‹ Dame FortuneChapitre 13 sur 137 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

leine ! lui dit- elle, tu n'es pas assez contente ; il ne t'en coûtait donc rien d'être pauvre? » Madeleine embrassa sa mère. « Tenez, maman, lui dit-elle, qui croirait jamais, à nous voir toutes les deux, que j'ai plus de courage que vous ?— Saperlotte ! c'est vrai, s'écria la veuve du major en se redressant et en s'essuyant furtivement les yeux. Je ne pleure pas au moins, mademoiselle. » Madeleine retint un autre sourire. « Maman, dit-elle, ne voulez-vous pas qu'avant de partir j'écrive un mot à Bernard?... — Ah ! oui, fit madame Marseillette avec un petit mouvement de jalousie, j'oubliais; il y a M. Bernard, et c'est à lui que vous pensez.— Pauvre garçon ! dit Madeleine, il faut bien qu'il ait sa part de notre joie.— Écrivez donc, » dit la mère.

Madeleine ne se le fit pas dire deux fois. Le mot qu'elle voulait écrire devint un billet; peu s'en fallut que le billet ne devint une lettre. Ce doux griffonnage s'adressait à M. Bernard Lecour, surnuméraire à l'administration des finances près le receveur de Saint -Denis, serviteur gratuit de l'État, bien sûr qu'il obtiendrait tôt ou tard une place de douze cents francs en retour de son zèle. Quand elle eut fini, elle rejoignit sa mère, qui se tenait déjà sous les armes, et mit sa robe la plus fraîche. Une heure après, on était à Paris. Le notaire demeurait au fond de la Chaussée d'Antin; on ne

prit pas de voiture ; la veuve du major avait fait bien d'autres étapes, le petit pied de Madeleine était si léger ! Madame Marseillette avait mis sa fille à son bras et cheminait fièrement, tout en disant mille folies qu'on eût été bien étonné d'entendre sortir de la bouche d'une personne si grave, qui portait le front si haut et qui marchait comme Bellone. « Maman, dit tout à coup Madeleine, estce qu'il faut juger de la joie de tous les héritiers par la votre ? Vous me faites penser malgré moi à un vieux général qui venait voir sa petite-fille au pensionnat et qui nous apportait à toutes des dragées et des bonbons. Il n'avait point de fortune, mais il était chargé de pensions. Comme on le choyait ! comme on le caressait ! On souhaitait qu'il vécût cent ans. Que les vieux généraux sont heureux! Savez-vous que si mon oncle Honoré n'avait eu ([Lie des pensions, nous aurions peut-être envie de le pleurer. Ah ! maintenantque nous voilà riches, je veux que nous mettions tout notre bien en viager, afin que personne ne se réjouisse de nous voir mourir.— Ma fille, dit gravement la veuve du major, vous ne serez jamais qu'une enfant. »

On arrivait alors devant la maison du notaire : madame Marseillette s'imagina qu'elle voyait les panonceaux lui sourire. On pénétra sous un riche vestibule, on gravit un escalier couvert de tapis.

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