DEUXIÈME PARTIE
désespère point ceux qui t'aiment par un refus qui serait impie. Ne nous résiste pas ou nous croirons que tu as l'orgueil du malheur. »
Madeleine s'était levée; ses beaux yeux d'un bleu céleste brillèrent d'une flamme inspirée qui fit croire à Juliette qu'elle cédait enfin... Mais le charme ne dura qu'une seconde.
« J'ai senti là le mal d'autrefois! dit-elle avec un profond accent de découragement en mettant la main sur son cœur. Je vois bien qu'il est incurable. Je ne peux abjurer mes défiances, ma mémoire est plus forte que ma volonté. L'image m'est revenue de cette fortune maudite qui m'accable. À l'instant d'être heureuse, je veux enfin l'éloigner de moi, je veux en être délivrée pour jamais, je veux... Mais quand M. de La Guerche saura que je demeure pauvre !*-.. Ah ! je n'ose te dire toute ma pensée,
—Dieu soit loué si tu n'as plus d'autre tourment! s'écria Juliette, dont le frais visage rayonnait d'une folle joie... puis elle saisit les deux mains de la grande sœur et les portant à ses lèvres :
— Madame la baronne! dit-elle, laissez-moi vous baiser les mains. »
Au moins Madeleine espérait-elle que le baron
attendrait le soir comme de coutume pour revenir a la maisonnette. Juliette, qui savait bien que M. de La Guerche n'attendrait pas, se mit à errer dans le jardin à l'aventure, entrebâillant de temps en temps la porte et regardant sur la route. Quand il entra, elle le prit par la main et le conduisit au berceau.
Madeleine était assise sur le banc, elle ne leva pas les yeux. Le baron s'approcha doucement; il n'osa se mettre à ses genoux, de peur de la faire songer à Bernard et de lui rapporter le souvenir de la scène du matin. Mais il s'assit auprès d'elle.
« Il est donc vrai, lui dit-il, que vous consentez à ce que je vous aime ! Je ne sais encore si je ne dois point douter de cet enchantement qui m'arrive. Il me semble que j'assiste toujours à ce beau conte qui se poursuit autour de vous ; j'ai peur que la bonne fée ne s'envole au moment où je crois la saisir; je tremble que mon bonheur ne soit encore que la suite d'un rêve, et qu'il n'y ait de réel dans tout ceci que la grandeur de mon amour. Il est grand, parce qu'il est sincère. Ne vous ai-je pas dit qu'il était descendu sur moi comme un signe divin dès la première fois que je vous ai vue? C'est le premier sentiment que j'ai laissé entrer sans débat dans mon cœur. Vous avez changé ma