Ezo forma une branche spéciale de l'administration du nouveau gouvernement, le département de la colonisation, Kaitakushi.

Elle fit dès lors partie intégrante de l'empire ; mais la désignation précédente indique par elle-même deux choses : la première, c'est que Tîle est peuplée d'hommes d'une autre race, puisque les Japonais vont être appelés à y coloniser; et la deuxième, c'est que cette population est clairsemée.

En outre, le vieux Japon était divisé en régions ou circuits, « dô » ; on eut la pensée, peut-être pour enlever, officiellement du moins, toute trace de différence de races et d'origine , de supprimer le nom d'Ezo, qui rappelait des idées de conquête, de race écrasée, et de le remplacer par celui de Hokkaido, « circuit de la mer septentrionale ».

Dans le principe, Ezo avait été surtout recherchée du peuple japonais seulement à cause de ses pêches. De grands efforts furent tentés pour engager les paysans à aller s'y établir comme cultivateurs. Sous la direction d'Américains, à la tête desquels se trouvait le général Capron, des tentatives considérables furent faites pour exploiter les ressources de l'île et y développer l'agriculture.

Des sommes énormes ayant été ainsi englouties sans résultats appréciables, la plus grande partie de tous ces beaux projets fut abandonnée en 1881 ; le Kaitakushi fut dissous, et le Hokkaido, divisé en trois préfectures ayant comme chefs-lieux Hakodate, Sapporo, Nemuro, fut administré comme le reste de l'empire.

En 1886 on est revenu sous une autre forme au principe premier, c'est-à-dire à une administration centrale spéciale pour ce pays, lui-même tout à fait particulier et non assimilable, à bien des points de vue, au reste du Japon.

Les Aino. — La population actuelle d'Ezo se compose de Japonais venus du sud et d'Aino ou Ainu. Ceux-ci, derniers représentants d'une race probablement plus nombreuse et plus puissante autrefois, puisqu'elle occupait au commencement de notre ère la moitié septentrionale du Hondo, ne comptent plus aujourd'hui que 3,000 à 2,500 individus, dispersés sur le littoral de l'Ile.

Quelle est l'origine des Aino? A quelle race peut-on les rattacher? Malgré des discussions sans fin, aucune solution n'est encore admise par la généralité des savants.

Sans entrer dans des considérations scientifiques qui sortiraient du cadre de ces quelques notes rapides, bornons-nous à constater qu'il suffît de voir côte à côte quelques Japonais du sud et quelques Aino pour être convaincu qu'on se trouve en présence de représentants de deux races différentes. On est frappé d'abord dci la pauvreté du "système pileux des Japonais, de la rareté, du peu d'épaisseur de leurs barbes et de leurs moustaches, aux poils droits et non frisés. On est frappé d'autre part par l'abondance des cheveux, l'épaisseur, la densité de la barbe frisée des Aino, qui la portent fort longue.

Les traits du visage, le faciès diffère aussi d'une façon notable; qu'on coiffe, qu'on habille un Japonais comme un Chinois et qu'on les place côte à côte, il sera impossible de les distinguer entre eux : ils sont de même race; tandis que l'Aino sera toujours aisément reconnaissable.

Certains auteurs pensent qu'on pourrait rattacher les Aino à la race caucasique au même titre que les paysans russes de la Sibérie orientale, avec lesquels ils ont une grande ressemblance.

Quoi qu'il en soit, ce qui n'est pas douteux c'est qu'à une époque historique les Japonais conquérants ont repoussé les Aino vers le nord, et les légendes populaires reflètent l'antipathie et le mépris au vainqueur pour le vaincu. Les Aino ne seraient que les descendants d'un être issu de l'accouplement d'une femme et d'un chien.

Les Aino, chassés du Hondo, ont laissé partout dans le nord des traces nombreuses de leur séjour. D'abord les noms de beaucoup de villes et de villages n'ont aucun sens raisonnable, ce qui indique que les signes qui les désignent ne sont employés que phonétiquement, tandis que ces noms rapprochés de la langue des Aino ont le plus souvent une signification fort claire. (Lire à ce sujet les remarquables travaux de M. Chamberlain.) D'autre part, comme il arrive toujours, des unions ont mélangé vainqueurs et vaincus, et le type japonais du nord du Hondo rappelle par certains côtés celui des Aino.

Les études anthropologiques sur la race qui nous occupe ne progressent que lentement, parce que ses membres ne veulent à aucun prix permettre, sous le couvert de la science, la violation des sépultures de leurs ancêtres.

Les Aino ont le teint basané ; les cheveux très épais, à section

ovale, et coupés en ligne droite à hauteur des épaules ; la barbe longue, noire et bien fournie ; les yeux de la race caucasique. Les femmes ne tressent ni ne nattent leurs cheveux : elles les coupent à la manière des hommes et les laissent librement flotter sur les épaules. Celles qui sont mariées se peignent en bleu la lèvre supérieure et portent ainsi une moustache artificielle.

« Les vêtements sont à peu près les mêmes pour les deux sexes ; ils sont en étoffe grossière et portent généralement comme dessins des raies coupées à angle droit. En hiver, les Aino se revêtent de fourrures, surtout de 'peaux d'ours. Ils sont doux, affables, hospitaliers, mais ne paraissent avoir qu'un rudiment de religion, quelques cérémonies funèbres.

« Ils n'ont pas de système d'écriture.

« Leur langue, douce et harmonieuse, n'a aucune affinité scientifique avec le japonais.

« En somme, les Aino sont de robustes montagnards, qui aiment leurs forêts, leurs frimas et leurs vieilles coutumes. Ils s'adonnent peu à l'agriculture et vivent principalement de chasse et de pêche. »

§2. — Productions. — Commerce*

A deux époques de l'année, de nombreux passagers arrivent des provinces septentrionales du Hondo.

De février à juin, principalement sur le littoral ouest, la pêche du hareng occupe des milliers d'hommes, de femmes et d'enfants.

De juin à novembre, sur la côte orientale on récolte des algues marines.

Le poisson desséché et les algues marines font donc d'Ezo un centre commercial important.

Les fourrures, les peaux d'ours ou de renard, sont aussi des objets de négoce à signaler.

Les côtes du Hokkaido offrent de grands dangers pour la navigation. A part les ports d'Hakodate et Muroran, il existe peu de rades sûres, ce qui sera un obstacle considérable au développement ultérieur du commerce.

On dit qu'il existe dans l'île des mines nombreuses et riches; mais il en est peu qui soient exploitées, à l'exception cependant de celles de houille, dont nous avons parlé dans la première partie de cet ouvrage, et qui donnent de bons résultats, particulièrement celles de Poronai.

• Peu de pays ont des mers aussi poissonneuses que le Hokkaido ;

pendant l'hiver, la morue et le saumon abondent. En été, la truite saumonée remplit les lacs et les rivières. Les Japonais racontent que le saumon et la truite se trouvent en si grande abondance dans la rivière Ishikari que les embarcations ne peuvent avancer.

Les montagnes et les forêts d'Ezo étaient jadis peuplées d'un grand nombre d'ours, de loups et de cerfs qui, chassés à outrance, disparaissent rapidement, et avec eux les Aino, peu à peu absorbés par les Japonais. Chaque année, la race, croisée de plus en plus à chaque arrivée d'émigrants, perd de ses caractères particuliers, et les métis ne se reproduisent que difficilement.

Citons encore parmi les quadrupèdes du pays, les chevaux, qui, extrêmement nombreux, sont les seuls convoyeurs utilisés. Ils sont petits, sauvages et laids, mais extrêmement résistants.

§ 3. — Description géographique.

OROGRAPHIE

La forme générale de l'île d'Ezo est quadrangulaire; Tune des diagonales est dirigée sensiblement de l'est à l'ouest, inclinant un peu vers le sud; l'autre, à peu près perpendiculaire à la précédente, est dirigée du nord au sud 13° est.

A son extrémité occidentale l'île se prolonge par une sorte de péninsule recourbée vers le sud, irrégulière, volcanique, qui, se présentant en face du Hondo, forme le détroit de Tsugaru.

Les longitudes et latitudes extrêmes sont :

Longitude de 136° 51' est à 143° Âff est.

Latitude de 41° 2(X nord à 45° Sff nord.

La superficie totale de l'île, y compris les petits îlots adjacents, est à peu près de 5,080 lieues carrées. Elle est comparable à celle de l'Irlande.

En étudiant, dans la première partie de ce travail, les directions principales des plissements qui ont contribué à former le Japon : nous avons dit qu'on pouvait reconnaître dans Ezo trois directions: l'une sud-nord 10° est, dessinant la côte occidentale de l'île; l'autre sud-nord 13° ouest, correspondant à l'une des diagonales; la troisième est-ouest 37° sud, correspondant à la deuxième diagonale.

Plissement sud-nord 10° est. — Chaîne occidentale d'Eio*

— Les hauteurs qui en dépendent forment au nord les caps qui terminent Ezo sur le détroit de Sôya, en face l'île de Saghalien (Karafuto des Japonais); elles se prolongent ensuite au sud du Teshihogawa, dans la direction du plissement, par une crête qui court à quinze lieues environ de la côte. Le point culminant de toute cette partie est le Hiinridake, et plus au sud, au nord-est d'Ishikari, l'Ariiwayama.

Au sud d'Ishikari, l'alignement de ces montagnes se retrouve encore dans les massifs volcaniques Ichikariyama, Monbetsudake.

Les hauteurs qui, s'appuyant au massif précédent, se terminent au cap Etomo, en fermant en partie la baie d'Osamambe ou baie des Volcans, dépendent du même système.

La chaîne se trouve donc divisée en trois fragments bien distincts :

1° Nord: du Sôyamisakiau cours du Teshihogawa. A l'est cette partie est assez bien dessinée par un petit affluent du Teshihogawa, qui vient du nord;

2° Centre: du Teshihogawa à l'Ishikarigawa. Cette partie, dominée par le Hiinri, présente une grande unité; elle est très compacte et bien délimitée, à l'ouest par la mer, au nord et au sud par les deux cours d'eau qui coupent normalement l'ensemble de la chaîne, et à l'est par les cours d'eau eux-mêmes et leurs affluents ;

3° Sud : se compose en définitive du massif de Monbetsu ; il est assez bien limité, surtout à l'est, par un affluent de gauche de l'Ishikarigawa.

Plissement sud -nord 13° ouest. — Massif central d'Ezo. — Ce groupe comprend tout le massif montagneux du centre de l'île.

Les sommets les plus importants sont, à partir du nord, le Kenuburidake, à dix lieues environ au sud-est du Hiinri ; puis, sur l'alignement des deux précédents, le Teshihodake; plus au sud, rishikariyama (2,350 m.), d'où sort le fleuve qui porte le même nom, et enfin le Tokachidake, qui est le point culminant de l'île {3,500 m.); inclinant ensuite vers l'ouest, nous trouvons le Saworodake et l'Iubaridake.

À partir de ce sommet, le massif, qui était jusque-là extrêmement confus, inexploré et inhabité, prend un assez grand caractère de continuité et de simplicité : il se termine par la pointe aiguë d'Erimosaki, qui se trouve à l'extrémité méridionale de la diagonale nord-sud d'Ezo.

La partie centrale du Hokkaido, couverte de forêts impénétra-

blés, est encore peu connue; la population très clairsemée de File n'a pas encore senti la nécessité de chercher dans ces régions reculées des terrains nécessaires à son existence.

Plissement est-ouest 37° sud. — Chaîne transversale d'Eu. — Très confuse au centre, elle est assez nette à ses deux extrémités.

A l'ouest, on peut la suivre à partir du cap Shiraito, sur la mer du Japon. Le Taiheidake, le Kompo, le Shiribetsuyama, sont des massifs importants de sa partie occidentale. Elle coupe ensuite la chaîne occidentale d'Ezo au Monbetsu, et le massif central aux groupes Iubari et Saworo. Elle est ensuite fragmentée par les affluents du Tokachigawa, et on la retrouve à Test de ce bassin, dans le groupe des Akan , qui comprend le Meakandake et le Oakandake, celui-ci volcan encore fumant.

De ce point la chaîne envoie deux ramifications montagneuses, Tune au nord-est, constituant la presqu'île en forme de fer de flèche qui se termine au Shiretokosaki, l'autre vers l'est-sud-est. Son extrémité forme la pointe du Noshamisaki. Dans l'échancrure qui se trouve entre ces deux caps s'avance la première des fies Chishima (Kurilles), dont Taxe est parallèle à la presqu'île de Shiretoko.

Prolongement sud-ouest d'Ezo. — Nous avons dit qu'Ezo avait la forme générale d'un quadrilatère ayant au sud-ouest un prolongement péninsulaire se recourbant vers le sud pour venir faire face au Hondo. Ce prolongement, qui se trouve à l'ouest de la chaîne occidentale, est la partie la plus peuplée et par conséquent la mieux connue d'Ezo.

Le Monbetsudake , que nous avons placé dans la chaîne occidentale, est un centre orographique assez intéressant. Il se trouve aussi, comme nous l'avons déjà indiqué, sur la chaîne transversale, et de plus il projette vers le nord-ouest un chaînon montagneux qui forme un important promontoire se terminant au Shakutansaki. Le point culminant de ce chaînon est le Yachinaidake.

Se greffant au Taiheidake sur la chaîne transversale, un chaînon montagneux d'origine volcanique, difficile par conséquent à rattacher à un système quelconque, mais qui , dans son ensemble, est sensiblement parallèle à la chaîne centrale d'Ezo, se développe vers le sud. Ses principaux sommets sont l'Uitabudake , puis le Nigorigawadake qui sont reliés par un alignement très net de

hauteurs. Au sud du Nigoridake, le chaînon se divise en deux branches; l'une, dirigée vers le sud-ouest, se termine au cap Shiraka, en face le Tappizaki ; elle présente deux pics assez saillants, le Karasuyama et le Sengendake.

L'autre branche, dirigée vers le sud-est, se termine par la pointe aiguë d'Ezanmisaki, et plus au sud par celle moins caractérisée du Shiwokubisaki, qui fait face au cap d'Oma, dans le Hondo. C'est dans cette branche que se trouvent l'intéressant sommet volcanique du Komagadake et celui d'Ezan, dont le cratère est encore fumant.

Entre les deux chaînons dont nous venons de parler et qui divergent à partir du Nigorigawadake, se trouve la large échancrure de la côte au fond de laquelle, dans un repli subordonné, se trouve Hakodate.

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