PREMIÈRE PARTIE
tenu, qui s'épanchait au dedans et dévorait l'âme. Toute cette ardeur si peu cachée s'était répandue sur son fils Bernard, qui ne méritait pas moins, car il était le meilleur des fils si sa mère était la meilleure des mères. Ce n'était pas assez pour tous les deux de s'aimer avec passion : ils faisaient profession de s'aimer à la folie, ils se louaient volontiers, si quelque ami était là, et se donnaient, sans plus de façon, de la femme supérieure et de l'homme de génie, s'il survenait un peu plus de monde. Madame Lecour n'avait point d'autre souci, d'autre espoir, d'autre ambition, d'autre rêve que la fortune de son fils. 11 y avait déjà bien longtemps qu'elle avait posé la première pierre de l'édifice, mais il menaçait d'en rester là, et la mère, le matin même, s'épuisait encore à chercher le moyen de le pousser plus avant, quand la lettre de Madeleine à Bernard était venue la surprendre au milieu de ses pensées, où elle s'était perdue comme dans un labyrinthe. Alors elle eut un mot grand comme le monde : « Bernard ! dit-elle, Dieu récompense cette petite fille de t'avoir aimé. »
A la vérité, madame Lecour avait toujours traité de haut l'amour de son fils pour la petite Madeleine, posant en principe qu'un surnuméraire près d'une administration quelconque ne doit jamais s'attacher qu'à la fille de son supérieur, ou bien, s'il cher-