SECTION II
ALIGNEMENT DES CHISHIMA
(ILES KUR1LLES *)
Nous avons parlé ailleurs (Résumé historique) des circonstances dans lesquelles les Chishima (mille îles) étaient passées sous la
1. Le nom japonais « mille îles » donné à cet archipel ne doit pas être pris
domination du Japon. Celui-ci, en abandonnant pour des lambeaux de terre des droits assez positifs sur la partie méridionale de Saghalien, fut obligé d'accepter un arrangement tout à son désavantage. Les deux îles les plus méridionales du groupe lui appartenaient déjà.
La rangée des Chishima, rattachée au gouvernement du Hokkaido au point de vue administratif, et dont la population fixe ne dépasse pas 500 habitants, contient un grand nombre d'îles dont beaucoup, inhabitées, ne sont occupées que temporairement par des pêcheurs.
Les habitants sédentaires qui s'y trouvent paraissent être de même race que les Aino, avec une apparence de civilisation encore plus rudimentaire. Ils sont d'ailleurs doux et inoffensifs.
Ces lies, dont quelques-unes sont extrêmement étendues en longueur, sont en général peu propres à la culture ; le climat y est excessivement rigoureux. Comme elles sont d'origine volcanique, on y trouve du soufre en grande quantité; c'est, avec le poisson, l'un des rares articles d'exportation de ces contrées.
En allant d'Ezo au Kamtshatka, ces îles, qui sont toutes des volcans, se succèdent dans l'ordre que nous allons indiquer. Elles portent d'ailleurs, comme les localités d'Ezo, des noms d'origine tout à fait étrangère au Japon et qui n'ont un certain sens que dans l'idiome des naturels.
La plupart des renseignements suivants sont empruntés & un travail de M. Milne sur les volcans du Japon.
Knnashiri, la plus méridionale des Chishima, est séparée d'Iv/o par un détroit de trois lieues de largeur.
Sa longueur est d'environ vingt-trois lieues, sa largeur de cinq.
Près de son extrémité septentrionale, le sommet le plus important est le Chachanobori, d'où s'échappent encore d'épaisses fumécn et dont l'altitude dépasse 2,000 mètres.
Plus au sud, nous remarquerons Suisaikenobori, Staranoliori, Lousoyama, Shimanobori, parmi lesquelles le sommet du Louho est encore fumant. A l'extrémité sud-ouest de l'Ile se dresse 1« Tachinousenobori.
au pied de la lettre, car il n'en contient pas plus de cinquante, dont une trentaine à peine sont dignes de mention.
L'expression de Kurille, qui dérive du russe K ooret (fumer), est beaucoup plu* exacte.
Le nom Aino pour désigner cet alignement, a le même sens et rappelle ce qui le caractérise, c'est-à-dire seize ou vingt cônes volcaniques encore en éruption.
A l'extrémité méridionale de Kunashiri se trouve le petit établissement de Tomari, avec une rade assez sûre.
Par sa situation relativement méridionale, cette grande île jouit d'un climat assez tempéré et peut se prêter à quelque culture. Tout l'intérieur est couvert de forêts.
Iturup, qui vient ensuite, est la plus grande de l'archipel. Elle est séparée de Kunashiri par le canal ou détroit de Pico ou Catherine. Sa longueur dépasse quarante-cinq lieues et sa largeur est de dix lieues environ. Elle comprend différents massifs montagneux séparés par des affaissements bien marqués. Allant du nord au sud-ouest, les groupes les plus remarquables sont :
1° L'Atsusanobori et le Moshisiyama; cette dernière montagne est un cône fumant;
2° Vers le centre, le Rebunshirinobori;
3° Au sud-ouest, le groupe que les Aino désignent sous le nom de Berritarabenobori et dont la masse est extrêmement imposante.
Il résulte des observations de M. Milne que très probablement Iturup était à l'origine un groupe de cônes volcaniques formant autant d'îles distinctes qui auraient été réunies par une élévation insensible du sol.
L'île présente plusieurs établissements permanents, notamment Furubutsu, qu'on peut considérer comme la capitale d'Iturup. On y trouve une dizaine de maisons et autant de dépôts de marchandises. C'est là que réside le gouverneur.
Citons encore Bettobey, Sukeya, Makayomi et Subetori, où se trouve une petite population fixe, qui vit exclusivement de pêche. La truite saumonée et le saumon y abondent d'une manière vraiment extraordinaire. Dans certains endroits tranquilles, ce n'est pas une exagération de dire qu'il y a autant de poisson que d'eau ; d'un seul coup de fusil il n'est pas rare d'en toucher quatre ou cinq.
Urup est une grande île séparée de la précédente par le détroit de Vriès, dont la largeur est de cinq lieues environ. La longueur de l'île approche de vingt-quatre lieues et sa largeur de six. Vue du nord-ouest, elle a l'apparence d'une masse montagneuse se terminant parfois sur la côte par de formidables falaises.
Un des sommets les plus intéressants, le long de la côte sud-est, est Atatsunobori ou pic Nobu (1,300 m.). C'est un cône volcanique, mais dont les pentes sont d'une raideur inusitée, atteignant d'un côté une inclinaison de 50° et de l'autre 49°.
Le Paiwanobori et le Kairanobori sont, au sud, les deux sommets dominants.
Bratchirnoi, ou les Deux-Frères, sont deux îles situées à huit lieues environ au nord-est d'Urup. Comme toutes celles du groupe, elles sont d'origine volcanique, mais celle du nord seule est maintenant en éruption. Son altitude peut être de 850 mètres.
Celle du sud, qui est un volcan éteint depuis longtemps, si l'on en juge d'après sa forme extérieure, ne dépasse pas 600 mètres.
Simushir, séparée d'Urup par le détroit de la Boussole , est une assez grande île de dix lieues environ de longueur sur deux de large.
Son sommet le plus important, vers le centre de l'île, est connu sous le nom de pic Prévost, que lui donna La Pérouse. Sa hauteur dépasse 1,700 mètres. A l'extrémité septentrionale de Simushir se trouve un bon abri naturel, désigné dans certaines cartes sous le nom de port Broughton; on est conduit à supposer, d'après sa forme, que c'est un ancien cratère dont les parois brisées d'un côté ont donné passage à la mer. Sa profondeur vers le centre est de 100 mètres et sur les bords de 40 environ.
L'entrée présente une largeur de moins de 200 mètres et une profondeur inférieure à 4 mètres. Il est donc accessible seulement aux petits bateaux.
Ketoy, Ushishir, Rashau, ne présentent aucun intérêt particulier; elles offrent toutes les trois des cônes fumants, dont le plus élevé se trouve dans la première de ces îles et atteint près de 1,000 mètres.
Matau et Raikoke sont des îles dont les volcans, particulièrement actifs, atteignent dans la première une altitude de plus de 1,700 mètres et 700 mètres dans la deuxième.
Shiaskotan mesure cinq lieues de longueur sur environ une lieue de large ; elle présente à ses deux extrémités, près du nord et du sud, deux volcans donnant encore d'abondantes fumées.
L'altitude du nord de l'île est d'environ 1,000 mètres, tandis que le sud atteint 900 mètres. Le centre de l'île présente un affaissement.
Ekarma est un cône volcanique irrégulier qui se trouve à deux
lieues environ au nord-ouest de Shiaskotan. Son altitude approximative est de 1,400 mètres.
Karimkotan est un îlot volcanique de 1,000 mètres environ d altitude, de trois lieues de diamètre, et situé à huit lieues environ au nord-est de Shiaskotan.
Chirinkotan, qui se trouve à dix lieues environ au nord-ouest de Shiashkotan, est actuellement le volcan le plus actif des Chishima. Il émet sans cesse d'épaisses fumées, projette souvent des pierres et quelquefois d'abondantes coulées de lave ; altitude approximative, 800 mètres.
Onekotan. — Cette île, de dix lieues environ de longueur et de deux à quatre de largeur, se trouve à trois lieues au nord-est de Karimkotan, dont elle est séparée par le détroit de Shistoi. Son extrémité méridionale, qui est la plus élevée, atteint une altitude évaluée à 1,300 mètres environ.
Asirmintar ou Shirinki, petite île à moins de quatre lieues environ au sud-ouest de Paramushir. C'est un volcan éteint dont la hauteur serait approximativement de 800 mètres.
Paramushir. — C'est une des îles les plus grandes du groupe des Chishima. Sa longueur est d'environ vingt-quatre lieues, sa largueur dépasse cinq lieues. Il résulterait d'observations récentes qu'à une époque relativement moderne, Paramushir et Shumushu devaient être réunies. L'île est très montagneuse. A son extrémité septentrionale, le mont Eleeko est encore fumant ; c'est le plus intéressant, mais non le plus élevé, car au sud s'élève le « Fuss peak», dont le cône régulier et bien formé atteindrait une altitude supérieure à 800 mètres. La partie méridionale de l'île est moins élevée.
Alaid. — A quatre lieues environ au nord-ouest de l'île précédente se trouve la petite île d'Alaid, qui présente l'apparence d'un <one isolé très régulier de près de 2,000 mètres d'altitude. La dernière éruption a eu lieu en septembre 1802.
Shumushu ou île Pervi. — C'est la plus septentrionale des Kurilles ; elle est séparée du Kamtshatka par le détroit des Kurilles, dont la largeur est de trois lieues environ, et de Paramushir au sud par le petit détroit des Kurilles, dont la largeur ne dépasse pas
3 kilomètres. Comparée aux autres îles du groupe, celle-ci est extrêmement plate et affaissée. En 1878, le nombre de ses habitants était de 231, vivant pour la plupart dans un village appelé Seleo ; ils parlaient couramment russe et connaissaient quelques mots aino.
Les autorités japonaises les ont fait transporter, en 1884, à Shikotan, petite île qui se trouve au sud de Kunashiri, de telle sorte qu'actuellement Iturup est la plus septentrionale des îles habitées en permanence dans l'archipel des Chishima.