‹ Dame FortuneChapitre 28 sur 137 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

le Taire, que vous m'approuvez les yeux fermés, (pie vous ne m'en voudrez point de redevenir pauvre, lorsque j'étais devenue riche, et que cette

fortune abominable Bernard, dites-moi que

j'ai bien fait.

— Vous le voulez, lui dit- il, soyez donc contente. Oui, oui, Madeleine, vous avez bien fait.

— Merci ! s'écria- t-elle. Je peux parler maintenant. Bernard Mon Dieu! mon Dieu ! Comment lui dire?.... Bernard! reprit-elle brusquement en se penchant à son oreille, mon oncle était un

— Quoi ! répéta Bernard, un usurier ! »

Et il se lit entre eux un long silence.

« Ami , dit Madeleine palpitante , je n'ai pas réfléchi bien longuement sur ce qu'il me restait à faire. Il m'a semblé que toute la question tenait en deux mots : Peut-on accepter un bien mal acquis et plus tard espérer de s'en purifier les mains en en faisant un noble usage ? Pour moi, je ne le pense point. Il y a des taches originelles que rien n'efface : vouloir les laver, c'est les agrandir. Et puis, qui peut se vanter d'être sûr de la fermeté de sa conscience ? La richesse a des mirages qui trompent les plus forts et les détournent du chemin qu'ils avaient juré de suivre; mille désirs inconnus se font jour dans nos cœurs, avec la

possibilité de les satisfaire, et alors, adieu les intentions pures et les bonnes pensées. Oh ! je n'ignore pas le péril. C'est pourquoi j'aurais refusé cette fortune si par cette résolution de ma part elle n'avait dû faire retour à un indigne possesseur. Je l'ai donc acceptée

— Hé bien ! interrompit vivement Bernard, vous avez accepté. Que me disiez-vousdonc?

— Oui, répliqua-t-elle lentement, oui, j'ai accepté. Les pauvres auront désormais quarante mille livres de rente dans mes mains. Voilà le parti que j'ai pris, et il est irrévocable. Quant à moi, je puis dire que je n'ai pas une obole. Mon âme est triste, mais elle est en paix. A présent, vous devez me comprendre.

— Si je comprends ! dit-il. À merveille. Vous avez renoncé à cette fortune amassée par je ne sais quel brigandage. Vous avez rejeté loin de vous l'or trouvé dans ce fumier d'ignominies, et vous avez eu peur que je ne vous en blâme ! Vous n'avez pas seulement douté de mon cœur, mais de ma conscience, de ma tendresse, mais de ma loyauté. Il faut, vraiment, que celui que vous aimez soit bien petit à vos yeux! Et maintenant encore, peutêtre doutez-vous de ma sincérité. Et si je vous dis encore une fois : Madeleine, vous avez bien ■ lait...

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