HYDROGRAPHIE. — LOCALITÉS INTÉRESSANTES
Versant de la mer d'Ochotsk. — En partant du Sôyamisaki un nord, la côte se dirige sans sinuosités notables directement vers le sud-est. Longée de très près par d'imposantes hauteurs, elle n'est accidentée par l'embouchure d'aucun cours d'eau digne de mention jusqu'au point où, un peu au nord du 44° de latitude, elle présente le chenal par lequel le lac Saruma communique avec la mer. Sur un assez bon chemin qui longe la côte du Sôyamisaki au lac Saruma sont régulièrement échelonnés, à une distance moyenne de 20 kilomètres les uns des autres, de très pauvres villages de pêcheurs, que nous citerons seulement pour donner quelquen points de repère. Ce sont, à partir du nord, Sarubutsu, Shanui, Esashi, Chikafutomosu, Horonai, Sawaki, Monbetsu, Iubetsu, où se jette la rivière de même nom, qui vient du groupe du Tokaclii, dans le massif central.
A Test du débouché du lac Saruma, la côte se prolonge dans sa direction première, reçoit le Tokorogawa, qui sort des hauteiii'H dépendant de la chaîne transversale, et à partir de Notoronaki change de direction et de caractère. Elle décrit une courbe IreH nette, tournant sa concavité vers le nord, en s'appuyantàreHlmir la pointe du Shiretokosaki. Signalons à l'ouest de celle large échancrure le petit port d'Abashiri.
La côte orientale de la presqu'île de Shiretokosaki et le bassin du Shibetsugawa font encore partie du versant qui nous occupe.
Ce fleuve se jette dans la mer à Shibetsu; son cours est suivi
par le chemin signalé précédemment, lequel, venant du nord, franchit près de Wakkaoi le chaînon qui finit au Shiretokosaki.
Sur ce fleuve, citons la localité de Chiuwari. Au sud de l'embouchure du Shibetsu se détache de la côte une étroite langue de terre peu élevée, qui se termine par le Notsukemisaki; entre cette presqu'île et Kunashiri, la première des Chishima (Kurilles) se trouve un passage de trois lieues environ, qui est en partie ensablé et d'une navigation dangereuse.
Versant de l'océan Pacifique. — Au sud du Notsukemisaki, la côte, plate et sablonneuse, se dirige vers le sud-sud-est et reçoit le Nishibetsugawa ; au sud d'Atsushibetsu elle se redresse vers le nord-est, pour contourner la presqu'île de Nemuro, qui se termine au cap Noshapu.
Sur la côte nord de la presqu'île se trouve Nemuro, petite et triste localité de cinq cents maisons environ, chef-lieu de préfecture jusqu'en 1885, qui possède un port assez bien abrité.
A l'ouest du cap Noshapu, la côte , relativement peuplée, est d'abord accidentée et présente différentes baies, dont la principale, Atsukeshi, offre près de la ville de même nom un assez bon mouillage. On y trouve un parc d'huîtres installé par les Américains du temps du général Capron.
Citons encore, plus à l'ouest, le petit port de Kushiro, à l'embouchure du Kusurigawa, qui sort du lac Kusharo, au nord-est du groupe des Akan. Ce fleuve, de vingt-cinq lieues environ de longueur, reçoit à droite, au nord de Kushiro , un affluent qui descend du même massif.
La côte se dirige ensuite vers le sud-ouest, et décrit une large courbe concave très régulière, s'appuyant au sud à l'Erimosaki, qui termine la chaîne centrale.
Au milieu de cette courbe, à peu près à égale distance de Kushiro et du cap Erimo, se jette par deux embouchures le Tokachigawa. Celle de l'est porte le nom du fleuve, celle de l'ouest celui d'Otsugawa.
Le Tokachigawa tient par son développement l'une des premières places parmi les fleuves d'Ezo. Il prend naissance dans le massif central sur les pentes du Tokachi et se développe pendant plus de trente lieues dans une direction sensiblement nord-sud. Le fleuve reçoit à droite un affluent important, le Saworogawa, et à gauche le Nakagawa. Sur la rive droite de l'embouchure occidentale se trouve la petite ville d'Otsu.
La côte se prolonge ensuite vers le sud jusqu'au cap aigu d'Erimo, sans présenter rien de saillant. De ce point, elle remonte rectiligne et uniforme vers le nord-ouest jusqu'à Tomakomai, et reçoit de nombreux cours d eau torrentueux, mais sans importance.
Comme localités, citons, en partant du sud, le village et le petit port de Horoizumi, la petite ville plus populeuse d'Urakawa, puis, un peu à Test de Tomakomai, Iufutsu, sur la rivière de même nom. C'est entre ces deux dernières localités qu'aboutit un chemin qui réunit la côte occidentale à la côte sud en passant à l'est du Monbetsu.
La côte, sur laquelle nous citerons Shiraoi et Horobetsu, se dirige ensuite vers le sud-est jusqu'à l'Etomosaki, au delà duquel elle s'infléchit vers le nord pour former la baie des Volcans.
Au nord du cap Etomo citons, assez bien abrités, le port et la ville de Muroran, où l'on établira peut-être un port de guerre ; puis Usu, qui lui est inférieur.
Nous avons déjà dit comment la baie était entourée par une série de chaînons volcaniques d'où se détachent des sommets encore fumants qui lui ont valu son nom. Ses côtes, assez peuplées, ne présentent cependant pas d'agglomérations importantes. Osamambe, Kuroiwa, Morimura, méritent cependant une mention- C'est à Mori ou Morimura qu'aboutit la route de terre allant d'Hakodate à Sapporo, et c'est de ce même point que partent régulièrement des steamers faisant le service de Muroran.
Rien à signaler jusqu'à l'Ezanmisaki. Nous avons dit ailleurs comment entre ce cap et le Shirakamisaki se trouvait la baie dans laquelle, protégée par un repli de la côte, s'était développée la ville d'Hakodate, dont le port est excellent.
C'est la ville la plus importante d'Ezo ; elle est bâtie en fer à cheval sur le versant septentrional d'une hauteur conique terminant la langue de terre qui ferme sa rade. La ville compte aujourd'hui de 35,000 à 40,000 habitants, pour la plupart trafiquants et commerçants. On se rappelle qu'en 1868 c'est à Hakodate que s'étaient retirés et que luttèrent sous les ordres de l'amiral Enomoto les derniers partisans des Tokugawa. Au delà d'Hakodate, la côte, accidentée et pittoresque, se dirige vers le sud-ouest. Sur ses bords citons Kikonai, Shiriuchi, Fukushima.
Versant de la mer du Japon. — Du Shirakamisaki, la côte se dirige d'abord vers le sud-ouest en se creusant de manière à for-
mer une assez bonne rade, où s'est développée la ville, autrefois j prospère, de Matsumae. C'était la résidence des seigneurs qui gouvernaient autrefois la partie occidentale d'Ezo. La ville porte aujourd'hui le nom de Fukuyama. Sa population, qui sous l'ancien régime s'élevait à 20,000 habitants environ, n'en comptait plus que 14,000 en 1885. Tant qu'elle a été la résidence des seigneurs de Matsumae, c'est par là que s'écoulaient tous les produits d'Ezo; il était défendu de commercer ailleurs. Actuellement, malgré tous les efforts faits par l'administration pour conserver quelque vitalité à cette vieille ville, sa décadence paraît définitive ; cependant une route carrossable la fait communiquer avec Hakodate.
La côte prend ensuite jusqu'au Shiraitomisaki une direction générale sud-nord. Elle est montueuse, pittoresque, accidentée; au large se profile la petite Oshima, et plus au nord, très rapprochée de la côte, l'île d'Okujirishima.
Sur cette partie du littoral mentionnons la ville et le petit port d'Esashi (9,000 hab.), au pied du Sasadake, puis Kuto en face d'Okujirishima et Setana près de l'embouchure du Riibetsugawa. Ces localités ne sont que d'assez forts villages de pêcheurs.
A partir du Shiraitomisaki, la côte change de direction et s'incline vers le nord-est. Elle se creuse à l'est du Benkeisaki pour former la baie de Sutsu et y créer un assez bon mouillage.
Au delà se jette le Shiribeshigawa, qui contourne à son origine le massif volcanique de même nom.
A Iwanai, centre grandissant d'une importante exploitation de houille, la côte s'infléchit à angle droit pour contourner la péninsule montagneuse qui se termine au Shakutansaki. Elle décrit ensuite une courbe assez régulière et forme le golfe d'Ishikari, dans lequel nous citerons le petit port assez bien abrité et bien aménagé d'Otaru et la ville de même nom (10,000 hab.). Elle communique avec Sapporo, dont elle est le port et à qui elle doit en partie sa prospérité, par une excellente route doublée d'un chemin de fer qui se prolonge jusqu'aux mines de houille de Poronai, exploitées maintenant sur une large échelle.
A Ishikari (10,000 hab.) se trouve un mouillage médiocre, à l'embouchure du fleuve de ce nom.
L'Ishikarigawa est le cours d'eau le plus important d'Ezo. Son développement est à peu près de cent lieues. 11 prend naissance dans le massif central, à l'Ishikaridake, et sort de la région la moins connue, la plus sauvage de l'île. D'une façon générale, il coule d'abord de l'est à l'ouest. Se heurtant à la chaîne occidentale,
il incline au sud, puis se recourbe à angle droit pour gagner la mer.
Parmi les nombreux affluents de droite du fleuve, nous citerons seulement le plus intéressant, qui est en même temps le plus important d'entre eux : c'est le Hiinrigawa. Il sort du massif de même nom, le Hiinridake, qui fait partie de la chaîne occidentale et la longe à l'ouest jusqu'à son confluent avec l'Ishikari, à l'endroit même où celui-ci change de direction vers le sud pour longer la même ligne de hauteurs.
Les affluents de gauche du bassin supérieur sont nombreux et peu connus, mais dans la partie inférieure de son cours l'Ishikari reçoit, au point où il change de direction vers l'ouest pour gagner la mer, le Shikotsugawa. Cette rivière sort du lac du même nom au sud du Monbetsudake , le contourne et coule ensuite vers le nord. Sa vallée prolonge presque celle de l'Ishikari moyen.
La région houillère dont Poronai est le centre d'exploitation est à l'est de l'Ishikarigawa moyen, à peu près sur le parallèle de l'embouchure du fleuve.
Sur un petit affluent de gauche dont le confluent est à deux lieues en amont d'Ishikari, se trouve Sapporo (2,000 hab.). C'est la capitale du Hokkaido. Sapporo est une ville de création tout à fait récente et fut le centre de tentatives agricoles faites sous la direction des Américains, sur un pied énorme et d'ailleurs sans succès. À l'élan d'enthousiasme par lequel avaient débuté les tentatives auxquelles nous faisons allusion succéda un découragement aussi déraisonnable.
La ville est au centre d'une riche plaine d'alluvion, vierge pour ainsi dire et qui ne demande que des bras ; c'est une question de temps, mais l'avenir est certain.
Au nord d'Ishikari, la côte, longée par les hauteurs de la chaîne occidentale, se dirige sensiblement vers le nord. Elle ne présente d'ailleurs aucun point digne de mention, à l'exception de Mashike, où se trouve un bon mouillage, de Rurumope et enfin de Teshiho, à l'embouchure du fleuve de même nom.
Celui-ci vient du massif central et sort du Teshihodake ; il coule d'abord vers le nord-ouest dans une dépression qui longe la chaîne dominant la côte orientale. Il se redresse ensuite vers le nord pour longer la chaîne occidentale, fait un coude important en se heurtant au Benkenayama, puis reprend sa course vers le nord pour gagner la mer par une fissure de la barrière montagneuse qu'elle longe. Son cours est presque symétrique de celui de l'Ishikari.
Comme celui-ci, il a un affluent, mais à gauche, qui prolonge sa vallée moyenne au pied de la chaîne occidentale : c'est le Kenuburigawa,tandis qu'un petit affluent de droite, symétrique du Shikotsugawa, prolonge cette vallée moyenne au nord.
Au delà de l'embouchure du Teshiho, rien d'important à signaler si ce n'est, au large de Puruiwo, les deux îles de Riijiri, Remonjiri, et à l'ouest du Sôyamisaki le bon mouillage et la petite localité de Sôya.
On ne connaît, comme on le voit, de cette grande île d'Ezo que bien peu de chose : c'est une terre vierge et en grande partie inhabitée. Elle présente à coup sûr des ressources considérables, et il est certain qu'habilement mises en œuvre les richesses forestières du Hokkaido, par exemple, pourraient donner d'énormes profits. Le terrain déblayé, il resterait la culture, qui pourrait se développer sur une partie du pays, et l'exploitation des mines, surtout de celles de houille. Qui connaît d'ailleurs les richesses minières de cette terre, dont la superficie égale le tiers de celle de l'empire proprement dit?
Pour les Japonais, l'avenir de cette île est bien incertain. Leurs tentatives de colonisation ont peu réussi; le peuple n'aime ni le froid ni les travaux pénibles, et les neiges d'Ezo le tentent fort peu.
Qui sait donc si un jour, sous un prétexte futile, la Russie ne revendiquera pas Ezo au même titre qu'autrefois Saghalien ? Sans doute le gouvernement japonais pourrait protester et défendre Hakodate et la partie méridionale du Hokkaido ; mais il se trouverait dans de mauvaises conditions, surtout quand la ligne de Sibérie sera terminée. C'est sans doute en vue d'une éventualité de ce genre qu'il est question de renforcer de plusieurs bataillons les troupes actives à Ezo et d'y organiser solidement une milice locale.