‹ Dame FortuneChapitre 23 sur 137 · PREMIERE P A R T 1 E · texte numérisé non relu

PREMIERE P A R T 1 E

quelques bijoux, en revenant, ma jolie Madeleine ; car, grâce au ciel, vous pouvez bien vous parer désormais. — Mon fils, avez-vous embrassé votre fiancée, votre femme ? Vous allez être heureux, mes enfants. Ah ! le ciel paye sa dette à votre grâce et à votre beauté, Madeleine ; je crois qu'il la paye aussi au mérite de Bernard, ma chère. Un esprit supérieur comme le sien ne devait pas être condamné à la pauvreté. »

Madame Marseillette recevait ces assauts avec l'indifférence du désespoir et ne songeait pas même a répondre. Mais les derniers mots de madame Lecour, qu i peignaient si bien les secrets sentiments de cette femme modeste et désintéressée, qu'elle n'aimait point, réveillèrent en sursaut la veuve du major. Elle dressa la tête comme au son de quelque injurieuse fanfare, et Madeleine frémit comme elle. La pauvre enfant eut pourtant le courage de se glisser jusqu'à l'oreille de sa mère : « Ne dites rien, maman, murmura-t-elle, je vous en prie ; il faut auparavant que je parle à Bernard.

— Bernard, ajouta-t-elle d'une voix mourante, j'ai a vous parler; venez avec moi. »

Bernard jeta un regard inquiet sur sa mère, muette de surprise et bien plus inquiète que lui. Madame Lecour même entr'ouvrit la bouche pour demander la raison de cet entretien particulier

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que Madeleine désirait avoir, en un pareil instant, avec son fils, car c'était une femme qui aimait à se rendre compte de toutes choses ; mais elle n'osa. Le jeune homme suivit Madeleine ; il ne pouvait faire autrement.

Bernard Lecour était blond, blanc, svelte comme Madeleine ; on les prenait souvent pour le frère et la sœur, lorsque, dans les belles soirées d'été, ils se promenaient ensemble sur les boulevards en se tenant par le bras. Cette quasi-ressemblance avait éveillé chez la jeune fille un sentiment vague d'abord de sympathie et de curiosité, qui devint de l'amour. En reconnaissant ses traits da;.j ceux de ce charmant jeune homme, elle avait cru voir aussi son àme dans la sienne, et ne s'était alors trompée qu'à demi. Au sortir de l'enfance, Bernard, lui aussi, était vif et tendre ; il avait les enthousiasmes, les ardeurs, le langage sonore de la jeunesse; il avait le cœur sur les lèvres, fleur éphémère des vingt ans que sa mère s'était attachée à flétrir. L'ambitieuse madame Lecour n'avait que trop admirablement réussi à faire un homme de son fils, c'est-à-dire a fixer le fond de cette àme mouvante et débile; elle y semait d'une main sûre, mélangeant à propos les enseignements et les flatteries, et, dans le fait, elle \ avait enfin soulevé une passion vraie, forte et durable, qui était

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