‹ Dalou, sa vie et son œuvreChapitre 2 sur 54 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

Ici, je m'arrête un peu troublé.

Vais-je prétendre qu'en laissant derrière lui le « Bas-relief des Etats généraux », le « Triomphe de Silène », le « Monument de la République », dix statues de la plus riche élégance, vingt bustes débordant de vitalité, Dalou n'a pas justifié au centuple l'illustration qui s'attache à son nom? Vais-je dédaigner cette œuvre, noble et diverse, issue de l'art de Versailles, d'une si puissante sagesse et d'une grâce si haute ? Vais-je médire des commandes, moi qui ai pour raison d'être, pour excuse et pour honneur d'en préparer? Vais-je affecter ce dandysme un peu niais qui consiste à se détacher de sa fonction pour en sourire? Vais-je adresser un reproche quelconque à cette pure mémoire et blâmer une des plus droites consciences qu'il m'ait été donné de connaître ?

Non ! Et j'ai hâte de saluer très bas, comme il convient, l'œuvre réalisée par le maître. J'oserai seulement, dans les lignes qui vont suivre, en appeler du Dalou public au Dalou caché.

Pourquoi, fêté, admiré, célèbre, est-il mort plein de regrets? — Parce que, prisonnier de son succès, tâcheron de besognes grandioses, il a, pendant trente ans, espéré, quand il terminait la tâche quotidienne, que le jour de demain lui permettrait de se retrouver. A ses côtés, sa femme, cette épouse incomparable qui fut sa conscience, « le tuteur de la frêle plante que je suis », souhaitait passionnément la délivrance du génie qu'elle couvait de sa rude tendresse, et dont seule elle savait l'énigme.

Ce conflit cruel entre la virtuosité de ce rare artiste et son tempérament, entre son activité et sa méditation, vous en sentirez l'amertume en lisant le beau livre, exact et pieux, de M. Maurice Dreyfous. Le biographe de Dalou fit partie du groupe d'amis intimes devant qui il pensait tout haut. En bon poète, M. Dreyfous est un peu devin : il a lu dans cette âme fermée. Un autre ami, Fernand Calmettes, d'une si profonde clairvoyance dans les choses du cœur, pourrait témoigner. Moi-même, que Dalou daignait honorer de quelque confiance, je l'ai vu, au lendemain de ses plus retentissants

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