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SECTION IV

ILES OGASAWARA

(bonin)

Les îles Ogasawara, désignées dans la plupart des cartes européennes sous le nom d'îles Bonin, sont de formation volcanique; à vol d'oiseau, elles se trouvent à 1,000 kilomètres environ des côtes du Japon, dans la direction du plissement Assamayama, Fujisan, îles d'Idzu, auxquelles elles sont reliées d'ailleurs par une chaîne sous-marine.

Ces îles furent découvertes en 1593 par le prince Sadayori, qui leur donna son nom de famille.

Antérieurement elles avaient été, dit-on, signalées par des navigateurs espagnols et hollandais.

Enfui, en 1827, l'amiral anglais Becchey s'en empara, et en 1830 le consul anglais des îles Sandwich y introduisit quelques

colons; mais vers 18601a Grande-Bretagne renonça à ses prétentions, plutôt en raison du peu d'importance de ces îlots qu'à cause des droits très positifs des Japonais.

Ces îles, situées entre le 31° et le 24° de latitude nord, jouissent d'un climat tropical plus chaud que celui des Riu-Kiu. Par leur végétation elles appartiennent à la zone torride. Le sol y est d une très grande fertilité, et Ton y cultive avec succès, outre les céréales japonaises, la canne à sucre, le bananier.

D'après Satow, la population de ces îles, en 1875, ne dépassait pas 65 habitants, comprenant des Français, des Anglais, des Américains, des Espagnols, des nègres et même des Japonais.

A la suite de quelles aventures ces éléments divers se trouvaientils réunis là?

Quoi qu'il en soit, la population est actuellement beaucoup plus considérable, comprenant plus de 700 individus, la plupart japonais. Il est question d'y créer une milice locale.

Ce petit archipel est d'ailleurs en relations régulières avec Je Japon; au point de vue administratif, il fait partie du fu (cité) de Tokyo.

Les îles Ogasawara forment trois petits groupes :

Au nord celui de Mukoshima ;

Au centre, le plus important, composé des île» Ototo, « ytutw frère »; Ani, « frère aîné », et Chichi, « père »; c'est daim atlUi dernière, Chichishima, que se trouve, sur la e<He orientale, iexcellent petit port d'Ominato (port Lloyd des Anglais et la petite ville du même nom, qui comprend la plus grande partie <l<w hahi ■ tants de l'archipel.

Le groupe le plus méridional se compose austû de troi* Huh, auxquelles les Japonais ont donné des noms analogue h ««u* <|iil précèdent, savoir : Haha, « mère »; Ane, « fille aînée, » et litiolo, «fille cadette». La première, Hahashima, ont de Iwaiicoup lu plus étendue. Son port est au nord, Kitaminato (port «lu Nord).

Il suffit de jeter un coup d'œil sur la carte et sur l'immense développement presque linéaire des îles qui constituent le Japon pour comprendre immédiatement comment, avec une pareille étendue de côtes, il serait puéril de vouloir se préparer à mettre partout le territoire à l'abri d'un débarquement possible.

Bien que préoccupé d'assurer la sécurité du territoire, le gouvernement n'a même pas songé à défendre effectivement, efficacement, les nombreuses îles qui dépendent de l'empire.

Le drapeau japonais flotte partout; c'est en temps ordinaire une précaution suffisante contre les convoitises des puissances étrangères; mais si un conflit éclatait, les petites îles, et d'une façon générale le Nouveau Japon serait, en partie du moins, à la merci d'un ennemi disposant de forces navales considérables. Il pourrait, dans les immenses dépendances de l'empire, s'établir là où il voudrait, et y rester, pensons-nous, autant qu'il serait nécessaire. Les milices locales qu'on se propose d'établir n'offriraient sans doute qu'une résistance illusoire.

En ce qui concerne le vieux Japon, la véritable patrie japonaise, les préoccupations sont plus vives et les mesures défensives qu'on se propose de prendre assez complètes.

§ 1 er . — Idée générale défensive du Japon proprement dit.

Le Vieux Japon se compose de trois grandes îles: Hondo, Kiushiu, Shikoku, séparées les unes des autres par la mer Intérieure.

L'impossibilité d'empêcher un débarquement sur la côte extérieure de l'ensemble de ces îles est manifeste. Il faudrait des fortifications partout, ce qui serait ruineux et inutile.

La vraie méthode pour empêcher l'ennemi de s'établir sur le territoire consiste à améliorer les voies de communication exis-

tantes, à en créer de nouvelles, et enfin à entourer les massifs montagneux que nous avons étudiés de routes toujours praticables, bien entretenues et bien tracées, et de voies ferrées.

Celles-ci surtout doivent jouer un rôle capital dans la défense du pays. Il faut donc que le réseau, qui est à créer presque tout entier, se compose de voies permettant à des troupes de se mouvoir rapidement, du nord au sud, sur le versant de la mer du Japon et sur celui de l'océan Pacifique, et que des voies ferrées secondaires transversales permettent de communiquer rapidement d'un versant à l'autre.

Le pays d'ailleurs se prête assez bien par sa constitution physique à l'exécution de ce plan général, qui permettrait de porter rapidement au point attaqué des forces supérieures au corps de débarquement ennemi, qui comprendrait au maximum 30,000 hommes, quelle que soit la puissance de la nation assaillante.

Mais si la solution du problème de la défense du Japon est simple, en définitive, si l'on ne considère que le Hondo, elle se complique un peu si l'on veut englober aussi dans le système défensif Shikoku et Kiushiu.

Elle consiste alors à assurer en permanence des communications faciles entre le Hondo et les deux îles méridionales et à interdire à l'ennemi aussi complètement que possible l'accès de la mer Intérieure.

Des études faites à diverses époques par des officiers européens au service japonais ont abouti à préciser certaines idées, sans cependant avoir déterminé définitivement l'adoption d'un plan.

On se rappelle, d'une part, que la mer Intérieure se trouve naturellement subdivisée en bassins assez bien délimités, et, d'autre part, qu'elle communique avec les mers ouvertes qui entourent le Japon par quatre détroits :

1° Entre le Hondo et Awaji, par celui de Izumi; 2° Entre Awaji et Shikoku, — Naruto ;

3° Entre le Hondo et Kiushiu, — Simonoseki; 4° Entre Shikoku et Kiushiu , — B ungo .

S'il était possible de fermer efficacement chacun de ces détroits, le problème serait résolu.

Le détroit d'Izumi, assez large, mais divisé en trois par deux petites îles, peut être défendu très efficacement au moyen de quelques ouvrages faciles à établir et complétés par un système de torpilles fixes et mobiles.

Le détroit de Naruto, très étroit, est d'ailleurs presque impraticable à cause des courants et des tourbillons extraordinaires qui s'y développent. En cas de nécessité cependant, de gros navires pourraient y passer; mais quelques ouvrages rendraient la tentative, sinon impossible, du moins fort périlleuse.

Le détroit de Simonoseki, également extrêmement étroit, est facile à défendre; mais pour assurer les communications avec Kiushiu, il faudrait englober le détroit dans une sorte de camp retranché, dont les ouvrages seraient répartis, au nord dans le Hondo, au sud dans Kiushiu, à l'ouest dans l'île de Hiku, qui ferme presque le détroit de ce côté.

Il sera d autant plus nécessaire de bien fortifier cette position que le détroit de Bungo, qui sépare Kiushiu de Shikoku, se présente dans de mauvaises conditions défensives.

Détroit de Bungo. — Il est trop large pour être efficacement défendu. Par cette porte l'ennemi pourra toujours pénétrer dans la mer Intérieure. De là nécessité : 1° de faire plus qu'une simple barrière à Simonoseki , et 2° de chercher à l'est, entre Shikoku et le Hondo, une ligne de défense pour limiter, s'il est possible, au Suwonada et à l'Iyonada la partie accessible à l'ennemi. C'est par le détroit de Bungo que passa, en 1864, la flotte alliée pour aller châtier le prince de Nagato à la suite de l'attentat de Simonoseki.

On se rappelle que nous avons appelé plusieurs fois l'attention sur le renflement occidental de Shikoku, qui rétrécit considérablement au nord d'Imabara la largeur de la mer Intérieure, d'ailleurs absolument semée d'îles dans cette région. En décrivant le « Setouchi», nous avons, dans cette région, signalé particulièrement trois de ces îles. En partant du Hondo , ce sont : Omishima, Hakatashima, Oshima, séparées entre elles et des grandes îles par d'étroits passages. Elles se prêtent bien à l'établissement de batteries et d'ouvrages qui pourraient barrer la mer Intérieure dans d'assez bonnes conditions.

Dans son ensemble donc, indépendamment, bien entendu, des difficultés de détail et des chances diverses d'une guerre, il est permis de dire que le problème de la mer Intérieure peut être résolu à peu près heureusement.

En effet, d'une part, communication certaine, sûre et facile entre le Hondo et Shikoku , à l'abri des barrières élevées au détroit d'Izumi, à celui de Naruto et au nord d'Imabara.

D'autre part, communication également assurée entre le Hondo et Kiushiu par le camp retranché de Simonoseki. Malheureusement on ne peut compter sur des relations certaines entre Shikoku et Kiushiu, et il en résulte une nécessité encore plus impérieuse de" développer le système des voies de communication du Hondo occidental, système qui devrait se prolonger en quelque sorte dans Kiushiu et Shikoku.

Nous reviendrons d'ailleurs sur cette question.

Telles sont, pensons-nous, les idées générales qui ont cours aujourd'hui, ou du moins qui devraient avoir cours. La défense du Japon serait ainsi par essence une défense mobile. Cependant il y a intérêt aussi à mettre à l'abri d'un coup de main certaines parties vitales de l'empire, qui sont déjà ou qui seront sans doute fortifiées.

Dans le Hondo, Tokyo, la capitale, où tous les services, l'administration, les arsenaux, ont été groupés d'une façon un peu imprudente;

Ozaka et ses fonderies de canons ;

Kobe, avec, ses docks et ses bassins, et quelques autres villes importantes comme Nagasaki, dans Kiushiu, qui possède aussi une organisation assez complète.

Actuellement l'entrée de la baie de Tokyo est à peu près défendue, autant du moins qu'il est possible de le faire, par les feux croisés des ouvrages de Kannonsaki et du fort de Futsu, éloignés de plus de sept kilomètres, et dont l'action contre un ennemi hardi ne serait peut-être pas très efficace.

Le fond de la baie est en outre occupé par quelques forts assez pittoresques, établis hâtivement en 1854 sur des bas-fonds. Us sont aujourd'hui désarmés et n'ont aucune valeur.

Les fortifications qui se trouvent à l'entrée de la baie de Tokyo sont les seules existant actuellement au Japon et établies d'après les idées modernes, mais elles ne sont pas armées.

Il serait urgent de penser à celles d'Ozaka, de Kobe et de la mer Intérieure ; mais, hésitant entre des projets divers, le gouvernement reste indécis et le pays sans défenses, bien qu'une souscription nationale pour la défense des côtes ait procuré des sommes importantes.

Outre les fortifications dont nous venons de reconnaître l'utilité, nous pensons, à un autre point de vue, qu'il faudrait aussi établir sur les côtes du Japon quelques ports de refuge dans lesquels le cas échéant, les flottes nationales pourraient trouver un abri ou attendre une bonne occasion.

Sur la côte orientale du Hondo nord, Yamada est naturellement indiqué.

An centre, l'organisation des ports de refuge est particulièrement importante.

Les forces navales japonaises seront sans doute divisées en trois escadres ou même quatre si les ressources le permettent : celle qui manœuvrera autour de Tokyo aura sa base à Yokoska; celle qui est appelée à agir dans la mer Intérieure s'appuiera sur Kure (Hiroshima), et la troisième sur Saseho, protégera le sud et le détroit de Tsushima. La quatrième aurait sa base dans Ezo, à Murera. Il y a donc un intérêt puissant à assurer leurs mouvements.

Des études assez sérieuses ont été faites en 1886 et fait ressortir la valeur de quelques positions, par exemple, la baie d'Enomura, à la base occidentale de la presqu'île d'Idzu, puis le golfe d'ise (ou d'Owari), dont l'entrée pourrait être défendue, et enfin sur la côte de la presqu'île de Yamato, Hamashima, Owashi et, tout au sud, Oshima, qui est un mouillage de premier ordre;

Dans Kiushiu, Kagoshima et Nagasaki;

Sur la côte occidentale du Hondo central , Miyatsu ou Tsuruga; le premier est le meilleur;

Dans la presqu'île de Noto, Nanao.

Enfin il faudrait prendre quelques précautions à Hakodate (Ezo), et, abandonnant le reste de l'île, mettre la ville en état de défense, ce qui ne serait pas difficile. Elle est flanquée maintenant de batteries sans valeur. Muroran, à l'entrée nord de la baie des Volcans, est aussi dans de bonnes conditions.

Mais,*il faut le répéter, le plan d'organisation défensive qui vient d'être indiqué n'a de valeur que s'il est appuyé sur un réseau complet de voies ferrées.

Revenons donc à cette question qui prime toutes les autres.

En se plaçant exclusivement au point de vue militaire, voici quelle devrait être la direction générale des lignes qu'il serait indispensable d'établir :

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