PREMIÈRE PARTIE
toisa l'intrus d'un air qui en aurait terrifié de plus braves., et, dans une phrase brève et sonore comme un roulement de tambour, elle s'apprêtait à lui demander de quel droit il regardait sa fille, lorsque la porte s'ouvrit. A ce moment entrait le notaire. Habit noir, cravate blanche, menton rasé, un lorgnon de vermeil sur le nez, sa serviette de maroquin sous le bras, la personne du notaire n'était pas moins officielle que son salon. C'était un homme encore jeune, aux traits minces et fatigués, avec des yeux d'un bleu violent, dont il savait à merveille tempérer le regard, avec un beau sourire de commande qui courait en ligne droite sur ses lèvres pâles. Son premier salut fut pour l'héritière ; il la complimenta sur son bonheur et Madeleine rougit, car elle avait cru démêler une pointe d'ironie dans l'excès de sa politesse. Comme il achevait son compliment, le personnage aux bas bleus, qui était resté dans un coin, fit entendre un second gémissement semblable à celui par lequel il avait accueilli l'entrée des deux femmes dans la chambre; le notaire se retourna. « Chariot, dit-il à demi-voix, vous avez promis d'être sage. » Chariot! Un souvenir confus se réveillait à ce nom chez Madeleine; il n'en fut pas de même chez sa mère. Madame Marseillette s'était emparée du notaire et l'accablait d'un déluge de questions et de