DEUXIÈME PARTIE
bonne garde autour de ton cœur, ma chère Madeleine, si tu n'as pas vu l'ennemi s'en approcher. Tu te seras fermé les yeux, mais les miens étaient ouverts.
— Je n'y crois pas! répéta Madeleine. C'est un caprice de grand seigneur qui veut une fois commettre une bonne folie, et qui jure ses grands dieux que le monde entier ne le forcera pas à s'en dédire. Mais, moi, je ne profiterai point d'une boutade de passion qu'il regretterait demain; je ne veux me reposer que sur une âme profonde et fidèle, et quand je pourrais aimer M. de la Guerche, je m'en défendrais encore parce que je le connais, parce qu'il est lui. Il n'est que trop digne d'être aimé, et c'est pour cela qu'il me fait peur. Les sceptiques devraient être conséquents et ne point demander d'amour. L'amour c'est la foi. De quel droit en parlent-ils? M. de la Guerche sourirait si je lui disais un jour que je ne l'aime plus, tout comme il sourirait en m'écoutant lui dire que je l'aime. Sait-on jamais ce qu'il y a de sincère et de sérieux au fond de ce cœur qui pourtant est loyal et noble ? Tout à l'heure encore, quand il a surpris Bernard a mes genoux, malgré mon trouble, malgré ma honte, eh bien! je l'ai regardé. Je ne sais pourquoi l'idée m'était venue que j'allais trouver de la colère sur son visage. Mais non ! il sou-
riait encore. Il s'agissait pourtant de m'offrir sa vie et d'obtenir la mienne en échange. Et il n'a rien trouvé de pins ému qu'un sourire.
— Oui, dit Juliette. Mais quand Bernard a été parti, quand je suis entrée à mon tour, est-ce que le baron ne venait pas de te dire qu'il t'aimait ? Et alors il ne souriait plus. »
Madeleine ne répondit pas. Juliette se pencha sur elle et l'embrassa bien longuement.
« Ah ! Madeleine, lui dit-elle, faut-il que ce soit moi, la petite sœur, moi, ton enfant, qui t'apprenne à être sage ! Tu repousses le bonheur qui frappe à ta porte. Songes-tu bien que c'est un hôte voyageur qui ne repasse jamais par les mêmes chemins? Le souvenir des chagrins d'autrefois t'est-il donc si cher? As-tu donc besoin d'un si grand effort pour te contraindre à la paix et à l'espérance? Grand Dieu ! nous ne te demandons que d'abandonner ton cœur. Celui qui vient à toi et dont tu veux douter encore, parce que tu crois qu'il faut douter toujours, celui-là a-t-il rien de commun avec les traîtres du passé? C'est une àme noble et haute, la seule que tu aies rencontrée dans la vie; le destinte l'envoie pour réparer tous les maux qu'il t'a causés. Ta jeunesse n'est entamée qu'à peine; l'existence se rouvre devant toi, belle, riante, infinie; laisse-toi prendre par la main. Ne