‹ Dame FortuneChapitre 117 sur 137 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

dans l'esprit de Madeleine une grande curiosité du lendemain. Rien ne s'opposait plus à ce que la bonne fée se montrât dans le village : elle annonça dès le matin qu'elle allait sortir ; Juliette refusa de l'accompagner. Ce n'était point qu'elle attendit personne ce jour-là, et cependant elle ne voulait pas que la maison restât déserte. Madeleine ne tarda pas à rentrer : elle n'avait qu'à se louer de son excursion matinale, car les bonnes gens de la Guerchelui avaient fait joyeux accueil. Toutefois, elle était soucieuse ; Juliette s'en aperçut, se mit à errer autour d'elle, se contint quelque temps et se détermina enfin à l'interroger. Madeleine éluda d'abord toute question, hésita, se reprit, s'embarrassa de plus en plus, puis se décida enfin à répondre. Elle venait d'apprendre qu'on allait réparer le château.

Il n'était que midi quand M. de la Guerche parut le surlendemain. L'heure était quasi matinale, et marquait bien de l'impatience de la part du gentilhomme. Il prit place dans le jardin à côté de la grande et de la petite sœur assises sous le bou-

quet de noisetiers. On ne parla d'abord que des sujets les plus indifférents du monde. Juliette avait promptement laissé tomber son ouvrage, et, tout en causant, regardait le ciel bleu. Un frais soleil se glissait à travers les feuilles, et se jouait sur la robe noire et la jolie chevelure de Madeleine, qui brodait sans lever les yeux. Les roses commençaient à s'épanouir, les juliennes en fleur embaumaient l'air de leur senteur pénétrante, tout respirait le printemps et la jeunesse dans le jardin de la fée. Madeleine s'apercevait bien que le baron la regardait, et qu'il ne s'en lasserait point ; mais cette curiosité ne la blessait nullement, car elle était délicate et discrète. Peu à peu, l'entretien vint à languir; il n'était pas aisé à M. de la Guerche de dire des riens pendant une heure, et, s'il en avait dit plus longtemps, Madeleine aurait souffert de l'entendre. 11 se prépara bientôt à partir; mais il annonça, en prenant congé, qu'il reviendrait le jour suivant. Dès lors, il vint tous les jours.

Les bonnes gens de la Guerche s'accoutumèrent à se mettre sur leurs portes pour le voir passer. On le reconnaissait de loin à sa grande taille; il armait de son pas lent et fier, fumant un cigare qu'il jetait avant de frapper à la porte de la maisonnette. 11 savait qu'on l'y attendait ; jamais il

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