‹ Dame FortuneChapitre 12 sur 137 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

ministère : était-ce donc que l'on appréciait enfin à leur valeur les services de feu son mari? allait-on doubler sa pension? Ce fut sous l'empire de cette folle pensée qu'elle fit sauter le cachet rouge. « Saperlotte ! qu'est ceci? s'écria-t-elle. Veut-on se jouer de nous? Quelque insolent! Mais non... cela est signé par un notaire. Ah ! je sens que mes yeux se voilent! Qu'ai-je donc? Madeleine? ai-je mal lu? — Maman, passez-moi cette lettre. — Ce n'est pas une mystification? reprit la mère. On ne se moque pas de nous, n'est-ce pas? Je ne me suis point méprise, je ne déraisonne pas, je ne suis pas folle? » Et madame Marseillette s'attachait à sa fille et cherchait à lire avec elle. « Maman, dit Madeleine, laissez-moi donc lire jusqu'au bout. — Mon Dieu! qu'il vous faut de temps pour achever cette lettre ! Vous me faites mourir, méchante fille. — Maman! — Hé quoi ! Madeleine, cela est donc vrai, nous sommes riches?— Je crois que cela est vrai. — Bonté du ciel! donne-moi un verre d'eau; tnon cœur m'étouffe !— Maman, de grâce, calmez-vous, voilà votre verre. Allons! pour un peu d'argent qui nous vient du ciel, n'allez-vous pas vous trouver mal? — Madeleine, soupira la mère, combien avons-nous?— Il s'agit de huit cent mille francs. —Huit cent mille francs! » répéta madame Marseillette en fermant les yeux.

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« Maman, reprit Madeleine, tous ne m'aviez jamais dit que le frère de mon père existait encore. —Ah ! si je l'avais su, ma fille '.—Vous me racontiez, au contraire, qu'il était allé mourir en Amérique, et que mon père qui ne l'estimait pas, disait souvent : « Il a bien fait... »— Votre père, interrompit la veuve du major, votre père était un Caton. Non, non, Honoré n'était point mort en Amérique. Il vivait pour nous amasser du bien, le cher homme!...— Maman, interrompit à son tour Madeleine avec son plus fin sourire, vous l'aimez trop depuis qu'il est mort. — Que dites-vous? ma fille; ne nous est-il pas permis de nous réjouir d'être riches? — Maman, il ne faut se réjouir de la mort de personne.— Tu as raison. Huit cent mille francs? Est-ce bien huit cent mille francs? As-tu bien lu? Combien cela fait-il de revenu, ma chère petite Madeleine? — Quarante mille livres! — Quarante mille livres! Et que faut-il faire? Nous perdons notre temps, ma fille. Mon Dieu, par où commencer, maintenant? Conseillez-moi donc un peu, mademoiselle.— Mais, maman, je crois qu'il faut d'abord nous rendre chez le notaire. — Allons donc nous habiller, ma fille. » Madame Marseillette se leva, et, d'un pas encore bien défaillant, gagna le bout de sa chambre. Là, elle s'arrêta, regarda sa fille, puis revint se jeter dans ses bras : a Made-

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