DEUXIÈME PARTIE
traire, qui répare le mal que les autres nous ont causé! Elle fait couler de Feau fraîche dans la blessure, lame en est toute purifiée !
—Je vois que, pour la comprendre, il ne suffit pas d'avoir beaucoup réfléchi, dit M. de la Guerche; il faut aussi avoir souffert. »
Madeleine ne répondit point. Le baron se leva.
Juliette le reconduisit jusqu'au bout du jardin, et, quand il fut sorti, demeura songeuse un moment à regarder la porte; puis elle se retourna, atteignit la maison en trois bonds qui auraient rendu une chevrette jalouse, et s'élança au cou de Madeleine.
« Eh bien, lui demanda-t-elle, est-ce qu'il ne te plaît pas, M. le baron?
— Mon Dieu ! dit Madeleine d'un air distrait, je conviens qu'il est aimable.
—Quel dommage de vivre dans un temps où l'on s'habille si mal! reprit Juliette. N'a-t-il pas l'air d'un chevalier déguisé sous sa redingote noire? Je ' voudrais lui voir une armure.
— Assurément, repartit Madeleine qui s'étudiait à sourire. J'aurais aimé qu'il vînt nous rendre visite le casque en tète et la lance au poing. Mais où donc avais-tu rencontré M. le baron, ma chère Juliette? Que t'a-t-il dit en t'abordant, et de quel air t'a-t-il priée de l'amener ici? car il t'en a priée,
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je suppose. Comment se fait-il que tu n'aies pas d'envie de me conter cela? »
Le récit de Juliette fut bien long, car il avait un triple sujet : il fallait qu'elle se rappelât ce que le baron lui avait dit, ce qu'elle avait dit au baron, et ce qu'elle s'était dit à elle-même tout le temps que leur entretien avait duré. Madeleine écouta jusqu'au bout sans donner la marque la plus légère d'approbation ou de blâme, et, quand la narration fut finie, il y eut un long silence. Juliette en mourait de dépit.
« Il ne t'a point- adressé de question? demanda tout à coup Madeleine. 11 n'a pas cherché à savoir de toi qui nous sommes ? As-tu remarqué qu'il m'appelait madame ? Peut-être me croit-on veuve à la Guerche? Mais lui n'est pas homme à ne point deviner que je n'ai jamais été mariée ? »
Juliette l'assura que M. de la Guerche ne lui avait fait aucune question. Là-dessus elles quittèrent toutes deux la salle commune, et rentrèrent chacune dans sa chambre. Elles trouvaient que c'était avoir assez parlé de M. le baron.
M. de la Guerche n'avait pas demandé la permission de revenir, sachant bien qu'elle lui était accordée. Ni Madeleine ni Juliette ne l'avaient entendu différemment, et pourtant il restait une ombre dans l'esprit de la petite sœur, et il y avait