‹ Dalou, sa vie et son œuvreChapitre 44 sur 54 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LE MONUMENT AUX OUVRIERS

C'était bien rame de Dulou qui (Icmeiu'iiit désormais emprisonnée sous l'épaisse dalle de granit.

Du jour où il cessa de voir et d'entendre celle dont le silence ou l'absence était pour lui la plus cruelle des épreuves, il cessa de rêver des œuvres nouvelles, il cessa de s'intéressera celles qui, jusque-là, l'avaient le plus vivement ému et passionné. Le grand Pai/uin, dont il s'était l'ait un « régal », (c'était son mot), où il avait accumulé, durant quatre ans, tout son savoir et tout son amour de la vérité, fut, par lui, relégué dans un coin; il ne l'envoya ni au Salon de 1901, ni à celui de 1902. Le jour de ses obsèques, le président de la Société nationale des Beaux-Arts ayant demandé à ses exécuteurs testamentaires de faire déposer au Salon, qui ouvrait le lendemain, quelques œuvres qui marqueraient la place de Dalou, ceux-ci ne trouvèrent en fait de travaux prêts à être envoyés que la Boidonalse de 1894 et une étude de tète d'homme ; aucun d'eux n'avait connaissance du grand Paysan.

Plutôt qu'à tout autre, Dalou aurait pu faire part de l'existence de cette œuvre à l'un d'eux, le D'' Paul Richer ; il le voyait couramment et cet ouvrage devait l'intéresser d'autant plus particulièrement que, lui-même, a fait, dans une formule d'art analogue, de fort belles statues de campagnards, que le bronze a popularisées. Ce fut pourtant par une circonstance toute fortuite que le D"" Hicher découvrit le Paijmn.^ à l'atelier, derrière un grand rideau. 11 s'empressa de le

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faire porter au Grand-Palais. Ce n'est pourtant pas une de ces petites statues qui peuvent passer inaperçues , puisqu'elle mesure !2 mètres environ de hauteur.

C'est simplement un paysan quelconque, pris dans les champs, tète nue, le col de la chemise ouvert, laissant voir un peu la poitrine, creusée par le travail, inclinée bas, les jambes prises dans un pantalon de grosse toile, les pieds chaussés de sabots ; sa manche gauche est déjà relevée jusqu'à la saignée et il fait le geste de retrousser l'autre manche. Sa tête glabre, fendillée de rides, comme une terre desséchée par la bise et par le soleil, regarde, du regard neutre et tenace de l'homme des champs, avec une expression de recherche et d'hésitation ; les mèches de sa chevelure, peu fournie, conservent encore la trace de la main qui y a passé avec ce sentiment de : que faut-il faire ? qu'on lit sur son visage. Les mains sont alourdies et déformées par le maniement de l'outil champêtre, dur à arracher de la terre résistante, les veines s'y inscrivent saillantes et tendues, les ongles sont épais et collent à la peau. Sur le bout de bras nu, sous les plis des vêtements, les muscles aux attaches doublées saillent sans souplesse, rudes, maigres, épais en chair ferme. A ses pieds une houe couchée sur le sol attend qu'il la reprenne.

Contrairement aux craintes que Dalou avait annoncées, les dépenses qu'il a faites pour cette statue n'ont pas été perdues. Des réductions en bron/e en ont été faites et la manufacture de Sèvres l'a destinée à son musée sous la forme d'un grès moulé, à grandeur de l'original et qui, par une heureuse coïncidence, aura pour pendant un paysan très remarquable dû à l'ébauchoir du D' Hichcr.

11 est curieux de comparer ce Paysan à celui du monument Boussingault. Celui de Boussingault est fait d'après un modèle et se ressent de la nature du modèle; son caractère agreste n'est que voulu; celui-ci est non seulement voulu mais vu et vécu. Là est la différence et cette différence est tout.

Que Dalou, une fois son Paysan terminé, ne l'ait plus considéré que comme une étude préparatoire, une sorte d'exercice d'entraînement en vue de l'exécution de son Monument aux Ouvriers, là n'eut été qu'un demi-malheur; mais que Dalou ait abandonné désormais tout travail nouveau en vue de ce monument, c'est ce dont il est impossible de se consoler.

Du jour où M'"*' Dalou fut morte, il ne travailla plus que très rarement à ce monument, bien qu'il fût entré dans la période définitive d'exécution depuis le début de 1897 date à laquelle il écrit :

« (!28 avril 1897). — .le prends la résolution d'entreprendre, sans plus « attendre, le monument que je rêve depuis 1889 à la glorification des travail-

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'( leurs. Ce sujet est dans l'air ; il est d'époque el sera quelque jour Irailé par <> un autre, // faul prendre date. L'avenir est là, c'est le culte appelé à rem- <( placer les mytliologies passées. »

C'était en efTct en 1889, au sortir de la cérémonie d'inauguration de son groupe de la place de la Nation, que l'idée de ce monument avait pris naissance dans le cerveau de Dalou.

Dans son Triomphe de la République il avait voulu magnifier le Travail, la Justice, la Liberté et l'Abondance, et voilà que pour célébrer l'achèvement de son œuvre, on n'avait rien trouvé de mieux que de faire défiler autour d'elle l'armée de Paris et d'en écarter ceux-là même à qui sa pensée l'avait dédié, en y symbolisant l'œuvre des hommes dont le travail crée toutes choses, enrichit le monde et le conduit, par plus de bien-être, vers plus de justice. Ouvrier par ses origines, ouvrier par son amour du travail et de quiconque travaille, ouvrier par la nature même de sa profession — qui est une profession d'ouvrier, — il eut la sensation pénible d'être lui-même exclu de la fête, par l'exclusion de la grande famille ouvrière dont il se considérait comme l'un dos fils les mieux partagés par le sort, et rien de plus. Son Triomphe de la République., il avait voulu qu'il fût érigé, non sur une des places du centre de Paris où les visiteurs du monde entier le verraient, mais au sommet du faubourg Saint-Antoine où il serait salué, dès l'aurore, par la foule des ouvriers qui se rendent à l'usine ou à l'atelier, comme il s'y rendait lui-même, ou chez son empailleur, ou chez ses orfèvres, ou chez ses décorateurs, et comme il était prêt à s'y rendre encore si le travail lui en présentait l'occasion. Pendant dix ans il avait travaillé avec la pensée de le faire le plus beau qu'il pourrait afin de leur donner tout ce qu'il était capable de leur donner de la part de joies d'Art qu'il tenait comme l'un des premiers de leurs droits. Et voilà que, au jour de leur remettre officiellement cette œnivre qu'il avait créée pour eux, née de la fraternelle affection, de l'admiration qu'il professait pour eux, on les en écartait et on leur substituait d'autres hommes qui n'avaient que faire à leur place.

Dans la forme donnée à la fête du !22 septembre 1889, Dalou vit une sorte d'usurpation, et, de ce jour, il résolut de rassembler tout ce qu'il aurait de talent et de savoir pour enfanter un monument qui gloriiierait les soldats de l'anivre d'amour, de paix et de travail, et, qu'il rêvait plus superbe qu'aucun de ceux qu'on éleva jamais aux ouvriers de l'œuvre destructrice de la guerre. Mais, cette fois, il le ferait en une forme telle, que toute équivoque serait rendue impossible. Plus de symboles, plus d'allégories, les horhmes eux-mêmes figurés tels qu'ils sont dans la réalité en seraient le seul ornement.

2uO DALOU, SA VÎK ET .SON ŒUVRE

El sans larder il s'Olail mis à chercher des esquisses, mais, ne vouhinl l'aire pari H quiconque de son idée il dul élablir seul la forme archilecluralc que sa sculpture ornerait. Dès les premières lenlalivcs, il conçut d'un jet, la composition de tout ce qui était œuvre de sculpture, et si bien, que par la suite, sa donnée générale n'eut plus jamais besoin que de modifications secondaires uniquement commandées par les combinaisons d'ordre général. Dans le premier projet l'architecture était des plus déplaisante, voire même quelque peu ridicule. Elle rappelait singulièrement celle d'une statue équestre de je ne sais plus quel général anglais qu'on voit à Londres, à l'entrée de Hyde-Park.

C'était une sorte de pyramide tronquée rectangulaire, ayant les côtés deux fois et demi plus longs que la face et d'une hauteur égale à quatre fois et demi cette même face.

Au sommet était juché un cavalier aux allures de paysan moulant un cheval de labour. A la l)ase, seize statues d'ouvriers de tous genre formaient une frise très haute et très saillante. .Vu-dessous, et séparé d'eux par une moulure, un bas-relief cerclait les quatre côtés d'une broderie ininterrompue représentant des scènes de la vie de travail des ouvriers de l'usine, de la terre, de la mer, du sous-sol. Enfin le tout s'appuyait sur une sorte d'estrade de trois marches.

Cela avait sensiblement (cavalier mis à part) la forme d'un grand catafalque sur la base duquel on aurait mis côte à côte, en faction, des gens, placés le dos

au mur. Autant le monument était mal venu dans sa grande silhouette, autant, en revanche, était intéressante lindication des statues qui l'entouraient et l'ébauche encore trè>i; confuse du bas-relief formant bague à la base. En 1891, Dalou fit monter, à l'échelle de "2 mètres environ, un premier modèle, établi d'après cette malencontreuse esquisse et commença l'exécution de ce modèle. 11 fut très particulièrement préoccupé par l'idée d'exécution du cheval, et, bientôt, ce fut à ce cheval — venu là, sans que vraiment, on comprenne de prime abord pourquoi il s'y trouve — qu'il dévolut tous ses soins; il en indiqua d'abord un squelette, en fit un écorché, complet, en relit, encore en écorché, diverses parties, et à • des dimensions variées.

Étude PAnTiEi.i,E d'écorchê

Cet intérêt dominant qu'il portail sur une figure tout à fait accessoire aurait pu lui être un avertissement. S'il se trouvait porter tout

LE MONUMENT AUX OUVRIERS 2.t1

son eiïorl sur ce détail, n'éluit-cc point un indice de rinsuflisance de la contexture générale de l'œuvre et de la nécessité de la sauver par des qualités de détail.

Mais, pas plus là que jadis lorsqu'il s'acharnait sur les détails de son malheureux Cache-cache^ il n'eut la notion de son erreur totale ; seulement cette fois, il s'engageait à faux non sur un hibelot sans intérêt, mais sur un monument de toute première importance.

11 ne tarda pourtant pas à sentir, que, n'ayant jamais quitté Paris ou Londres, il n'avait ni aucune notion, ni aucune conception personnelle, d'ouvriers autres que ceux qu'il avait rencontrés dans les villes et que c'était une fagon singulière de faire la part aux ouvriers des champs que de les représenter par un cavalier des plus bizarres. Quant à la population ouvrière qui vit de la mer, elle se trouvait presque totalement omise, dans le projet primitif. Ainsi compris, le monument ne pouvait avoir la belle ampleur d'idée généreuse que comportait la pensée d'où il était né.

Au cours de l'été 1891, Dalou voulut aller voir de près les ouvriers de la mer qu'il ignorait complètement, et s'offrit, — grand événement dans sa carrière — une sorte de congé d'une dizaine de jours ; il se logea dans un petit port de pêche, voisin de Sainte-Adresse et y ht des croquis et des bouts de modèles, lien revint plein d'admiration pour cette héroïque population maritime, aux gestes puissants et très simples, aux attitudes sculpturales.

11 apporta avec lui les vêtements dont elle s'habille et quelques-uns de ses outils et résolut de lui faire, bien plus large la part qu'il lui avait vouée à l'origine. L'année suivante, son ami Liouville l'emmena pendant une dizaine de jours à Toul où il passa le plus clair de son temps à visiter les ateliers de métallurgie et à prendre des notes. Comme il s'était l'année précédente enthousiasmé pour les ouvriers vainqueurs de l'eau, il se passionna cette fois pour les ouvriers vainqueurs du feu, eux aussi, sans cesse au danger et. le bravant, parce que telle est leur destinée de faire à toute minute œuvres de héros.

lit, une fois de plus la pensée s'élargit.

L'année 1893 qui fut celle de sa grande maladie lui fournit l'occasion d'apercevoir de nouveau les gens de la mer et d'entrevoir ceux de la campagne. Lorsque revenu à la santé relative il retrouva son esquisse à pyramide rectangulaire, il en compris tout le mal venu et il résolut de la transformer entièrement.

L'été de 1894 lui apporta une véritable révélation. Pour la première fois il vécut à la campagne et, cette fois, îl s'éprit de l'ouvrier vainqueur de la terre. A

QlEI.i.MES FlllCIUNES liÉTI'liES Ij'ilUVUIEI\s DES CIHM['S

Orenonvillers, il passa les plus heureux moments de sa vie, il en revint avec une moisson de joie et de santé ; il en revint aussi avec une moisson de cliefs-d'anivre. C'est de 1894 que sont datées ces figurines hautes d'une dizaine de centimètres qui sont le casseur de cailloux, la faneuse, le rehalleuv de faulx, la hoUeleuse, vingt autres encore dont chacune est comparable au\ plus sincères et aux plus impérissables des œuvres de Milet. Toutes sont faites en vue du Monument aux ouvriers. 11 les notait d'abord sur un carnet, dans les champs ou dans ses flâneries à travers le village, où il s'était bien vite attiré les sympathies de ses voisins; il les ébauchait en terre, puis, quand il avait l'occasion de passer quelques heures à Paris, il convoquait un modèle, lui faisait donner le mouvement d'après ses premières ébauches sur nature et exécutait le nu de la (iguiinc. 11 ne s'en tenait point d'ailleurs étroitement aux seuls ouvriers champêtres; au village il trouvait des terrassiers, des paveurs, des ouvriers du bâtiment, des bouchers, que sais-je encore, et la collection des figurines s'augmentait sans relâche des études faites d'après eux. C'étaient autant d'études préparatoires poursuivies méticuleusement et qui devaient servir, et souvent d'une façon très indirecte, à l'établissement des études définitives, soit dans les statues qui entoureraient la base de l'édifice, fût dans les scènes en bas-relief qui orneraient le piédestal, quelle qu'en fût éventuellement la forme et l'aspect. Telle ou telle de ces figurines terminée, ne servira qu'à pénétrer plus complètement la psychologie plastique de tel type d'ouvrier auquel il sera donné un mouvement tout différent. Parmi ces ouvrages terminés en ronde-bosse, la majorité sera utilisée comme la « leçon à apprendre » avant de tenter des équivalents partiellement indiques dans des compositions d'ensemble en bas-relief.

Pour l'instant Dalou ne sait que d'une façon absolument vague à quoi servira particulièrement chaque figure qu'il fait, et il cherche l'aspect d'ensemble de l'architecture de son monument. L'exécution en grand du modèle primitivement conçu lui a révélé tout ce qu'elle avait ainsi de malencontreux.

QfELylES FK'.LRINES Ii'kTIHES u'olVRlERS UES VILLES

Dans son carnet, au retour, il ne dit rien de ces ouvrages faits là-bas, mais avec quelle joie il parle de « .la paix et du charme profond de la nature » et des « belles choses à faire là ».

Et chaque fois maintenant, qu'il retournera vers cette nature que jamais jusqu'alors il n'avait connue, il aura les mêmes extases. Parfois il éprouve le besoin d'écrire sur ses carnets de croquis :

« Temps superbe. Depuis plus de quinze jours, on fauche de tous côtés. A « perle de vue la plaine est jonchée de javelles et do moyettes. C'est vraiment « beau ! Je m'estime bien heureux de savourer tout cela ».

Et maintenant, par des vingtaines de croquis, il essaie de donner à l'architecture de son monument une forme, grandiose par les lignes et par l'idée, et digne de la pensée qu'il lui voudrait imprimer.

La haute borne à quatre pans inégaux, le faux catafalque d'autrefois se trouve bientôt remplacé par une colonne en octogone régulier, à la base de laquelle figure une couronne de niches, arrondies du haut, à profils plats, placées, à raison de deux niches par chaque pan coupé. Et dans ses seize niches viennent prendre place les seize principales statues du premier projet.

La colonne octogonale repose sur une base octogonale enrichie d'une bague ornementale comportant un bas-relief représentant des scènes de travail, et rehaussés par des moulures; elle présente maintenant aux yeux ses huit faces richement ornées.

Comme, aux monuments de Victoire, les grands décorateurs du xvi" et du xvn' siècles, attachaient des « trophées en breloque » faits de casques, de sabres, d'armures, de boucliers, mêlant la gloire des armes meurtrières à celle des hommes qui les avaient maniées, de même, à son tour, Dalou composa des trophées où sont harmonieusement groupées les armes que manie l'ouvrier pour vaincre la matière et pour arraclier à la terre ou à la mer, ce qui répandra la vie parmi le genre humain.

DAl.Or. SA VIE ET SON OEUVRE

El alors, de chaque face de celte pyramide octogonale pendent, tels les trophées d'armes qui pendent tout autour du dùme des Invalides, les outils des laboureurs, ceux des pêcheurs de la mer et de la rivière, ceux des tonneliers, dos forgerons, dos charponliors, des mineurs, de tous les hommes enfin qui

sont présents, soit à la base, soit dans les basreliefs.

Cent fois peut-être Dalou reconstitue les proportions, à sa colonne, tantôt elle est trop haute et prend des aspects de flèche, tantôt elle est trop courte et se fait trapue et lourde. Il la veut énorme, mais il la veut harmonieuse, svolto, il la veut simple, robuste ot puissante.

Enfin en 1895, il établit un modèle <'on('u en vue d'une hauteur de "21) mètres et ayant environ 8 mètres de base. Les statues du pied devront avoir 2"'50.

Dans les niches, on voit, esquissés très lisil)lement, le puddleur, le cingleur, le débardeur, le boulanger, le paveur, la balayeuse, le scaphandrier, le tonnelier, le tueur, le semeur, le charretier, le terrassier, le bardeur avec son cric, le pêcheur, le fort de la halle.

Les bas-reliefs, plus sommairement indiqués laissent deviner : le travail dos champs, les pèches maritimes, les travaux du bâtiment, lolui des forges ou des mines.

Les trophées indiqués sommairement distribuent sur les faces de la colonne la couleur et le mouvement.

Désormais Dalou a trouvé la formule géné-

I)ElXlf;MK MOIif;i.E DU MOMIMFNT ACX OIVIIIEIIS

raie de son Monument a tir ouvriers et à la fin de novembre 1805 la colonne octogonale est moulée.

Mai.s Dalou n'est pas définitivement satisfait de son modèle qui Uii semble manquer de sobriété et de simplicité. Pendant encore deux ans, il accumule documents sur documents, projets sur projets pour donmîr à son monument plus de modestie. En même temps il étudie l'art spécial auquel son projet le convie ; en faisant le Semeur et son socle, en faisant le Pm/.uin. en perfoclionnant

L\'] MONUMENT AUX OU Mil EUS

les bas-reliefs de VA/p/iand. Partout enfin où il on trouve l'occasion, il butine des sujets d'études en vue de ses Ourriers.

L'été dans les cbamps il copie brindille à brindille les plantes, les fleurs, les diverses espèces d'épis, seigle, blé, avoine, les bottes de paille ou les moyettes ; il note la forme des nœuds des liens, fait des dessins précis de tous les outils qu'il j)ourru avoir à loger dans ses tropbécs ou dans ses bas-reliefs, il ne néglige ni une corde ni un clou, il prend de tout les dimensions géométriques, fait des plans de cbaque instrument et en cbiffre les proportions.

Kt ainsi se passent les années 189G et

Kn 1897 il prend la résolution formelle de se mettre à l'œuvre et ses recberchcs deviennent de plus en plus actives.

A la forme octogonale de la colonne de l89o il substitue la forme cylindroconique, aux tropliées dos pans coupés, d'une éclatante couleur et d'un relief accentué de la première colonne, il substitue des trophées en bas-reliefs plus éteints et plus discrets.

Il diminue la saillie hors des niches, dos statues de la base et, on épousant le contour arrondi de la colonne, elles se trouvent atténuer la chaleur de leur coloration. La colonne à présent repose sur un dé, aux quatre faces duquel un bas-relief rectangulaire donne à la base du monument un aspect de simplicité et de sévérité que n'avait point la frise courant au pied du

monument octogonal. Et dans l'ensemble le projet nouveau cesse de ressembler aux monuments de l'époque Louis XIV et, étant dédié à la gloire des humbles et des simples, il se présente avec un caractère d'entière simplicité.

MuDliLli llKHMI'lt DL M(.i.NL.\lfc.M AI X UUUllEUlj

QlELI.llES STATl KS piF. I.A DVSK m MclNiMENT MX Ol'VUIEllS

Ce troisième modèle, fut encore éludié à nouveau el moililié en quelques parties qui le rendaient plus simple et plus sobre encore que le précédent et, en mars 1898, Dalou refit à pied d'œuvro un modèle nouveau. Et il nota :

« (15 mars 1898). — Je crois avoir enlin trouvé le monument aux ouvriers « que je cherche depuis 1889. La disposition générale tiendrait de l'insigne de « Priape, Dieu des Jardins, emblème de la création, de la borne berceau et « tombe du pauvre, enfin du tuyau de l'usine, prison où se passe sa vie. Sobre, « sans moulure ni ornement, je désire qu'il ait l'aspect grave et imposant, s'il « se peut, que le sujet comporte. L'exécuterai-je, là est la question ? je suis bien « i\gé, de plus ma santé est bien débile ».

Par une de ces coïncidences dont s'étonnent seuls les gens qui ignorent ce que c'est qu'une idée « qui est dans l'air », un inspecteur des Beaux-Arts, M. Armand Dayot, émit, vers ce même moment, l'idée d'élever, à propos de l'Exposition de 1900, un monument spécial à laGloire des travailleurs manuels. Tout aussitôt un reporter du journal Le Malin se précipita chez Dalou pour l'interwiever sur ce sujet, et Dalou relate en ces termes la visite de ce journaliste :

« (24 mars 1898). — Camille Simon, rédacteur au Matin, est venu me ques- « tionner i\ propos d'un article de Dayot. qui lance l'idée d'un monument à la « glorification du travail po.ur l'Exposition de 1900. Je n'ai rien dit de mon « projet à ce monsieur, mais, pour moi l'idée n'est pas neuve, puisque voilà neuf « ans que je la creuse et que j'en suis à la période d'exécution, ma composition « étant trouvée, ce me semble, sans compter une foule de détails ; depuis neuf « ans d'ailleurs, j'amasse sur ce sujet une quantité de documents. Auguste était « présent, lui qui sait toutes mes recherches, qui connaît mes esquisses pour « avoir collaboré à l'une d'elles, s'amusait beaucoup. »

A ce moment, Dalou ne fut pas sans inquiétude et craignit d'être, à un moment, plus ou moins éloigné, accusé de plagiat et quand survint un nouveau

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Quelques statues de la base du « Monument aux Ouviuers >>

journaliste, qui le questionna, toujours sur cette môme question d'un projet de monument aux travailleurs, il s'ouvrit plus complètement à celui-ci :

« (4 avril 1898). — J'ai répondu cette idée n'est pas neuve pour moi, je la « médite depuis neuf ans, ma composition est prête, j'entre dans la période « d'exécution. Je vous dis cela afin de ne pas être accusé de plagiat si j'arrive à '< l'exécuter. — Vous vous passerez de collaborateurs? — Oui. »

A trois ou quatre jours de la visite de ce nouveau journaliste, Dalou reçut une lettre de M. Armand Dayot, lui demandant un entretien. Dalou répondit sur l'heure et M. Armand Dayot vint au plus tôt. Dalou note cette conversation :

« (9 avril 1898). — Cette après-midi, visite de Dayot relative à .9oy« idée . M ii élé <* fort aimable, comme à son habitude d'ailleurs ; il m'a couvert de fleurs tenant, « dit-il, beaucoup à ma collaboration, dans ce monument à la glorification du « travail. Avec toute l'amabilité dont je suis capable, j'ai maintenu fermement « mon refus d'y participer, fût-ce à trois, voire même à deux. — Pourquoi vou- « lez-vous, lui ai-je répondu, que je collabore; je n'ai pas la foi dans une colla- « boration semblable, puis, ma composition est arrêtée avec toutes ses cotes, je « suis ail seuil de l'exécution ; cela peut être téméraire de ma part d'entreprendre « un pareil travail, étant donné l'état de ma santé mais, avec l'aide des compact gnons dévoués dont je suis entouré, j'espère cependant y arriver. A part moi, (I je pensais aussi au dévouement de la compagne de ma vie, dont j'aurais un « égal besoin. L'entretien s'est terminé fort agréablement, sur son espoir que « cela n'était pas mon dernier mot et qu'il y reviendrait. Temps perdu, lui ai-je <i dit, je ne changerai pas. »

Dalou avait mille et une bonnes raisons pour refuser le concours de qui que ce fût et, si intelligent que fût celui qui s'offrait, et la meilleure de toutes ces raisons était, du reste, que son projet duJ\fonument aux Ouvriers était arrivé à sa forme définitive ; il n'était pas un détail important qui n'en fût arrêté en

Les oivBiERS des champs Maquetle de l'un des bas-reliefs du Monument «Hx Ouvriers.

dernier ressort. Aux flancs de la colonne étaient indiqués par masses ornementales tous les accessoires et outils qui constitueraient chacun des trophées en pendeloque ; tout autour de la base, les seize statues de la grande frise circulaire étaient placées et érigées, à leur échelle exacte, dans leurs niches. Telles elles étaient là, telles elles figureraient dans le monument achevé.

La forme de chacune de ces statues était définitive; elle était le résultat d'une sélection faite parmi les travaux préparatoires, où chacune était déjà représentée par une, ou plus souvent, par plusieurs études du môme personnage, dans diverses attitudes et, enfin, par le susdit personnage en son attitude arrêtée en dernier lieu. 11 y en avait d'aucuns représentés par des statues complètes etdes plus importantes, tel le Semeur fait en ronde-bosse, sous deux aspects différents, terminé et moulé en deux statuettes, dont Tune, arrivait finalement au mouvement qui, repris et perfectionné une troisième fois, aboutit au type définitif du monument. De même, en grand une statuette du boucher, entièrement terminée, à environ 00 centimètres de hauteur.

Tout ceci n'est que des exemples, pris au hasard, dans la foule des choses existantes. 11 restait évident que Dalou ne s'en tiendrait pas là. Et, en effet, en

1901 il fit établir au vingtième d'exécution toute une série de petites niches de phUre et refit dans chacune d'elles les statues, à la dimension mathématiquement précise, de un vingtième du type définitif. Pour chacune de ces figurines de 12 centimètres il prit une série de séances de modèle, et donna à son travail une précision telle, qu'il suffisait d'un grandissement, fait le compas à la main, pour établir d'ensemble les modèles à grandeui- d'exécution. C'est ce qui arriva d'ailleurs pour les quelques statues qu'il eut encore le temps de terminer à grandeur du quart d'exécution du monument.

Étude pocr le bas-relief

(Ouvriers tVes cliamps).

Les ouvriers du sous-sol Modèle de l'un des bas-reliefs du Aïonument auj; Ouvriers.

Ce qu'il fit pour la grande frise circulaire, il n'eut pas le temps de le faire pour les quatre bas-reliefs qui ornent les faces du dé de la base, il avait toutefois établi sa composition définitive et la maquette ne varieliir de trois d'entre eux, plus une toute petite maquette du quatrième ; mais cette dernière n'est qu'un scbéma uniquement compréhensible pour son autour. Chacune des trois autres, au contraire, représente, au cours de leurs travaux, dans un groupe, synthétique de leur tâche quotidienne, les ouvriers de la terre, les ouvriers de la mer, les ouvriers du sous-sol. Si on regarde longuement ces maquettes, où, seule, l'arabesque de la composition semble être indiquée, on éprouve bientôt une sensation bizarre : toutes ces lignes, tous ces plans, semblent remuer, et, petit à petit, en les fixant, on en voit émerger tout un peuple en mouvement, moissonneurs maniant leurs gerbes, carriers poussant le lourd chariot, ou détachant les lourdes pierres, marins aux allures vives portant leurs filets, traînant leurs voiles, étalant leurs poissons. v

Presque toutes les figures, ébauchées dans ces maquettes, plutôt informes, se trouvent représentées et dans le mouvement que le bas-relief lui assigne, par une étude complète, parfois par une série d'études. D'ailleurs, si vous voulez vous faire une idée sommaire de l'un des procédés favoris de. travail de Dalou, il vous suflira de mettre en parallèle, telle petite médaille, représentant une faneuse et la troisième figure de gauche de la maquette au bas-relief des ouvriers des champs. Pareille comparaison peut être faite avec les figurines existantes dont chacune correspond à un des personnages du monument.

Il faudrait, toutefois, pour que votre idée fût complète, ne pas oublier que les types adoptés finalement, ne l'ont été qu'après

Étude pour le bas-ueliek (Ouvriers du sous-solV

une série d'essais poussés jusqu'au bout, sous les formes et dans les dimensions les plus diverses.

Par exemple, cet ouvrier carrier qui se retrouve non seulement à l'état de statuette dans la collection des figurines, mais encore, dans un mouvement inverse et pourtant semblable, à l'état de petite médaille adievée est, à l'état de silhouette, massée à l'extrémité droite du bas-relief des ouvriers du sous-sol.

Le plus souvent il arrive que Dalou, hanté par le désir de donner à chacun de ses plus petits personnages une vie plus intense et une plus complète sincérité de type va jusqu'à faire, soit une grande statue, comme son grand Paysan, soit une série de bustes de grandeur naturelle, tel un superbe buste de Charretier, deux bustes de paysans, l'un encore relativement jeune, ou jusqu'à mi-corps, portant la blouse à petits plis, le cou pris dans un épais cache-nez, l'autre très vieux, très ridé, l'œil retombant et fait jusqu'à la prise du col seulement; tel encore le buste de grandeur nature du Terrassier, arrêté à la hauteur des deux mains appuyées sur le manche de la pelle. Chacuïi de ces morceaux, simple travail de préparation ou d'entraînement, est poussé et achevé si méticuleusement que, de chacun, pris tel quel, on a pu faire une reproduction de Sèvres ou un marbre ou un bronze aussi parfait que possible.

L'œuvre en était si bien arrivée à la période d'exécution que, dès le 1" mai, l'ami Bertault voulait bien se charger de tourner les plâtres d'architecture, nécessaires à l'installation des niches, de leurs statues et des quatre bas-reliefs de la base, établis à la grandeur du quart de l'exécution définitive. II ne s'agissait donc plus de simples essais, étant donné que les dimensions arrêtées pour celte exécution définitive et dont les cotes se retrouvent, en partie, écrites de la main de Dalou sur le plâtre du petit modèle, étaient les suivantes : La hauteur de l'ensemble du monument, glacis non compris était, de 32", 88, sur lesquels la colonne comptant pour 28 mètres, ayant un diamètre de 5'", 60 à la base et S"", 80 au sommet. Cette différence de 1™,80, répartie sur une hauteur de 28 mètres, suffit à montrer que la colonne paraissait presque cylindrique. Le dé de la base avait 2'", 75 et les bas-reliefs y insérés l'",12 de hauteur sur 4™, 28 de longueur. La saillie des statues, qui était fort avançante dans le projet octogonal

TÈTt Ut l■^l^A^ \cluile).

LE MONUMENT AUX OUVRIERS

se trouvait ici réduite à 0'",32 de la niche aux clavicules et 0"',38 du fond à la ceinture. Un chiffre indiquera l'importance du travail désormais en marche : A lui seul, le tramage en plâtre de l'architecture du modèle au quart, représente une dépense de 675 francs.

Au printemps 1898, Dalou était si bien « parti » sur l'idée d'exécuter immédiatement son monument, qu'il manifestait la volonté d'avoir terminé, tout au moins le modèle au quart, pour l'Exposition de 1900. Cela paraissait à ses collaborateurs quelque peu fou, et tous se réjouissaient à la pensée de tenter l'impossible. Mais le beau projet se trouva chaque jour entravé et dérangé par les grosses besognes quotidiennes que Dalou s'était formellement promis de ne délaisser que le jour où il aurait assuré, si modeste qu'il dût être, l'avenir des siens.

11 est à ce moment en pleine exécution de son grand Paysan, et ne peut ajouter à ce travail onéreux un autre travail plus onéreux, encore. Sa santé, d'ailleurs, ne lui permettrait pas d'aller au delà de la quantité de travail qu'il fournit à ce moment, avec YAl-

phand, le Pont Alexandre,

la réfection du Triomphe, le

Monument Floquet , le Panthéon et vingt autres travaux

divers.

Ce n'est que tout au début

de l'an 1900 qu'il se met à

l'exécution de son modèle au

quart, et comme il n'a que

trop soutTert de ne s'y point

mettre plus tôt, il prend ses

précautions pour ne plus se

laisser arrêter désormais. A

partir du 1" janvier il prend

modèle tous les jours et le

7 janvier il inscrit cette confession :

« (7 janvier 1900). —

« Afin de me forcer à tra-

« vailler enfin sur le Monu-

Le tf.hr vssier (Modf'lc dc'nnilif).

Étude d'essai du terrassier

« ment aux Ouvriers, j'ai pris la résolution de faire au moins deux séances

« par semaine sur ce travail et, du coup, j'ai retenu modèle pour cela. » Et à la fin de l'an 1000, ses notes portent qu'il a passé deux cents heures de modèles sur ce monument. A cette date il avait fait le modèle nu et le modèle habillé de deux des statues en haut-relief du soubassement le Terrassier et le Semeur et mené loin déjà une autre figure du môme groupe.

De même qu'il avait fait deux statues complètes en ronde-bosse du Semeur, de même il avait fait en ronde-bosse, une statue complète du Terrassier. Ce

travail préparatoire l'avait conduit à la forme nécessaire de la figure du Terrassier en dernier lieu adoptée. Après la mort de M*"" Dalou, voulant finir tous ses travaux de commande, afin de laisser après lui . s'il mourait bientôt, une situation aussi nette que possible, il n'eût pas la possibilité de continuer l'œuvre si bien mise en route en 1900, et à part une étude de grandeur naturelle du buste du Terrassier, déjà fait en petit modèle et douze petits modèles ébauchés à la plastiline dans des niches d'une douzaine de centimètres, il ne fit rien pour son grand monument. Il attendait avec impatience l'achèvement de son Monument à Gambetta, promis à date fixe pour se remettre à l'œuvre.

Du Monument aux Ouvriers, on trouva somme toute à la mort de Dalou, outre les quatre esquisses d'ensemble, l'esquisse de trois des bas-reliefs, une petite maquette du quatrième, deux statues achevées dans leurs niches, près de cent cinquante statuettes d'ouvriers de tous métiers, des villes et des campagnes de la mer et du sous-sol, peut-être vingt petites statues, tueur, badigeonneur, boucher, pêcheur, etc., etc., une quantité d'études de scènes ciiampètres, ou de scènes d'usines, parmi lesquelles des médaillons, des plaquettes et des médailles merveilleux, tel le Ferrage des chevaux, la Journée remplie, la Porteuse de gerbes. On trouva également, à côté de la plupart de ces petits personnages, la statuette nue de chacun d'eux, et, de plus, sur des carnets de croquis, les mêmes types pris d'après nature et, les dessins du nu de chacun de ses croquis dans son altitude. Cela est tout un monde, où chacun de ces objets concourt directement ou iudirectement à l'établissement définitif de l'œuvre d'ensemble.

Lk SEMKl'U (Module di-linilif).

LE MONUMENT AIX OUVRIERS 263

Donner la nomenclature de ces centaines d'objets, serait sans intérêt, tenter de la faire voir par la description, serait d'une invincible difficulté.

La seule consolation qui reste à ceux qui ont vu dans leur ensemble ces travaux, sera de penser que le monde n'ignorera point qu'ils aient existé — triste et faible consolation, — leur suprême espoir est que, un Musée de l'État ou de la Ville de Paris, les recueillera, les groupera et en fera dans la mesure du possible un ensemble qui, même en l'état où il est, et dans ses minimes dimensions, restera comme l'une des plus prodigieuses productions de l'Art français et l'une des plus originales et peut-être même la plus originale dont jamais il ait pu se gloritier.

Au demeurant, ces petites esquisses, ces ébauches que Dalou, pour la plupart, n'avait pas même pris la peine de faire cuire, qu'il cachait dans son armoire ci; dont il reléguait quelques-unes, à l'abandon, jusque sous le plancher de cette même armoire, ne seront pas perdues pour la plupart, car toutes ou presque toutes ont été, telles quelles, sans une retouche, sans une ciselure, dès la mort de Dalou, reproduites en bronze et chacun de ces petits bronzes, malgré l'imperfection inévitable de la coulée, fait belle mine à côté des plus exquises ligurines de l'antiquité et de la Renaissance.

Ce qu'eût été tout cela, amené à son dernier degré de vitalité et de beauté par les mains et l'ébauchoir de Dalou, on le devine, sans efforts et l'on sent plus durement combien fut cruelle la mort qui ne permit point qu'il exécutât ce monument qui aurait mesuré cent pieds de haut.

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