‹ Dame FortuneChapitre 113 sur 137 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Madeleine était bien loin d'imaginer dans l'ennemi cet air de franchise et ces façons vives et sérieuses. N'eût été le son de -sa voix, qui trahissait un peu trop ouvertement des habitudes de maître, M. de La Guerche aurait pu passer pour le plus simple des hommes. Ce qui frappait le plus Juliette en ce moment, c'était de voir qu'il ne portait même pas les marques ordinaires de son rang et de sa richesse. Par exemple, elle cherchait en vain quelque bout de ruban au revers de son habit. Jamais elle n'aurait pensé qu'il pût y avoir de boutonnière de baron ou de millionnaire sans rosette. En revanche, la personne du baron répondait mieux que son habit à l'idée que s'en était formée mademoiselle Juliette.

La Jaunais lui avait bien dit que M. de La Guerche était grand et de la plus noble tournure du monde, et il se trouvait réellement qu'en dépit des épigrammes de Madeleine, La Jaunais avait été le meilleur des peintres. A trente ans, le baron entrait dans cette belle période de la vie où la jeunesse et la maturité se rencontrent comme un double éblouisse!!! eut sur le front des hommes. Il avait un grand visage droit, au profil ferme et solide; l'œil était largement ouvert et d'une transparence admirable, plein de lumière et de pensées, pénétrant sans dédain, spirituel sans ironie. L'ex-

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pression générale de cette belle figure aurait été le calme sans une certaine plissure de la bouche, qui se crispait légèrement sous la moustache, quand un peu de mécontentement venait agiter le cœur du gentilhomme. M. de La Guerche n'aimait pas la résistance. Où qu'il la rencontrât, cette rapide contraction des lèvres et la dureté passagère de son accent disaient assez qu'il ne la souffrait qu'avec une médiocre patience. Il se maîtrisait aussitôt, il retrouvait son sourire. Depuis. qu'il était devant elle, Juliette avait assisté deux fois à ce changement, ce qui ne devait point contribuer à lui rendre l'assurance. Il est vrai que la voix du baron était bien douce quand il ne voulait pas qu'elle fut rude, et que son sourire était charmant quand il voulait bien sourire.

« Mademoiselle Juliette, lui dit-il avec cette exquise bonhomie qui semblait par moments lui être si naturelle, vous voyez que je ne me trompais point tout à l'heure. Je me suis informé de votre nom. Je sais aussi celui de votre sœur.

— Monsieur le baron, dit gravement Juliette, ne vous en faites pas un mérite. Qui peut ignorer ce nom-là dans le pays ?

—Oui, reprit-il d'un ton singulier (et la maudite plissure parut encore sous sa moustache), c'est le nom de la bonne fée qui est venue apporter

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