‹ Dame FortuneChapitre 27 sur 137 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

toute la vérité. Tenez ! je vois bien qu'il ne vous appartient qu'à de certaines conditions que vous souffrez de me faire connaître.... Je ne sais, enfin, mais il me semble que cette nouvelle fortune menace de nous séparer tous les deux. Votre oncle, peut-être, ne vous aura pas légué que son bien ; peut-être a-t-il désigné quelqu'un de son choix

pour le partager avec vous Ai-je donc deviné,

Madeleine? On vous impose un mari et vous

hésitez .

— Je n'hésiterais point, fit-elle. J'aurais refusé. Mais que me parlez-vous encore de fortune et d'héritage? Je suis aussi pauvre maintenant que je l'étais ce matin. Ne vousFai-je pas déjà dit? »

Bernard ne put s'empêcher de frapper violemment du pied par terre.

« Hé bien ! soit, s'écria-t-il, vous êtes pauvre. Est-ce donc là ce qui vous fait pleurer?

— Bernard, dit Madeleine, vous souvenez-vous de notre première rencontre, ici, sous ces mêmes arbres, à ce même endroit peut-être, il y a deux ans ! C'était un dimanche d'été. Votre mère aborda la mienne; elles se connaissaient, je crois, depuis longtemps. Vous et moi, nous nous regardions sans rien dire : il nous semblait certain que nous nous étions déjà vus tous les deux, que nous n'avions jamais été des étrangers l'un pour l'autre,

que nous nous étions toujours aimés. Deux ans? Savez-vous bien que nous nous serons aimés deux ans, Bernard ? Ah ! maintenant je peux vous le dire : je tous ai été chèrement attachée. Je vous aimais

sans effort, comme on s'aime soi-même Vous

le voyez bien, je parle au passé. Ne devinez-vous pas que c'est notre bonheur perdu que je pleure ?

— Tais-toi, dit-il d'une voix altérée en la serrant brusquement contre sa poitrine. Ah î je t'entends bien à présent. Tu me menaces de ne plus m'aimer. »

Enfin, il s'animait, il s'emportait, et s'il connaissait mal tout le prix de l'amour que celte charmante fille lui avait donné, il se sentait possédé du moins de peur et de colère à l'idée de le perdre : quelque chose de libre, de passionné, jaillissait pourtant de ce triste cœur. Madeleine frémit d'espérance ; elle venait de voir se rouvrir devant ses yeux un coin du ciel.

« Pauvre ami, dit-elle en tremblant, je vous ai peut-être mal jugé, pardonnez-le-moi. Lorsque Jésus dit à Pierre : « Tu me trahiras dans une heure, » il ne se trompait point. 11 esterai que Jésus était Dieu et qu'il lisait dans l'avenir. Moi, j'ai peut-être mal lu dans le fond de votre âme. Dites-moi, Bernard, que vous ne me trahirez pas, dites-moi que ce que j'ai fait aujourd'hui, je devais

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