‹ DalilaChapitre 11 sur 13 · DI · texte numérisé non relu

DI

l 'ogle

d’agonisant et à faire étalage de votre suaire devant les dames, surtout quand vous n’avez d’autre maladie, à ma connaissance, qu’un rhume de cerveau.

ROSWEI.N , jetanl aux pieds de Lcoiiora un mouchoir qu’il a porté à sa bouche et qui est teint de sang.

Tenez !

LEONORA

Tous les artistes crachent le sang,

ROSWEtN.

Vous êtes une malheureuse! (ii éclate en sanglots et cache sa tête dans ses mains.)

LEONORA

Je n’aime pas les hommes qui pleurent. Bonsoir. (Elle se lève et sort.)

ROSWEIN , CARNIOLI se m entrant hors du balcon dès que Leonora est sortie.

André !

CARNIOLI.

ROSWEIN, se levant.

Carnioli !

CÀRMOLl, lui prenant le bras.

Viens-l’cn.

ROSWEl.N.

Comment? pourquoi?... Où voulez-vous que j’aille?

CARNIOLI.

Sortons d’ici, te dis-je ! Je ne veux pas que lu restes une minute de plus dans cet enfer.

ROSWEIN.

Qui m’y a jeté, Carnioli?

CARNIOLI, frappant du pied.

C’est moi, mille diables! Ne me le répète pas; je me le suis dit assez, (ille regarde.) Tu es bien changé, mon pauvre enfant... (il l'embrasse.) Allons, viens!

ROSWEIN.

Je ne puis. Ah ! Carnioli, pourquoi m’avez vous précipité dans ces abîmes!

CARNIOLI.

Encore! Je m’en repens, te dis-je! Que te faut-il de plus? Pourquoi m’as-tu envoyé recevoir une volée de coups de bâton chez les capucins, toi? Il me semble que chacun a ses torts

DiQjljZ"^

en ce monde... Moi, du moins, je croyais te rendre service ; oui, sur mon âme, je le croyais sincèrement!... En thèse générale , j’avais raison ; mais ton tempérament individuel a déjoué mes calculs... Pouvais-je prévoir, bon Dieu ! que tu prendrais avec un sérieux tragique la moindre aventure galante qui tenterait ta fantaisie? Avais-je l’idée d’un amoureux de ton espèce ? Était-il vraisemblable qu’un homme de ton mérite fût d’humeur à jouer entre les mains de la première femelle venue le rôle d’un pantin au bout d’un fil? Non ; il m’a fallu, pour le croire, assister de ma personne à cette scène burlesque et lugubre où je t’ai vu exécuter docilement tous les exercices d’un jeune acrobate sous le fouet d’une coquette impitoyable. Sang de mes veines ! à quoi te sert donc cette cravache que

voilà ? (Il prend une cravache suspendue au mur, en cingle deux coups sur les meubles et la jette sur le ])arquet.]

Viens-t’en !

ROSWEIN.

Non, Carnioli, je suis entré dans un chemin mauvais, mais j’y veux marcher droit. Ma vie est scellée pour jamais dans cet amour qui fut ma faute : mon propre mépris m’ctonfTcrait, si

je n’avais pas le cœur de rester fidèle à ma trahison. Que m’importe la souffrance? Je ne souffre pas assez ; mon crime ne sera jamais aussi cruel pour moi qu’il le fut pour d’autres... (Vivement.) Ne me parlez pas d’eux... je ne sais ce qu’ils sont devenus... je ne veux pas le savoir... Mais ce ne sera pas du moins un entrainement passager, un futile caprice qui m’aura fait commettre celte lâche aclion que vous savez; ce sera une grande et irréparable passion dont j’épuiserai le calice jusqu’à la lie , jusqu’à la mort!... C’est le seul devoir qui me reste, je le garde : c’est la seule vertu qui me sauve de l’extrême désespoir... Laissez-la-moi!

CARNIOLI.

Penses-tu m’abuser avec ce jargon mystique?

Espères-tu t’abuser loi-même? Qu’ont de commun le devoir et la vertu avec la vie abjecte que tu mènes ici? Ose dire la vérité ! celte femme, qui te tient sous son talon, qui te roule et te déchire en riant dans la poussière et dans la fange de ses pas, tu l’aimes !

ROSWEIN.

Eh bien ! oui, je l’aime! Je ne pourrais vivre

loin d’elle : il n’y a pas au monde un sentiment, un spectacle, un triomphe dont je puisse jouir, si elle ne le partage, si sa présence ne l’éclaire. Où elle n’est pas, il n’y a ni deux, ni soleil... Le jour se lève dans ses yeux; mon cœur n’est plus que l’écho de son cœur; ma vie n’est plus que l’ombre de la sienne... Je l’aime ! vous l’avez dit.

CARNIOLI.

Misérable enfant ! as-tu perdu l’honneur avec le reste? Attendras lu qu’elle te jette hors de chez elle par les épaules? Ne comprends-tu pas que ta place n’est plus chez cette femme, dès que tu n’y es plus aimé?

ROSWEIN.

Vous la connaissez mal, Carnioli : c’est une âme orageuse et troublée, mais loyale. Quand elle ne m’aimera plus, elle me le dira. Ne lui ai-je pas offert cent fois de la quitter? Pourquoi me retient-elle, si elle ne m’aime pas?

CARNIOLI.

Pourquoi ? Sur ma parole, c’est une naïveté qui ferait rire un mort!... Pourquoi le tigre a-t-il les mœurs du tigre? Pourquoi joue-t-il

avec sa victime avant de lui donner le coup de dent suprême? Dis-moi cela, mon garçon!... El n’est-ce rien d’ailleurs que de s’entendre répéter tout le long des jours, eu langage poétique, qu’on est belle et qu’on est adorée? Et n’est-ce rien encore pour ces palais blasés que la saveur raffinée d’un amour eu partie double? N’est-cc rien pour ces consciences mortes que le plaisir de tromper? N’y a-t-il pas un égal divertissement pour l’esprit et pour le cœur dans les âcres émotions et dans la stratégie savante de la trahison? Je te dis qu’elle aime ce Paolo Maria, et je suis prêt à le jurer, si tu le veux.

ROSWEIN.

Encore une fois, Carnioli, vous la connaissez mal ; elle serait capable d’un crime peut-être, mais non d’une basse infamie.

CARNIOLI.

Mon ami, elle est capable de tout, comme toute femme qui n’a d’autre principe de conduite que la passion. L’as-tu jathais vue mettre le pied dans une église? Non. Eh bien! méfietoi également des femmes qui ne sortent pas des églises et de celles qui n’y entrent jamais : ce

— iS9 —

sont deux espèces venimeuses. Hors du cercle chrétien, André, je connais des hommes honnêtes, mais pas une honnête femme. Outre que les passions d’un homme ne sont pas soumises à des règles aussi sévères, elles sont moins violentes, elles s’affaiblissent d’ailleurs en se dispersant : l’honneur humain peut suffire à les dompter. Mais les passions d’une femme, à la fois plus fougueuses et plus exclusives, veulent le frein religieux. Il n’y a que Dieu contre ce torrent. Ta maîtresse est un esprit fort; il ne m’en faut pas davantage. Je vais te conter son histoire. Elle a eu des amants, elle en a, et elle en aura. C’est à quoi se réduit dans la pratique toute la philosophie du sexe : toute femme qui n’est pas au Christ est à Vénus.

ROSWEIN.

Je ne m’en irai pas, Carnioli : ainsi vous perdez vos peines et vos calomnies.

CARNIOLI, s’accoudant sur le dossier d’un fauteuil, et parlant sur le ton d'une ironie amère, mais contenue.

Mes calomnies, jeune homme!... Ah! je vois ce que c’est... Après t’avoir, enlevé par un coup de main de courtisane, il fallait raffermir ton

estime ébranlée... C’est la manie de ces femmes que de vouloir être estimées... 11 fallait aussi bien t’édifier sur le passé pour mieux t’aveugler sur le présent et sur l’avenir... Alors on s’est drapé dans sa robe d’innocence... on a pris à tes pieds des poses virginales... l’oiseau de proie a modulé des soupirs de colombe. La lionne a bêlé ! et tandis que tu palpitais sous sa griffe, elle t’a persuadé que tu étais son vainqueur. Tu as demandé pardon au ciel d’avoir mis à mal une si pure victime, et tu as juré de consacrer ta vie à réparer cet énorme forfait!

ROSWEI.N.

Assez !

CARNIOLI.

Tu vois que je la connais. Par un juste retour, après t’avoir apitoyé sur son sort, cette généreuse personne se sera, je n’en doute pas, attendrie surle tien. uEnfantquevous êtes! t’aurat-clle dit pendant que sa blanche main rivait ta chaîne, fuyez ! Mon amour est fatal ! J’ai fait vœu de ne jamais aimer! Tout ce que j’aime souffre et meurt. » Et alors elle t’a parlé de son mari, qu’elle aimait et qui est mort, de ses fleurs

préférées, qui sont mortes ; que sais-je ? de son épagneul favori qui est mort. Et après celte énumération funèbre, elle t’a engage de plus belle, en t’enlaçant de ses bras magnifîques, à fuir la malédiction qui pesait sur ta tête... Ah ! ce sont de douces heures dans la vie, je ne le nie pas!... Et lorsque enfin elle a eu bien solidement doublé et triplé sur tes yeux le bandeau classique, lorsqu’elle t’a vu convaincu bien à fond que tu étais son premier amant et que tu serais le dernier, elle en a pris bravement un sixième !

ROSWEl.N.

Vous mentez !

CARMOLI.

Tu ne crois pas au sixième? eh ! morbleu! tu croiras du moins au quatrième , car c’était moi !

ROSWEIN, violemment, lui saisissant le bras.

Tu mens ! (Leonora se précipite dans la chambre.)

Les mêmes, LEONORA.

LEONORA, prenant les deux mains de Roswein.

Merci, André; merci, mon amour!... Mais il

ne fallait pas lui répondre ! Il n’y a pas de termes de mépris qui ne glissent sur son front, M. Carnioli, je n’ai rien à vous dire. Sortez de chez moi.

CARNIOLI, grave.

Madame, je suis très-fâché de vous voir. Je n’aimc pas les scènes de ce genrc-ci ; mais enfin vous voilà. Eh bien ! si jamais vous avez su ce qu’il en coûte de perdre ses plus chères illusions, ne prolongez pas l’agonie de ce jeune homme : puisque j’ai été forcé de lui briser le cœur pour vous en arracher, rendez-lui le service du coup de grâce ; attestez que j’ai dit la vérité.

LEONORA

J’atteste que vous mentez.

CARNIOLI.

Princesse, je ne sais véritablement pas où vous voulez en venir : vous avez la tète forte, j’en eonviens ; mais vous n’ignorez pas que je vous tiens dans ma main , et que j’ai la main ferme. Je me demande par quelle issue vous espérez m’éehapper; cela me passe.

LEONORA

Comment ! le misérable ne veut pas sortir !... André, il vous a reproché, je crois, de ne pas savoir manier cette cravache... donnez-la-moi donc!

CARNIOLI, hors île lui.

Ah ! mille serpents à sonnettes ! elle veut que nous nous coupions la gorge l’enfant et moi!

Voilà son plan ! j’aurais dû le deviner dès qu’elle est entrée... Pas un mot, pas un geste, André, ou tu t’en repentiras le reste de tes jours !... J’ai chez moi un paquet de scs lettres; dans vingt minutes, je te le rapporte!

ROSWEIN.

Leonora, que dit-il donc?

LEONORA

Il ment.

CARNIOLI.

Attends-moi vingt minutes, si tu es un homme.

(Il sort.)

BOSWEIN, LEONORA. (Des que Carnioli est sorti, Leonora s'affaisse sur ses genoux, la léte dans ses mains, et éclate en sanglots.)

ROSWEIN.

Leonora!... pourquoi ces larmes?... Je ne le crois pas !

LEONORA, d’une voix étouffée.

Tuez-moi ! tuez-moi avant qu’il ne revienne!

ROSWEIN.

Ciel puissant ! c’est donc vrai ! (Leonora sanglote sans répondre; ses cheveux inondent ses épaules.) Oh ! Dieu juste! (il marche à travers la chambre. Moment de silence. Revenant près d’elle, il reprend d’une voix sourde.)

Pourquoi m’avez-vous trompé ? A quoi bon ? Ne vous aurais-je pas tout pardonne ?

LEONORA, toujours prosternée sur le parquet et sanglotant.

Et ra’auriez-vous aimée?... aimée de cette pure tendresse, de ce noble amour d’enfant dont j’étais si indigne, André, mais par lequel j’étais si heureuse?... Hélas! que de fois l’aveu de mon infamie a failli s’échapper malgré moi d’un cœur qui débordait!... car c’était un bonheur bien troublé que le mien, André... Je vous avais trompé !... L’amertume de cette pensée se mêlait

à toutes mes joies... elle empoisonnait ma vie... mes paroles... mon humeur... C’était la source unique de ces mauvais caprices dont je vous torturais, pauvre enfant!... Que de fois j’ai fléchi sous le fardeau ! que de fois j’ai été près de vous dire: «iNc touchez pas mon front... il souille vos lèvres!... » et puis le courage me manquait... je ne pouvais.. . je ne pouvais !... (Elle pleure.) Je vous aimais... Vous me croirez peut-être maintenant que tout est fini, Roswein... je vous ai bien aimé !

HOSWEIN.

Je ne vous crois pas.

LEONORA

Non... je ne puis m’en plaindre... j’ai tué la confiance. . . Tout est fini, je le sais bien. . . (Elle, se lève et tombe épuisée sur le divan.) Je ne VOUS demande rien... rien... Ah! je serais la première à vous mépriser, si vous restiez; mais ne me jugez pas du moins plus sévèrement que je ne le mérite, je vous en supplie... Ne croyez pas à tout ce qu’a ditCarnioli, atout ce qu’il vous dira... Je ne vaux rien, mais il vaut moins que moi... J’ai /été sa maîtresse, voilà ce qu’il y a de

vrai... et c’est assez pour la honte de toute ma vie ; mais tout le reste est faux , et il le sait bien : ces lettres même dont il se vante, ces lettres vous le prouveront !

ROSWEIN.

Je ne vous crois pas. Taisez-vous.

LEONORA, suppliante.

Ah! pourquoi me traiter si durement, Roswein ?. . . Quand je serais, comme il vous l’a dit, une créature, une courtisane, tout ce qu’il y a de plus vil, ne vous ai-je pas aimé, et aimé fidèlement? Qu’aurait pu faire de plus pour vous le cœur le plus pur?... Je suis sous vos pieds... épargnez-moi... (Elle pleure.) Si vous aviez la patience de m’entendre, je vous dirais ma vie tout entière ; mais vous ne me croiriez pas encore... et cependant la dernière des femmes a encore ses moments de sincérité et de vertu... et vous voyez bien du moins que je suis dans un de ces moments-là, André!... Oui... il n’y a qu’une faute dans ma vie... c’est Carniolü... Jusque-là j’étais au niveau des plus irréprochables, sinon des meilleures. .. Ce monde au milieu duquel j’avais été abandonnée toute jeune..,

presque enfant... ne m’avait même pas effleurée de sa corruption ; j’en aimais avec ardeur le mouvement, les plaisirs, la vie factice et brillante; il me prodiguait aussi des adulations qui m’enivraient; ma pensée s’absorbait tout entière dans l’espoir, ou dans le souvenir de ses fêtes, et de mes frivoles triomphes. Ce fut toute la passion de ma jeunesse!... Vous pouvez me croire, André. Je n’attends, je ne veux plus rien de vous qu’un peu de justice et de pitié... Ah! si je vous avais rencontré alors... j’aurais pu vous aimer en repos, grand Dieu!... Enfin, les années étaient venues, mon esprit était las de tant de futilité, mon cœur s’agitait dans le vide; j’étais seule... malheureuse; j’aurais donné, pour m’appuyer sur une main amie, mon nom, ma richesse, mon sang!... Je fis plus... je me donnai !...

ROSWEIN.

ACarnioli! Tout autre... je l’aurais compris, peut-être... Mais Carniolü... Étrange début pour une honnête femme!

LEONORA, amèrenienl.

Oui, n’est-ce pas?... Je le pensai comme

vous, quand je le pus connaître, quand , sous ces formes chevaleresques, sous ce langage enthousiasle , qui m'avaient séduite... je ne trouvai que l’égoïsme glacé d’un fat , la sécheresse et la décrépitude d’une âme de libertin vulgaire... Ah ! c’est lui qui me reproche de vous avoir trompé... d’avoir surpris votre amour... de m’être faite meilleure que je n’étais... Lui! il est ' hardi!... Mais il avait de l’esprit du moins, et Dieu sait comme il en usa! Certes il n’a pas tenu à lui que je ne sois devenue telle qu’il me dépeignait à vos yeux tout à l’heure, telle qu’il me croit peut-être ; car je n’épargnais aucun soin pour soustraire à son insolente ironie tous les songes de jeunesse et de vertu... que ses leçons , que son contact flétrissant avaient refoulés , mais non étouiïés au fond de mon cœur!... Je vous gardais, André, quoi qu’il en puisse dire, cet humble, ce pur trésor de mon âme... Mon âme! comment l’aurait-il souillée? 11 ne l’a pas connue. C’est vous qui me l’avez révélée, je ne la dois qu’à vous ; elle s’est éveillée sous votre souffle... Allez, mon ami, elle vous survivra pour vous venger!... (Elle cache sa ^éte dans les carreaux du divan ; Roswein , debout , la re-

garde en silcnre. Elle sc lève tout à coup et va à lui.) Partez!... qu’il ne vous retrouve pas ici... que je n’aie pas à rougir devant lui... Encore cette grâce , partez ! (Elle lui prend une main, quelle baise en s'inclinant , et poursuit d’une voix entrecoupée de larmes : ) Je ne vous aimais pas, André, puisque vous ne voulez point inc croire... je vous respectais... je vous adorais... Cela est bien vrai... vous étiez pour moi plus qu’un amant bienaimé; vous étiez ma religion... ma prière...

mon lien avec le ciel... Vous osiez me parler de Dieu... je n’osais vous répondre, mais je comprenais... Tout ce que j’avais de bon et d’honnéte, tout ce qui me consolait de moimême... vous emportez tout!... Tout va s’éteindre avec le cher regard de vos yeux... André! mon André! adieu !... (Elle tombe à genoux, lui baisant les mains.) Merci de m’a voir aimée !...

ROSWEIN.

Leonora, vous êtes plus coupable que des paroles ne peuvent le dire, si vous dépensez tant de larmes et de serments pour tromper un être aussi confiant que moi. Relevez-vous : je vous aime.

LEONORA) se relevant, et le regardant avec anxiété.

Non... André!... si c’est une raillerie... si cette joie entrée en mon cœur doit en sortir... je vous jure que le châtiment sera plus grand que la faute.

ROSWEl.N.

Je ne raille point. Je t’aime, (il la serre dans ses bras et la porte defaillante sur le divan.)

LEONORA, ouvrant les yeux et le regardant.

Il y a des anges!... Mais que suis-je, moi?

que suis-je?... mon Dieu ! (Elle caclie son visage.)

noswEiiV.

N’y pensez plus. Oubliez ooramc j’oublie. La souffrance vous a rachetée, (il se lève.) Mais je ne veux pas que cet homme rentre ici. Je vais le prévenir. Je vais à Naples. Vous êtes hrisée. Allez prendre du repos. Dormez en paix. A demain.

LEONORA, se levant et l'interrogeant des yeux.

André... je ne vous reverrai plus?

HOSWEIN.

Demain, au point du jour, si vous n’êles point trop lasse. . . nous irons, comme autrefois, comme au printemps de notre amour, courir sur les

rochers , fouiller les ruines cl moissonner dans la rosée. Me croyez-vous?

LEOrCORA.

Je vous crois, je vous crois, (Elle lui baise les mains; André la conduit jusqu'à In porte de gauche.) Â bientôt !... (Elle lui envoie un baiser de la main, et sort.)

ROSWEIN, seul.

Oui, ce sont des accents de vérité... ou la lumière même du jour n’est que mensonge et ténèbres! Que va-t-il dire, lui? Il va encore charger ses accusations... Mais j’ai un mot à lui répondre : Celui qui a le cœur de pousser dans les bras d’un autre la femme qu’il a aimée, celui qui , pour servir ses desseins, fait de la beauté de sa maîtresse une enseigne et un piège, celuilà peut prétendre à tout dans le monde, hormis à la confiance d’un honnête homme. 11 y a un quart d’heure à peine qu’il est parti; en me hâtant, je le trouverai encore à Naples, ou du moins je le rencontrerai sur le chemin.. . (Carnîoii ouvre la porte du fond.) Lui !... Déjà !

Page 1